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KIEBETR
CONFESSION
DU
GENERAL BUONAPÀRTE
L'ABBE MAURY, &c. &c.
DÉDIÉE AU
GÉNÉRAL KLÉBER,
. PAR LE GENERAL SJRRJZIN,
A^ncien Chef d*Ëtat-Major du Général Bernadotte, aux Arméei
d'Allemagne et d^Italie.
ET ORNÉE DU PORTRAIT DU GÉNÉRAL KLEBER,'
Peint à Paris par Gérard et gravé à Londres" par Heath.
Tantalus a Inbris sitiens fugentia captât
Ftumina* 2uid rides f Mutato nomine, de te
Fabula naj¥atur • ; . . ,
HoRAT. Sat. Lib\ î.
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LONDRES,
IMPRIMÉ POUR L'AUTEUR,
PAR VOGEL ET SCHULZE. 13, POLAND STREET,
ET SE FEND CHEZ T. EGERTON, Whiiehall; ^
' N. L. PANNIEB,
Libraire de S. A. R. Mgr, le Duc de Kent, 15, Leiceater Place,
Lelcester Square i et chez tous les principaux Libraires.
^ , 1811-
[eNTERED AT STATION£R*3 HALL.]
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I ! / ...
^^U- LIBRAM
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A«ÎOii. LENOX ANI)
1045. ;
AVIS.
Cet ouvrage a été traduit en Anglais. L'édi-
tion est sous presse. Elle paraîtra incessam-
niient. Elle sera aussi ornée du portrait du général
Klében
A KLEBER.
I M ' É
DAIGNEZ agréer, guerrier à jamais célèbre^
r hommage d*un recueil ùà vos vertus et les crimes
de votre ennemi sont exposés avec la franchise qui
Jut toitjaurs votre qualité caractéristique.
Les généraux, les officiers et les soldats qui
ont eu le ionheur de servir sous vos ordres, s*en
font, avec raison, un vrai titre de gloire. Vous
fûtes notre constant modèle d audace, de disci-
pline et de loyauté.
Votre digne ami, te général Marceau, quoi-
que ayant été votre général en chef, se fit un
devoir, jusquà sa mort, de regarder éos sages con-
seils comme des moyens infaillibles de triompher^ ^n
politique comme en guerre.
riii
\
tout pour 0169 Notes Biographiques* 'J'ai trouvé dei
pièces trè8-intëressantesdaiis le» ouvrages de M. Peltier»
ainsi qme dans le Précis de» Ëvéneibens iiiilttaires par
le Général Mathieu Dumas.
Ce qui est relatif à Buonaparté, Berthier et
Kléber, u*e&t point exagéré. 11 y a bien quelque chose
de vrai dans ce que Berthier reproche à TAbbè
Maury^ concernant son penchant pour la table et
pour les honneurs; quant à ce qu^ ce général dit sur
(es mœurs de TA bbé^ j'invite le lecteur à s'en référer,
pour prononcer, à la Note biographique de Berthier; cfti
doit suivre la mérite marche' pour tout ce qui a rapport à
la religion et à ses ministres.
J'ai le plus profond respect pour toutes les insti-
tutions divines et humaines. Si j'ai adopté le mode de
la Confession, pour démasquer Buooaparté, c'est par>
moiiTif désir de le voir adopter un semblable parti, et
surtout en profiter pour le bonheur de l'huniamté.
Qu'on soit bien persuadé que je ne lui fais dire que ce
qui est avéré dans la bonne société de Paris et des princi-
pales villes de province. L'avenir, qui est un grand
ttiattre, confirmera mon opinion en punissant solen-
nellement l'usurpateur, s'il refuse d'adopter tultimatum
que lui propose l'Abbé Maury, seul moyen de consolider
le bonlieur des peuplés du continent, en rétablissant
l'équilibre de l'Europe politique. Qu'on ne croie pas
que ce soit par un motif de vengeance particulière que
j oppine pour sa mort dans la note de Kléber. L'exacti-
tude et l'impartialité de la biographie m'en ont imposé
l'obligation. Comme militaire, je désire ardemment de
pouvoir le combattre ; comme philantiope je fois des
vœux poi^r son retour aux bons principes, et en qua-
lité de chrétien, jelui pardonne ses injustices, même ma
condatnnation à mort, dont la nullité m'est garantie par le
caractère généreux, juste, loyal et énergique des An-
glais.
I
CONFESSION
SE
NAPOLEON BU.ONAPARTE
. •
i .
• »'
l)
r
L'AB BE M ATiJ R Y,
LE \b AOÛT, 181Q.
* - .
* .
BuoNAPARTï.^— J'entre aujourd'hui, mon chercar-
diiial, dans ma quarante-deuxième année. Jaî
résolu d'obtenir, s'il en est encore temps,- le [iâr-
don des crimes atroces dont je mè suis souillé, et'
je suis décidé à vivre désormais en hon chrétien et
en souverain /^ûc^çwe. J*ai grande confi^iied dans
vos lumières, ainsi que dans vos vertus. Je con-
nais votre dévouement pour ma personne; ]e Voiis
prends pour le directeur de ma Conscience. Parlez
et j'obéis. * *
VAhhé Maury. — Sire, flatté de l'honneur
d'être le dépositaire des secrets de votre majesté, je
ferai tous mes efforts pour remplir vos vues et
justifier votre choix. Nous sommes tous pécheurs.
Combien la pratique de la vertu est difficile dans
votre état, puisque dans le mien j*ai eu de si terri-
bles combats à livrer contre le démon de la chair
et de Tesprit. Après avoir éprouvé sur la mer ora-
gejuse de ce monde, plusieurs tenjpêtes violentes
dont la divine Providence a daigné nie préserver,
J'ai le bonheur d'être presque arrivé au port, avec
la doiicç satisfaction d avoir rempli, avec honneuri
tou^ mes .devoirs /envers Téglise et la société.
Jugez çoxnhlexï)^ sjiiis ravi de pouvoir, sur la fin de
m^ carrière^ utiliser mon saiii|; n}i)iistere en faveur
fin Judas Machabée de la France. Je mettrai tout
en œuvre pour atteindre le double but du salut de
votre ânift et de la gloire de votre couronne.
D'après }e$ e:^Qel|enjtiss ji^tentions dont votre ina-
jesté me paraît péji^ét^ée, ,il est essentiel qu'elle nus
fasse sa coi>fes3ipn générale» depuis qu'elle a at?
teint l'âge de ^aison^ I^^a mémoire prodi<;ieuse de
votre majesté, et l'importapce de la plupart de
vos actions, Is^isseront peu de lacunes. Je yous
ferai part de l'opinion publique, du cas que vous
df yez .en faire, et dies mesures à prendra pjtér;eurç-
ment, pour .qjae vous puissiez goûfer enfin le calme
4u juste qui seul fait jouir du vr^i bonheur sur la
terre ; je vous prie de me faire connaître les causes
4'un changement si subit et si heureux, car je le
crois sincère,
Bfjumaparté. — Malgré qu'il me soit pénible de
vous raconter toutes mes fredaines, je m'y résignp,
dans l'espoir -que vous me délivrerez des tourment
horribles auxquels jç suis eu proie depuis la nuit*
du 1er au S Juillet. Cette salle du prince de
Sch>vartzenberg, si brillamment ornée, devenue
dans un instant la proie des flammes par une seule
bougie qui y mit le feu, me présage le triste sort
réservé à mon florissant empire. Vous me cou-
naissez assez pbui* croire que je ne suis pas supers^
titieux ; néanmoins, ma tranquillité est troublée par
des songes alarmans qui m'annoncent une chute
aussi prochaine que terrible. Il y a peu de temps,
pendant la nuit, j'ai poussé des cris qui ont effrayé
mon épouse. Elle a versé des torrens de larmes
qui m'ont déchiré le cœur; ce cœur si insensible
jusqu'alors que je ne pouvais pas croire à son exis-
tence ; je luttais contre les conspirateurs* Mon
rêve finit en faisant entendre lés exclamations^ à
r assassin ! je suis perdu ! je suis mort / .Vous
savez combien ma Louise me chérit. Calculez
son chagrin j il vous a été facile de vous aperce-
voir que j*adore l'impératrice. Vous avez l'âme
tendrcy imaginez- vous la force de tna douleur.
Cette femme charmante me dit en sanglotant qu'il
fallait implorer le secours de la Providence, et
mériter la pix)tection du Roi des Rois par l'expia-
tion de nies péchés. Fbtre athéisme^ me dit-ellé,
causera notre perte ; il ne suffit pas de protéger la
religion^ il faut la pratiquer. Je lui jurai de suivre
un si sage conseil. Cessez donc d'être étonné du
langage que vous tient un brigand, qui, dans le§
quatre parties du monde, par lui ou par ses agens,
B 2
s est couvert de crimes d'autant plus atroces que
la majeure partie était inutile à raccomplissement
dp mes projets ambitieux.
VAbhéMaury.-^Xy'itM tout-puissant ! ta bonté
est infinie et ta justice est éternelle ! Protège Nà-
paléori comme tu daignas éclairer le grand Cons-
tantin, pour la gloire de la religion! ! Oui, Sire,
votre repentir sera agtéable à Dieu. Commencez
Vôtre confession, soyez vrai, votre candeur, et votre
contrition vous procureront un pardon absolu de
toutes Vos offenses.
Buonaparté. — Dès l'âge le plus tendre, je me
fis remarquer par beaucoup de méchanceté. J'étais
hargneux, récalcitrant, voleur et libertin. Mon
grand plaisir était de vojr couler le sang des ani-
maux. . Je cherchais dispute à tous les enfans que
je croyais plus faibles que moi ; j'étais si insuppor-
table, qu'on se réjouit beaucoup dans ma famille,
lorsqu'à l'âge de neuf ans, je fus placé à l'école
militaire de Briennè.
L'aies Mawry.—*Ces vices de votre jeunesse
ne sont pas graves, à cause du caractère de la na-
tion Corse qui les porte en naissant. Votre sé-
jour à Brienne dut vous corriger très-prompte-
mcnt.
JBuonaparté.'-^J e dois convenir qu'il n'est que
trop vrai que la nature réclame toujours ses droits.
Pendant les deux premières années, j'éprouvai
beaucoup de désagrémens. Souvent je fus rossé
^
d'importance à cause de mes escobarderîes, et si
je ne finis pas par être chassé de ce collège, je n'en
fus redevable qu'à un événement fort singulier.
Je trouvai dans un recoin de la bibliothèque de
recelé une histoire de Cromwell : elle était rongée
par les vers. J'y vis que l'axiome favori du pro-
tecteur était : Con arte et con wganno si vive rnezzo
V anno, con inganno e con arte si vive t altra parte.
Je fus frappé d'étonnement en voyant les grands
succès de cet homme célèbre, qui faisait sa règle
de conduite du principe précité. Je l'étudiai, je
l'approfondis autant que mon âge me le permettait,
et je résolus d'en faire la boussole de toutes mes ac-
tions. Dès lors, je dissimulai en raison des cir-
constances, et à Tâge de douze ans, j'étais nudtre
passé en ruse, fourberie et mensonge.
UAbbé Maury. — Je vous interromps, Sire,
pour vous observer que vous ne devez pas oublier
la question des mœurs, partie si altérée dans l'édu-
cation publique. Je vous ai promis de vous mettre à
même de completter l'œuvre si méritoire que vous
vous proposez. Continuez donc d'après mon ob-
servation. '
Buonaparté. — La dissolution la plus criminelle
régnait dans notre école; non-seulement elle était
tolérée, mais encore les chefs l'encourageaient par
leur exemple. Je la partageai entièrement; lorsquô
je fus admis à Técole militaire de Paris, j'y trouvai les
4ncmes principes, et je suivis la môme marche qu'à
Bri^nne. J'étais furieux contre le destin de la modi-
eité de ma fortune* Souveitt je maudis^ la ProvH
dence, en invoquant la mort. ...
L*Àbbé Mattry.-^Vatis savez mieux que moi^
Sire, *que la mort est la res5ource des lâches. Lat
religion, la nature, et Thonneor zious font une loi
de notre conservation. Cest cïans Tadversité que
nous sommes dignes d'être hommes, 9t tiom sup-
portons avec courage toutes les rigueurs dû sort.
Quiconque n'a pas connu le malheur/ignore encore
la force de ces mots sublimes, amitiéy bonheur et
fermeté. Un revers est la pierre de touche des
vrais amis, il nous fait sentir tout te prix d'une heu-
reuse position, et il nous met à même de déployer
cette énergie caractéristique de la véritable vertu.
Buonaparté. — ^Toutes ces idées dont je sen*
aujourd'hui l'importance, m'auraient alors paru ro-
manesques. J'étais pauvre ; mes camarades étaient
riches, je me croyais le plus infortuné des hu-
mains. Employé dans !e premier régiment d'ar-
tillerie à pied, je mis à profit la dissimulation dont
j'avais résolu de faire ma règle de conduite. J'exé-
cutai ponctuellement les ordres de mes chefs, dont
la plupart étaient des îgnorans. Je m'occupai de
rinstruction de ma compagnie. Je ne voulus jfas»
faire société avec les autres officiers pour ne pas
être exposé à faire des dépenses au delà de me»
moyens. Je n'ai jamais aimé à faire des dettes.
Elles avilissent un officier, en l'obligeant à des dé-*
férences envers de méprisables créanciers. Je
passais mon temps h des occupations utiles avec lé*
sergent-major de ma compagnie qui était trèi-
versé dans la pratique de son arme ; il est aujour*
d'Jiuî colonel d'artillerie, chargé de la direction
d'Anvers; c'est un parfait honnête homme. On
me reprochait ma solitude ,* ^alléguais mon désir
de m'instruire» et déjà je faisais des dupes de mon
charlatanisme.
L'Abbé Maury.'T'^t ne vois rien de blâmable
4ans une semblable conduite. Votre délicatesse
en ne fauiajQt point de dettes, mérite de servir de
modèle à tous les jeunes officiers qui feraient aussi
fort bien 4*iîïiiter votre discrétion. Tous vos colo»
îX^ls et vos généraux sont devenus si bavards, que
souvent il m'arrive en société de ne pas trouver un
moment favorable pour émettre mon opinion. Sol-
dats ou sous-ofliciers dès leur jeunesse, ils sont d'une
ignorance crasse pour tout ce qui fait les charmes
de la société, comme la littérature, l'histoire, leâ
t)eaux aits, etc. etc. Ces Messieurs ne parlent que
d'assauts et de charges à la baïonnette ; on est in-
digné de voir ces Muntauciels et ces Laramées se
croire égaux pour la guerre aux Alexandres et aux
Césars. Le maréchal Augeréau s*est flatté, il y a quel-
ques jours, dans une société nombreuse, d'être l'au-
teur de vos victoires d'Italie en 1796. Il a eu l'im-
pudence de dire; "Quevous n'étiez pas brillant un
jour de bataille." En général, l'arrogance de vos
pfficiers est poussée à un point ridicule^ Il serait
^ désirer que vous v missiez bon or.dre. Excusez
cette digression qui m'a été dictée par la chaleur
de mon zèle pour la gloire de votre majesté.
Euonapartér-'^t me parlez point de réforme
de ce genre. J aime que les chefs de Tarmée se
croient une certainie importance en qualité de mes
premiers serviteurs^ J'en viens à mon apparition
dans le monde: c'était au siège de Toulon. Je
fus l'instrument de la cruauté de Barras et de Fre-
ron. Je fis fusiller, 'mitrailler et égorger à coups
de baïonnettes les malheureux habitans de cette
ville, après qu'elle eût été évacuée par les Anglais.
V Abbé Mauryp-^V ous étiez mjlîtaîre. Vous
obéîtes aux prdres de vos chefs. Vous êtes înho-
cent. UJEternel demandera compte de toutes ces
horreurs aux députés de 1^ convention,
.Buonaparté.-^^mpXoyé à Tàrmée d'Italie en
1794, je critiquai tous lés généraux, éelon moi,
l'un était unlâche, l'autre un îjgnorant, cëluî-cî un
pillard, celui-là un paresseux, etc. Je représen-
tais le général en chef comme un aristocrate, et
j*affeçtais un jacobinisme outré. Déjà je convoitais
le commandement absolu. Mon ambition me fit
soupçonner de trahison, on n)'^fréta, on visita mes
papiers, on les trouva en bon ordre et en ma faveur.
Je fus mis en liberté. On ne manqua pas de me
noter comme insiibordonné, tracassier et dangereux
pour la trant^illité et l'union. Aubri, dans son
travail sur les états-majors, me réforma comme
ayant un caractère brouillon et turbulent. Cette
injustice me pénétra de la plus vive douleur. Je
/
9
me rendis à Paris pour réclamer ma remise en ac-
tivité de service. J^étais malheureux ; on me
tourna le dos. Mon modique traitement de ré-
forme ne pouvait point suffire i ma subsistance, et
j'ai été plusieurs fois tenté de me brûler la cervelle.
Je croîs même que j'en serais venu à cette extré-
mité, sans les secours que me procura la famille de
M. ft^onvoisin, qui, étant mon aide-dé^camp, par-
tageait ma disgrâce. Crainte de l'oublier, je dois
vous faire connaître toute mon ingratitude envers
cet ofBcier. Sa vue, depuis que j'en avais reçu
des services particuliers, me soulevait le cœur, et
lorsque j'envoyai une expédition à Saint Domin*
gue, je lui fis donner l'ordre de partir pour cette
colonie, oh il est mort de la fièvre jaune. Lors-
que le général Sarrazin, dont il était, à l'époque de
sa mort,. le premier aide*de-camp^ m'eût appris son
sort, j'éprouvai .une satisfaction intérieure d'être
délivré pour toujours du témoin de ma mi3ere,
de mz faiblesse et de ma cruautés II vit ma
conduite au 13 Vendémiaire, il la désapprouva,
pt il cessa d*ètre mon aide-de-camp. Je fais
ordonner à tous ceux ^ui s'occupent de mon his-
toire de n'entrer dans des détails sur mes actions
qu'à dater de 1796, époque de ma première cam-
pagne en Italie. . Comme on est obligé de parler
du 13 Vendémiaire, puisque c'est l'événement au-
quel je dois tout ce que je suis, le ministre de la
police veille à ce qu on publie^ que sans moi le car^
WEge des Parisiens eAt été bien plus grand, tpudis
10
que je dois vous avouer, que fion-seulcment j'ai
encouragé les troupes, mais encore que j'ai prêché
d'exemple en me précipitant avec Tétat-major au
milieu des groupes de fuyards que nous avons
hachés. Barras nous regardait de loin. Il m'avait
jugé digne d'être son second. Je voulus justifier
sa confiance.
L'Abbé ifefawr^. — Vous n'avez fait encore
qu'obéir, et je ne trouve rien de repréhensible dans
vos coups-de^main de la rue Saint Honoré, et du
quai Voltaire. Vous avez vengé la mort de Tin-
fortuné Louis Seize, et de tant d-autres victimes
qui ont péri pendant la révolution. Je ne dois
mon sahit qu'à la présence d'esprit qui me fit de-
mander à ces égorgeurs, sHls y vefraient plus clair^
quand ils m'auraient pendu à la lanterne ? La loi
du talion est, à mon avis, la plus juste. Vous
avez repoussé la force par la force. Votre cliarge
efjfîcace au milieu des Parisiens désarmés, vous con-
cilia entièrement l'affection de votre protecteur
Barras, et frappa de terreur les badauds de Patis>
qui, sans votre énergie, auraient renouvelé chaque
jour leurs algarades contre la convention.
Buonaparté. — Ne Voulant point intervertir
l'ordre de mes péchés, je dois aussi vous faire
l'aveu de mon ingratitude envers Bénézech. Bar-
ras, malgré ma conduite distinguée dans les mas-
sacres de Toulon, m'avait reçu assez froidement, et
il ne changea de ton à mon égard, que lorsqu'il crut
que je pouvais être utile pour mettre les Pari-
11
I
«içtis à la raison* C'est à Bénézech que je dus
ma remise en activité. Il mappuya fortement
auprès du gouvernement, et lorsqu'il m'annonça
le succès de ses démarches en ma faveur, je
fus si hors de moi-même à force de joie que je
sautai par-dessus la table qui me séparait de
mon bienfaiteur pour aller l'embrasser. Ce senti-
ment bien agréable fut pour moi un vif chagrin,
lorsque je me vis consul. Je savais que les
hpmmes qui avaient de Tembonpoint et qui ai*
maient les plaisirs, ne faisaient pas long feu à
Saint Domingue. J'y envoyai Bénézech comme
préfet colonial; il ne tarda pas d'y mourir ainsi
que je le désirais. Je me reproche tous les
jours cet acte de cruauté. Bénézech était un
honnête homme.-
. L'Abbé Maurtf. — Le juste pèche sept fois par
jour. . La nature; ainsi que vous le dites, parmi
les grandes qualités dont elle s'est plue à vous
orner, vous a refusé la sensibilité et la recon-
naissance. Il fau,t tâcher de vous vaincre sous
ce double rapport. . Il est si doux de verser des
larmes ! Il faut vous repentir de vos injustes
procédés envers Monvoisin et Bénézech. Ces
deux hommes méritaient un meilleur sort, puis-
qu'ils vous avaient été utiles. Du reste, il faut
;kgiv un, peu cavalièrement^ quand on joue un rôle
aussi important que celui de votre majesté,
, Btumaparté: — Ainsi que je vous l'ai déjà dit,
j'ai qMarante-un ans accomplis^ et cependant je
ci
1%
A'ai point souvenance d avoir jamais pleuré*^ J'ai
vu le sang couler par torrens, j ai parcourti des
champs de bataille couverts de plusieurs milliers
ée cadavres, amis et ennemis, mon ceil restait
sec comme de t amadou, et mon cœur n'éprouvait
d'autre sentiment que la satisfaction d'avoir vain-^
eu. J'espère que par vos prières ferventes vbus
m obtiendrez du ciel la faveur de pouvoir m'at»
tendrir sûr les maux des mortels. La tragédie
du 15 Vendémiaire me valut le commandement
de Paris et de la l/eme division militaire. Ce
poste choquait mon amour-propre et contrariait
mon ambition. Tous les jours je recevais boni
nombre de billets anonymes qui me disaiei^t de
terribles vérités, et^ la capitale était loin de m'of-
frir une perspective de gloire comme une armée
me rassurait. Je sollicitai BarraSi devenu direc-
teur, pour avoÎL un commandement plus in>por«
tant. Il céda à mes instances à condition qu(v
pour garantie de ma fidélité à la France, je me
marierais, avant mon départ, avec la veuve do
géïiéràl Beauhamois qui passait publiquement
pour sa maîtresse. Je ne fus pas long-temps
à me décider, malgté que ma Arture fat vieille e<i
taidcv Elle me parut jeune et bèllte, dès que sa
main me procurait le commandement en chef
de Tannée dltaHe. Je l'épousai ie 8 MàrS 179$,
et le lendemain die mes noces, Jt partis de Paria
pour me rendre à ihoii armée. Je iti'ae^ise d'a-
voir fait ce mariage par pur intérêt, ' et taulkitaent
I»
dans ^les vues prescrites par les devoirs soéiaux et
religieux.
VAhhi Maury. — Vous faîtes aujourd'hui la
bien douce épreuve que le temps est un grand
maître, et qu'avec de la patience, on doit rece-
voir la récompense de ses travaux. Je blâme
îe motif de votre mariage. Votre repentir vous
assure le pardon de cette erreur. Soyez persua-
dé que, dans toutes mes prières, je supplierai le
père de tous les humains de vous accorder ce»
suaves épanchemens de ,1a pitié, précurseurs de
la félicité dont les bienheureux seuls jouissent
dans le ciel et pour F éternité f !
Biumaparf é.-^Mon dernier séjour à Paris m'a-
vait appris à bien connaître le caractère de$
Français. Je m'étais bien convaincu que pour eti
venir à bout, il fallait les conduire avec fa wryt
de fer. Il me serait difficile de vous donner
une idée exacte de l'orgueil avec lequel je traitai
ces mêmes hommes de Tarmée d'Italie, qui, deux
ans auparavant, m'avaient presque tous accablé
de feur rébutante fierté. Combien ils me par««
rent méprisables par leur empressement à me
courtiser pour tâcher de me feire oublier le passée
J -atraîs à m« louer de Masséna. Je le connaissais
pour un homme sûr. Je le distinguais de \% foule
des Ifattèurs. Après avoir fait quelques arrange^
inens préliminaires dans l'armée, j'allais attaquer
ks Autrichiens, lorsque j'appris avec joie qu^Is re^
pousrsaieat mes avant-pqsitei. Je né f^us parib
14
{X)int de mc& opérations militaires. Vous les avez
lues sans doute depuis long- temps, dans les rap-
ports faits au directoire. J'avoue qu'ils sont remplis
des mensonges les plus inipudens qui, dans le fond,
ne sont que des nises politiques. J'ai exagéré
les pertes de l'ennemi, et j'ai eu soin de diminuer
au moins des trois quarts celles des Français. Sou-
vent je me suis donné la victoire, quoique j'eusse
été battu. J'ai trouvé de très-bons mots dans le
calme du cabinet, et je les ai mentionnés comme
en ayant fait usage au milieu du feu , le plus
terrible. J'ai lâché la main pour le pillage, j'ai
fermé les yeux sur les rapines de mes généraux.
Sur quarante mille coupables, j'en ai fait pupir un,
pris dans les derniers rangs. J'ai donné beau-
coup d'authenticité à cette sévérité pour jeter de la
poudre aux yeux des habitans, et pour faire croire
que j'improuvais des abus dont je tirais moi-
même un très-grand pront. Berthier envoyait
. dans toutes les places des commandans de con-
fiance. Ils avaient des instructions de main de
maître. Leurs soins étaient généreusement ré-
compensés. Indépendamment des contributions
générales, il en était imposé de particulières pour
être dispensé de loger des troupes. Cette partie
m'a rapporté des sommes immenses. A la paix
deCampo Formio, j'étais le plus riche particulier
de l'Europe.
UAhhé Mawryi — Quoique l'avarice sait un
des sept péchés capitaux, l'usage noble ^ue voua
u
avez fait de votre trésor me fait pencher vers Tia-
dulgence. On aurait tort de vous regarder commç
un Harpagon. J'approuve donc tout ce que
vous avez fait politiquement en. Italie. . Quant
à votre conduite militaire, on eh parle de tant
de manières difiërentes, que je crois néceiS;saire|
pour pouvoir fixer mon opinion, que vou&^mo
donniez vous-même quelque explication à ce sujets
Avez*vous attaqué avec la loyauté des ancien»
chevaliers ? N'avez-vous pas eu recours au men^
songe, à la séduction et souvent à des actes dq
sévérité superflus? Faites-moi connaître fVan^
chement le grand secret auquel on- attribue vos
victdires. * ^
Buonaparté. — Cest à César que je suis tc*
devable de tous mes succès. Ce grand capitaine
a dit ; ^yez des soldats^ vous aurez de P argent ;
ayez de F argent, v&hs aurez des soldats. Virgilç
m'avait en outre appris que tor étmt la clef des
coeurs* Auri sacrafames, quid non mortaUa pectara
cogis. Ce qui, réuni à l'adage de CromwcU étant
employé à propos, a dû me faire paraître, sùpé--
rieur à tous les généraux qui ont paru depuis
Charlemagne. Aussitôt que je fus maître de Milan,
je fournis à Masséna l'occasion de s'enrichir, en
le faisant entrer le premier dans cette riche ca-
pitale de la Lombardie/ Les cadeaux qui me fu*
rent faits, je les distribuai aux généraux et aux
colonels. Je n'en gardai que la plus faible par-
tie. Je connaissais la rapacité d'Augereau. Je le
g^fgeâi d*or. Jb donnai des grades. Je prodi»
gtiai les élogesi et j'obtins des résultats étonnanSi
ie n'avais point négligé la partk si essentielle de
Feàpiennage. J'étais encore dans les Alpes, lorsque
J6 chargeai un éniissaire intelligent de se rendre à
l'armée Austro-Sarde, de semer la désunion entre
Beauliea et Colli, de découvrir les projets de ce
fternîeren t»s d'échec, et de lai faire entrevoir
un avenir bien plus favorable avec l-armée Fran*
çaise qu'avec les Autrichiens* Un agent fut aussi
pladé dans l'état^major de Beauli^u, et des pa**
triotes Milanais travaiUerent les esprits pour la
réoeptiotn des Français. Pendant mon premier
séjour à Milan, je réussis, à force d'or, à rnc
proGsifer un homme de confiance dans le minis-
tère même de Thugut II m'a servi avec unt
^éélité bien précieuse jusqu'à la. signature de mes
pnéliminaires de Léoben. La crainte d'être dé-
eau vert, te décida à se jrefugier 4 < abord à Cons^
toaitinof^^ de là dansjes états barbaresques^.. Je
n'aurais. que quarante mille francs, par an comni^q
géoétal 0BL chef, et je lui donnais cent mille frnnci^
parmois^ Quasd je le 8^ en s{^reté, laf:uriosit^
du Ëiiit, et »moa amour .propre me firent co^anui*
niquer^ cette anecdote à plus de cinquante gé-
néraux et ofiSciers réunis à mon quartier gêné*
rai de Passéiiano en Octobte 17 97 • Qufint au
système ^militeûre que tout le monde prétend que
j'ai -créé, je vous assure que c'est une chimère*
Je fais la ^guçisre comme l'ont faite dans tous
i^ tempS) lei^ géfiéraux qui avaient le tens coin^
hhmi. Les auteura pou? innover, ont fait paç
Faître nnc foule de volumes, où ce qu*il y a de
bon est pillé des anciens ouvrages sur l'art de la
guerre. On a cm faire du neuf, parce qu'on a
changé les noms, II n'est plus question que de
mpuvemens concentriques et excentricités, relative^
ment gmx Ugnes dapérations quon divise en pre*
rmercy seconde y etc. On prétend que mes armées
marchent avec la rapiMté de Tédair, que je pa^-
rais tùniber des nues. On vante tunité, la rnoU*
Uté, Factiviféy f harmonie, et autres dénomina-
tions avec lesquelles on fait croire aux ignorons
que je suis un magicien, ou un phénomène. On
n^a pas encore prononcé les véritables mots. Je
dois tous mes triomphes au nombre et à la té^
mérité. L'armée française d'Italie à Tépoque où
j'en pris le commandement, était sans instruc*
tion. Il n'y avait pas un bataillon qui sût rom-
pre par peloton, d'après les principes. Mes bataîU
les de Montenotte, de Millesimo, du pont de Lodf,
de Castiglione, d'Arcole, et de Rivoli, ont été U*
vrées à la Turque, et lorsque la victoire n^'a souri,
Jen ai rendu grâces au nombre et à la. témérité
de mes troupes, autant qu^à la faiblesse des gé-
néraux ennemis. Ils avaient d'excellens soldats.
Souvent ils ont pu suppléer le nombre par Tavam
tage des localités» ou par la fortification. Le
grand âge des uns, et la rivalité ou la séduction
18
des. autres m'ont servi adrnirablpmçnt. J'étaii
perdu sans resspurce, sî Alvinzy. avait su profiter
du décourageaient de mes troupes après la bar
taille d'Arcole. Quon ne me croie point supé-
rieur à Tu renne, au grand Condé, au prince
Eugène • . ., je n'ai vu dans la' guerre qu'une lutte
où le J*çrt triomphe du faible. Le génie est le
beau idéal de l'art de la guerre, l'audace en est
la réalité. Les armées d'Alexandre, d'Annibal,
de César, , et de Pompée, ont exécuté les ordres
de leurs généraux comme celles du prince Charles,
des Suvarow, des Moreau et l'armée d'Italie. Le3
batailles de Wurtzbourg, de Novi, de Hohenlin-
den, et de Marengo peuvent être assimilées aux
journées de Dirrachium^ de Pharsale, de Cannes^
etd'Arbelle.
VAhhé Maury. — Les ruses de guerre sont
dans votre état de général ce que les figures de
rhétorique sont dans la professioi^ d'orateur. Ces
stratagèmes ne sont nullement coupables^ et l'é-
criture sainte en fournit plusieurs exemples. Ils
vous opt aidé puissamment à remplir les ordres
du gouvernement. Je crains que votre modestie ne
vous empêche de dire la vérité sur le bonheur qui
vous suit à la guerre depuis quatorze ans presque
sans interruption. Fox populi^ vox deL La voix
publique élevé jusqu'au ciel la supériorité de
votre génie militaire. Et cependant vous m'a-
vouez que ce n'çst qu'à force d'hommes et par
des crâneriesde Vo9 généraux* que vous ave«
changé la face dû continent r Vous avez donc
sans doute, • d'après vos principes, persisté aviett
acharnement dans des attaques mal eombinées,
et vous avez préféré sacrifier une fouleide sol-
dats plutôt que d'humilier votre amouH-propre
en rectifiant l'inconséquence de vos premières dis-^
positions. Cette • faute est grave aux yeux de
l'Eternel, et si vous avez eu le malheur dévoua
^n rendre coupable, il faut en spécifier à-peu-près*
les circonstances et en être bien repentante Sans-
cette précaution, le ciel à votre derïiiefe heure de-
manderait vengearicft du sang versé par votre^
méchanceté. ' - t
Buonaparté. — ^Oui, je Tavoue à ma honte. Ma
vie jusqu'à ce jour n'est qu'une série d'atrocités
dont je me suis rendu coupable pour satisfalil^'
mon ambition. PHvé par la nature du beau phy-»*
sique de Kléber, de l'intrépidité de Lannes, et'
du rare talent de Moreau, un jour de combat,
je m'étudiai à utiliser pour mon compte les qualités
des généraux sous mes ordres^. Depuis long-temps
je connaissais cette profonde sentence de Mou-*
taigne que lepe^le est une héte que chacun monter
à son tour. Je savais aussi que la fortune sourit à-
l^audace v Audaces fortuna juvat^ timidosque re>-;
peUit. Je sentis la nécessité de prêcher d'exem-
ple^ et malgré ma répugnance à aller, au feu, je
parus plusieurs fois à la tête des tirailleurs. Une
isemblable conduite fut prise pour de l'argent:
p2
sa
eomptant J'électrtsai les lâches. ht% braves se
mrpasserecit, et tous firent des prodiges. A cc!tte
attaque du château de Cossaria, je perdis par ma
faute environ huit cents braves gens. Toutes les
sodbmontades d*Augereau ne purent point mti-
\ HÛder le courageux Proverai et il fut sourd aux
propositions qui lui furent faites à ma Jbçon.
'Si< Tarmée Autrichienne avait eu plusieurs
homiues de cette tienipe, Je serais aujourd'hui
4dns le néapt. A la^ bataille d'ArcoIe, je perdis
qu,atre mille, hommes par un entètemept ridicule.
J'aurais bien mérité qu'au lieu de me retirer du
bourbier où j'étais tombée on m'y eût enfoncé pour
m'y faire noyer. Soyez bien assuré que mes
campagnes d'Italie de 1796 et 1797, après les
deux causes précitées, sont plutôt Teffet du hasard,
^e de ce qu'il plait à mes partisans de procla*
mer géme 0:ptraordinûir€. Je fis une grande
faute après le passage du pont de Lodi, en donnant,
à Beaulieu dix*huit jours pour se reconnaître sur
le Mincio. Il profita de ce retard pour approvi-
sionner Mantoue. Mes ennemis ont prétendu
que ma conduite dans cette occasion avait été
habilement calculée pour prolonger la guerre-,
et acquérir de la célébrité. En effet, si j avais
poursuivi lesAutrichienSi les provinces héréditaires
auraient été envahies sans obstacle. Le% immenses
armées de Jourdan et de Moreau auraient décidé
lempereur à conclure alors cette paix qui, (Mir'
mes erreurs plutAt que par mes combinaisonsi n*e^
lieu que Ykxmée d'après» J'employai pout Tob^
tenir les flatteries, les menaces et les promesses^
Je rencontrai des plénipotentiaires qui parurent
m'idolâtrer. Pour Tun j'étais le pi^emier général
du monde ancien et modernCi l'autre me disait
que j étais le plus habile diplomate qu'il eût encore
connu. Cobentzel me deatinait une couronne im*.
riale> et Gallô m'assimilait à la divinité. J^étais
un Crésus, et je répandais l'or à pleines mains*
Je jetais les bases de ma grandeur actuelle. Je
me rendis à Rastadt. J'y. parlai en mattre^ <)n
m^applaudit. Arrivé à Paris^ je nCalmssm pour
éPre excMé. Je savais que les directeurs étaiéïnt
pauvres d'esprit et d^argent, autant que ricliei
d'orgueil et de jalousie. Je fis de grands cadeaux.
J'aiièctai une grande simplicité. Je vécus trèi«-
retiré. Je proposai une expédition avec proQiesf<!
d'en faire les frais. Je voulais, comme Auguste^
disposer les esprits à revenir à la monarchie^
seul mode de gouvernement convenable à la,
France.
ISAlîbi Jlfatfyy.-^Vous aviez sans doute étu*'
dié ce que dit Tacite dans ses annales dont le se«
coud paragraphe est sublime . • . Qimmférocisnnd
per actes oui prascry»tiane cecidUêenft ceteri nobi^
Utmii quanta qms in servUw prômptior, opiiuê et-
homrHus exidUrentur^ Sgc. ^c.
Buanaparté. --* Vous m'avez deviné. Cei
n^es hommes qui m'avaient été si utilei en Ita*
lk% étaient le plus grand obstacle à raccompHsse»
3t
ment de mon projet de me mettre à la tète du
gouvernement Ils étaient d'un jacobinisme viru-
lent. Presque tous les généraux et officiers supé-
rieurs étaient Provençaux, Languedociens, et Gas-
cons. Ces têtes méridionales étaient singulièrement
volcanisées par le vain mot de liberté. Il fallait
les écumer politiquement. Malgré le grand nom-
bre d'enragés patriotes que j'avais fait égorger, il
me restait encore plusieurs Brutus qui m'eussent
assassiné impitoyabtement, si, dès leur vivant, j'a-
vais rtenverséla république. De ce nombre était
l'audacieux Duphot qui commandait l'avant-garde
de-Masséna. On eut soin de le faire assassiner à
Rome. En me délivrant d'un ami dangereux, on
procurait à la France un ennemi beaucoup plu»
utile que redoutable. On fit payer cher aux
Romains un meurtre dont ils étaient innocens.
Oh ne m*a jamais soupçonné d'avoir fait empoi-
sonner le Général Hoche. Son successeur le Gé'^
néral Augereau aurait dû donner l'éveil. J'avais
fait porter au pacificateur de la Vendée tout
l'odieux de marcher avec son armée contre les
conseils pour soutenir le directoire et favoriser le
18 Fructidor. Seul je voulais en recueillir les >
avantages. Pendant que mes agens me déli*
vtaient d'un rival aussi à craindre par la vio*
lence de son caractère que par l'influence que
lui donnait l'attachement de son armée, je- fai-
sais un éloge pompeux de ses talens militaires*
auxquels je n'ai jamais cruf^et je persuadais à mes
ta
alentours que j'étais pénétré d'admiration pour
cet homme dans le moment même où il succom<*
bait victime de mes perfides complots. Je choi-
sis pour mon expédition d'Egypte, le» régimeus
dont les officiers étaient connus être des déma*
gogues. En outre de mes favoris, je fis dési-
gner les généraux dont l'audace et la mort
pouvaient m'être* utiles. Je croyois Kléber un
homme ordinaire. J'avais refusé • de le compren-
dre sur mon tableau. Dès que je l'eus vu, je
lui rendis justice, je lui trouvai un mérite supé-
rieur, et je m'empressai d'en débarrasser la France.
Je concertai avec Lucien et Joseph la marche
à suivre jusqu'à mon retour dont l'époque fut
à- peu-près fixée. Je partis de Toulon pour me
rendre à Malte oîi mes agens avaient tout pré-
paré pour la reddition de cette place.
L'Abbé Miury^— Avant de passer en Afrî«
ijuc, je crois à propos de vous rappeler queU
ques faits dont vous auriez' dû me parler, va
leur importance. Les fusillades de Milan et de
Pavie> le sac de cette dernière ville, le pillage et
l'incendie de tous les villages voisins, les vols sa-
crilèges de l'église de Notre Dame de Lorette,
dont on dit que vous vous êtes approprié le tré-
sor, les égorgemens de Lugo et de Vérone, l'ôc-
cupatiou furtive de Livourne et d'Ancône, et tous
les désastres dont vous avez accablé, l'Italie entière
et notammentles Etats Vénitiens, tous ces actes
arbitraires très-coupables devant Pieu, exigent
34
quelques détails pour que je puisse apprécier jut-
jqu'à quel point ils doivent vous être imputés.
.Vous ne m'avez point parlé de votre conduite
sous le rapport des mœurs. Il a circulé des bruits
.qui vous sont peu favorables. Tous ces oublis sont
très-graves, quoique je ne les croie pas prémé-
dités. Puisque le ciel vous a inspiré l'heureux
projet de votre conversion^ ne la faites pas à demi ;
soyez grand dans une démarche qui doit vous
assuri^r le pardon de tous vos péchés. Décou-
vrez^moi tous les replis de votre âme. De votre
franchise dépend votre bonheur dans ce monde
et dans Tautre.
Buonaparté.-^Qne voulez-vous que je vous
' dise, je suis coupable et très*coupable. J'ai cru
.que mes troupes ne suffiraient pas pour contenir
les habitants. Je voulus les frapper de terreur.
Je suis sûr, qu'en occasionnant la révolte de Pavie
je ne fis que la devancer de quelques semaines. Je
fis tuer, pilleri violer et incendier. Cette ville s'en
souviendra pendant cent ans, La bêtise de Victor
pccasionna des plaintes sur lenlevement des ri*
chesses de Notre Dame de Lonette. Je lui avais
ordonné de ne prendre qneles objets de grandprix.
Il enleva toutjtisqu'au cuivre plaqué en argent. Je
fis restituer les effets de peu de valeur. Ma coa-
duite envers les états Vénitiens est d'un machiavér
lisme inouï jusqu'à nos jours. Lorsque je me vis
assuré de la paix avec l'Autriche^ je fomentai des
troubles dans les provinces du piiys contiuesttal
25
appartenant à la République de Venise et je pro-
mis monts ^t merveilles au sénat et au peuple de
cette riche cité.. Je levai des contributions
énormes. Je fis fusiller quiconque s'était montjré
Tennemi des Français. Je cantonnai toute Far*
mée dans le territoire vénitien où elle fut nourrie .
par les babitans. Je fis proclamer solennellement
les principes républicains^ et je finis par vendre ce
peuple au Prince reconnu le plus despote de tEu-
rope. Quant à la partie de mes mœurs^ je suia
très-criminel. Les détails que j'ai à vous com-
muniquer vous feront dresser les cheveux. Je
vous dirai la vérité toute entière. Je pense qu'il faut
garder cet article pour la conclusion, afin démener
de pair la guerre et la politique. Il me parait que
vous êtes au courant de mon histoire ; il restera
peu de choses à désirer pour l'intégralité de mes
aveux, si vous ayez la bonté de continuer à aider
aussi efficacement ma mémoire.
L'Abbé Maury. — Comptez sur Haon zèle.
Soyez surtout bien marri de la conduite affreuse
de votre Victor envers les dépôts sacrés de la
sainte chapelle de Téglise de Notre Dame de
Lorette. Je laisse à votre générosité la restitution
partielle ou totale des objets volés, en vous assu-
rant que si vous adoptez le dernier mode, vous
aurez fait un grand pas vers la perfection. Mal--
heur à la main impie qui s^empare du Bien des églises,
qui est le bien des pauvres ^ et le dépôt le plus cher
à la divinité. Un cadeau de la munificence im«
90
périple, équivalent au vql de Victor, est, d'après
lç9 canons de la sainte église, indispensable pour
vm pardon sans réserve. Passons en Afrique. Je
vous rappellerai plus tard vos torts envers le Pape
la vicaire de Jésus^Christ sur la terre, le père des
Jideks.
Btwnaparté.-^IX me fallait de Targent, les
Romains en avaient. Je dus es^iger de fortes
sommes qui m ont été bien utiles. Les cinq mil-
lions de diamans qui me furent donnés en con-
séquence du traité de Tolentino, et dont le direc-.
toire eut la bonhomie de me faire présent, m'ont
rendu des services incalculables. II me fut péni-
ble de rançonner aussi fortement le chef vénérable
des catholiques. La nécessité n'a point de loisr
Quelques-uns de ces diamans distribués avec
s^dresse, me rendirent dans deux jours, maître de
Malte qui depuis a résisté pendant deux ans aux
forces de terre et de mer de l'Angleterre. Arriva
au Caire, je crus utile au bien-être de l'armée, de
me proclamer ewoyipar le prophète Mahomet pour
délivrer l'Egypte de la tyrannie des Beys et de$
vexations de^Mamelucks. Je me dis Musuhnanf
Ot je me déclarai lennemi du Pape ; je me vantai
d'avoir chassé de Malte ces preux chevaliers qui|
à l'époque de leur admission dans Tordre, prêtaient
serment de faire une guerre à çiort à tout Maho-
mètan. Je quadruplai dans ces contrées jadis û
florissantes, toutes les horreurs commises en Ita-
lie. Quandje voulais avoir de largenti je faisais
ménager une révolte. Je faisais tuer quelque!
Français, et je levais des millions. Je fis assassiner
le fanatique Dupuy, le Robespierre de Toulouse^
ancien colonel de la Brave âseme demi-brigade.
C'était un de ces jacobins qui voulaient exterminer
les roîs^ eh tout semblable à ce Duphot dont les
sbîrrcs du Pape avaient fait justice. Dupuy était
commandant de la placé du Caire. Il crut pouvoir
dissiper avec quelques dragons un rassemblement
as»ez considérable. Il fut blessé à mort, et il
expira en faisait dès vœuKpctur la perpétuité de sa
chère répuhliqtte. Plusieurs officiers partagèrent
le 80Ft de Dupuy. Je parus terrible. Je fis marcher
mes colonnes d'attaqué et mon artillerie. On fit une
boucherie horrible de ces misérables Turcs. Ils fu-
rent traités comme les Parisiens au IsVendéîbiairel
Je lie m'en tins point à verseï* du sang; j'avaiis
un autre but. On n'obtint le pardon de la ville
qu^au poids de For. On réussit à iiie calmer. La
tranquillité fut rétdbKe dans le Caire. Tant de
monotonie était en opposition.avec mes goûts et
mes projets. Les Mamelucks avaient disparu.
Les Arabes étaient effrayés et ne tuaient plus per-
sonne. L'armée était en parfaite santé. Je mè
voyais réduit à la triste place de pacha d'Egypte,
8Î je ne manosiivraîâ point de manière à affaiblir
l'armée, afin que moti absence parût nécessaire pour
aller sollicite]^ des renforts auprès du directoire.
Je partis pour la Syrie avec quinze mille hommes
d^êBte. A Jaffa qui fut pris presque d'asjiàut, je
2 » ,
28 '
fis égorger la garnison, quoiqu'elle se fût rendue k
discrétion. Elle était forte de quatre mille Maho-
métans.
LAhhé Maury. — Vous négligeâtes sans
doute de leur proposer d'embrasser le christianisme.
L'opération eût été courte, et si vous ne les eus-
siez fait» fusiller qu'après leur avoir fait donner le
baptême, vous auriez fait une œuvre très-méritoire,
puisqu'ils seraient allés droit au ciel. Il est à re-
gretter que dans la collection des savans qui étaient
à votre suite, vous n'ayez pas pris une escouade de
missionnaires. A l'avenir ne négligez point la pro-
pagation de notre sainte religion. Vous en retirerez
les plus grands avantages pour le succès de vos
glorieuses entreprises. Vous avez eu tort de vous
faire passer pour un partisan de Mahomet. Vous
vous êtes mis au niveau des renégats, et ce péché
est bien plus énorme auxyeux du Seigneur, que tous
vos pillages, vos incendies et . vos égorgemens.
Je ne puis point regarder comme une ruse de
guerre l'oubli total de vos devoirs de chrétien.
Soyez fidèle à la religion de vos pères, et vous
serez protégé par le Dieu des victoires. J'ap-
prouve vos moyens de vous procurer dfe l'argent.
Quant aux généraux Hoche, Duphot et Dupuy
dont vous avez réussi à délivrer la société, je ne
puis que vous féliciter sur l'habileté de vos mesures
secrettes pour atteindre votre but. Vous en avez
fait disparaître un grand nombre du même calibre,
et néanmoins il vous reste beaucoup à faire. Dé*
29
livrez-nous, au nom du Dieu tout-puissant, d^lî-
vrez-nous. Sire, de cette foule de terroristes qui
occupent encore les premières places de l'état, et
qui n'attendent qu'une occasion favorable pour
bouleverser de nouveau, Tordre social que votre
majesté a si heureusement rétabli.
Buonaparté^^-^honque je me suis adressé à
vous pour tranquilliser ma conscience, je n'ai point
entendu vous autoriser à me donner des conseils
pour diriger mon empire. Tous les hommes en
place y sont par ma volonté. Vos observations
sont superflues, à leur égard. J'ai su distinguer
Fenthousiasme de la cruauté, et le vrai patrio*-
tisme de la rage révolutionnaire. Vous même
avez fait nagueres la douce expérience que l'indul-
gence est à l'ordre du jour. Vous savez que je
sui$ porté de mon naturel à la destruction. Vous
devez donc m'engager à la douceur et à la clémence
.et non provoquer ma vengeance et ma sèvéritél
Je confesse que j'ai été barbare. Je me regarde
comme un monstre. Je me fais horreur à moi-
même. Je n'aurai de repos que lorsque vous m'au-
rez donné Tabsolution, en m'assurant que tous m,es
péchés me sont pardonnes. J'arrive à Saint-Jean
d'Acre. Que d'horribles souvenirs ! ! Je ne re-
grette point d'y avoir perdu quatre mille hommes.
Je les y avais conduits dans cette intention,
mais ce dont je ne me consolerai de ma vie,
c'est davoir vu échouer complettement toutes
mes attaques, audacieuses s'il en fut jamais, et où
30
périrent mes meilleurs généraux et mes plus braves
soIdatB. L'amiral anglais Sidney Smith, et un in-
génieur français rendirent mes efforts inutiles. La
levée du siégé étant résolue, je voulus donner le
change à mes troupes par l'attaque de quelques
hordes errantes, et par Tincendie de quelques vil-
lages. Je fournissais matière aux contes de Ber-
thier, et je justifiais par ces prétendues grandes vic-
toires du Mont Thabor, de Fouli, et du Jourdain,
l'expédition la plus absurde en guerre comme en
saine politique» qui ait jamais eu lieu. Je regrettais
d'avoir vuKléber échapper sans une égratignure aux
plusgrands dangers au quel je l'avais souvent exposé,
pour tâcher de me délivrer d'un homme créé par
la nature pour être mon maître dans les 6ombats« Il
m'avait déplu singulièrement au commencement
du siège. Il avait voulu paraître en savoir plus
que moi. Je ne pardonne jamais une semblable
prétention. La suite vous prouvera que ce général
ne perdit rien pour attendre. Avant de repassdr
le Pésert, j'ordonnai qu'on empoisonnât environ
cinq cents pestiférés ou malades, dont le transport
était inexécutable, et même dangereux. Les chii-
rurgiens les regardaient comme morts. On ne
fit que devancer de quelques jours leur dernière
heure. On m'a beaucoup reproché cette mesure
qui me fut dictée par la raison* On sait les bru*
talités affreuses que les Turcs font éprouver à leurs
prisonniers avant de leur trancher la tê.te. On »
prétendu que j'aurais pu leis mettre souâ la protec*
51
tion de Sir Sidney $înith> qui, vu la position d«
ces malheureux, les aurait soustraits à 1^ ven-
g^apge des Musulmans. Je conviens que cela au-
rait été mieux, si j*y avais pensé. J'avais tant
d'autres casse^têtes dans ma situation critique,
que je crois mon oubli bien moins blâmable que
mes assauts insensés de Saint Jean d'Acre. Il
m'est impossible de vous donner une juste idée de
mes anxiétés pendant le passage du Désert. Le
mécontentement de l'armée était à son comble-
Généraux, officiers, et soldats tous me maudis**
saient à cause de mon ambition* Plusieurs soldats
se suicidèrent ; un grenadier se brûla la cervelle à
quelques pas de moi, après avoir vomi les pluâ
horribles imprécations sur mon compte. Kléber
lUHmême eut la hardiesse de venir exhaler sa bile.
en me menaçant d'une révolte, si je n'apportais un
prompt changement dans mes dispositions primi^
tives. Je dissipai tous ces orages autant par m&
piésence d'esprit que par ma fermeté. Je parus
compatir aux maux des soldats ; je les encourageai
par des promesses, je flattai leur amour-propre en
vantant beaucoup leur constance à supporter les
fatigues et les privations, et leur héroïsme dans
les combats. J'imposai silence à Kléber en le me«
naçant de le f9.ire fusiller à la tète de sa division^
s'il ne faisait pas exécuter ponctuellement tous
mes ordres. Rendu au Caire, je Hs des procla«-.
mations à l'armée et aux habitans pour vanter xneq
opérations de Syrie, et fjtire traiter avec les plus
sa
grands égards tous ceux qui y avaient contribïi^^
Mon plan n avait reçu qu'une partie de son exé-*
cutîon. Si j'avais pu m'emparer d'Acre, j aurais
laissé dans cette place une forte garnison avec
Régnier pour la commander. J'aurais renvoyé Klé-
ber en Egypte à travers le Désert avec sa division ;
et sous prétexte de' retourner au Caire par mer, je
serais parti de Saint Jean d'Acre pour me rendre
en France. Le sort en ayant autrement ordonné,
je fus servi à merveille par le débarquement des
Turcs à Aboukir ; je les battis complètement. Ce
succès fit oublier pour le moment mes inconsé-
quences de l'expédition de Syrie. Les criards se
turent pour rendre justice à mes talens militaires.
Je profitai de ce calme moral pour préparer mou
départ. Je savais tout ce qui se passait en France.
Lucien et Joseph, de concert avec Tabbé Siéyès,
avaient soin de me tenir instruit de tous les événe-
mens. Il n'y avait pas un instant à perdre pour
arriver encore à temps. Le directoire lui-même
sentait sa nullité, et son impuissance de faire le
bien. Je ne dus pas balancer. L'histoire vous
apprendra le secret de mon voyage, il a donné
lieu à bien des conjectures. Je fus agréablement
wrpris, en arrivant à Paris, d'apprendre par Siéyès
qu'il m'avait été expédié, après la mort de Joubert,
deux bâtimens neutres pour m'engager à revenir en
France, ma présence étant jugée indispensable
pour réparer les désastres militaires et poli-
tiques occasionnés par les sottises des généraux,
33
et par rîîieptie et la rivalité des conseils et du
directoire.
U Ahhé Maury .—^5 1 rends justice à la profon-
deur de vos vues en politique. Quand la gangrené
est à un bras ou à une jambe, il faut en faire Tam-
putation pour arrêter les progrès du mal, et sauver
le reste du corps. Malgré que vous ne portiez
qu'à quatre ^nille hommes votre perte en Syrie,
je sais de bonne part qu'elle fut de huit mille,
et que vous* ne rentrâtes au Caire qu'avec sept'
mille des quinze qui étaient partis d'Egypte.
Lorsqu'il ne s*agira que d'une erreur de deux
bu troÎ6 cents hommes à ajouter au nombre des
morts jugés nécessaires pour accomplir vos desseins^
je ne vous ferai point d'observation ; mais lorsque
vous diminuez de la moitié la perte avouée par
tous vos collaborateurs, je dois vous demander
une explication qui rectifie votre déclaration, ou
qui dissipe mes doutes, afin que votre confession
soit aussi correcte que possible.
Buonaparté. — ^Je crois en effet que la perte to-
tale pouvait bien s'évaluer à environ huit mille tués,
les armes à la main, étranglés, empalés tout vivan§>
décapités, noyés dans des sacs après avoir été faits
prisonniers, ou mDrts de la peste et autres maladies.
J'ai tellement contracté l'habitude de mentir pour
diminuer mes pertes, que je vous prie d'avance de
croire qu'il y a toujours beaucoup à ajouter dans
Topinion que vous vous formez sur mes aveux*
Un général, j'ai Thabitnde de doubler le nombre
F
34
dfs mort$ et des blesséa de Tennemi. Je quadraplc
toujours celui de ses prisonniers. Je n'avoue dans
mes rapports que le dixième des morts^ et le
cinquième de mes blessés. Je ne conviens presque
jamais qu'on m'ait fait des prisonnière en ligne^ ex*
c^té une persome marquante y par V effet du hasard*
Ces mensanges ne huisent àperspnne, me donnent
du relief, et encouragent mon armée. Berthier qon*
liait à fond mon tar^miUtairey et j'ai rarement
besoin de corriger ses calculs. •
VAhhéMawry. — C'est fort bien. Je connais
tout le mérite de yotre fidèle compagnon de guerre,
et personne ne lui rend plus que moi la justice qui
lui est due. Je ne puis point approuver le mystère
dont vous enveloppe^ votre retour en France. Je
dois vous dire les bruits qui circulent dans les^
cercles fréquentés par les personnes de la haute so-»
ciété. On prétend que déjà à Léoben vous eûtes
connaissance des projets dePichegru en faveur des
Bourbons ; que vous parûtes n'être pas éloigné de^
coopérer à leur rétablissement sur le trône de
France, qu'en conséquencie vous vous rendîtes à
Milan, d où vous fîtes arrêter M. le secrétaire de
la Légation Russe à Venise, k son passage à
Trieste, où était le général Bernadette, pendant
que vous engagiez le général Desaix ^ se rei^drc(
auprès de vous sous prétexte de visiter les positions
où avait combattu Tarmée d'Italie; ; que vous lais»
sâtes évader le secrétaire Busse, après m avoii;
obtenu des aveux important, et des promesse^
35
encore pluà availtageosés pour la suite de vos cot^
binaisons, que vous réussites à faire votre dupe ce
Cobentzel, le caméléon de la diplomatie ; que vous
étie2 instruit de l'arrivée des Russes dont les succèi
étaient faciles à prévoir, qu'il était convenu que
vntre prodigieuse e)ipédition s'échapperait de Tou*
Ion, de Civîta Vecchia et de Malte, et se; rendrait
en £>gypte avec Yinçognito d^un corsaire de Bou-
logne, qui, à la faveur d'un brouillard ou des téne»
bres de la nuit, traverse le Pas de Calais pour cap^
turer des bâtimens marchands sous le canon de la
cdte de Douvres ; que vous reviendriez en temps
opportun pour vous mettre à la tête du gouverne^
ment ; et qu'enfin après avoir réussi à rétablir la
monarchie, vous rendriez à la France son légitima
souverain, en vous contentant du rang de conné*
table, ou généralissime des armées. Vous avea
trompé, dit-on, les espérances de tous les cabi*
nets de l'Europe, sans en excepter celui de Saint
James.
Buonaparté. — Lçn Français sont naturelle*
ment babillards, et quoique vous soyez né sujet du
Pape dans le comté d'Avignon, vous partages ce
défaut. Je saisie chacun raconte son histoire
sur mon compte. Souvent on se trompe, quel*
quefoison devine, et toujours on me suppose des
m
torts. Charité bien ardomtée cmnmenee par soi^
méfM. Le premier qui jut roi jvi un soldat heu^
reux^ J'ai toujours agi d après Ces deux prindpes*
Croyez«vous de bonne foi que je ne serais exposé
F 2
30
à être assassiné dans mon caup-de-main de. Saint
Cloud contre le conseil des cinq cents, pour remet-
ire la couronne sur la tète d'un homme, sinon in«-
connu, du moins qui m'est étranger ? Je suis né
Corse, sujet de l'état de Gènes. Lorsque je suis
venu au monde, j'ai respiré la haine des Français.
Ma patrie était tyrannisée. On égorgeait les Corses
comme des moutons. On les poursuivait dans les
bois comme des bètes fauves. Je suçai donc avec
le lait le mépris qu'inspirera toujours la versatilité
de la nation française, et je ne laisserai échapper
aucune occasion de tirer vengeance des atrocités
clontja Corse Fut le théâtre en 176^ année de ma
naissance. -Un semblable désir vûus paraîtra, sans
doute, bien coupable, Il est dans mon cœur
gj*avé en caractères ineffaçables. J'aurais dû le
Xeùit secret. Il m'a été arraché par la force de la
vérité. Il connaissait bien notre nation^ ce sa*
vant géographe, lorsqu'il a dit que ks Corses
étaient naturellement jaloux , vindicatifs et cruels.
LAbbé Maury, — Votre franchise me charme.
Nous ne nous sommes pas créés nous-mêmes.
Nous sommes tous sujets à des imperfections.
L'esprit saint dit: omnis homo fnendax. Souvent
un mal est nécessaire pour en éviter un plus grand.
Je vous engage à vous modérer. On s'est trompé
quand on a dit, que la vengeange était le plaisir
des dieux. Heifreux le prince qui ne CQnnaît d'au*
tre guide que la justice ! Trop de bonté con*
duisit votre illmtre prédécesseur à l'échafaud.
37
Je^ âais que rindulgence a ses bornes comme la
sévérité; Pensez que vous êtes Français par de-
voir, et que vous êtes obligé de vous faire cniirc
leur ami, si vous voulez qu'ils s'habituent à vous
reconnaître pour leur souverain.
Buonaparté. — Vos conseils sont superflus.
Mes arrîeres-nevcux pourront en profiter, si mon
fils est plus heureux que celui de Cromwell. Ce
n'est que par cent ans de tyrannie que ma dynastie
pourra se consolider. Revenons à ma nomination
de Consul. Pendant mon absence, mes amis
avaient tout disposé pour faire désirer un change-
ment de gouvernement. Ils avaient flatté tous les
partis ; les royalistes, les modérés et les jacobins
me croyaient tous très-disposé en leur faveur. Je
cherchai à les confirmer dans la borfne opinion
jqu*ils paraissaient avoir de moi. Je parlai de la
restauration des finances, et je fis entrevoir des
victoires par une réunion de volontés et de moyens.
Les jacobins furent les premiers à se méfier de mes
projets. Les modérés se déclarèrent mes partisans.
Les royalistes ne parurent pas. Ils attendirent,
derrière le rideau, l'issue de cette lutte avec l'es-»
poir d'en profiter. Je semai la désunion parmi les
républicains, par l'intermédiaire de quelques^ux
frères qui jouèrent très-bien leur rôle. Malgi*é
toutes mes précautions, sans mon frère Lucien, je.
pense que les forcenés terroristes du conseil des
cinq cents auraient paralysé mon plan. Leurs hur-
J8
kmeni m'empêchèrent de leur faire entendre rai-
son. Le souvenir de la mort de César dans le
sénat acheva de m^atterrer. J'avais de la peine à
me tenir sur mes jambes. Jç tremblais de tout
mon corps. Je savais que c'était de frayeur. Je dis
que c'était de colère. Les généraux Lefevre, Le-
clerc et Murât étaient tous aussi déconcertés que
moi. Personne n'avait la force de parler aux trou-
pes. Lucien harangua les grenadiers comme s'il
eut vieilli sous le harnois« Il leur parla de dis-
cipline. Il leur demanda s'ils ne méptiseraient
pas ceux de leurs camarades qui refuseraient d'o-
béir à leur capitaine. Ils répondirent affirmative-
ment. Il leur représenta que, comme président du
conseil des cinq cents, ils devaient regarder comme
rebelles tous les députés qui ne se réuniraient pas à
lui censé leur capitaine. Ce raisonnement parut très-
juste aux grenadiers qui applaudirent l'éloquent
Lucien. Leclerc qui n'était pas mal-adroit, profita
de ce moment d'enthousiasme, et entra dans la salle
des cinq cents avec sa troupe au pas de charge.
Les députés se sauvèrent par les fenêtres, et la ba*
taille fut gagnée. Bernadotte qui, la veille,
avait voulu se battre en duel avec moi, lorsque
je lui eus fait part de mes projets, était
resté à Paris. Jourdan la Commère n'avait pas
jugé à propos de se rendre à Saint-Cloud.* Cette
machine eût suffi pour déranger mes projets. On
lui insinua qu'il était beau de ne pas se soumettre
au dér.ret qui transférait les conseils à St. Cloud.
99
Le 11 Novembre 1799» je jouai le rôle de {Roi
de France. Je convoquai toutes les premières
autorités de Tétat. . Je parlai en maître. Je vis
avec joie que le charme était complet* J'ordon-
nai la déportation de quelques jacobins désespérés»
J'accordai ma protection à tous ceux qui parurent
renoncer à leurs erreurs. Je donnai de Targent à
Lefevre, commandant de Paris. Je fis parler à Ber«
nadotte que je savais être fort aimé des troupes*
On lui promit de ma part des honneurs et des ri-
chesses. U aime F agréable et futik. Je fus oblige
de le ménager^ parce qu'il était beau-frere de
Joseph, ayant épousé sa belle«sœur. Dans ce np*
prochement, je ne consultai que mes intérêts du
moment, et je résolus de profiter de la première
occasion de l'expatrier à tout priiu Le général
Moreau me fut utile au Luxembourg* Je voulus
lui en témoigner ma satisfaction, en lui donnant
en mariage ma soeur Caroline. Je fis insérer un
article odfAoc dans les journaux,^ la veille d'un jour
que j'avais fixé à Moreau pour venir concerter avee
moi ses opérations en Allemagne. Après qu'on
eut apporté les gazettes, j'en donnai une à Moreau,
et j'en pris une autre avec assez d'indifférence.
Après l'avoir «parcourue, je dis en souriant, cef
Parisiens ont tmejurieuse dénumgeaisan de parler.
Je lui lus l'article. Il éluda la proposition» et je.
parlai des troupes et des positions. Son caractère
modéré, et sa grande réputation militaire m'assu^
raient un règne tranquille, et l'attachement de Tar-
40
mée. Si jtavais réussi . à avoir Moreau pour mon
beau-frere, je me faisjtis proclamer Empereur im-
médjratement après la .bataille. de Marengo. Je
m'accuse donc d'avoir dans ces trois jours, 9, 10,
et 1 1 Novembre, employé tour-à-tour mensonge et
violence, et de m'être emparé de la propriété des
Bourbons, car je ne fardai pas long-temps à m'ins-
taler solennellement da^s leur palais des Thui-
leries. Je conviens que je ne suis qu'un usur-
pateur. C'est un mal tjécessaire. La rentrée des
Bourbons en France occasionnerait une réaction
peut-être plus sanglante que n'a été la révolution.
Je dois donc vous prévenir que je me soumet-
trai à tout ce que vous me prescrirez pour me
rendre digne d'une absolution générale, à condi-
ifion qu'il ne sera jamais question de rendre ma
Couronne impériale. Je ferai du bien aux églises
et j'aurai soin qu'on remplace les vols faits à Lb-
rette.
VAhbé Maury.'-^Je suis persuadé de vos
bonnes dispositions envers Téglise. catholique
apostolique et romaine qui se^ glorifie de vous
avoir pour son fils aîné. Je suis mortifié que
vous m'ayez pu croire capable de vous .proposer
d'abdiquer les deux couronnes acquises par tant de
pleine et tant de sang. La justice de l'éternel est
immuable. Il a jugé dans sa sagesse que vous
^deviez être un de ses représentans sur la terre.
Soumettez-vous à ses décrets. Je vous dirai dans
mes conclusions ce qu'il vous reste à faire envers
41
Iti augustes descendans de Saint-Louis. Le M
Brumaire est votre chef-d'œuvre* Vous wfez muse*
lé deux millions de Jacobins. Vous avez eu Ta-
dresse de faire disparaître la plupart -de leurs
chefs. Vous avez donné aux autres quelques os
à ronger, en attendant l'occasioii dé les faire
rentrer dans le néant. Ce que vous appelés vio-
lence pour avoir fait donner des coups de biffon^
nette aux députés récalcitrans, ne me parait qu'un
acte de justice. Si vous aviez échoué, voufi de--
viez vous attendre à être écarteié. Votre triomphe
fit tomber la France à vos genoux. Je bénis le
ciel d'avoir couvert de son égide Fauteur A'tmt ^i
heureuse révolution. Je dois vous répéter ^ue
vos mensonges sont des ruses permisiss en poli-
tique comme en guerre, quand ils contribuent à
faire prospérer la bonne cause. Barras et Auge-
reau vous ont été, dit-on, très-utiles en faisant
adopter de fausses mesures par les mécanten^^, au
nombre desquels vous aviez jugé à propos de les
placer. On prétend que Barras vous a rendu les
plus grands services depuis Toulon jusqu'au K
Brumaire ; que vous lui aviez promis de le pren-
dre pour second consul, et que vous lui ave«
tourné le dos, quand il ne vous a plus été né-
cessaire. Vous auriez pu sauver les apparences.
L'ingratitude dénote mi mauvais cœur. Il vous
avait donné l'armée d'Italie, et puisqu'il vous avait
pris pour son second au 13 Vendémiaire, il parais**
sait naturel que vous lui eussiez donné le même
43
«aiîg auprès de vons, lorsque vous prcnie» sa
place. Votre vainqueur de Castiglione, le héros
du 18 Fructidor, a suivi vos instructions avec une
intelligence qu'on était loin de lui supposer* Il
a très-bien hurlé avec les loups; // Ta fait au na-
(ureL Après avoir rempli sa mission, il. s'est con-
verti subitement ainsi que vous en étiez convenu.
Je ne crois pas à son attachement pour vous.
Prenez-y garde. Il vous jouera quelque tour de
&a façon. Il a une figure qui annonce une vilaine
Jàme. Il vous caresse, parce que vous lui donnez
des diamans. Souvenez- vous qu'un homme sans re-,
ligion et san$ moeurs, est un sujet très-dange-
reux.
Buonciparte. — ^Vous pouvez vous en rappor-
ter à moi. Je connais mon monde. J'ai la con-
viction que l'intérêt seul dirige tous les hommes.
Je sais que si j'étais malheureux, non seulement
Augereau^ mais yous-môme n^^e jetteriez la pre-
iniere pierre. Apprenez que je me regarde çomniç
un apothicaire qui sait utiliser dans ses médecines.
toutes ses drogues jusqu'au poison le plus violent.
J'ai adopté la devise qùi^ fait la grandeur de$
papes, si vis regnarey divide^ et depuis que je suis
général çn chef, je me suis occupé d-espionnage et
de désunion. J^ai mis ensemble des hommes qui
difFérajeut de caractère çt d'opinion. Ces dispo-
sitions étaient regardées comme accidentelles^
qupiqu elles fussent bien combinées. Je jouais Iç
43
tôte de médiateur. Quand la réconciliation était
impossible, j'accordais un changenfiCAt qui presque
toujours avait les mêiues inconvéniens. On pet-
raissait tomber de Charibde en Scilla. On finis*
sait par se plaindre secrètement* Mon but était
rempli, j'étais instruit des plus petits détails.
Je fais aujourd'hui en France et dans toute l'Eu-
rope la même manœuvre qui, me réussit si biea
à Tarmée d'Italie çt en Egypte* r
L'Abbé Maurt/'-r-Ce qui serait très-blâma^
ble. pour un citoyen, est souvent un devoir dan»
un souverain. Autant l'union est nécessaire au
bonheur d'une famille, autant elle serait danger
rcuse chez. des fonctionnaires ambitieux et re-
muans, dont les esprit?^ inquiets et tur.bulens sont
sans cesse portés ai^ désordre, surtout après unt
révolution. Je vous engage fortement à redoui
bler de méfiance. Elle est . la mère de M sûretés
Je né puis mieux^^ vous prouver le dévouement
des évêques de Téglise Gallicane, qu'en vous: as^
surant que leurs instructions secrettes pc^rtent qud
quand on découvrira par le moyen de la. confes^
sixm^ quelque aven intéressant pour la tranqniili<^
té publique, il doit sur-le-ohamp en être donnée
avis au ministre des cultes de votre majesté;
afin qu'il se concerte avec qui de droit, pour dé-^
jouer le complot, sans compromettre la tranquillité-
da digne ecclésiastique qui aura fait la révéla-,
tion. Vous avez en France quatre*vingt mille
prêtres dont les services et la fidélité surpassent
V
44
■ • »
êkM èoïitrédît le mérite de *[uatre-vîngt mille
grénàdiera ou cuirassiers* Qu'avez- vous à vous
reprocher depuis le 1 8 Bnimaîre ?
Buanapctrté.-'-^n a bien raison de dire que
Tambitiori aveugle les homftiès et sortout les con-
quérais. Malgré toute la pompe qui m'environne^
je frémis en réfléchissant à k multitude et à Té-
liormité àe^ cfvimes qui m'ont servi pour ainsi dire
d'échelons pour monter sur le trône du conti-
nent de rEurope. Avant d'en venir à cette ter-»
rible nécesi^ité, je voulus donner au public une
idée favorable de ma situation et de mes inten-
tions* Quoique je n eusse pas besoin d'argent,
je convoquai les banquiers de Paris» Je les traitai
avec bonté. Je leur promis ma protection et
an meilleur avenir. Ils étaient arrivés trem-
blans, crainte que je ne demandasse des fonds. Je
li'eus gatde de commettre cette maladresse. 34
parlai comme un homme qui possède ces^ millions^
Ils rentrèrent dans leurs comptoirs en me eou-^
Yrant dd bénédictions» Je leur avais fait espéicF
Ift |>aixy même avec rAngletene.. J'écrivis ea
effet au roi Georges III. Oà vit bientôt à Lcm^
dires t]ue ina lettre ne contenait que de Feaubé^
fdte ^ fon mmweUe eaur^ On répondit évasive^
meht^ On dut s applaudir d'avoir adopté ce parti,
^lïàtld on eut connaiasanoe des instructions que
jlatais laissées au général Kléber en partant d'£-
^ptei^ Je lui conseillai» de négocier avec let
Tores et le& Auglai^^ qfir^ de gagner dû tmn]^s^
45
Les dépêches interceptées et publiées par les Atù
glais prouvaient que Kléber était non-seulement
mécontent de mon départ, mais encore qu'il ap*
pelait désastreuse mon expédition de Syrie, Je
TOUS ai déjà avoué queje ne pardonnais jamais l'im*
pudence de quiconque avait la prétention d'être
plus savant que moi. Je fus indigné du ton de
Kléber- Son retour en France me faisait crain-
dre un rival puissant. J'envoyai un officier de
confiance au général Menou Abdalla qui s'était
fait Turc. Son changement momentané de reli-
gion me fut très-utile. Il s'aboucha avec un prê-
tre Musulman aussi fanatique que Meuoux était
lâche. et perfide* On donna des renseignemena
précis sur l'insouciance de Kléber pour ce qui
coQcernaît la sûreté de sa personne. On promit
beaucoup d'argent à l'intermédiaire qui de soa
côté garantit à Tassassin le paradis de Mahometji
et le brave général Kléber succomba sous le poi«*
gnaid d'un vil Osmanly. J'ai promis de voua
dire la vérité. Ma vidtime méritait les éloges que
je lui donne. Kléber était un grand homme do
guerre. S'il avait eu ma finesse, il se serait tenu
sur ses gardes, il aurait évité mes eoibuches^ il se-*
Fait rentré en France, il aurait été le point de
ralliement des mécontens, et je calcule assez bien
les chances de cette hypothèse pour être assuré ^
que, depuis plusieurs années, j'aurais ^essé d'exis--
ter. Kléber était le premier général du 18eme
siècle, Moreau le second et moi le troisième.
a6
8ouït n'a paru qu'à la bataille d'Austérlîtz. Soâ
début a été brillant. Il a du génie. Il a le bon
esprit dé trembler, quand il entend prononcer
mon nom, ou qu'on lui annonce mon arrivée-
Sans cette particularité que j'ai fait constater par
des personnes sûres, il y a long temps qu'il aurait
disparu* C'est à lui que je dois mes batailles
d'Austerlitz, dJéna, d'Eylau, d'Heilsberg, d'O-
cana, et le passage important de la Sierra Mo-*
rena.
L'Abbé Maury. — L'assassinat de Kléber à
préservé la France d'une guerre civile. Le pardon
vous en est assuré. Souvenez- vous bien que votre
autorité impériale est comme un glaive qui doit
trancher tout ce qui s'élève au-dessus du plan ho-
rizontal sur lequel il se meut. Quiconque paraît
disposé à trahir votre cause ou à se révolter, doit
périr sans délai et sans miséricorde. Quand on
résolut dans le conseil du roi d'Egypte de faire
inourir le grand Pompée, le rhétoricien Théo*
dote dit un mot remarquable dont les rois doi-
vent faire l'application à propos; "Un ennemi.
" mort ne mord point." Donnez-moi quelques
détails sur le général Desaix. Il y a des gens
aussi oisifs que méchans qui ne voient que cons-
pirations, et qui ne rêvent que meurtre. On . a
prétendu que vous aviez chargé Savary son aide-
de-camp de lui tirer un coup de pistolet dans le
milieu de la mêlée le jour de la bataille de Ma-
fcngo.
47
Buonaparté. — ^J'ai fait périr tant de mondt
/depuis quatorze ans, que j'aurais très-mauvaise
grâce en atiectant de la honte sur l'aveu de tel
crime qu'on puisse m'imputer. Je vous répète
que je n'ai point de secret pour vous. Puisque je
vous ai confessé que j'étais Tautcur de la mort
de Kléber, il ne m'en reviendrait que l'inconvé»-
nient grave de ne pas obtenir le pardon de mes
péchés, en refusant de dire la vérité sur un objet
^e cette importance. J'aurais aimé Desaix, si à
cette époque, j'avais pu éprouver d'autre senti*
ment que ceux de la gloire et de la vengeance*
Desaix était modeste, doux, instruit et bon gé*
néral. Je ne le place cependant que dans le se-
cond ordre avec l'Archiduc Charles, Saint-Cyr,
Lord Wellington, Bernadotte, Macdonald, Mas»
séna, &c. On ne parle de cet officier que comme
du vainqueur de Marengo et cela afin de me
mortifier. Mes ennemis me croient la faiblesse
d'attacher un grand mérite à une victoire. Je md
suis trouvé bien plus grand le 32 Mai I809 à
Essling, que le 14 Octobre I8O6 à Jéna. Néan»
moins mon succès contre les Prussiens fut com*
plet, tandis que je fus écrasé sur Tes bords du
Danube. Que tout militaire observe mes deux
positions et qu'il prononce avec impartialité.
J'avais deux cent mille Français tous agueris^.
cohtrè cent vingt mille Prussiens qui n'avaient'
pas combattu depuis douze ans^ tandis qu à £ss-
jing, le SSt à midi, je n'avais que vingt-mille
\
4S
tiomm^s^ reste de cinquante mille« contre soixante
mille Autrichiens victorieux. Vous me faîtes de-
vancer les événemens par vos questions mal pla-
cées. La Vendée excita tout mon intérêt. Je
voulais rétablir le calme dans l'intérieur ^e la
France. Je ne fus pas difficile sur le choix
des moyens. On promit de l'argent. On attira
quelques chefs dont la lassitude provoquait la
confianœ. On leur trouva des torts par mes or-
dres. J'ordonnai qu^on les fusillât. Ils étaient
braves, intelligens et par conséquent dangereux
ii après leur attachement aux Bourbons. Frotté,
^général royaliste, fut du nombre de mes dupes.
C'était un homme d'un vrai mérite. Il montra
|)ieaucoup de fermeté dans ses derniers momens.
Chambarlhac le fit fusiller après lui avoir assuré
ton pardoQ, en conséquence de mes premiers
ordres. Je me rendis en Italie )avec soixante milte
liommes. Je tournai la droite de Mêlas, et je
marchai sur Milan. L'histoire vous apprendrai
comment je battis les Autrichiens à Montebelle
f t à MarengQ^ Combien on est heuFeux quand oi
a en tête des généraux de soixante et dix an^ ! i
Mon retour à Paris fut un triomphe. A Lyoïi
je reçus des honneurs extraordinaires. Je promis
beaucoup, et j'ai peu accompli. Jl est malheureu?^
pour un prince de ma façon d'être réduit au triste
rôle de charlatan. Mes fidèles sujets de ma bomie
yitte 'de Lyon doivent avoir une opinion ;peuÊi»
yorable «ur mon compte- Autant j'avais été eur
49-
liante de lenthousiasi^e des «pravinces, autant
je fus mortifié de cette apathie parisienne qui
itie fit oublier, raccueil brillant du reste de la
France. Après avoir réfléchi long* temps sur les
moyens à prendre pour les intéresser à mon sort,
je résolus de faire conspirer contre ma personne^
Fouché qui se désolait des inutiles efforts de ses
agents pour me faire applaudir quand je paraissais
en public, fut ravi de la singularité de mon in*
vention ; il m'en promit les plus heureu;sc effets, en
m'assurant qu'il remplirait ponctuellement mes in-
tentions. Il m'est arrivé à la Malmaison de
converser avec ce ministre pendant quatre heures
c<;insécutives et toujours avec un nouveau plai-
sir. Il a une mémoire prodigieuse, et une
finesse qui ne le cède qu'à la mienne. Je voulais
que les jacobins ne conspirassent qu'après les
royalistes. Il tne démontra mathématiquement
l'irrégularité de cette marche. Les jacobins ét^nt
censés les plus grands ennemjs du 18 Brumaire, il
était essentiel qu'ils débutas^nt par les poigilardSé
La machine infernale devait être regardée comm»
l'ouvrage des royalistes, mis en avant par l'An-
gleterre. Cette puissance devait être représentée
à la France et à TËurope comme ennemie d^
rétablissement de Tordre, puisquelle favorisait
les. assassina du premier consul. J'ai donc à
me reprocher la mort des infortunés à qui les
agens de Fouché donnèrent ia première idée de
êo
conspiration tant pour rineendio de TOpéra que
pour h, machine infernale du 3 Nivôse. Je ro^
cas des félicitations de toute la France. Paris
même parut se réveiller un instant. J'étais ivre
de joie de k réussite de mon stratagème. Mon
iflusion ne tarda pas à s'éranouir. Trois jours
après le dernier des deux événemens où je pa-
raissais avoir couru les plus grands dangers,
on recommença à me faire des chansons et des
épîgrammes. On hit insensible aux victoires
d'Italie et d'AlIemagite ainsi qu'au traité de
Luneviile. On voulait la paix maritime* On
soupirait après les guinées des Anglais. Je rem-
plis le vceu général, jy trouvais ausû mon
compte. J'avais reconnu une foule de mauvaises
têtes qui ne m obéissaient que parce qu'elles
étaient entraînées par le torrent, mais j'avais tout
à craindre a,vec le temps. Il fiaillait les expa-
trier honorablement. Vous croirez avec peine
que mon beau-frere Xicelerc était de ce nombre.
Petit, laid et ambitieux, il s'avisa de me singer.
La parenté {produisit Pinsolence. Souvent il me
tint tète, ne voulant point convenir de ses torts,
ie dissimulaiv Je le plaçai sur «a liste de pnos-
eriptioti. J^e lui donnai le commandement . en
chef de l'expédition de Saint Domingue. 4"^ aa-»
vais d^avance que c'était pour ainsi dire tas er-
dre ék service jmêtr VmUr% manék^ TrèsHmécantent
de la conduite de ma sceur Pàotme son époua^
51
j^cHtloointi qu'elle suivrait sonittaru Elle eut
èeau alléguer des prétextes pour rester en France,
je ne lui laissai d autre alternative que de partir
de gré ou de force. Les bavardages de Dugua
lui valurent une semblable destiuation. Je mis
aussi sur les rangs Ricfaepanse, Sabuguet^ Hardy,
Vatrin, Debelle^ Humbert, &c; avec le désir
4*èlre débarrassé pour toujours du républioanisme
•de Fun^ de l'ambition de Lautre, de la morgue
de celui-ci, de la bétîse de celui-là, &c. et des ri-
dicules préi^tions de tous. Je fis embarquer les
regimens d)»jt les officiers et les soldats étaient de
<diauds patriotes; ceux qui avaient fait la contre^
bande, et ceux enfin qui s'étaiaai; égayés aux dé-
tiens des évèques, lors de leur installation.
L'Aibé Mmurjf. — A merveille 1 n'en doutez
pas, oette dernière résolution vous a été inspi*
fée par VËsprit^ Saint La: protection authentique
^(ue vous accordejF aux ministres du Dieu tout-
{missant sera pour vous et vos enfans une source
intarissable des bénédictions du cieL Vous ne
devez-vous repentir que de ce plaisir secret qu'on
éprouve en apprenant la mort de ses victimes.
Vous avez très*bien fait d'en purger le corps poli-
tîque« L'évangile ordonne de pardonner à ses
emnamis» Cette morale sublime ne convient aux
souverains que quaiul ils ont fait justice des ci*
toyens dangereux. . Abrs ils doivent prier pour
hrepfiêdekursàmes.
h2
Stwnoparté. — Comptez sur mon zde à profi:*
ter de cette précieuse leçon. PcndaDt que nies
proclamations et celles de:Leclerc garantissaient
la liberté aux noirs et aux mulâtres de Saint
Domingue, les ordres étaient donnés pour le
rétabiissemeiit de. Tesclavage. L entêtement de
Leclerc fit manquer mes spéculations* Je lut
avais enjoint de réunir tous les chefs^ dès qu'il
aurait réussi à obtenir une ombre de paciBca^-
iîpn, de les faire empoisonner ou noyer, ou, si ces
deux expédiens n'étaient pas pratiquables sans
quelque grand inconvénient, de me les envoyer en
France dont le sol brûlant ne manquerait pas
deies dévjorer. Le pauvre X^eclerc, malgré qu'il eut
quelqu'esprit, n'a jamais pu se persuader que Thon*
neur pour un gouvernement consiste uniquement à
faire tout ce qui peut consolider ou accroitre son au*
torité. Il se laissa attendrir par la bonhommie de
Toussaint, par ia loyauté de Christophe, et. par
la franchise qu'il crut apercevoir dans les autres
chefs. Il comblait d'éloges ces mêmes individus
qui l'auraient fusillé quelques jours auparavant, et
qui plus tard devaient égorger son armée et les
habitans* Je ne voulus pas. le contrarier, et je
lui laissai carte-blanche pour tous^ excepté pour
Toussaint. Il avait respiré l'air de la souve(*ai>*
neté. Il lui était impossible d'être sujet fidèle;
J'or4onnai qu on le fit arrêter et partir pour la mé-
tropole. On devait, pour la forme, lui supposer nu
■m
1
6i
J)rojét de révolte, La maladresse de Lcclercpour
coriduîre de semblables intrigues, occasionna une
insurrection générale. Presque toute l'armée périt
de maladie ou de mîâere. J'envoyai des renforts
qui eurent le même sort. J'en avais fait partir
un de Toulon, fort de quatre mille hommes, à
l'époque où la garnison de Gibraltar était en in*
surrection. On pouvait très-facilement surprendre
cette place. Gantheaume à qui j'avais fait dire
mon arrière-pensée par Lauiriston qui s'était ren-
du à Toulon pour cliercher la veuve de Leclerc,
n*en parla qu'au commandant de la marine dont
les insinuations parurent ridicules au général de
terre cjui ^commandait les troupe» de Tfexpédi
dition. Depuis que des projets importans n'ont
point été mis à exécution par l'équivoque des ex-
plications, j'ordonne littéralement, et presque,
toujours je réussis. Je serais aujourd'hui le maî-
tre du monde, si j'avais eûvoyé en Angleterre!
l'expédition de Saint Domingue avec un homme
de tête pour s'empatef du gouvernement. J'aurais
pu lui donner cinquante mille hommes d'élite avec
de bons généraux. Je fus aveuglé par ma vep-
geance particulière contre les jacobins, et je me
sentis certain orgueil d« me voir reconnu, comme
chef de la France, par une famille illustre, et
par une nation qui, après mon empire, est sans
contredit, au premier rang, par l'étendue de sa
puissance, la sagesse de ses lois, et rimmeûsitè
54
de ses riehesses. J'avais ators uiie marine que
jai perdu, depuis, tant par Tignorance de mes
amiraux que par la fatalité des événemeas. Mon
ambassadeur à Londres me prévint, dès son arri*
vee dans cette capitale^ que tout y était à la
guerre. Je lui fis répondre <fe gagner du tempi
et J^en profiter pfiur ce dont nous étions €om)e^
nus. Tous mes agens sont des espions. Toutes mes
missions extraordinaires sont confiées à des gé*
néraux intelligens« On doit les regarder comme
des; reconnaissances militaires. Sous prétexte
d'un mal de tête qu'une promenade ne manquera
pas de dissiper, on visite des fortifications, des
positions, &à On organise une police qu'on paye
bien» On la fait surveiller par d'autres affidéi
qui sont encore mieux payés. Malgré toutes mes
supercheries, la bombe éclata plutôt que je t^
devais m'y attendre. Le commerce fit de grandes
pertes. On murmura. Je parus m'apitoyer sur
le sort des négocians. Je fis donner des secours
aux plus malheureux. Je promi» aux autres' des
indemnités. Je ne manquai pas de faire tomber
sur les Anglais Todieivx de la reprise des hostî*
lités. On m'envoya le général Toussaint TOu ver-
ture. Je le fis conduire au château de Joux près
de Besançon. J'étais instruit qu'il avait fait enter*
rer environ cinquante millions en or dansje mi«
Ueu d'une forêt de Saint Domingue« Jjxî «eiiil
pouvait indiquer l'endroit de ce dépôt, parce
y'
^u^après ravoir effectué, il avait fait égorger, par
ta garde, les douze hommes dont il s'était servi
tant pour conduire les mulets qui portaient le tré-
sor que pour creuser les fosses où il avait été en-
foui. On loi promit son rang de général, et le
quart de ses richesses. Il se borna à répondre qtie
h consul ravtdi trompé une fois y quil ne le trom-
perait pas deux. Quand son obstination eut rendu
toutes mes démarches inutiles, j'ordonnai qu'il
fût enfermé dans un cachot creusé dans le roc, et
qu'on ne hii donnât que le strict nécessaire pour
ne pas mourir de faim. Son entêtement résista à
cette rude épreuve. Il n'ouvrait la bouche que
pour m'accabler de malédictions. Je le fis em-*
potsonner. Le vieux commandant de ce château
est un homme intéressant par sa discrétion et
par son sang-froid* A chaque mort de ce genre,
il trouve un prétexte que le juge de paix s'em-
presse ^de consigner sur le procès- verbal. On fit
mettre pour Toussaint, qu^il était mort de cha-^
grin. Quand on m'eût annoncé l'arrivée du gé-
néral la Plume, comme ce nègre s'était toujours
montré mon partisan, je le fis expédier avec les
honneurs de la guerre. Il était indisposé. L'offi-
cier de santé qui le traitait, reçut l'insinuation (Ta^
bréger sa maladie. J'ai de très-grandes obliga-
tions à Topium. Quand il est bien administré, il
produit des effets également avantageux pour as-
surer le secret à mes agens, et pour épargner aux
proscrits les moindres convulsions.
s6
, . VAhbé Maury.-r^Lcs prêtres et les médecins^
vous sont aussi utiles que vos gens d* amies, ils méri^
tent toute votre bienveillance*. Ce sont les personne»
sans contredit les plus instruites, et par conséquent
les ennemis jurés des Vandales de 1793* Il y a eu
quelques faux frères dans ces deux classes 9i inté^»
ressantes. Dieu et les hommes en ont fait justice.
Nous exerçons aussi une police sévère dans notre
intérieur. Quiconque s'éloigne de ses devoirs est
rappelé paternellement à ce qu*il doit à la dignité
du corps respectable, auquel il a Thonneur d ap*
partenir. S'il récidive, et qu'il soit reconnu in-
corrigible, nous arrachon» cet arbre qui ne porte
point de fruit, et nous le mettons au feu. Il est à
regretter que Toussaint ait refusé de vous décou*
vrir le lieu où il cacha son or. Vous en faites un
si bon usage que tout homme de bien vous sou«
haite de bon cœur les mines du Pérou. Il me
paraît que vous avez négligé d'employer l'in-
fluence si favorable de la confession. Ce que
Toussaint a refusé d'avouer à votre commandant
d'armes, il l'eût peut-être confié à un ministre des
autels. Il eût été flatté de se confesser à un évo-
que ou à un archevêque. Je regrette que cette
forte somme de cinquante millions reste ainsi pa*
ralisée dans les entrailles de la terre. J*ai rencontré
peu de cœurs endurcis, lorsque je leur ai parlé du
paradis et de l'enfer. L'empoisonnement de Tous-
saint était nécessité par une saine politique. Vous
7ez vous repentir de la mort de la Plume. C'é-
-î P4-Ï
•7
tait un honnête homme. Il aurait pu vbùs faire
bien du mal dans le sud de Saint Domingue. Il
vous resta fidèle, et il tous fut utile. Vous aveî
voulu venger sur lui les cruautés dé Dessalihës.
On a, au. surplus, exagéré Todieux du mas^ére des
blanes par les noir». Je suis loin de vouloir les jus*
tîfier, mais je 1^ trouve bien moins eoupaUes que
les auteurs dcségorgemèns de la Saint Barthélémy,
des vêpres siciliennes, dés ^ et S Septembre à
Paris, des fusillades et des noyades de la Vendée,
etc. En Europe c'étaient des blancis qui tuaieïlt
leurs frères blancs, par fanatisme, par vengeance,
et. par fureur, tstndts qu'à Saint Domingue, les
Tuom ont égorgé leurs (ennemis jurés pour les met«
tre BioîB d'état'dê leur river de nouveaux fers. II
eat vrai que leurs coups sont< tombés sur des vic-
times désarmées. Mais combien ils sont loin
d'avoir satisfait les mânes de tant d'infortunés qui
ont péri dans les plus' (affreux tourmehs aux Cayes,
au Port-au-Prinee, à St. Marc, au Cap, et dans
toute la colonie! Je vous parle le langage d'uif
ministre du Dieu de pai^. Prenez les mesures
nécessaires; lorsque les mers seront ou^rtes à votre
commerce, afin que la justice soit obirtrée envers
le peuple d'Haïty. Laissez-le jouir en paix de son
indépendance, et soyez assuré que vos sujets,
comme négocians, y trouveront sûreté, protec-
tion et profit. 3oyez bien repentant du mal que
vous y avez fait faire par vos agens, ainsi que du
parti violent que vous avez pris envers le géuémf
50
Lapluroa^r : J'ai entendu dire que cet officier était
très-attaché à la France. Souvent même il à parlé
de vous avec admiratiom II était loin de se douter
<}ue:son héros deviendrait un jour son bourreau !
JSmnaparfé.T^t le $q^$. Je ne Taifait périr
9ue parce q^ç j^ne voulais pas qu'on vit est France
l'unifoune de général sur un nègre. Je.n'avâia
aucun sujet de le destituer, puisqu'il s*ét^it
toujours bien conduit. Peççapi. Qnapd jeus
bien reconnu l'impossibilité d'une descente eti
Angleterre, je calculai les moyens de la forcer
à en venir à un rapprochement» en excluant son
commerce des marchés ' du continent II fallait
soumettre la Prusse, effrayer TAutriche, domp-
ter la Russie» et envahir les Fspagnes et le Por-^
tugal. Je devais prouver à la France que je
n'étais nullement disposé à céder ma place à*
X-ouis XVIII. Ce prince avait rejeté avec,dé-i
dain les offres que je lui av^is fait faire pour me>
céder ses droits à la couronne de ses ancêtres^
J'avais à Londres dans Pichegru un ennemi dan*
gereux par sa réputation et par ses talens» quoique
du second ofdre. George avait une grande in-
^uence dans les provinces de l'Ouest* Moreau me
donnait de l'inquiétude. Sa femme et surtout sa
belle-mere l'avaient aigri contre moi au point qu*il
ne me voyait plus. Il tournait en ridicule mes
çampagpes et mes institutions politiques. Cet
l^omme, qui en 1799, avant mon retour d'Egypte,
av^it refu3é le prçmier r^ng, se repentait dç $ab
6$
lAôdétatiôn. Il fallait arrêter k mal dans ton
principe. Je résolus de former une hydre de toutes
ces tét«, et de lés abattre à\xn seul coup^ L'en-
treprise était difficile. J'îmagitiaî une conspira-
tien. Quoique Foucbé ne fut plus ministre de la
police^ il continuait à avoir toute ma confiance
Lui seul pouvait diriger toutes les ramifications
de mon vaste plan. D'après les renaeignemenô
précis qu*avait recueillis Ahdréossy sur les coteries
de Londreis, on mit sur le tapis Tassasslnat du pre^
Plier Consul. Moreau était indigné de mes hau-
teurs insultantes. Pichegru ne me pardotmait pas
•
la Continuation arbitraire de son exil illégal. La
témérité de George faisait croire à la possibilité de ,
son plan pour attenter à mes jours. Le dévoue-
ment du Duc d'Eiighien pour la gloire de sou
illustre famille, le décida à se rendre sur la rive
droite du Rhin. Je fus instruit des plus petits dé-
tails avec une précision dont j*étais;moi-même stupé-
fait. Toutes les propositions de mes ageiis furent
acceptées avec une étourderie qui ne peut s'expli-
quer que par la haine que me portaient les conspi*
rateurs^ par le désir de rendre les Bourbons à la
France^ et par l'habileté de mes espions. Mon
confident le général Savary, avec six de ses gen-
darmes, se trouva sur la côte près Fécamp, au mo'
ment où le débarquement de Pichegru et de sa
troupe eut lieu; On les suivit gite par gite. On
eût pu ks arrêter le jour même de leur arrivée en
France. Il était nécessaire d'y englober Moreau^
i2
çn le faisfint communiquer dvec les conjurés^»
Dès que ce point important, eût été obtenu^ on
§0Dna r^larme. Toqt. Paris, fi^t sur pied. I^es
fonctionnaires les plus marquans,. quoique très?
]bien connus, furent souvent arrêtés par les gen?
darmes, et conduits par devant lautorité compé-
tente, afin d'être confrontés avec les signalemens
des principaux conspirateurs. Cette comédie dur^^
plusieurs jours. Pendant ce temps, Caulaincourt
et Ordener étaient en course pour arrêter le duq
d'Ënghien qui, au lieu d'entrer en France commç
triomphant, ainsi qu'on l'en avait bercé, fut cqu^
duit comme prisonnier au château de Vincennes ;
il m'était très-facile de le faire .passer commç
s'étant suicidé. Mon ambition n'eût pas été sa<?
tisfaite. Je le fis traduire par devant un CQDseil de
guerre. J avais donné mes instructions à i^uU^j^
qui en était le président. Les formes voulues paf
la loi, furent otiservées ; quoiqu U fût iofiQcent,
puisqu'il avait été arrêté sur le territoire neutrç, il
fut condamné à mort. On le fusilla^ dans )ea fosf
ses du château de Vincennes où il fut enterré* On
m'a dit que c'était un sujet intéressant par ses
vertus et ses talens. Il me fallait une victime de
cette maison pour prouver ^ux Jprapçais et à TEu-^
rqpe qu'elle avait cessé de régnfsr èl qu'elle était
remplacée par la dynastie Bupnaparté» Plusieurs
personnes de rang firent les. officieux pour obtenir
sa grâce. Je répondis vaguement pendant tpnte
la soirée, et quand l'hçure fixée pour l'exécutioa du
6l.
duc fat.paisée de cinq minutes^ je leur ris au nez en
leur annonçant le comummahim est. Je me recon^
nais coupable de cet assassinât, légal aux yeiix det
sots,, mais très-€rimiiael devant \Dieu auquel j*ett
demande un pardon bien sincère^
L'Abbé M^ury. — ^A tout péché, miser icorde4
Je crois qu'une proclamation énergique aurait
rempli vos vues en assurant tous vos sujets et les
eoqrs de FEurope, de votre détermination iné^
branlable de conserver le trône de France. Vous
àvezrdonc versé de gaieté de co6ur un sang inno-
cent. ^Le prinee n'était point sur vos terres* Vous
avez violé toute lei$ lois divines et humaines. Vous
ne sauriez trop vous repentir d'un forfait aussi hor*
rible. On assure que d'après les observations des
ambassadeurs des puissances étrangères, et les
soUkritations de Cambacérès et de Madame Buona*
parte, vous eûtes un moment d'indécision, et que
ks clameurs furibondes du général Murat'nrous
ramenèrent au parti violent de faire fusiller lé
duc d'Ën^ien.
Buanaparté. — On se trompe grossièrement : ni
Murât ni Berthier qui cependant paraissent ètref
tïès*avant dans mon intimité, n*ont javiiais uséf
nie' faire la moindre observation. S'ils sontpié-^
lérés aux autres, c est parce qu'ils ont été constam-
meut les. plus adroits à me flatter, et les plus
prompts à m'obéin Depuis quatorze ans^ je n'ai
&it qu!à ma tête* En prenant conseil de quelqu'un,
c!^t .été loi ÛQïaKCt des droits^ à une supério-
82
thé qui m^aurait humilié. Je me suis conduit de
manière à me faire regarder comme nécessaire à
tous et indépendant de tout le ^onde. J'ai affecté
le plus grand mépris pour la b9Dne chère, et pour
les dangers^ quoique Je sois gourmand etpeurem
comme tous les hommes, en raison des circonàtances.
La fidélité de Murât m'étan^ garantie par la pa-
renté et par une expérience de plusieurs zn*
héesy je lui donnai Tordre de rester à Vincennes
pour assurer Texécution de mes intentions, et de
venir m'en rendre compte, dès que le tout serait
fini. Je chargeai Savary de faire étrangler Piche-
gru. Il s'acquitta de cette commission avec beau-
coup de dextérité. Je fus obligé de prendre ce
parti violent, parce que cet homme avait une ef-
fronterie qui aurait intimidé ses juges. • Je doute
même que les soldats eussent consenti à lé pas-
ser par tes armes. J'aurais donné trop de su-
jet de clabauder, en le faisant guillotiner. Je
réservais ce supplice à Moreau, et vous savez
qu'on doit user et non pas abuser de ces grandu
moyens autorisés par la loi. Il m'est impossible
de vous donner une idée précise des accès de fu-
reur que j'éprouvai lorsqu'on m'annonça qu'il était
dangereux de sacrifier Moreau. J'accablai Ré-
gnier des injures les plus grossières, mais bien
méritées, parce que, deux jours auparavant, il
m'avait assuré que tout était d'accord pour con-
damner à mort l'homme que je détestais le plus
sur la terre depuis sa victoire d'Hohenlinden. Je
6s
«
regrettai de n avoir pas opéré protnptement et se«
cretement dans une de mes bastilles comine eela;
m^avait si bien réussi pour le ducd'£nghien. Je me
reprocherai toute ma vied'avoir consenti à commuer
son supplice en un exil perpétuel. Cette faiblesse
me sera funeste tôt ou tard, et j ai l'intime persoa*
sion que Moreau finîrapar me jouer quelque mau«
Vais toun II est le point de ralliement des mécon*
tens qui conservent l'espoir de l'avoir un jour pour
les diriger. S'il ^avait péri, depuis long-temps la
légèreté française aiu'ait fait oublier et sa mort et
ses services. Il est très-heureux pour moi qull
soit amoureux de sa femme et de ses enfans.
J'étais perdu, s'il avait commandé contre moi à
Austerlitz, à Ëylau^ ou à Esslîng. J'attribue en-
core son amour pour la retraite au chagrin cûi-
sant que dut lui causer l'étonnant sang-froid avec
lequel tous les Français, présens à son jugement^
entendirent Faccusateur public prendre ses con-
clusions à la peine de mort. Citoyens, magistrats
et militaires, tous restèrent calmes comme à une
représentation de Topera* J ai tout su depuis^
mais il n'était plus temps. J'avais été assailli par
des fonctionnaires que je présumais énergiques, je
fus la dupe de la fourberie des uns et de la terreur
panique des autres. Je méprise bien les Français^
mais si j'étais à la place de Moreau, je provoque-
rais leur tyran à redoubler ses atrocités envers ces
être vils, rampans, lâches et ingrats, plus faits en:
un iBotj jK)ur la servitude la plusi outrageat^te^ cpiq
les anciens esclaves de Darius-et.de Xerxès. : r\
. L'Abbé Maury.—H^c soyez point surpris de
cette apathie générale de la France. On a tant
. d'ej^emp)es récens de qe qu'ont coûté le xele de
llai^iitié^ la chaleur du patriotisqae, et le dévoue-^
nxentpour la justice^quon se croit trop heureux
de trouver un coin ât, terre! où Ton soit à Tal^ri de
I^ tourmente, révolutionnaire dont Tidée.^eule fait
frissonner rhomme sage qui a réussi k se sauver du
naufrage. . Vous avez trèsTma^ fait de nç pas yous
délivrer entièrement de Mo^eau par le poispi^ oq^
par )e poignard. Vous reconnaissez qu'il vous est
supérieur par ses talens utilitaires^ et vous vous
laissez influencer par des contes ridicules, fabriqués
par l'astuce d'un Talleyrand, I^ timidité d'un
Régnier, le 'comniérage d*un Lefevre, et la plati-
tude de quelques autres chefs indignes de votre
confiance ! Comme vous le dites très-bien, on
charge la mine; pirévenez vos adversaires. Qu'ils
soient pris dans leurs propres filets. La mort de
Pichegru était nécessaire. Malgré que vous le
dassiez dans les généraux du secoxid ordre, il. était
regardé par le public comme un. des plus habiles
capitaines de son siècle. J'ai entendu plusiejiirs de
vos meilleurs officiers vanter beaucoup sa cam-
pagne de Flandre en 1794, et la conquête de la!
Hollande. Il n'aurait jamais pu oublier le trai^te-
ment barbare qu'on lui fit éprouver depuis le 18
6ft
l^ractidor jusqu'à son arrivée à Caycnne, oîi le sort
des déportés reçut quelqu*adoucissement.
Buonaparté.-^Mes précautions sont bien pri-
ses, et quoiqu'aux Etats-Unis, Moreau est sur-
veillé d aussi près que lorsqu'il était à Paris. Je
fkis observer ses liaisons sur le Continent. Je
levé les épaules de pitié quand je vois un Lecourbe,
à peine connu par quelques légers succès, moins
dûs à ses taleps qu'à la bravoure de ses troupes,
jouer rhomme sentimental, et s'apitoyer sur Texil
^ Moreau, en publiant que je suis un. despote, un
tyran, etc. Je n'ai répondu que par le plus pro-
fond mépris aux sottises de cet obscur détracteur^
et je Tai laissé manger tranquillement dans son
château de Çhoisy près de Corbeil, les cinquante
mille écus de rente qu'il a volés dans ses campagnes
en Suisse et en Allemagne. J'ai suivi la même
marche envers plusieurs autres fonctionnaires dont
la nullité paralysa ma vengeance. George ayant
avoué qull était venu pour m'assassiner, ftit puni
suivant la rigueur dçs lois, ainsi que presque tous
ses associés. Je me regarde comme coupable de
leur mort, puisque ce sont mes agens qui leur ont
suggéré la conspiration. Je fis faire dans tout mon
empire beaucoup d'arrestations. Les prisons furent
bientôt remplies des défenseurs trop ardens de
Pichegru, de Moreau, et des Bourbons. C'est de
cette époque que date le système de terreur im-
primé À tous mes sujets. Je fis mes préparatifs
pour le propager sur tout le continent, afin de faire
K
66
adopter mes, mesures sévères contre lecomfnercc
Britannique. Je savais que TAutriche et Ju^ 'Rus-
sie se disposaient à. m-attaquerv Je parus Vigno-
j-er. Jç réunis l'élite de mes troupes «sur les côtes,
ayant l'air de menacer l'Angleterre. • On a bren rai-
son de dire que la peur empêche d'y voir clair. Le
Cabinet de Saint James eut la bonté de me croire
sur.parple. Pu fit des dépenses énormes pour se
mettre en état de repousser une attaque à laquelle
Jp n'ai jamais pçnsé réellement à cause de son imf.
possibilité, tant que je ne serai pas le muître de là
mer. Cominent a-t*on pu croire qnfe je mettrai» à
exécution un projet qui présentait tant d'inconvé-
s
ïiients pour descendre en Angleterre, et tant de
difficultés pour profiter d'un succès primitif? Le
moment favorable était passé. L'époque de la paisi:
présentait dejs chance^ que la reprise des hostilités
avait fait éyanouir. Les malheurs de la^ dernière
guerre, le n^^coutcntement de l'Irlande, mes offres
réitérées d'une pacification prompte et honorable,
et ma modération politique jusqu'à cette époque,
auraient peut être couronné d'un succès complet,
une invasion subite, en faisantoublier l'odieux de la
violation des préliminaires. Le traité d'Amiens
ji'était pas eucore signé. Pendant que les An*
glais faisaient des levées extraordinaires, et se for-
tifiaient sur, les points principaux, je faisais ma-*
nœuvrerc^s. colonnes que je destinais à combattre
les Russes et les Autrichiens en Souabe, en Bavière,
çt en Moravie. Je ne y pulaii^ point paraître l'a^
i
^
g^rçitseur. Mes 'intriguas mé .fiirètift bien utiles à
Vienne. J avais gagné le général Mack. Il était
pn&dnnier à Dijonj lorsque je revihs d'Egtptèl
Après le le BhimsàTeyjt le fis- venir à Pkris. Le
marché fuiccnclti' avcfe' de Por et une principauté
m pariibas, hpkgu^Hn de mes satrapes aura rem^
ptacé^man bean-pere français j Mes Succès furent
âcilesiet brilkens^ipar \k complaisanciê de mon' asse-
oie Ma^ck; lia^priise d'Uln^ avait déterminé la catn-
ftkgm^enî'ma faveur: C'est sur Tlller que j*aVaîs
f)igné:ila .faille .d^Au&terlitz^ et dicté la paix dé
)^tç$booTg« • Je pnofitai de mon séjour dans la câ-^
pjitale de {'Autriche pbur y organiser une police qui
m?a;bien : dédoiitonagé de toutéë mes avances. ' ' On
me soupçonna d'avoir fait assassiner l'amiral Ville-
ne^ye à Rennes;; *Ge bruit est faux. J'ai à me
i^iieiier de Hiî avoir envoyé tordre impératif
d'a/ttaquef /les Atiglais< • Cet ôfflcîèr m'observa' iSur
mo(B premier -ordriC que la composition des équipa-
ges. :de là flotte combinée ne permettait pas d^es-
péi)er:.\m succès contre Nelson dont* Tarmée était
d'élite,' tant ponr les marins que pour lés vais-
seaux.: J'i'n^Nstai en le prévenant, qu'en cas de
refus, il serait .remplacé dans son commandement.
Il «obéit : Le désastre dé Trafalgar dort m'étre
imputé. .. Les Anglais ne durent la victoire quà
kur intrépjdité.et, à T/habileté dé leur amiral, qui
paya son triomphe de sa vie. Je méprisais trop
Villeneuve pour k îfaire périr. Je ne lavais efn-î
plo^é' que «faute d'avoir un meilleur officier de
mer. J'ai h me reprocher d'avoir ikit égoqrr
Palnri; à Nuremberg. Je voulait imposer silence à
une nuée d'écrivassiers qui tendaient par leurs
pamphlets ioçendiaiiies à msufger TAUemagne^ età
m'aliéner l'attachement de mon armée. Je dob dire
que j'avais laissé à Berthier assea de latitiide pour
aauvei le libraire» Les circonstamses, et surtout son
zèle pour mon service le déterminèrent à le fiûie
fusiller. J'avais fait eompreudre dans le jugement
de Palm un libraire de Vienne. Comme je sais
que dans lia religion catholique Fintention 'doit
être iiÉputée pour le fiut, je m'accuse de ce déKt
spirituel» Pour ne pas trahir la vérité, je dois
in'en attribuer au moins cent mitte de la même
nature.
VAhbé MêÊvy^r^MUixiàa pour totalber ipie
nous soyons à «oa oonclusîoiB. Votre coudaiM
envers Lecourbe est très-prudente. Vous savea
mieux que moi que si yoiis vouliez faire rcttitwr
en âme et en coascienoe les vols de ridtériearfats
à la £iveur de la révolution^ kt pillages qui ont
eu lieu aux armées, et lea agiotages ptatiquéi au»
les biens dits nationaux ; vous savea^ dis-jei que
voua procureriea à votre trésor une valeur réelle de
dix milliards. L^xactitude de oe calcul m'a été
gar^ntiç pair, votre mînistfe das finaftccsy^ qui me pa-
rait avoir des notions exactes à ce sujets Vous
avea tion»pé les Anglais pa# vos démousftfatians
hostiles, VoM% leur avez fait peur» |te ont dé-
pensé de Vyargei^^ - Tout jusqufici^at tr^looable.
le^obMàmer rotre otMtinfttton à hxrt MMpei
votte flotte. Vous n'étiez pas à votre début Votit
Mariez comment Nelson avait a;néatitî la flotte de
Brueis" dâds la rade ^Abônkir en 179S. Vous aa-
tier^iù encourager, etnoû pras blâmer la cîrcous»
pection de votre amiral. Vous devez vous repentit
d'aVoîr occasionné Ta mort dé ptùsiettrs milliers de
ëravi^s gens, victimes de votre ignorance, dans ce
qui a rapport i ht Uectique navale. Permettez-moi
de vous observer que depuis le cocher qui conduit
votre carrosse jusqu'à Gantheaume qui commande
votre flotte de Toulon, ou Masséna général eti
. ciief tle Tannée de Portugal, chaque fonctionnaire^
après avoir reçu vos ordres, doit jouir d'une cer-
taine latitude dont Fabus est souâ sa responsabilité
pctsonnelle. Sans cette précaution, le zèle et les
talens sont paralysés au dernier point, et au grand
détriment des intérêts de votre majesté. La cor-
ruption de Mack est un chef-d'œuvre, d'autant
plus admirable qu'il était pr^aré depuis quatre
ans^ et que vous aviez eu l'adresse de le masquer, en
rendant l'individu phis intéressant par son évasion
de Paris le jour même où son échange était censé
y arriver. Je ne vous reconnais pas dans votre con«
. dnite vis-à-o'is du libraire Pahn. Je blâme forte-
ment cette sévérité aussi cruelle qu'elle est ridi^
cuTe. Vous faites égorger nn père de famille pout
un tnléprisable - libelle ! Que vous fassiez tomber
des tèteâ illustres qui veulent ou vous rivaliser ou
vmi9 détruire, je le conçofs ; mais je suis révolté
7«.
pour votre gloire de vpir qu'ptv tous prpclanie
l'assassit^ d'}\a l;voiniiie libre qui émet son opinion^
ou qui peut-être pétait que l'interprète 4e.ses con-
çitoyeBs justement irrités contre les autep^rs de la
guerre, dont ils étaient, depuis douze ans, lesirop
malheureuses victimes. . * .
, .jBwowaparM-— Je conviens que je suis plus
sensible aux dures vérités d'un journaliste qu'à la
perte d'une bataille. Mes presses impériales m'as^
surent des lauriers, immortels! Je. ne redoute rien
4 I
tant que ces libelles affreux où l'on me dévoile, et
QÙ l'histoire impartiale puisç^a de "quoi mettra. )a
postérité à même de m'apprécier à ma juste valeur.
Je suis tellement rongé par ces vers insulaires, que
$imon frère Georges voulait établir à Londres le^
jnêmes lois qu'en France relativement à l'imprii
înerie, non-rseulement je consentirais à reconpaîtrç
sa suprématie maritime, mais jnème je restituerais
Je Hanovre avec d'autres point^ du Continent à sa
(Convenance. Je crains que tous ces folliculaires
çnragés ne me fassent mourir de chagrin, si je. ne
réussis pas bientôt à les dompter par la famine, et
par la destruction de leur commerce. Dans un
jour j'ai renversé l'ouvrage du Grand Frédéric. Que
de blasphèmes n'ai-je pas proféré contre la Provi-
dence le jour de la sanglante bataille d'Eylau !
Le désespoir me fit sacrifier inutilement l'élite de
ma garde. Avec lin peu plus de calme, J'aurais
attendu la coopération de mes deux ailes dans une
4éfensive respectable. Je fis effectuer des charges
* •* *
71
de cavalerie et d'infanterie aussi insensées que meur-
trières, et dont j'ai cherché néanmoins à me glo-
rifier en faisant Téloge le plus brillant des troupes
qui les avaient exécutées; et des généraux qui les
avaient dirigées; Je vis avec douleur que les Russes
étaient plus braves que les Français. La question
qui était restée indécise à Austerlif z à cause de la
coopération des Autrichiens, fut bien clairement
décidée à la bataiIleM*Eylau. Je fus battu. Be-
lîingsen, ou plutôt l'immobile intrépidité de Tar-
mée russe gagtia une hàtaillc défensive et contre
la furie française' dé là grande armée, et contre là
finesse italienne de fiuonaparté. Je disposai tout
pour en finir avec des adversaires si redoutables.
Après avoir déployé la force à Heilsberg et à Frîed
land,je m'empressai de signer la paix deTilsit pour
accomplir mes vues sur d'autres points du Conti-
nent, dont l'occupation devait précéder ma marche
sur Pétersbourg. J'avais rempli mon but provi-
soire vers le Nord, en forçant la Russie à déclarer
la guerre à l'Angleterre, et à fermer ses ports au
coihmerce de cette puissance. * J'avais également
eu la précaution d'exiger que Louis XVIII, Roi de
France, sortirait de l'eippire Russe, pour me venger
du refus de ce prince de renoncer' à ses droits'à ma
couronne.
t •
VAbbé Maury. — Dieu à voulu mettre à Té-
preuve votre confiance en lui'' par' votrè^ défaite
d'Eylau. Il a voulu vous persuader qu'il était le
dieu défi victoires, et vous devez regarder cet échec
7»
cboiine une punition d^ votre présomption» eu
vous regardant Tunique auteur des événemens
prodigîenx que le Tout-puissant a permis pour
châtier les ennemis de la religion catholique comme
les Russes, les Prussiens et les Anglais^ et pour
ranimer la ferveur attiédie des Polonais, des Au-
tri chiens, et des peuples des deux Péninsulea*
Vous avez manqué à la générosité dont doit se
piquer un grand homme, en exigeant d'Alexandre
qu il refusât l'hospitalité au descendant de Saint:*
Louis» de Heiui Quatre et de Louis le Grand. On
a fait courir le bruit que vous avie^ voulu &irc euir
poisonner ce prince*
Bmnaparté. — J'y ai pensé, mais je n'en ai pas
donné Tordre. Je Taurais fai^ s'il avait été pos-
sible de détruire cette race d'un seul coup. Vous
pouvez bien croire qu'il m'est pénible d'être con*
vaincu que je ne suis qu'un usurpateur. L'extinc-
tion de la famille des Bourbons m'aurait bien mieux
rassuré pour l'avenir que la renonciation la plus ab-
solue de Louis XVIII, Ma. haine pour tout ce
qui est de cette maison, et le désir de couronnier
un de mes frères, me firent projettCF la conquête des
Efpagnes» Mes intrigues semèrent la désunion
dans la famille royale. Je proposai ma médiation.
Je la fi^s accepter par la présence d'une armée d^
Jiytres et ams^ Je me rendis à Bayonne. Là^je
forçai la main à Charles et aux Infants. Le sou*
venir du sort du duc d*£nghien que j'eus soin de
rappeler» disiitipa tout |>rojet de résis4;aoce h m»
•73
volontés despotiques. J'imposai silence au pré-
. - •
sident de la Junte qui eut le* courage de nie dire
en pleine audience, étant assis sur mon trône, gue
si Je persistais dans mes projets sur T Espagne, au
lieu d'avoir dés sujets, des maisons et des campa-
gneSf mon frère Joseph ne régnerait que sur de^
déserts, des tombeaux et des cadavres. Cette fran-
chise que Texpérience ne prouve que trop être
fondée, lic me dissuada pas. Je donnai l'ordre
qu'on obtînt, par fa force des armes, un consente-
ment qu'ion paraissait refuser à mes propositions
paternelles. Les massacres de Madrid doivent
n/êtré imputés. J'avais charge Murât de frapper
un grand coup pour effrayer lés nialveillans de la
capitale, et pour contenir les mécoiitens des pro-
vinces. La cruauté de mon lieutenant ne servit
qu'à 'irriter la éérté espagnole.* ' L^insurrection
dëviiit gé;iéràlé. 'Après plusieurs événémens du
ressort de rhîs toi re, tnes troupes durent se replier
présides' PyFéiiéés. J'obtins une conférence à
Eifurth avec Alexandre. Je lui 'jurai une amitié
constante par tout ce qu'il y à de plus sacré. Ce
serment n'était que sur mes lèvres, puisque j'avaià
â venger itia défaite d'Eylau, et une mortifica-
tion particulière danS le refus qiïe sa sœur avait
fait de mon alliance. Sa neutralité, et même sa
participation en cas de rupture avec TAutriche,
m'étaient indispensables. Il me promit tout, et il
se résolut à attaquer les Turcs pour effectuer un
agraridissement aussi îm'pôlitiquè pour tes deux
L
74
empires qu'il m'était avantageux, puisqu^il occa-
sionnait la destructiou des forces de deux ennemis
aussi puissans que dangereux. ' Après avoir en-
doctriné Alexandre^ promis beaucoup à Frédéric
et temporisé avec François, je me rendis en Es-
pagne. J^ordonnai. qu'on fusillât tout ce qui serait
pris les armes à la main^ qu'on brûlât les villes et
yillages qui feraient résistance, et qu'on égorgeât
iadistinctement vieillards, femmes et eufans.
Mes intentions furent exécutées de la manière la
plu^ barbare, et d/epuis cette époque la Péninsule
est un vaste théA.tre de pillage, d'assassinats et d'in*-
cendie. Vous pouvez, d'après, les fonctions qui
Vjous^ sont confiées, m ouvrir les portes du ciel,
niais la. génération présente et la postérité la plus
reculée soot desjugjes terribles qu'il m'est imposa
sible de fléchir. J'en ai trop fait pour mériter l'es-
time de lËurope. Je ne me fais pomt illusion sur
les.sentimeus que j'inspire à mes contemporains.
Ce grand respect dont on m'envirooncb cette adr
mixation que Ton proclame pour ma conduite mi-
lit^aire et politique,^ et cet amour dont les Français
paraissent s'aiFubler pour un Corse qjui les hait bien
cordialement, toutes ces balivernes sont le résui^
tat de l'activité de ma. police^ de la lâcheté de mes
sujets, et At 1^ terreur que leur inspire^it mes
gendajme^ et mes bastilles*
VAhbé Maury.-^hc désir que vous a^vçï
formé c|e pouvoir empoisonner tous les Bourbons,
est trè8-çQupa):)lç. Nou^ sommes toua frères en
fi
JéfttiS'Christ. Noas appartenons an même maître,
dont la justice suprême nous prescrit de ne pas faire
àautrui ce que nous ne voudrions pas qu'on nous
ftt : AUerine ftceris qtîodiUnJîeri non vu. Je
conviens avec vous, qu'il est bien difficile de jus*
tifièr votre conduite envers «rEspagne et le Por-
tugal Vous avez trompé votre aillié le plus £dele
et le plus utile. La cour de Portugal ne vous
avait rien fait* Depuis trois ans ces deux^royaumes
sont en proie à toutes les horreurs de la guerre la
plus in|u8te et la plus cruelle dont il soit fait meih-
tion dans les annales du monde. Les vérités que
le président de la Junte de Bayonne eut le coumge
de vous annoncer, doivent exciter toute votre sol-
licitude. Vous ne pouvez espérer Toubli de tant
d'horreurs que {»ar une réparation pfompte et écla-
tatnte. Vous voyez combien vous a déjà coûté
cette folle entftoprise^ Vous ne pourrez jamais
dpmpter la fierté des Castillans. Vouâtes battrez,
mais vous ne les soumettrez pas. La Péninsule a
dévoré près de trois cent mille Français ou étras*
gers à votre service. Vous aviez fait égorger au
mixîns uQ^ million d'Espagnols et dt Portugais de
tout/ â^ et de tout sexe, et votre influence sur
l'Ëapagne est bien loin de vous être aussi avanta-
g^usequ-elle Tétait avant votre équipée de Bayotine,
et les sabrades de Murât à Madrid. Rendez à
l'Espagne et au Portugal leurs souverains légitimes.
Ildoit vomsaffire de leurfaire approvisionner votre
trésor. Vous seeez toujours à mênie de les <:hâtier,
2 L
76
s'ils ne se conforment pas ligoureusement aux me-
sures ordonnées pour le blocus continental.
Btu)naparté.^'--V OMS oubliez dans re moment
que vous m'avez promis de ne me donner de con-
seil qui , ne dût contribuer à rehausser I éc lat
de ma couronne,- puisque vous me parlez d'un
pas rétrograde 1 Je devrais combattre trente
ans, et sacrifier • trois millions de soldats, je
suis résolîl à tout, plutôt que de. renoncer à la
conquête de. la Péninsule. J'ai détruit la Prusse,
écrasé TAutriche et fait trembler la Russie,
et vous pouvez jne croire capable de m'avilir
au point de m'avouer vaincu . par des bandes
de brigands qu^exasperent des moines fanatiques !
Quoique cette raison soit concluante pour la con-
tinuation de cette guerre, il est un autre motif nou
moins important pour ma sûreté et pour la tran-
quillité de la France. En supposant que j'évacue
l'Espagne et le Portugal, que deviendrait cette ar-
mée qui, depuis trois ans,s'e8t familiarisée avec tous
les crimes ? 11 ine parait très-politique de la laisser
périr à petit feu. Je n'ai plus d'ennemis sur le
continent. Il faut aux Français une guerre dont
l'avantage est d'empêcher le caractère satirique de
de la nation de censurer les opérations du gouver-
nement. On m'en a beaucoup voulu pour ma sé-
vérité envers Dupont et Marescot à cause de la ca-
pitulation de Baylen. Je fus justifié et même
applaudi, dès que j'eus publié que ces deux gêné .
raux étaient des lâches et des ignorons. Quel-
ques personnes qui les connaissent et qui sont à
77
même de les apprécier, ne m'ont pas cru et m'ont
méprisé comme un vil imposteur. Le général
Dupont est un officier très-instruit et très-brave.
Il a mérité plusieurs fois mes éloges dans les cam-
pagnes de 1800 en Italie, 1805 en Autriche, et
1807 en Pologne. Marescotest un des plus ha.
biles ingénieurs de l'Europe, et tout le monde sait
qu'on ne peut pas être bon officier de génie, si Ton
n'esit pas intrépide et savant. Comme Ja majorité
de la France et la presque totalité de l'Europe re-
gardent mes calomnies les plus absurdes comme
des oracles infaillibles, je me reconnais coupa*^
ble et je m'accuse de la mort politique de ces
deux hoipmes qui ont réellement un mérite supé-
rieur. Je voulus prouver à mes généraux qu'il
leurétait dangereux de survivre à une défaite, et
qu'ils devaient adopter pour devise, vaincre au
Tvumrir. Mon intention était bien de faire fusiller
; Dupont et Marescot. Cela aurait eu lieu,' si
j'avais été présent à l'armée. Vair de Paris a la
vertu de me calmer. Je cédai aux instances de quel-
ques fonctionnaires de rang qui les protégeaient,
et qui me représentèrent que le remède serait pire
que le mal II est superflu de vous dire que tous mes
fcuccès enEspagne sont dus à mes moyens de séduc-
tion autant qu'à mes armes. Les hommes comme
Mprla, susceptibles d'être corrompus, ne m'ont op-
posé qu'une faible résistance, la reddition deMadrid
en est la preuve. La défense héroïque de Palafox
dans Sarràgosse atteste son courage autant que sa
7«
{TTobité. Quoique mou jprisonnier, ce brare
homme conserve toute son indépendance. Il a
refusé les offres les plus flatteuses. Son retour en
Espagne serait très-dangereux. li périra dans
mes fers. Le même sort est réservé au Marquis de
la Romana pour le punir d'avoir réussi à tromper
Bernadotte, en désertant mes drapeaux. Tous
les chefs doivent disparaître du théâtre où» depuis
trois ans, ils combattent mon frère Don JasephNa-
poléan, leur seul Roi légitime. Plusieurs ont
donné l'assurance formelle qu'ils poseraient les
armes aussitôt que l'armée anglaise aurait été forcée
d*évacuer le Portugal. Ils n'en seront pas moins
exposés à ma vengeance. Il en est de l'Espagne
comme de Saint-Domingue. On doit détruire
tout ce qui a contribué à former ou à entretenir
l'insurrection. La moindre indulgence aurait les
conséquences les plus pernicieitses pour la tran-.
quillité intérieure. Pétion aura beau vouloir
gagner ma bienveillance en me livrant les provinces
qui le reconnaissent et en m'aidant à conquérir le
Nord. Je m'en servirai tant qu'il pourra m'être
utile. Il doit s^attendre à être traité comme l'ont
été Toussaint et la Plume, et comme le sera Chris*
tophe, si je réussis à m emparer de sa personne.^
On assure que ce dernier s'est toujours comluit
avec loyauté^ et que dans ce moment il gou*
vierne avec sagesse et modérati^sn. Sa mort est né-
cessaite pour venger sa seconde révolte contre te
générai Leclerc. Je désire beaucoup pouToirarrèter
79
le général Castanos, z&n de lui faire faire pénitence
de son trtcmiplie de Baylen. Je veux le faire ex-
pirer dans les tourraens les' plus affreux pour venr
ger une foule de mes soldats qu'il laissa égtirger
par les insurgés de son armée.
IJAhhéMàuny.-^X me parait que vous perdez
de vue k motif qui vous a décidé à avoir recours à
la religion^ Vous m'avez dit que vous vouliez,
dorénavant, vivre en bon chrétien, et en ami
de la paiz, et vous ne parlez que de guerre conti-
nuelle, de vengeance el de mort. Permettez-moi
de vous observer que rien n'est aifrenx comine Ib
sacrilège. II vaut beaucoup mieux ne pas seseï^
vif de la confession que d en faire un mauvais
usage. Je me gaorderai bien de vous dire avec
révangile ùq présenter la joue gfttscheà celui gui
wms axÉra donné un soufflet sur la jùue droite;,
malgré que ce soit à cette grande résignation des
apôtres et des premiers évêques, ainsi qu*à la
constance dea . mavtyrs, que la religion doit son
plu3 g^aad lustce ; mais je vous demanderai si
vou» u'autriez pas imité les généraux la Romana^
Christophe et Castaaos» Votre père et tous^ vos
pariero: m'ont-ila pas porté le& arme» contre les
Français? VoMS-méme n'avez- vous- pas feit des
vœux pour Tind^pendance de la Corse? Vous
êtes» con vaincu» qoe la patrie est chère à tout hfomme
bien'-né. Je ne puis point approuver que vous
projettie^ d'incarcérer et de faire périr des chefs
énergiques dont les. vertus et lés talens vous com'-
80
•mandent Testime, et obtienneiit radmiraiion de
Tunivers. Vous allez me taxer de philantiopie,
parce que je mets au même niveau les nègres "de
Saint-Domingue et les habitans de la péninsule.
Sachez qu'ils sont comme vous et moi l'ouvrage de
la divinité. Uâme d'im noir est aussi précieuse
aux yeux de Dieu que tdme d'un blanc. L'homme verv
tueux et bravcy quelle que soit sa'couleur, sera tou-
jours à préférer à l'être lâche et corrompu, quand
bien même sa peau serait blanche comme neige*
Soyez aussi juste que vous êtes puissant, et j'ose
vous garantir que tous les peuples, sans en excep^
ter les habitans de Saint-Domingue, deviendront
vos admirateurs et même vos amis. Renoncez à
votre penchant pour verser du sang sans néces-
sité et à votre projet de monarchie universelle^
jdontj entends parler chaque jour par des personnes
qu'on suppose, avec raison, être dans votre confi-
dence.
Buxmaparté. — Quoique ce dernier article ne
soit pas de votre compétence, je vous en parlerai
plus tard. Vous venez de me tenir le langage de
l'abbé prégoire. Je ne puis vous excuser qu'en
attribuant aux âimes et non aux corps les principes
que vous manifestez. La tyrannie^ est indispensa-
ble dans les deux hémisphères pour le bonheur de
la société. Quel bien les Français ont-ils recueilli
de cette liberté de 1789? Ils se sont entr'égorgés
comme des bêtes féroces. J'arrive d'Egypte : je
chasse à coups de baïonnettes cinq cents grédins
81
moins propres à être législateurs qu'à égorger les
passans sur les grands chetîiins. Je donne des lois,
on témoigne de Tétonnement, on obéit, et on est
heureux, ou on parait V être. Si l'anarchie eût été
prolongée d'un an, la France serait aujourd'hui dir
visée parmi toutes les puissances de l'Europe. Au
contraire, les souverains et leurs sujets sont mes
esclaves. Mes victoires de 1809 contre l'Autriche
m'ont fait le maître du Continent, eu me procu-
rant la main d'une archiduchesse. Je dis plus,
cette alliance me rend l'arbitre des destins du globe.
En supposant que les Anglais se maintiennent dans
le Portugal, que la résistance des Espagnols se pro-
longe, et que je sois las de faire tuer des Françaiir
dans la péninsule, je puis y envoyer une armée de
cent raille Autrichiens. Si l'Angleterre refuse de
faire la paix, j enverrai dans les grandes Indes un^
armée de cent mille Russes. Cette puissance étant
privée de la base essentielle de ses richesses, ne
poprra plus conserver sa supériorité marltitne.
Je lui ferai payer par des monceaux d*or et par
des larmes de sang, ^sa tyrannie des mers, sa &-
herté delà presse^ et la misère qu'occasionne à
mes peuples la stagnation du commerce. Il
n'en est pas des négocions anglais comme de ceux,
du continent. Ceux-ci sont ruinés. Ils ont fait
banqueroute^ ils n'ont point de quoi subsister, et
cependant ils n'osent pas proférer la moindre
plainte. Une telle imprudence serait considérée
comme une rébellion. Une prison perpétuelle ou
M
83
la mort délivrers^iei^t Vétat de leiurs cl^auderies et
frapperaient de terreur quicoi:que aurait été tenté
lie lei^ propager. Cette soumission absolue ip'eçt
garantie par mes armées de lerrç et de mer,
par trente mille gendarmes, quatre-vingt mille
prêtres, cent mille douaniers, par cent cin-
quante mille gablous, et par deux cent mille es-
pions de mes polices* Alexandre, François et
JFré4éric font à St. Pétersbourg, à Vienne et à
J3crlin ce que mon frère Jérôme, mon beau-frere
Murât, et mon cousin le duc de Plaisance font à
Qissel, à Naples et à Amsterdam* ]\fes ordres
sont observés partout avec la même ponctualité,
tandis qu'à Loncjres, à chaque banqueroute, on
jçtte les hauts cris contre les ministres, on ç^ssp
ks vitres de leurs hôtels, et. <w depiia^de la paix à
toiut priy* Le peuple anglais est persuadé que je
Sjuis de bonne foi, et il est bien loin d? pépier corn-
Inen il me tarde de. trouver une occasion favorable
de piller Londres, de pressi^rer TAngleterre, et de
rendre lejs trois royaumes troi^ provinces françaises,
dont je ferai en sorte que les hahitans soient çn*-'
core plus malheureux que pe le sont aiyoqrd'hui
les nations du Continent* Si ta paix a lieu, nioi^
projet favori s'exécutera dans trois ans. %f'enibras^
Sfivai les anglais, pour niieujç le^ étouffer^ Je leur
ferai des conditions très-favorable^s. Je leur cache-
rai le piège sous des fleurs. Si, prémunis contre mes
machinations secrettes, ces fiers ins^ulairps se. refu^
sent ^tout rapprochement, je réaliserai mon^prc^et
contre les établissemens anglais dans les grandes
tnd^i^, et itafls dik ans tneis vœux seront àccbmptiSi
AWs diëf)arattroiit du tableau des puissances toutes
les âticienties maisons âe l'Europe depuis rempc*^
reur d€ Russie jusqu'au duc confédéré de Nassa»
Weilbourg. Je sais que l'on s'amuse dans toutes
les cours hautes et bas^èsy au sujet de mes ancêtres*
On s'appuye de MuratOri, et de quelques décou-
vertes de Tabbé Fassadoni de Trevise. On dit yul?
'dans le 1 Geme siecêe lesÉkumapartéy emphyés a» ser^
vice de lévéque de Trevise^ en qualité de comman^
dans des troupes de Vévéché, s^ùuhlierent au pomt
de dêoàUser et et assassiner les voyageurs^ que tivé-
ijue voulut les faire arrêter pour les faire pendre^
qu'ils prirent la Juite^ et qu'ils se réfugièrent enChrse^
repaire de tous les brigands de t Afrique et de tEu*
r^e. En supposant que cela soit vrai> suis-jc la
cause de^ crimes de mes aïeux? Je sais qu'an
prîiice de beaucoup d'esprit fît rire aux éclats une
société nombreuse et brillante, en disant après
avoir entendu ces détails sur ma famille : " Je suis
tenté djf croire d'après la conduite de Btwmq^arté :
De race le chien chasse."* Cette joie d'un moment
sera payée par la ruine totale de la famille de cet
indiscret railleur qui déjà û'existè plus. Je veux
être le premier en tout point. Je ferai des traîte-
rhens honorables à tous les détrdnés. Ils seront
obligés de résider en France. Leur présence dans
leurs anciens états troublerait Tordre et la tran-
quillité dont je désire faire jouir leurs successeurs.
Les ginéraux, non tes plus célèbres, mai;» lés plus
Bi
dévoues à ma famille^ recevront deà couronnes;
moins pour récompenser feiir fidélité que pour
consolider ma dynastie. Je ne désire vivre encore
que vingt ans, et j'aurai surpassé tous les grands
hommes de l'antiquité.
L'Abbé Mauty. — Malgré qu'il me soit pé-
nible de vous contrarier, je vouaf avoue que je dif-
fère singulièrement de votre opinion. La Russie
est intacte, son armée est formidable. L'Autriche
vous imitera, elle oubliera la parenté. Vous au-
rez beaucoup à faire avec ces grenadiers Hongrois.
Lés farces de l'empire Ottoman étant bien dirigées,
feraient du côté de l'Italie une puissante diversion
en faveur des cours du nord de l'Europe; et
plus lé rqi de Prusse est malheureux, plus ses su-
jets lui témoignent de rattachement. Le phénix
Tenait de ses cendres. I/AUemagne et l'Italie
exècrent les Français à cause des malheurs
qu'entraîne la guerre. Les pays réunis à la France,
fa Hollande, TEspagne, le Portugal, et la Suède
désirent leurs anciens souverains ; quant à l'Angle-
terre, je ne pense pas comme vous sur son compte.
On peut bien être fatigué des taxes énormes qu'oc-
casionnent les dépenses de la guerre. Je conviens
même avec vous, que les négocians qui font
banqueroute se plaignent, que les manufacturiers
demandent la paix, parce qu'ils n'ont pas assez de
débouchés pour placer leurs marchandises^ et
qu on paraît très-animé contre les ministres. Toutes
ces circôlistances ne prouvent rien en votre faveur.
8^
Oo icst encore plus effrayé de vous. Votre con-
duite en Espagne vous a fait perdre presque tous
les partisans q\xe vous aviez en Angleterre en assez
grand nombre. Tous ont dit d'un commun ac-
cord, " Si un allié qui a été si loyal, est traité avec
tant d'indignité, à quelles horreurs ne doit pas
s'attendre de la part de son ennemi, un peuple dont
les coups sont d'autant plus terribles que l'adver-
saire n'a ni la faculté de la parade, ni les moyens
de ,1a riposte." Les Anglais ne cesseront de crier
tant qu'il s'agira d'améliorer leur gouvernement.
Dès que vous effectuerez une descente, vous les
verrez se réunir tous contre vous. Vous n'aurez
point à combattre ces rassemblemens irréguliers
de Cassivellanus contre les légions de César, vous
sere^ attaqué avec fureur par des troupes exercées
et intrépides. Les batailles de Fôntenoi et de
Talavera doivent vous faire concevoir combien
cette nation serait terrible, si vous la forciez à se
défendre dans ses propres foyers contre des
troupes dont la conduite, jusqu'à ce jour, garantit
aux vaincus un traitement bien plus affreux que
la mort. Tout Tunivers vante votre finesse ; les *
Anglais ne sont pas maladroits. Vous dites que
vous les caresserez. II3 se méfieront de vos em-*
brassemens. Quant à vos projets d envahir l'Inde^
j ai entendu des voyageurs instruits assurer que
cela était impratiquable, parce que ces coo.
trécs si fertiles à l'époque où Alexandre les traversa
pour aller soumettre Porus, sont aujourd'hui des
8d
déserts îtnmehàes, où vos armées périraient dé fà*
tîgue et de misère. Mon avis est que votre plan
de faire disparaître toutes îes anciennes familles
des trônes du continent, ri est pas la précaution
inutile, si l'exécution en était possible. J'admets
que le roi de Prusse consente à être un des barons
de votre empire. Comment ferez-vous adopter
un semblable parti à T Au triché et à la Russie?
Ces deux puissances ont un million de braves sol-
dats, et de plus l'attachement de tous leurs sujets.
Le grand Turc vous fera acheter chèrement la
conquête de Constantinople. Je vous engage à
bien réfléchir sut tous ces changemens avant de les
entamer. Souvenez-vous du sort de la grenouille
du bon la Fontaine qvî s* enfla si Uen qu'elle creva.
Excusez la franchise avec laquelle mon saint mi-
nistère m'autorise à vous représenter vos véritables
intérêts. Je vous prie de me donner quelques
détails sur votre consulat à vie, votre nomination
d'empereur, votre couronnement par le pape, votre
divorce avec Joséphine, votre mariage avec Marie
Louise, et sur vos moeurs depuis I796.
Buanaparté. —Le tribuftat m'a donné le con-
sulat à vie, et je dois l'empire à Tarm^e. Mes
partisans avaient leurs instructions. Ces deux
opérations ont été très-bien combinées. J'eus
grand soin de paraître indifiRSrent à toutes les
flagorneries que j'avais ordonnées moi-même avant
chacune de ces deux époques, v Mes réponses in-
diquaieiit que je regardais comme un fardeau pé^
^$7
nible, tous les honneurs qu'on me déférait^ tandis
que j'étais intérieurement satisfait au delà de toute
îqi^gination» J'avais passé le Rubicoo au 18 Bru-
maire. Je ii'étais étonné que de m^ modération,
^t croyez pas que ce soit le papç qui m'ait cou-?
fonué* J a>i placé ma couronne sur pia téte^ ei
jai couronné Joséphine. Toutes les formalités
auxquelles je voulus bien m'assujettir^ ayaien^
im but politique qui a été rempli, en persuadant ^
mes peuples de France et d'Italie, que j'étais un
bon catholique. Je vous avoue que j'ai été athée
pendant vingt-huit ans. L'ouvrée par Mira-
baud ayant pour titre le Système de la Nature^
m'étant tombé entre les mains, je le dévorai. J'en
adoptai tous les principes, et ce n'est que depui»
lia nuit du 1er au 2e Juillet, que je crois à l'exis*
tenœ d'un Dieu qui a daigné me préserver ainsi
qu€ mon épouse d'un danger préparé par un gé-
nie bien habile, puisque jusqu'à ce jour toutes
mes démarches pour en connaître l'anteur ont été
infructueuses. Tout ce que j'avais dit et fait
jusqu'alors en faveur de la religion n'avait été
que par hypocrisie. «Je détectais Joséphine, parce
qu'elle ne pouvait point perpétuer- ma race, et
qu elle conservait à son âge toutes les prétentions
d une jeune coquette^ ho, France n'ignorait pas
6fes liaisons ayec Barras avant mon mariage, et
pendant mon expédition d'£gypte. Ma catasi-
tropb^ d'Essling, et les revers que Lord Welling-
tfim fit éprouver fn E^gnç à 4»es liçut^uains,
88
me firent renoncer provisoirement à mon plan de
détrôner François. Je savais qu'il avait une fille
en âge d'être mariée. UafFaire de Chasteller oc-
casionna des explications qui amenèrent un rap*
prochement Je sentais que je n'étais pas le plus
fort* Je dus être le plus rusé. On me laissa
passer le Danube sans la moindre résistaiice.
On se battit pour la forme. . Un jeune prince
charmé sans doute d'avoir thonneur de devenir
mon oncle, resta à Presbourg avec son année. Il
oublia facilement les injures grossières dont je l'a-
vais accablé par mes bulletins officiels. Le prince
Charles, dont la droite avait écrasé et mis en fuite
mon aile gauche commandée par Masséna, voulut
bien prendre la route de la Bohême. Nous avons
dupé les Anglais. Quand on a eu leurs guinées, on
a signé la paix qui était convenue depuis la fin du
mois de Juin. J'avais réussi, en comblant de pré
sens et de caresses les confidens de François, à lui
faire croire que je désirais sincèrement être son
ami. Je suis encore à concevoir comment il a pu me
donner sa fille, après qu'il avait appris très-officiel'^
lement ma volonté formelle de le détrôner, et mon
invitation solennelle aux Hongrois de se choisir -
un autre roi. J'avais Tespoir que mon alliance
avec une des premières maisons de l'Europe, en-
gagerait le gouvernement anglais à faire paraître
des dispositions pacifiques. J'aurais voulu qu'on eût
imposé silence aux nouvellistes de Londres qui nie
vilipendent à qui mieux nlieux. Depuisqu'un demes-
83"
nërau:<, quî à servi avec moi en Itpiîîe et en Al-
lemag-ne, et qui par consé()UCiiit me co»«naît très-
bien, s'est rangé de leur bord, on me dît des véri-
tés qui me déchirent l'âine. C'est ce philantrope
Fouché qui m'oCcasîonnie cette disgiaee. Di^puis
près de deux ans j'avais des notions^ quoîqu'indi-
rectes, que le général Sarrazîn désirait passer au
service anglais. Un coup de fusil m'aurait délivré
de ce tfaître j la faiblesse de mon ministre l'a sauvé,
îîe nie parlez donc plus de modération, pui)»que
me§ ennemis en abusent pour me dénoncer à To-
pinion publique et bientôt peut-être pour venir
tn'attaquer les armes à la main au sein de mom
empire,
JUAbhê il/attr^.-*-Félicitèz-vauiï du bonheur
d'être éclairé par la vraie lumière. Vous croyez
en Dieu l vous serez heureux stir la terre çt dans
le cieb Vous avez bien fait de répudier votre
première femme. Qu*avait fait Joséphine pour
mériter d'être asstfciée à votre brillante couronne?
Son alliance vous privait, ainsi que vos sujets, de
ces grands avantages qui résultent de votre titiion
avec une princesse de Fillustre maison de Lorraine,
puisque la paix du Continent a été la suite de
votre désastre d'Essling et de votre bataille con-
ventionnelle de Wagram, vous obtiendrez facile-
ment le pardon de la mort de tant de braver qui
ont péri dans ces terribles combats qu'on peut
assimiler à des luttes de géans. Quant aux Aa*
glais, vous ne devez vous attendre à les voir chan-^
N
90
ger de langage à votre égard, que quand vous leur
offrirez une perspective qui leur garantisse la
jouissance de quelques avantages pour leur com-
merce dans les marchés du Continent. Il faut
pour cela que l'équilibre de l'Europe soit rétabli,
afin que leurs négocians ne soient pas dans une
crainte continuelle de voir confisqu.er, par vos
ordres, les marchandises qu'ils auraient placées
dans des entrepôts de vos domaines. Ils savent
que vous avez sur le cœur les riches prises faites
sur votre commerce en 1803, et ils sont persuadés
que vous êtes tr^s-vindicatîf. Vous avez mal fait
de ne pas faire fusiller le général Sarrazin. Lors-
que je vous ai dît qu'il fallait faire périr les ci-
toyens dangereux, j^ai bien entendu parler des
généraux qui doivent être surveillés et expédiés
avec plus d'activité et de^ rigueur que tous vos
autres sujets.
Baonaparté. — Je dois vous observer que vous
vous contredites souvent. Tantôt vous me blâmez
d'avoir été cruel, et ensuite d'avoir été trop bon.
On ne peut mieux vous comparer qu'à une gi»
fouette qui tourne à tout vcjnt. Soyez fixe dans
vos opinions. Je suis résolu à vous prendre pour
mon guide dans la voie du saluty mais ne* ter-
giversez pas dans votre manière /de me diriger.
Dans le temps de mon athéisme, les liens les
plus étroits de famille ne m'ont pas empêché de
me livrer aux atrocités les plus déshonorantes. Il
vous est facile de me deviner, et vous pouvez re-
$1
garder comme vraî, ce que vous avez appris à
ce sujet par la voix publique. En Italie, j'ai
joué le rôle d un Sultan. J'ai violé toutes les
convenances. Je n'ai point respecté les devoirs
qu'impose le mariage. Malgré que je sois très-
satisfait de mon alliance avec l'impératrice d'au-
jourd'hui,- je regrette quelquefois la liberté dont
je jouissais auparavant; et je vous avoue que j'ai
déjà eu plusieurs désirs d'être infidelle à mes
nouveaux engagemens. L'occasion seule m'a
manqué. Je m'accuse d'avoir déshonoré au moins
cent familles par la complaisance de la directrice
d'un pensionat célèbre dont, depuis dix ans, le
public regarde les élevés comme faisant partie de
mon serrail. Aux unes j^'ai donné de riches ca-
deaux, j'ai placé avantag;eusement les parens des
autres, et à toutes mes favorites, j'ai eu soin de
procurer des établissemens avantageux. On a sup-
posé que j'avais eu des particularités avec plusieurs
femmes de ma cour : cela est faux. Je n'ain^c pas
â brouiller les ménajges, à moins d'unç absolue né-
cessité. Lorsque j'étais en Egypte, je fus obligé
de me conformer aux circonstances. Il n'y avait
dans toute l'armée française (|u'une jolie femme,
mariée avec un capitaine de chasseurs à cheval. Je
chargeai Junot de me la procurer. Elle fut in-
vitée à dîner avec son mari. Une vivlandiere,
femme provisoire de mon premier aide-de-camp,
faisait les honneurs de la maison. Au dessert, la
mcdtresse du logis «ortit avec înadame la capitaine,
N 2
^éjk génévBlfs in petfûy parce que je Tavaîs trouvée
jtiès-aimable pendant le dîner. Je nç tardai pas ^
su,i\re l^s deux danies. Pendant que Junqt et
plubûurs autres oflScierç d'état-major sablaient \é
Bordeaux avec le mari, je faisaiç mesarrangf men$
avec 4'4 femme. Elle ne céda quà regret à mes
instances. Mes promesses finirent p^fja dépider
à' lester avpc moi» et il fut convenu que le capir
taine serait évincé. Le lendemain, on donna 4
cet officier des dépêches pour se rendre ep France.
Comme les croiseurs anglais s'opposaient aia départ
(du bâtiment qui devait le transpprter, il demanda
à retourner au Caire, ce qui lui fut refusé, II
écrivit à sa femme de venir lie joindre à Alexan-
drie. Sa lettre resta sans réponse, et depuis lors
ou n'en a plus entendu parler, A mon retour
d'Egypte, je plaçai cette maîtresse (dans le fau-
bourg de la Villette, et avant de la délaisser, je lui
assurai une pension de cent louis par <in^ Vous
javez été instruit que toutes les actrices qui m'ont
plu ont partage ma couche. J'ai cédé à un jeune
prince la belle (jreor^p, qui avait eu la folie de
croire que j'en étais. amoureux. Pour vous m^ettré
à mênie de méjuger sous le rapport des inceurs^
qu'il me suffise de vous dire que, dépuis Tâge dp
quiiîze ans, je suis libertin et corrompu commç
César, que Suétone appelle avec raison: Ompkim
mulierum virum, et omnium virorum muliereiHi
t^ind s (,u'ii répudia sa femme Pompé i a, s^^ir tin
simple i^oupçoQj^ en ûïê^ni iQuomam meçs l(|^
fiUspieionej ^am crimîne judico carert oporttrê.
.Je m'accuse d'avoir, au gré de mes caprices, hu-
fnWié, maltraité et même frappé ma première
ijemme Joséphine. Ne voyez en moi qu'un mal*
heureuil^ bi^o coupable par ses crimes, bien mé-
prisable par ses turpides, et très-résolu d'en né^
riter Foubli fit le pardon par la régularité de ma
conduite. Je vous prie de m excuser si la décence
m'etnpéche dentrer dans de plus amples détails
sur une matière si délicate. Votre expérience .dans
)e saint tribunal de la pénitence, vous met à même
d'apprécier l'énoripité de mes creuses.
L'abbé Maury.r^hn miséricorde divine, est
jencore plus grande que vos iniquités. Il suiEt de
vous en repentir, avpc la ferme résolution de vivre
eu bon mari avec votre jeune épouse que vous d^
xez regarder comniie un présent du ciel^ puisque
ses sages avis occasionnent votre rjetour aux bone
)>rincipes. Renonce;e pour toujours à ce crime
affreux qui causa la destruction de deux célébrée
villes d'antiquité. Jouissez cl^asrtement et dans
des intentions pures des préciei^es qualités, dont
la nature ^est plu à omet Vlmpérairice. Eloignez
devons ce^^entimens pervers, Vattributde la bri»>.
$alit4 £( qi!^ la vertu soit 1 apanage d'un hymen
fait pour le bonheur de l'Europe. Avant den venir
À nos conclusions, il me parait impoitant que vous
loe donniez quelques détails sur radministration
intérieure de la France. Le biuit circule que voua
^tes commettre tous les aasdes^iujttstices criantes
»4
daiis la conscfîption, dans la levée «les coQtribrt»
lions, et dans toutes les autres parties du service
public* Il existe des lois; vous-même vous en
avez reçu votre autorité. Un bon prince doit
mmintenir ses sujets dans tous les droits que leur
assure l'empire <i*uBe sage législation.
Buonaparfé. — La con«cription est k pépinière
lie mes armées. L'habilf té du ministre Lacuée, le
^dévouement des préfets, l'activité de mes gerr-
«iarmes, et le zeie infatigable des officiers et sous-
4>f&ciers de recrutement ont mis dans la levée des
conscrits, une perfection surprenante. Le ministre
Jtzigs pour les exemptions autorisées par la loi, des
'Conditions qui sont rareipent remplies, à cause de
i!éloigpfiement des régimens ou de la négligence
atfc»/^ des colonels. £n supposant larrivée des
pièces au temps fixé, les préfets les trouvent défec-
^tueuses, La gendarmerie fait une chasse à outrance
aux conscrits réfractaires, dont le- nombre quel-
«quefois très-considérable n'est jamais porté en dé-
duction du contingent que doit fournir le départe-
ment. Dans la route, les officiers et sous-officîers
conducteurs mécontentent les jeunes conscrits
pour les faire déserter. Toutes ces sourdes ma-
iHBuyres augmentent mon armée. La désertioh
cl'un seul homme m'en procure deitx autres, saris
^exempter lui-même. Le conscrit qui déserte
avant d'être arrive à son régiment, est de suite
signalé par l officier conducteur qui en donne avis
.^u préfet. . Celui<*ci coavoque le ouméro premier k
marcher, du canton du conscrit; qui a dénerté» L^
gendarmerie ne tarde pas à arrêter le déserteur. U
e$t lié, garrotté, et conduit de prison en prison jus-
qu'à sa destination primitive. S'il ^ été condamiié
comme réfractaire, il e^t conduit dans un de9 ate-
liers pour les travaux publics, d'où it ne sorH .que
pour être incorporé dans un régimenh Soi:^ frère
qui, Tannée suivante, aurait été exempté de la çons^
çription^ ne retire aucuQ avantage de son service
forcé, et il est obligé de partir si fe sort ne la pas
favorisé. Par ces dispositions, je me trouve a^w.
trois soldats par la faute d'un seul, ou plutôt par
Tadroite insinuation d'un de mes agens. Les pré*
fets ont été fort.long*temps à adopter mes instruc-
tions. Ils sont tous à présent à la hauteur de
leur besogne. J'ai remplacé par des hommes
dignes de moi, ceux doi;it Texcessive sensibilité
prenait en considération les plaintes des yieillv4s9^
les larmes des veuves et les cris des orphelins. Je
vous remercie de m avoir ramené sur ce chapitre.
Combien je ruine de familles auxquelles on en-
levé le seul homme en état de conduire les travaux
pour faire subsister' une mère infirme et plusieurs
eixfans en bas âge! J'y suis néanmoins contraint
pour conserver ma supériorité militaire. La loi
strictement observée ne me procurerait .qu*un
homme sur cinq cents âmes de population, tandis
que les abus m'en procurent le double, et quelque--
fois plus. Dans un département de lancienne Bel-
gique, on a yu les listes des cantpns, épuisées par
56
la clésertion, et tous ces conscrits deviennent tAt ou
lard mes soldats. Je n'ignore pas qu'on se plaint
amèrement. Ces bonnes gens disent souvent qu^
l'empereur nest pas instruit de tant d injustices^
fpiautremewt il les ferait cesser, et quil est mal^
heureux que je sais représenté par des tyranneaux.
Telle a été, depuis la création du monde, la tu«
brique des opprimés contre leurs oppresseurs secon-
daires. On ne veut pas se persuader que je suis ins*
truit de tout, que rien ne se fait que par ma vo-
lénté, et que quiconque s'en écarte est destitué de
ses fanctionsy et remplacé par un homme dévoué.
VAbbé Maury. — Il vous faut des recrues.
J'approuve fortement la conscription. Elle est le
boulevard de Fempire. Pourquoi ces abus? Pour-
quoi ne pas demander deux hommes au lieu d'un ?
Pourquoi laisser à l'arbitraire, et surtout à la ra*
pactté des agens subalternes le sort de plusieurs
millions d'indKndus ? Le langage que vous dites
que tiennent vos sujets pour réclamer votre justice
leur est dicté tous les» jours par les directeurs de'
leur conscience. Les curés et les vicaires ne ces-
sent de vanter les vertus, les talcns et surtout ta
tendresse paternelle que l'empereur Napoléon porte'
à tous les Français.
Baonaparté.'-^Vos prêtres ne font que leur
devoir. S'ils continuent à me contenter, j'amé-
liorerai leur sort, en faisant disposer en leur faveup
de quelques centimes additionnels sur les budjet»^
de l,€urs paroisses. La religion n^a été fort utU^-
par le zéie de tous ses ministres à faire marcher Jes
conscrits. Je regrette que leur ascendant ne soit
pas le même pour influencer la rentrée des contri-
butions. Mçs coures que Je public croit remplis
d'or^ sont absolument vides. Saps les ressources
que me procurent encore 1 Italie, TAllemagnc
et la Hollande, je serais depuis six mois très*em-
barrasse pour solder les deux millions d'euiployés
qui sont à mes gages, depuis Cambacérès jusqu'au
simple douanier. La loterie et la poste sont sans
valeur depuis deux ans. Les frais absorbant les
recettes, et mêmje ksvok. Lavalette est forcé, à
son grand regret, de suspendre ses versemens dans
ma caisse secrette* Les droits du timbre et de
renrégistrement ne valent pas le- quart de 1 809.
Les affaires sont mortes. Il n'y a plus de muta*
tions dans lei^ propriétés. Les douanes si pro-
ductives en 1302 et 1803, sont presque nulles.
Les droits réunis occasionnent des vexations ar-
bitraires. D'un bout de mon empire à lautre,
les plaintes sont générale». La perception de cet
impôt très-oOiéreux exige presque tout son produit.
La rentrée des contributioiu des pays conquis va
finir. Je ne puis plus compter que sur l'impôt ter-
ritorial, sur ma bonne ville de Paris, e^t sur les
e;s:torsions de mes préfets. Quelques' savans prér
tendent qu on ne saurait accuser ces fonctionnaires
de déprédation, lis ignorent sans 4oMc que leur^
rapines de vingt espèces différentes, sont près*
que entièrement à mpn profiti n'en Clouant qu'une
o
98
T)rcn faible part aux înstrumens de ma rapacitlé.
Quiconque connaît les ressources dé la France, et
sait exploiter adroitement cette mine jusqu'à ce
jour inépuisable, cessera d'hêtre étonné de me voir
faire face aux dépenses énormes de mon empire.
J'apprends de toutes parts quela confiance disparaît,
qu'on retire le numéraire de la circulation, et que
je ne dois plus compter que sur le quart de mes
revenus secrets. Je suis au désespoir de me voir
privé des grands avantages que je m'étais promis
de mon système de corruption générale. Depuis
moi-même jusqu'au fossoyeur <les paroisses, tout
est compris dans l'organisation de mes fiiiances.
Si j'alloue cent millions pour les dépenses du dé-
partement de la marine, le ministre jaloux de me
contenter, se hâte d'en verser la dixième partie
chez mon trésorier. Un léger sourire à sa première
visite le satisfait amplement. Non-seulernent ces
dix millions se trouvent portés en dépense dans la
reddition de ses comptes, mais îl a soin encore, dans
le courant de l'année, défaire d'autres ''économies
dont il me rend un compte fidèle quî lui garantît la
rontînuation de ma biem'eillance impértple. Il en
est de même dans tous les autres ministères. M. de
Broglie, évêque de Gand, peut vous dire com-
ment il rançonne ses diocésains par le moyen dé
son armée noirCf Le tarif est fixé en raison des for-
tunes' des *^pàrtituliers, tant pour les mariages, faut
pour lés tiaissances, tant pour les eftterremens, les
grandes çt basses messes, etç;*^ pu temps de son
prédécesseur, • M. Fallot de Beaumonti on poussa
rimpudeiicç jusqu'à exiger un double louis pour
révéque, àToccasion d'un mariage de gens d'une
fortune ordinaire. La lettre et l'argent furent
adressés par méprise à M. Devos sous-préfet de
Farrondissement de Termonde en Fiandrey qui
ébruita Taventure. On jeta la pierre à ce pauvre
Çeaumont qui fut obligé de demander son change-
ment. Il n'était à Gand que depuis trois ans, et
il avait déjà mis dam sa bourse trois cent mille
francs d'économie. Je l'ai placé en Italie. Il est
évêque de Plaisance, où il continue à me servir
avec beaucoup de zèle.
L'Ahbé Maury. — Il faut rendre à Dieu ce gui
esta DieUf et à César ce qui est à César. Je mau-
dis quiconque ne se contente pas de la dixme au-
torisée par le règlement de Téglise. Tout le sur*
plus du tour du b^ton vous appartient. J'aime à
croire que mon confrère Beaumont connaît trop
bien ses obligations spirituelles et ses devoirs tem-
porels pour ne pas avoir observé scrupuleusement
un principe aussi utile au trône qu'à l'autel. Xai
entendu dire que les généraux, les colonels, et
même les fonctionnaires qui administrent la jus-
tice saisissent avec empressement toutes les occa*
sions de s'enrichir. Je pense que cette conduite
est criminelle, que vous êtes coupable de la tolérer,
^ qu'il convient qu au moins les juges soient prp-^
bes et vertueux.
Buonaparté.^^On voit bien que vous prêchez
o 3
322984B
loa
pour les autres tue morale que vous ne Voulez pas
adopter pour vous-même. Sî rbonnêteté est de ri-
gueur pour un état quelconque, n'est-ce pas aux
ecclésiastiques qu'il faut ia prescrire? N'avez*
vous pas à imiter Jésus-Christ et les Apôtres, dans
le mépris des richesses ? Sachez que, dans mon
gouvernement, un conscrit ou un assassin, s'ils
ont de l'argent, éluderont la sévérité des lois. Uu
financier fut menacé de la potence par un ministre
qui lut reprochait ses vols ; il lui répondit qu^on
ne pendait pas nn homme qui avait cinquante mille
livres de rente. Je suis fort de cet avis. Tous les
pillards ou brigands couverts de crimes qui
ont quinze mille livres de revenu, je les fais
comtes, et ceux qui en ont le tiers je les nomme
barons. Je vous prie de ne jamais me parler
des rapines de mes généraux et de mes colo-
nels. Apprenez que des têtes couvertes des lau-
riers de la victoire sont à labri de toute xautre
censure que la mienne. Ce sont mes Betgar
mins. Ils m*ont fait ce que je suis, et j'aime à
pouvoir me croire Tauteur de ce qu'ils sont. J'ai
eu soin d'élaguer ce qui n'étant pas de ma créa-
tion, ne cédait qu'à regret au nouvel ordre de
choses. Mes colonels n'ont que six mille francs
par an. Il est naturel qu'ils regardent leurs régi'-
tncns comme des fermes dont je leur confie l'ex-
ploitation. Le colonel Coutard, en premmt lê
commandement du 65eme régiment, le trouva en-
detté de cent mille francs. Trois ans après, il
idi
avait liiquidé cette dette et il avait écotiomisé ccft€
mille francs qui se trouvaient en caisse* à la revue
de Hnspecteur général. J'avoue que je suis cou-^
pable de laî^er vôlet les soldatts par leurs cheft.
C'est un mal dont il résulte un plus grand bien.
On leur donne une musique excellente et bien
habillée; on va au secours des sergens promus au
grade d'officier, ^t le soldat ne s'aperçoit pas des
injustices de ison colonel qui ne peut pas écono^
miser un centime sans le voler à ses subordonnés.
L'institution des inspecteurs aux revues a mis
un terme aux vols que Ton faisait au gouvernements
La comptabilité de$ troupes «t portée à sa perfec*
tion. On dit aussi dans des ouvrages publiés à
rétraiigier, que tadmimstroiion des communes est
en désordre. C'est une erreur grossière. Indé-
pendamment des maires et des adjoints toujours
choisis jparm'f les anciens nobles, ou les roturiers
riches et instruits,- il a été établi des secrétaires
très-<intelligens qui tiennent tous les registres dans
le plus grand ordre. Comment a-t-on pu avancer
Mné assertion qui, si elle était fondée, supposerait
une confusion dansmoin'sysftème administratif re^
gardé par tous les savàns politiques comme un
modèle de précision, dé sagesse et d'hafbîleté ?
Dans les tképartemens du Rhm et en Flandre, on
ne place pits un secrétaire qui ne connaisse les deux
langues, la française et celle du pays où il est em^*.
ployé. Ces places de secrétaire sont très-lucra-
tives en raison de i'ifiiportaniée des communes.
Les receveurs à vie pour les contributious sont
bien traités. Les gardes chanipètres ou espions
des préfets rivalisent avec la gendarmerie pour la
police et l'arrestation des déserteurs et conscrits
réfractaires. Les entrepreneurs pour les travaux
publics sont au choix des préfets qui ne manquent
jamais de faire acheter leur protection au poids de
Tor. On dit aussi que les maires sont obl^és de
semir tétat de Uur bourse. Ce serait bien peu con*
naître les Français que de les croire capables de
tant de libéralité. Si petite que soit une com*'
mune, elle a ses revenus, d'après la nature des
contributions* Le budjet fait face à toutes les dé*
penses. Le gouvernement s empare des fonds ex*'
cédens. Toutes les autorités intermédiaûres, sans
«n excepter les conseils généraux, les préfets et
Jes ministres, ne sont que des machines dont je
dirige tous les mouvemens. Mes proclamations,
depuis que je suis mattre absolu, respirent la jus-
ticeja plus impartiale. Mes instructions secrètes
prescrivent impérativement les abus qui me sont
avantageux dans toutes les parties du service
public. Mon directeur de la conscription, mon
ministre de l'intérieur et celui de la police ont
réussi à surpasser les financer, les cultes, la ma-
rine et même la guerre. Je suis peu content de
mon grand-juge qui est cependant ce que j ai de
moins mauvais dans son genre. J ai dirigé moi-
même les affaires étrangères. Mes mensonges ont
assez souvent produit le bon effet que je m'en états
103"
promis. Voilà, à-peu-près, tout ce que Ton peut
trouver de repréhensible dans ma conduite depuis
mon entrée dans le monde jusqu'à ce jour. Je dois
vous observer que les injustices dont je viens de
vous parier, sont nécessaires pour maintenir mon
empire dans l'état de juro^^ri/^ dont il jouit.
VAbbé Maury. — Je vous prie de me donner
quelques détails sur l'éducation publique où vous
avez, dit-on, introduit de très-grands' abus ; parlez-
moi aussi des vexations que vous avez fait éproui^er
à 'la garde nationale, au mépris des lois qui lut sont
relatives, et de ces bastilles où Ton prétend que
vous faites périr à petit feu plusieurs milliers d'in-
nocens. Vos ennemis poussent la méchanceté
jusqu'à vous attribuer l'arrestation d'agens diplo-
matiquesy leur assassinat, ou leur disparition qui
ont eu lieu à différentes époques en pays étranger.
Cette violation du droit des nations est très-blâ-
mable, si toutefois vous n*y avez pas été forcé
par le désir d'assurer les triomphes de la nation
française. Satuspopuli^ sujtrema^lex.
Buonaparté*'—Y o\x^ me rendez justice. Lors--
quejemesuis décidé à des mesures qui assimi-
laient leurs exécuteurs à des mandrins et à des
Cartouches, c'était pour me procurer les secrets des
cours étrangères, afin d'avoir le temps suffisant
pour faire mes dispositions. Je n'avais pas d'au-
tre moyen pour résister à leurs attaques, et faire
retomber sur mes ennemis les malheurs qu'ils
préparaient à la France. Indépendamment de ces
104
î&çtes de vive focce, je dois m'accuser^ si taute^
fois tela est malj d'entretenir dans les villes de
quélqu'iniportance, des agens qui interceptent les
Jettjes qu'on présume de conséquence, en pren-
nent lecture pour Ai en donner communication,
et en font la. soustraction, ou la remise con-
*
formém^nt à mes intérêts. Depuis le dix-huit
Brumaire, cette précaution a été régulièrement
observée eu France et dans tous les pays sous m^
4pniination. J'ai besoin d'être au courant de
tout ce qui a rapport à }a sûreté de l'état^ afin
de déjouer les complots des malveillans. L'édu-
cation publique a dû avoir pour but de m'afFec-
tionner les jeunes gehs> de leur inspirer le goût
du métier des armes, et de leur persuader la su-
périorité d'un empereur sur un pape. Vojus mé
contesterez vainement ce dernier point. Il est .né-
cessaire au bonheur des peuples que cette vé*
rite leur soit confirmée par les ministres de la re^
ligion. Vous savez que votre royaume n'est pas
de ce monde, et que vous devez obéir à l'auto-
rité légitime* Je conviens qu'il s'est glissé plu-
sieurs abus dans Tinstruction publique pendant les
troubles de la révolution. Bien loin d'en être
J'î^uteur, je me suis occupé à les détruire. J'y ai
presque réussi par l'établissement de l'université.
3Le îtemps peut seul perfectionner mon ouvrage,
^es ennemis les plus acharnés finiront par mç
rendre justice en convenant que la jeunesse re-
j^pit» sous mon, empire, une éducattou bii^ p1u3
10«;
soignée que dans les temps les plus prospères dd
rancienne dynastie. Je suis trè$-niécontent de la
garde nationale. Il m'a fallu toute mon adresse
pour parvenir à tirer, quelque parti de ce fantôme
en I809, lorsque les Anglais firent leur expédition
de r£scaut Les Français sont indignes de m a-?
voir pour empereur. Ils sont témoins de mes
peines et de mes travaux pour les couvrir de
gloire^ et ils me payent de l'ingratitude la plus
notre. Je vous assuie que si les Anglais débar-
quaient en Normandie, ou en Picardie, je les
laisserais pendant quelques jours libres de leurs
niQuvemens pour être mes vengeurs de l'indif-
férence coupable que ces deux provinces ont mon-
trée pour la défense des côtes. Une armée anglaise
à Rouen ou à Amiens pendant un ou deux mois,
9pprendrait aux Normans et aux Picards à
ae plus déserter comme ils l'ont fait si lâche-
ment, étant au camp de Boulogne. J'en fis con-
damner plusieurs à quatre a,ns de fers pour ef-
frayer les autres. Cette rigueur exaspéra les
esprits au lieu de les calmer, et les^ camps fu-
ient aban4onQés au point qu'on fut obligé de
laisser sans garde les batteries» même les maga<t
stns à poudre. Qn eut beau faire arrêter les perça
et nieres des déserteurs, et les mettre en prison ;;
inutilement, on condamna les familles aisées des
déserteurs à payer une amende de quinze cents
fraqcs, les. soldats se cachèrent^ et les officiers
i^fusecent formellement d'obéir aux préfets qui
itnê
leur ordonnaient de retoumc^ à leur poste: ?b
donnaient, pour motiver leur désobéissance, AtÈ
raisons très-plausibles. Ils disaient ^^ qu'ils avaient
^ fait leurs trois moi^, ainsi que la loi le prescri-
^ vait, qu'on devait y en envoyer d'autres, et
'• qu*op les fusillerait, plutôt que de les faire
*' repartir avant leur nouveau toun" .rai cepen*
dant été obligé âeJUer dxmx^ pour éviter une in-
surrection générale qui était sur le point d'écla-
ter. Vous voyez donc que cette maudite garde
nationale que j ai la politique de vanter, autant
que j'ai raisonne la mépriser^ vous voyez, dis^jCi
qu'elle méritait les mauvaii» traitement auxquels
die a été exposée*. II faut trois mois pour ap*
prendre â un recrue à charger son fusil et à
marcher. S^il est autorisé à s'en aller dans set
ibyers après trois mois de service, et qu'il soit
remplacé par un autre recrue, il est évident
que cette troupe ne sera jamais instruite, et que
dans une attaque elle ne fera qu'embarrasser^
et même semer l'épouvante^ en prenant la fuite
à la première vue de l'ennemi. Sur trente officiers
de cette garde, il est rare d'en trouver trois de
bonne volonté, ou qui connaissent leur métier*
On a cru que je les faisais marcher ea poste
pour arriver plus vite sur les points susceptibles^
d'être attaqués. Ma première raison de cette
inesure très-dispendimse était de ne pas laisser voii^
aux espions des Anglais la qualité dea troupes
qui leur étaient opposées. On voyait cent char^
107
riots chargés chacun de dix hommes avec des
uniformes et des fusais. On ne pouvait pas de*-
vinex cpxe ces prétendus soldats étaient très- ef-
frayés de leur arme sans qu'elle fût chargée, et
^u'ii a€allu long-temps pour obtenir d'eu^ de ne
jtas détourner la tète, lorsqu'ils faisaient Texer-
cice à feu. £n second iieu^ la fatigue de la marche
aurait pu dégoûter ces vieux etjeuneii débutans^
et les engager à déserter. Au mépris de la loi et
en dépit du bon sens, les maires ont eu la cruauté
de faire partir des enfanâ de 14 à IS àl!% et des
vieillards de $0 à 67 ans. Je ne puis donc plus
4[î0m|)ter sur la garde nationale. Je suis assui|é
qu'à présent les Anglais n'en font aucun cas^
Après une révolution aussi oi*ageuse que «ellf
dont la France a été agitée pendant dix ans^ ^
serait dangereux pour la tranquillité publique àt
suivre ponctuellement les lois. Je ne veux quf
le hônbeiH* de la m^orité de la nation. Pour
atteindre ce but, je. dois av^ir la fermeté néce^
saire de punir les turbulena, et de les mettre hofis
d'état de nuire. J'ai donc créé huit bastilles par
mon décret du 3 Mars 1810. Jfi connais toute
la légél^té de mes sujets. Un am ou deux de
cachot feront plus d'effet pour faire taire ki ba«-
val'ds, que les noyades de Carjier, et les massacres
de Robespierre. On mettra les prisonniers en h*
berté avec l'avis qu'en cas de récidive, ils seront
amètés et iucarcésés; poiux le reste de leurs jours.
Mon Goleal pDûduifa^ plus de pjoaifersions que
IrtS
les sermons les plus pathétiques de vos meil-
leurs orateurs. Quand on* sera dénoncé par son
curé comme libertin, mauvais sujet, ennemi de
la religion, détracteur du prince, etc. vite un
commissaire de police s'empare de FégrUlard. Tous
ses camarades consternés, désavouent à Tenvi
Tun de l'autre la honte d'avoir partagé des scn-
timens si coupables. Regardez donc à présent
mes huit bastilles avec leurs trois cents suceur^
sales ou prisons, comme le rqfinement de mon tra«-
vail sur l'éducation publique. J aime à me per-
suader que vous ne partagez pas l'opinion dt
Touché, de ce terroriste débouté qui, après avoît"
du t«nps de Robespierre, versé de grand cœur àts
torrPns de sang, et après m'avoir surpassé dans
rcxéciitÎGn de tous mes projets diaboliques pour
Wassurer ma couronne, s'est permis tout récem-
Ihent de mettre dans ses rapports du jour, que h
'décret du 3 Mars avait singulièrement aigri tù-
ytnion publique, et que^ dans phtsieutst cercles de
la capitale et des principales villes des provinces, an
s* était permis de m' appeler tyran, et de m'assimi^
ier à Néron. Mon parti fut bientôt pris. • Ge
mentor importun a été placé sûr' la roche ta!--
péïenne d'où îl sera précipité au premier signal;
Je l'ai remplacé par Savary dont la soumission
égale son dévouement pour ma -personne et s&n
habileté pour la partie secrette.
VAhbé Maury.'-^Vovis Bxez des argiimetis
' kr^ittibles : j'approuve votre eon^uite envers da
^.
109
garde nationale, et je vous remercie pour VéglisC
en général, et pour moi en particulier, des me*
«ares prises pour faire repentir les têtes fortes^ de
leur irréligion. On aura soin de les faire connaî-
tre pour éviter la propagation de Tépidémie ; mais
il me parait par votre ton que vous oubliez que
vous êtes à confesse. Faites attention qtse le
tribunal de la pénitence exige une autre atti*
tude.et un autre langage que ^i vous étiez sur
un cbamp de bataille. Humiliez-vous devant le
tîès^haut, si vous voulez qu'il répande sur vous
ss^ divine protection, sans laquelle le pêcheur pé^
rit jdans Timpénitence finale, et son âme est
condamnée à des tourmens éternels. Vous ne m*a«
vez .pas parlé de vos liaisons avec votre belle-
fille Hortense Beauharnoi^ reine de Hollande;
le publié malin dit que vous viviez maritalement
avçc. elle avant son mariage, que vous avez forcé
votre frère Lpuis de Tépouser, lorsque voua la
.saviez enceinte, .que depuis cette époque, elle a
obtenu de vous tous les soins d'un bon mari pour
m femme, que vous avez autorisé ses oppositions
aux volontés de son mari suivant la loi^ que
vous avez fait jeter dans la Seine son méde-
cin qui avait rapporté à son mari^ non sa con-
d|iite avec vous, mais ses écarts, avec d'autres
gmans aussi favorisés, dont par conaéquent vous
avez eu Tak de vous établir le champion, etqM
irons ;ii:avj^z rompu iCc commerce adultère que
4'itprib les .vivea prières jde Farohiduch^se qui a
iio
obtenu qu^ sa rivale quitterait Pam, et perdrait m
CouroQue*
Buancquirté.^'^Tout ce q^ie dit le public est|
à-peu-près^ vrai* Si tout autre que mon confes*
geur avait eu Taudace de me faire de BemUaMes
CQuâdeaces, il n'aurait pas taixlé à éprouver le sort
du médecin babillard. Je n'aimai jamais Hor^-
tense. Je m'en amuaai. C'est à la complaisance
de sa fille qu£ la veuve Beaùharaois doit Thoa*
Deur d'avoir été Madame Buonaparté depuis mon
DCtour d'£g}'pte. L'esprit, les grâces, la beauté
et surtout la jeunease d'Hortei^e me firent oublier
tous les torts de sa mère. Il tst faux que j'aie
forcé XiOuis.à épouser ma maîtrise. «Il connais"
sait mes liaisons. Il continua ses assiduités. Il
voulut être beureuxy lorsqu'il pouvait le devenir
utsknient pour prêter son nom. J'ordonnai q'U^on
consentit à tourt, et il fut époux. Je ïn'aceuse
de la mort du médecin. J'ai dà céder aux ms<-
tanœs de mpn épouM pour nenv^er Hottense
de Paris, ret même pour rbumtlier en la fdsant
cesser de régiœr. L avenir la dédommagera des
mortifications actuelles, nécessitées par ies ci rcons^
tancer. Je suis très-malJbeursux B.vec ma famille.
L amour apic me témoigne ma Louise me soutient
diuis mon infortune. Le secours du ciel me ren*
dra nm tranquillité. Je demande l'absolution de
tow ks péiclftés dont je viens de vous faire IV
veu. Blés mensonges sont jde tous les jo»r8 ; met
injuatisfis^ mes man&iaeniens cootie la ckasteté^ <t
/
111
me» ég o rg eac m sont rat» non^re fixe» En tous
priant de supporter mentalement les deu:$ premiers
articles^ je no crois pas eitagér^r le troisième, en
portant à deux imUton» le nombre de victimes
({«i ont péri par ma faute depuis les massacres
ÛQ Toulon jusqu'à la noyade du médecin de la
reime de Hollande, qui a enj lieu en Janvier de>
cette année. Daignez excuser quelques sorties qn
peu violentes qui m'ont échappé depuis que je
v^QUS &is ma confession* Je suis trèsnsujet à cea
sortes- de fureurs. Ce qui n'était d'abord qu'une-
ruse est devenu un besoin : l'habitude est une se-
conde . nature. Je cassai un service de porcelaine
, à Campo Formio pour jouer la comédie, et effrayer
IjQS plépipotentiaires, tandis qu'à Vienne, en Août
ISOf^ lorsque j'appris la reddition de Flessingue,
j^pe pus pas m 'empêcher de briser tous tes meubles
que je trouvai sous ma main, je blasphémai comme
un énçrguinene. J'ai oublié de maccusep que
sauvent il m'arrive dé battre mes alentours,,
c'est^àr^ire Qjie^ domestiques, mes aides-de-camp,
et quelquefois même mes ministres. Le ma-
misnt d'après j'en suis fâché, mais le mal est
fait : jei^ie l^ répare qu'avec de Forgent. Je suis
trop fier pour m'abaisser à une excuse, quel que
soiit. mon te^t, et envers qui qae ce puisse être*
Si je vien» de le faire tout- à*-rheure envers
vous,,, c'est à cause du saint caractère dont vous
êtesDevétaé et des fonctions de conciliateur entre
Dieu et moi que voua xenaifitissez dans ce moment.
lis
!Partout ailleurs, atrteticlez^yous à me trouver votre
Empereur.^
) VAhbé Maury. — ^Je n'oublierai jamais ce:
que je dois à tmnt du seigneur^ et tout mon
orgueil sera de vous prouver que vous n'avez pas
de sujet plus fidèle que l'ancien panégyriste de
Saint-Louis votre prédécesseur de glorieuse mé-
moire. Il me souvient encore qu'on a dit dans'
le temps que vous vous occupiez d'usure et d'agio-
tage pour faire valoir vos fonds à Paris et dans
les principales places de l'Europe. Entre plusieurs-
époques dont on prétend que vous avez tiré très-
grand parti, on cite la bataille de Marengo. Un
courrier porteur de nouvelles plutôt désastreuses
que favorables, précéda de vingt-quatre heures
l'officier qui portait les dépêches relatives à votre
victoire. Vos agens et surtout Talleyrand firent
des bénéfices énormes.
Buonaparté.-^T>2iïis une place comme la
mienne, on n'a jamais assez d'argent. Je vousfaî
déjà dit, et je vous le répète, que je m'en procuTe
perfas etnefas. On est mon ami quand on me
flatte, et on est mon favori quand on travaille de
cœur à approvisionner ities coffres, et à recruter mes
armées. Mon agiotage est aussi étendu que ma
police. Je fais d'une pierre deux coups. Cette
ressource va m'êire bien utile, dans un moment
où se trouvent presque nulles les principales
ressources de mes finances. Je* croîs vous avoir
assez détaillé, mon irréligion, ma cruauté, mou
113
Ubçrtinage, mon immoralité, vn rage ^^^laentin
ma brutalité, et toutes ces autres misères insépaxan
bles de la chétive espèce huoi^^ine. Vous connais-
sez mon vif 4ésir d'en obtenir labçolution, parLezr
moi comme un ange de paix, dites-moi ce que vouf
croyez pouv45ir completter ma conversiop. Jlç
vous en supplie, je vous y autorise, et si vous l'exi*-
gez pour votre responsabilité, je vqus rordonne.
VAbhé Mau,ry. — Malgré le pouvoir spirituel
^ont je suis revêtu, et Tobligation que m'in}pose
TpixQXk caractère sacré, de dire la vérité toute entière,
je dois vous avouer, à m^ hpqte, que la craipte de
vous déplaire m-'aurait fermé la bouche sur c^ qui
clpit cimenter votre bonheur et celui de votre
postérité. Je vous aurais parlé vaguemept de
quelques arrangemens dpnt Tinsuflisance n'a^i^-
. rait la durée quç jusqu'à votre mort, pu même 4^
votre vivant juiçqu 'à un revirement de fortune, ci
ordinaire dans ce bas-mondp* f^uiçque vous
.m'ordonnez de vous parler \ cœur ouvert, et au
. nom du Dieu tout puissant, apprenez que vqus
seul pouve? rendre la pa^x à l'univers, et vous
placer au dessus 4^ ^^^^ ^^^ grands hommes qui
oiït hojioré l'humanité, et illustré la mainte église.
H^ï^ojïQf^ ^u trôn^ de France* Reudez aux ^rap*
çîiis leur souverain légitiipe. Sqyez rqi des Lpoi-
bar4f> Vos états serput composé^ de tout ce ^ix
Ae tfouve ejitrc TAdige, les Alpes, le Tesin, le
T^naro, la Bormid*, U Tpsc^ne, le |Luhicon, et le
QsAU Adriatique. You? aurez l'ancien état de
114
Gênes, et Ttlc de Corse. Ce qui est sur la rive
gauche de TAdlge des états de Venise, ainsi que
cette ville seront donnés à l'empereur d'Autriche
pour l'indemniser du Milanais. Le comtat Ve-
naissin restera à la France pour l'indemniser de la
perte de Tîle de Corse. Du reste, toute l'Europe
rentrera dans Vin statu quo de 1789, il en sera de
même pour les colonies. On vous donnera la
Guadeloupe. Vo3 nouveaux états vous seront
garantis par toutes les puissances, ainsi qu a votre
famille. Si vou$ n'adoptez pas ce plan, vous àtvcz
vous attendre à éprouver le sort de Cromwell, qui
après avoir été enseveli avec les honneurs royaux,
Jiit déterré et pendu par la main du bourreau.
Votre gloire sur la terre, et votre bonheur dans le
ciel ne vous permettent pas de balancer. Dès
votre vivant, vous serez regardé comme un habi-
tant de Tempirée. Vous seul pouvez rendre heu-
reux cent soixante millions d'hommes qui, dans ce
moment, gémissent opprimés par vos agens despo-
tiques, qui ont la barbarie de renchérir sur la sévé-
rité de vos dispositions déjà, très-rigotireuses. Le
nord est plongé dans la stupeur la plus complète,
et dans la dernière des misères ; l'ouest présente le
triste spectacle d'une animosité inconnue chez les
sauvages, et dont TAngleterre et la France sont à la
fois les malheureuses victimes ; le sud est à feu et à
sang par cet esprit de vengeance bien naturel à des
peuples qu'on veut priver de leurs légitimes souve-
rains et de leurs lois antiques; et Test^ est le théâtre
115
1
y
des massacres de deux grandes nations bien plus
intéressées à se protéger qu'à se détruire. De
votre volonté seule, dépend la liberté générale^
Parlez, et Tâge d or sera votre ouvrage. Vous avex
commis de grands crimes. Vons avez mérité un
million de fois d'être précipité dans le fond des
enfers au milieu des pltis grands scélérats, pour y
être la proie de ces flammes dévorantes qui éter-
nisent leurs victimes en centuplant leurs tortures
déchirantes; votre conversion vous préserve d'une
si fatale destinée. Les portes du ciel vous sont
ouvertes. Combien ne doit pas être grande votre
gratitude pour une si éclatante protection de la
divinité? Jettez . Içs yeux sur le passé. Que de
nouveaux motifs pour remercier l'Etre Suprême
des faveurs dont il vous a comblé. Quel a été
votre protecteur, lorsque vous faillites périr à
Arcole? c'est Dieu. Qui vous a préservé de la peste
et des assassinats en Egypte et en Syrie ? c'est
Dieu. Qui vous a suggéré l'idée de sortir de derrière
l'église. d'Eylau un moment avant la chute d'un
obus qui vous aurait écrasé, si vous, y fussiez resté?
_c'est Dieu. C'est encore à Dieu que vous êtes rede-
vable d'avoir échappé aux poignards des députés
au 19 Brumaire à St. Cloud, et à plusieurs conspi**
rations dont vous n'étiez pas l'auteur. Nevpus
faites point illusion sur to^tes vos victoires» Le
Tout-puissant vous a couvert de son égide pater-
nelle à Marengo, à Austerlitz, à Jena, et à Fried-
land. Que d'actions de grâces ne lui dçvez-voui>
Q3
point pour là bataîHe d'Esslîng, où vos énnètnîs
'forent aveuglés assez à temps pdur ne pas consom-
mer vôtre destruction ! Ne soyez pas ingrat envers
votrê bienfaiteur. Rendez aux Français et aux
Espagnols leurs souverains légitimes. Malgré
vos forfaits qui sont énorrhes, les peuples et les
roî^ vous proclameront leur sauveur, et vous com-
"bleront de bénédictions. Le monde chrétien chan-
tera vofe lôuahges, quand oh verfa le chef visible
de Féglîse jouir de nouveau des bienfaits de
vos aficêtîrés, dont vous n'aviez pas le droit de le
dépouiller, et que leur restitution vous rendra per-
ioniièls. Vos torts envers le Pape sont très-grands.
Si vous ne le'3 rèpdréz pas amplement, Une excom-
mutiicatioû vous privera des avantages qtie la con-
fession présente 'ati pécheur repetitaht. Le suc-
cesseur rféSkifat Pierre, seul homme in/nilUbk sut
H téWé/à' le pouvoir de liet et de délier les cons-
ciences. Dès qu'il voua auta chassé de la coiii-
ihunlon des fidèles, toutes mes bbnnës intentibhs
seiont paraisse A, et votre malheur pour Téterhité
sera inévitable. Calculez tous ces raison nertiéns.
Serve^-vôûs de la peri^picâcité surprenante dont
Dieu vous à doué, pbur "Vioiis convaincre de Tim-
possibilifcé de ht dArée de votre puissance fcôlos-
'Sâlédônt leis élément tièntieirt dli prodige. Pen-
sez au sort de Timpératrice que voUs avez tant de
raisoiis de Vouloir rcndrfe heureuse. Ne frémîssez-
^ous pfas eu ithagi-nant qtie si vous succcmibiez
^aujourd'hui ébus le fér d'iin assassin, demain Maîie
iiy
Louise porteràît sa tête sur le teèinfe ^hs^aud oà
périt sa tante Marife-Antomette, reine de Fi'anoéP
l^aites cessdr de s\ pénibles anxiétés. Mettez le
domble à votre gloire et au bonheur des Français.
La modération est la pierre de touche des grande
hommes. Vous m'avez dît que la mort de Klé-
ber et TexH de Moreau vous laissaient le premier
ra!ng en Europe comme général. Je vous déclare
que vous serez le monarque le plus respecté, te
plus chéri, et le plus heureux de cette 'même Eu-
rope, si vous vous contentez de votre couronne de
fer. Vous êtes convenu qu'il vous répugnait de
n'être qu'un usurpateur. C'est encore une ins-
piration divine afin que vous acheviez l'ouvrage
que vous avez si heureusement commencé, l'ex-
tinction du jacobinisme, et la re^t^uTation de la
monarchie dans ta diyffiastie dei!r Bourbons. £n ré-
tablissant cette f llu9tte femille dans tous ses droits,
vous réunirez cordialement tous les partis qui,
dans ce moment^ ne sont que comprimés. Ils
vous craignent, mais ils vous haïssent. Vous
connaissez bien les Français. Il est superflu de
vous détailler les mptifs qui les animent contre
vous. Ils ne s'accoutumeront jamais à voir un
;étraDger les gouverner avec plus de rigueur et^ plus
de.pompe que Louis Quatorze^ le plus orgueilleux
et le plus despote de leurs anciens rois, ^l ep
est de* même de tous les autres peuples réunis àja
France. Rendez-leur leurs aaciens^ maîtres ou
plutôt leurs pères bien-aimés. Cette conduite
V
ii8
ne doit point être influencée par aucune puis*
sance. Vous devesi 1 annoncer à l'univers qui mi
saura comment louer assez dignement tant de
magnanimité. Qu'il est doux, de mounr de la
mort des justes! Combien doit être horrible*
ment tourmenté le monarque qui, à sa dernière
beure, a la terrible conviction de n'avoir pas
assuré le bonheur de ses enfans, de ses amis, de
$es sujets, de tous les hommes enfin dont la pro-
vidence ne lui avait confié les destinées que
pour lui imposer l'obligation de contribuer à leur
félicité.
Qu'importe, lorsqu'on dort dans la nuit du tombeau^
D'avoir porté le sceptre ou traiûé le râteau.
L'on n'y distingue point l'orgueil du diadème,
De l'esclave et du roi, la poussière est la même.
Le vice seul est bas, la vertu fait le rang,
Rt Fhomme le plus juste est aussi le plus grand*
Les princes doivent méditer ces vérités su*
blimes. ....
(L'Abbé Maury et Buonaparté furent inter-
rompus par Timpéràtrice qui seule a le droit d'en-
trer dans le cabinet de l'empereur sans être an-
noncée par-Roustan. Buonaparté pria l'Abbé
Maury de se retirer dans le sallon voisin où Ber--
thier faisait anti-chambre depuis deux heures.
Voici quelle fut à-peu-près la conversation du
grand aamônder et du grand veneur.)
119
taBBBaammaamoBssBmm
Conversation du Général Alexandre Ber*
THIER AVEC l'AbbÉ MaURY.
Berthîer. — On a bien raison de dire, Mon-
sieur TAbbé, qu'il y a des grâces d'état. Avec quelle
habileté vous prêchez ce que vous ne pratiquez
pas ! Je sais de vos nouvelles, et quoique vous
soyez âgé de soixante-quatre ans bien sonnés, vous
croyez, comme Buonaparté, être rajeuni par ces
jeunes beautés qui affluent dans votre hôtel par
pur libertinage qu'on pallie par la fausse allégation
de piété. Il est difficile de nous en revendre, car
nous en savons d'aussi loin que les hypocrites les
plus madrés. Cesser votre rôle de tartuffe, soyez
de bonne foi, n'allez pas tracasser par de vaines
terreurs le peu d'années qui nous restent à vivre.
J'ai entendu tout ce que vous avez dit à Buona-
parte. J'en ai levé les épaules de pitié. Il a oublié
quelques-unes de ses fredaines. Je puis vous en
parler savemment, puisque nous sommes comme
St Roc et son chien, c'est-à-dire, les inséparables
jusqu'à la mort, qui, je Tespere, nous dispensera
long-temps de sa visite toujours importune. Il est
heureux que l'impératrice soit arrivée pour vous
jempêcher de commettre un sacrilège, quoique,
soyez en sûr, Tempereur n'en aurait pas perdu un
c(mp de dent. Je ne reviens pas de mon étonne*
oient de tout ce que j ai entendu. Vous savez très-
ISO
bien jouer la comédie. Que signifient vos conclu-
sions ? Que prétendez-vous par cette proposition
de rendre aux Bourbons la couronne de France,
et de se confiner dans l'Italie septentrionale?
Avez- vous pu croire que je renoncerai à ma prin-
cipauté de Neufchâtel et Valangin avec la même
apathie que le Pape l'a fait pour le Saint Siège?
Vous prétendez aussi que je renonce à mon titre
jde prince de Wagram, et à ma charge de vice-con-
nétable ! Vous m'avez mal jugé. Buonaparté peut
faire ce qu'il veut. Dès qu'il rétrogradera, je lui
tourne cas$ique ; je réunis autour de moi tous ks
braves qui ne voudront pas survivre à la perte de
l'honneur et nous mourrons avec gloire, s'il le faut,
pour la défense des titres et des richesses acquî«(^ à
la sueur de notre front, et par des flots du s^iig
Français;. Vous feriez beaucoup mieux d'exercer
votre éloquence à faire quelque beau discours pour
exalter no$ triomphes, que de chercher à nous en
faire perdre le fruit par vos jérémiades jésuitique^.
J'aurai peu de chose à faire pour renverser votre
ouvrage pieux. Je ferai connaître votre conduite
à l'époque de l'assemblée constituante. On verra
que vous êtes l'homme des circo^tances, et que
vous n'êtes réellement uHk que pour faire de belles
phrases. Laissez aller les choses leur traîp, et si
vous me promettez de ne plus parler des Bourbons,
je ^vous promets de voua faire Grand Mupht^^i»
lorsque je serai emper&ur des Otton^ans à Cons-
taatinople. Nous serons fiwsl séléi» Md^dIiiIsWs
ISl
que nous sommes bons catholiques. De Targenti
de jolies femmes et des cuisiniers français, voilà le
bonheur de ce npionde, et notre nouvelle religion
nous promet le paradis enchanteur de Mahomet.
La postérité la plus reculée prononcera avec admi-
ration les grands noms de Mustapha Berthier et de
Maury grand Muphti«
LAbhé Maury. — Votre altesse est d'une
gaieté et d'une amabilité qui me ravissent. Vous
pouvez être assuré, mon prince, que je saisirai avec
joie toutes les occasions de vous être agréable. Je
ne refuse point d'être le chef de la religion dans
votre empire. Je vois avec regret que le cardinal
Fesch me damera le pion pour la papauté. Je dis
comme César qu'il vaut mieux être le premier
dans un village que le second dans Rome. Nous
sommes un peu vieux pour apprendre la langue
Turque, et cette précaution est indispensable pour
pouvoir espérer de plaire à la nation, et de lui faire
embrasser le christianisme. Avec le secours du
souverain mattre du ciel et de la terre, nous devons
compter sur un succès complet.
Berthier, — Laissez-là tous vos grands mots
de toute puissance, de miséricorde, etc. La force
et Paudace sont mes moyens de persuasion. J'em-
ploye assez à propos le mensonge et la corruption.
J'ose croire que Buonaparté aurait fait le tour du
monde, et qu'il n'aurait pas réussi à trouver mon
pareil pour le seconder dans l'exécution de tous
ses projets. Lt)rsque je travaillerai pour mon pro-
1522
'pr€ compte, mes opérations seront basées sur le»
mêmes principes. Il serait imprudent de s'écarter
de la route ouverte par notre grand maître.
VAbbé Maury. — Excusez, 'mon prince, mon
« indiscrétion, en vous demandant quelques détails
sur les principes dont vous parlez, et qui ont oc-
casionné des événemens si surprenans. Buonaparté
ne parle que de nombre et de témérité. J'attribue
à la modestie du plus grand des héros de donner
de semblables motifs pour expliquer dés triomphes
inouïs jusqu'à nos jours, et je serai pénétré de la
plus vive reconnaissance, si votre altesse a la bonté
de me donner une idée approximative du système
militaire de Buonaparté. Si vous voulez consacrer
quelques instans à l'étude de l'éloquence, je serai
flatté de vous démontrer les beautés de l'art ora-
toire.
Berthier. — Je vous en dispense. Ma boirrsc
était à sec, lorsque je tu 'occupais d'Horace, de
Virgile et de Cicéron. J'étais encore un trè^'-
petit Sire, lorsqu'il y a seize ans, je me morfondais
sur les doctes ouvrages des Guibert et des Feu-
quieres. Je craindrais que la théorie que vous me
proposez ne nie devînt funeste. Sabrer et piller^
voilà notre rhétorique et notre morale, Buona-
parté ne vous a pas dit le mot de ralliement qu'i^l
donna à ses généraux en entrant en campagne en
1796. C'était encore plus énergique, quoiqp'ayant
la même signification, f^amcre et voler. Il .fit
une observation bien simple, et qui a été bien utrlr
133
à la réussite de ses opérations. ^* Promettez -Aïoi,*'
dit41 à ses^ généraux, " de m'obéir aveuglement
et je vous garantis victoires et trésors. C'est
l'union qui fait la force. Plus vous me respec-
terez, plus je vous fierai respecter, II faut une
tête à un corps bien organisé. Si vous croyea
qu'il y ait parmi vous quelqu'un plus en étatt
de \^us commander que moi, vous n'avez qu'à
me le désigner. Je ferai confirmer votre choix
par le gouvernement, et je serai le premier à
exécuter ses ordres* Dans le cas contraire,
soumettez-vous à tout, et comptez sur; ma re-
connaissance. Persuadez bieU' à vos officiers
que Vohéissance à la guçîre pusse avant *tmif^
même avant la bravoure''
L'Abbé Maury. — ^Buonaparté ne m'a donc
pas dit la vérité, puisqu'il a regardé iaY^iw^V^ qui
n'est que de' la bravoure, comme la cause de ses
succès après le Tiomire» Je prendrai la liberté de
vous interrompre^ lorsque je ne pourrai pas concl«
lier vos communications avec les idées que j'ai déjà
de Tart de la guerre. Dans mon état d'orateur, il
m'importe fortement de connaître le fort et le faibje
du métier des armes pour en faire une heureuse
application dans \t panégyriqiLe de notre Ëmpereuf
dont j'ai préparé les matériaux.
Berthier. — Buonaparté a eu raison et avec ses
généraux et: avec son confesseur. Le roi d^ Prusse
perdit la bataille de Kolin par la désobéissance du
général Manstein dont la bravoure est reconnue
B 2
124
pdir Frédéric. Il faut être brave, intrépide, et
même par fois téméraire pour exécuter les '£spo»i-
tions du général en chef. On peut aussi faire un
coup de crâne, quand on est détaché en partisan,
avec la fernie résolution de réussir ou de périr»
Ondoit toujours adopter ce calcul, quand on se
décide à enfreindre lès ordres de ses chefs.
VAbbé Maury. — J'ai été obligé de tant étu-
dier pour acquérir la perfection à laquelle je suis
enfin par venudans Téloquence de la chaire, que j'ai
de la peine à croire que Jourdan, marchand de
toile à Limoges en 1790, ait pu battre Clairfait au
déblocus de Maubeuge, et le prince de Cobourg
à la bataille deFleurus, trois ans après avoir quitté
son aune et sa boutique pour aller commander des
armées de cent mille hommes.
Berthier. — Pliîsque vous remontez au commen-
cement de la guerre de la révolution, je vous expli-
querai en peu de mots la marche progressive des suc-
cès des armées françaises. La guerre fut déclarée à
l'empereur d'Allemagne le 20 Avril 1792. La troupe
de ligne en France était alors composée d'environ
200 bataillons, et de 208 escadrons. Le soldat
manquait de discipline, mais il était bien exercé.
Les officiers connaissaient leur métier. L'artillerie
et le génie conservaient leur bonne réputation de
zèle et de talens. Il n'y avait que cent bataillons
de gardes nationaux. On eut tort de les mépriser.
Beaucoup de sous-officiers avaient quitté la troupe
de ligne pour entrer dans ces corps conime instruc'^
125
tiears* Leur formation fut rapide. Ils rivalisèrent
les troupes de ligne d'abord, par leur bravoure, et
ensuite pour rinstruction et la tenue. Les officiers
généraux n'avaient pas encore été choisis dans
les bonnets rouges. Rochambeau, Beauharnois^
Dumouriez, Broglie, Lukner, La Fayette, Dillon et
tant d'autres connaissaient la guerre et par théorie
et par pratique. On fit la guerre comme toujours.
Des avant*gardes, des corps de bataille, et des ré-
serves furent formés dans toutes les armées. Les
généraux et les officiers d'état- major s'étudièrent
à faire observer par les volontaires cetle vigilance
dont ne s'est jamais écartée la troupe de ligne. Ce
ne fut qu'en les incorporant dans les anciens régi-
mens qu'on parvint à leur donner celte consistance
qui résulte de l'expérience. On n'a pas encore dit
quelle était la cause des succès des Français. C'est
l'envoi des représentans du peuple auxarmées. Ils y
étaient tout-puissans. S'ils firent des promotions ri-
dicules, ils sortirent des derniers rangs des hommes
de génie qui gagnèrent des batailles. On oublie les
nominations des Charbonnier, des TEchel le, des Ros-
signol, etc. quand on voit des Kléber, des Moreau,
des Pichegru, des Marceau, etc. qui ont réellement
formé les état-majors des armées après le départ des
nobles dont le renvoi fut modifié en raison des ta-
lens. Jourdan est un bon soldat, et un honnête
homme. Gardez-vous de croire qu'il soit général.
C'est Carnot qui a gagné la bataille de Watignies,
et c'est Soult qui a gagné la bataille de Fleurus.
I t
IS6.
Marceau dans cetie dernière affaire commandaifc
r^ile droite de l'armée de Sambre et Mense.
Jourdan était au centre dans un ballon^ et Kléber
commandait Taile gauche. Beaulieu attaqua Mar-
ceau à la pointe du jour. A midi toute la droite
était en déroute. Le centre commençait à pliçren
pivotant sur la division Lefevre dont Soult était-
chef de l'état-major. La cavalerie française avait
été culbutée. Lefevre voulait suivre le mouve-
ment rétrograde des trois autres divisions du cen-
tre; Soult le conjura de conserver sa position avec
toutes ses troupes dont Marceau lui demandait un
détachement que Soult fit encore refuser. Les.
Français furent attaqués avec plus de bravoure que
d'intelligence. Ils gagnèrent une bataille défep*
sive^ Ils conservèrent leur position, et le prince,
de Cobourg se retira à la faveur de la nuit, sans,
être poursuivi. La droite que Beaulieu avait bat-
tue fut pendant vingt-^quatre heures sans pouvoir
se rallier. Quand vous aurez lu une histoire im^
partiale des événemens militaires, alors seulement
vous serez à même de rendre justice à tant de bril-
lantes réputations, presque toutes usurpées.
VAbhé Maury. — Vous faites donc la guerre
comme Frédéric. Vous n'avez rien innoyé qui
augmente la supériorité de cet art de se détruire,
sur celui d'autrefois. Comme j'ai l'habitude de
juger des causes par leurs effets, je vous prie de
me dire pourquoi Buonaparté a soumis tout le con-
tinent, tandis que le Roi de Prusse fit face à la
vérké à toutes lés puissance, mais il fut forcé à
faire la paix, et les autres nations restèrent dans
une attitude menaçante ; pourquoi donc la Rus-
sie, la Trusse, et l'Autriche tremblent-elles au
iseul nom de leur vainqueur ?
Berthier. — Les deux causes vous ont été
indiquées par votre pénitent impérial, le nombre
et la témérité. Le plus grand mérite de Buo-
naparté n*e$t pas de posséder lart de la guerre.
Soi! grand secret est la connaissance qu'il a du
cceur humain. Il ne dédaigne pas de s'entre-
tenir avec les officiers subalternes. Il reste quel-
quefois six heures à passer la revue d'un régiment.
Il questionne les colonels, les chefs de bataillon
et les capitaines, avec beaucoup d'intérêt. Aus-
sitôt qu'un sujet le frappe^ soit en bien soit en
mal, un de ses aides-de-camp met ses notes par
éciit, et le soir on lui soumet le travail gêné*
rai. Ce n'est pas sur un champ de bataille que
Buonaparté est dans son élément. Il est unique
dans son cabinet pour discuter les questions rCf-
latives à la politique de l'Europe et à l'adminis»»
tration de la France. Il nvanie l'or, cette clef
des cœurs, avec une habileté extraordinaire. Un
capitaine de grenadiers a fait une belle action.
Il examine ses notes. Si c'est un officier instruit,
il le nomme chef de batailloil. Si cette place
est au dessus de ses moyens, il lui fait donner
cent louis. A la première affaire, cet homme qui
n'était que brave, saisit avec empressement toutes
138
le^ occasions de paraître téméraire. Cette tacti^
que fait tuer beaucoup de monde. Nous ne
faisons jamais ce calcul. La conscription est un
mode de recrutement bien précieux. On crie,
on se plaint, on prétend que la France se dé*
peuple par la continuation de la guerre. Ce sont
des contes pour rire. Il ny a pas un village
où Ton ne danse tous les Dimanches comme dans
l'apcien régime. D'ailleurs Tltalie, la Confédé-
ration et les Autrichiens sont à nos ordres. Avant
le mariage de l'empereur avec larchidachesse»
nous étions comme Toiseau sur la branche. Au-
jourd'hui si les Français bougeaient, on verrait
Buopaparté à la tête des vainqueur^ d*£ssling faire
payer chèrement aux rebelles, leurs triomphes de
Marengo et d'Austerlitz.
L'Abbé Maury. — Cette sortie qui anticipe
sur les événemens, supposerait la possibilité d un
soulèvement. Je suis loin de le désirer, et je
fais des vœux bien sincères pour le repos des na*
tions. Je serais charmé de connaître Tordre hié-
rarchique des pouvoirs qui font mouvoir une
armée, en en faisant l'application à la campagne
de 1805 contre l'Autriche. Cette bataillé d'Aus-
terlitz a été racontée de tant de manières différentes
que je vous serai très-obligé de fixer mon opinion
à ce sujet.
Berthier' — A l'époque dont vous me parlez,
l'armée était composée de sept corps d'armée, corn-*
posés d'infanterie de ligne, d'infanterie et de ca-
12^
valer'fe légère^ de vingt-quatre régimens de dra-
gons, de deux divisions de grosse cavalerie, et de
la garde impériale. Voyez dans mon mémorandum
les noms des généraux et des régimens. Quoi-
que, le tableau, soit, du 1er Mai 1806, il est à
peu près exact, tant pour la bataille d'Auster-
iitz livrée le 2 Décembre 1805, que pour celle de
Jéna qui eut lieu le 14 Octobre 1806, Si je
choisis cette époque pour placer sur mon calepin
l'état de situation de la grande armée, c'est parce
que j'en étais alors le général en chef. Buonaparté
m'en avait donné le commandement, en se ren-
dant à Paris. J*avais mon quartiei-général à Mu-
nich.
Premier corps d! armée — Maréchal Bemadotte.
Première division. Général Rivaud — 8e et 54e
de ligne.
Deuxième division. Général Drouet — Q,7e lé-
gère, 94e et 95e de ligne.
Cavalerie légère — Général Kellermann — 2e,
3e et 4e régimens de hussards, et 5e de chas-
seurs à cheval.
Deuxième corps d^ armée-^Généràl Marmont.
Première division. Général Boudet — 18e lé-
gère, lie et 35e de ligne.
Deuxième division. Général Groucby — 84e
«t 9Se de ligne.
:*
190
Cavalerie légère, Général Lacoste— Ôc de
hussards et 8e de chasseurs à cheval.
Lés Hollandais^ Général Dumonceau.
Troisième corps (Tannée-^Maréchal Davùust.
Première division, Général Morand — 13e lé-
gère, 17e, 30e, 61e, et 61 e de ligne.
Deuxième division, Général Friand — ^^lie lé-
gère, 33e, 48e, 108e et 11 le de ligne.
Troisième division. Général Gudin— 12e, 21e
25e, et 85e de ligne.
' Cavalerie légère. Général Vialanes— 7e de
hussards, 1er, 2d, et 12e de chasseurs à chevaL
QuOitrieme corps darmée — Maréchal SoulL
Première division, Général Saint Hilaîre— 7
10e légère, 14e, 36e, 43 et 56e de ligne.
Deuxième division, Général Vandamme —
24e légère, 4e, 28e, 46e, et 57e de ligne.
Troisième division» Général Legrand — 26c
légère. Se, 18e, et 75e de ligne.
Cavalerie légère, Généi'al Margaron— Se de
hussards, 1 le et 26e de chasseurs à cheval.
Cinquième corps if armée — Maréchal Larmes:
Première division, Général Gazan— 4e et 2lc
légère, 58e, 100e, et l03e de ligne.
Deuxième division, Général Sachet — I7c^
légère, 34e, 40e, 64e et 88e de ligne.
Cavalerie légère, Général LasalU^-^9e ^ 10e
de hussards, 13e et 9 le de chasseurs k cheval.
Sixième corps (Tarmée-^Maréchal Ney.
ê
Première division, Général Dupont — 9^ lé-
gère, 32 et 96e de ligne.
Deuxième division. Général Marchand— 6e
légère, 39e, 69e et 76e de ligne.
Troisième division, Général Malher— 25e lé-
gère, 27e, 50e, et 59t de ligne.
Cavalerie légère. Général Dupré — 1er de hus-
sards et lOe €fe chasseurs à cheval.
Septième corps alarmée — -Maréchal Augereau.
Première division, Général Dasjardius-r- 1^
légère, 44e et 106e de ligne.
Deuxième division, Général Sarrazin-— 7e lé*-
gere, fl4e et 6de de lignfs.
Cavalerie légère^ Général Augereau— 7e ré-
giment de chasseurs à cheval.
Le corps de grenadiers et voltigeurs réunis
«ous les ordres du Général Oudinot.
Vingt-quatre fégimens de dragons sous les
jQcdres des généraux Klein» Walther, Beker, et
Beaumont.
^ Les deux régimens de carabiniers et huit
régimens de cuirassiers commandés par les gé-
-néraux d'Hautpoult et Nansouty. Le général
s fi
189
Murât, Grand Duc de Bergj avait te commande-
ment supérieur de toute cette cavalerie.
A l'époque de la bataille d'Austerlitz, le ma-
réchal Bessîeres commandait la garde impériale.
Les Bavarois sous les ofdres du Général de
Wrede étaient du côté de la Bohême, faisant face
au corps de l'archiduc Ferdinand.
Lé maréchal Ney avec les divisions Mar-
chand et Malher pénétrait dans le Tyrol. Sa
première division, commandée par le général
Dupont, fut mise sous les ordres du maréchal
Mortier, avec la division Gazan du corps du
maréchal Lannes. L'ennemi qui sait que nos
corps d'armée sont composés de vingt-cinq à
trente mille hommes, ne sait de quel côté faire
face, quand on lui annonce un corps que lui était
inconnu. Buonaparté a le grand talent de pa
raitre augmenter ou diminuer ses forces à volonté.
On a paru étonné de ce que notre armée ne man-
quait de rien, quoique sans magasins. Nous trou-
vons dans le pays que nous occupons tout ce dont
nous avons besoin. On croit aussi que nos offi-
ciers sont sans équipages. C'est une erreur. Il y a
un caisson par bataillon pour porter leurs bagages*
Rien ne se fait par enchantement. Tout est
dans un ordre très-actif à la vérité, mais bien
simple et fort naturel. Quant aux opérations, je
reçois les ordres de Tempereur. Je les transmets
aux maréchaux qui les font exécuter par les gé«
néraux de division. Ceux-ci donnent aux géné^^
13S
raux de brigade des instructions pour Vexécu^
tîon des dispositions qui les concernent. Les co-
lonels reçoivent desi généraux de brigade les or-
dres pour leurs régimens dont ils dirigent tous \e$
mouvemens, et sous leur responsabilité person-
nelle. Vous sentez qu'il serait ridicule et dange-
reux d'ordonner des mouvemens au dessus des
forces humaines. Nos marches sont rapides, quand
les circonstances l'exigent. Pour éviter l'incon*
Vénient de laisser des traineurs, les colonels sont
autorisés à mettre en réquisition des voitures
pour transporter les mauvais marcheurs, ou ceux
qui tombent malades en route. Il serait très-ira-
prudent d'envoyer des voltigeurs quelques heures
en avant des colonnes. On ne compromet point
ainsi des détachemens isolés. Quand un corps
d'armée a battu Tennemi, ow le fait poursuivre
par une forte avant-garde qui, elle-même, est
soutenue par une division, et presque toujours par
la totalité du corps d'armée. Le maréchal Mor-
tier au combat de Dierstein reçut une leçon
dont il se souviendra toute sa vie, pour n'avoir
pas marché avec ses troupes réunies. Mack a
très-*bien joué son rôle* On peut dire que la com-
plaisance de -ce général, et la présomption de
Kutusow ont couvert de gloire larmée Fran-
çaise. Comment le général Russe a-t-il préféré
flatter son maître en lui faisant entrevoir la pos-
sibilité d'un succès, à la gloire de le dissuader de
aes folles espérances ? Kutusow a toujours eu de-
vaut lui des forces plus Boiiibrcuses que les siennes
même apj-ès Tarrivée ^du grand duc CoDstaD"
tin qui avait sous ses ordres environ S mille
hommes délite. Le jour de la bataille d'Austçrlitz»
Tarmée austro*russe était forte de 70 mille hompeSp
dont douze mille de cavalerie. Buoiiaparté avait
^ous ses ordres, prcsens sous les a^mes^ cent douze
mille combattans dont dix^huit mille de cavalo
rie. Il ne s'était replié <ie Wischaw que pour ètr^
plus sûr de son triomphe en augo^ntant %e$ masM&f
par sa jonction avec Bernadotte et uike partie du
corps de Davoust. Mortier lut avait rendu ub
•compte fidèle de Tintrëpidité des Busses. li eut re
cours au nombre^ tun des deux grande généramo de
f armée d'Itatte. Malgré cette précaution, il n'&r
tait pas tranquille. Il me dit la veille de la bataille ;
L'armée riaise eet la première êormée du manda.
•F espère gagner la hataHie^ perce que je em$ d'un
iiers plw fort que Kviusow en tÊfainterie et en
cavalerie. Avant d'en venir à la iaiannetfef re*
commandez aux maréchaux d écraser le$ colonnes en-
nemies avec un grand Jeu d'artillerie. Alors lii^an-
terie les fosillera, et les currassiers les achevèrent*
Les ennemis ne tardèrent pas à .dissiper nas
frayieurs, en manœuvrant ku rebours du htm sens.
Ils prouvèrent qu'ils ne connaissaient pa3 notre
force. Avant de loumer un emiemi/ et de cher-
eber à lui couper la nscraite, il faut avoir las
moyens de faire face à sa ligne de bataille. Une
seule manœuvre décida la victoire en notre £i-
135
Veut. Le ttiaréchal Soult le porta sur les hau-
teurâ de Pratzcn, et culbuta le centre de renncmî.
r
Le gfattd duc Constantin fit des prodiges avec
la g^rde de l'empereur Alexandre. Il réussit à
ftùtégtt les inouvefncns rétrogrades des deux ailes,
(jui Teffectucrcnt avec beaucoup de perte. L'ar^
mée Austro-Russe eut six mille tués^ dix mille
Wesséi et douze mille prisonniers. Notre perte
fut de dix mille hommes dont trois mille tues et
3ept mille blessés.
L'Abbé Maury. — Il me souvient, mon prince,
que vous avez mis dans le SOeme bulletin, en date
d'Austerlitz du 12 Frimaire, an 14) 3 Décembre
1805, que vous n aviez eu que 800 tués et I60O
blessés. Je crois avoir entendu dire que vous nV
Vodcfe dans vos rapports que le dixième des morts
et le cinquième desr blessés. Je pense que vous
m'avez dit la vérité. Je serais fort aise de connaître
les motifs qui vous ont fait dévier de votre sys-
tème dans cette occasion.
Bértfdèr. — J ai été vivement grondé à causé
âe cette erreur de moti secrétaire. Buonaparté ma
prodigué les épithetes d'étourdi, de fainéant. Je
me suis tu d abord, j'ai ensuite promis de mieux
feirç, et l'orage s'est dissipé. Attendez-VT)us aussi
à éprouver quelque bourrasque à votre tour. Je
lui ai souvetit entendu dire qu*il n'fwTwrait de
«es fureurs que les personnes à qui il accordait
sa bienveillance. Tenez-vous pour averti, et
quand a^us vcwez la tempête se déchaîner, humi*
136
liez-vous et priez. Vous ne tardçrez pas à être nn
des plus grands saints de notre paradis terrestre»
Les Parisiens nous appellent de grands singes.
Nous les laissons jaser, et nous faisons bonbance
avec leurs contributions. Dans le principe nous
étions affectés de leurs calembourgs que nous rer
gardions comme l'expression de l'opinion publi-*
que. Nous sommes revenus de cette erreur gros-
sière. Le peuple français^ quand on a la bonté de
le caresser, se familiarise
Jusqu'à sauter sur l'épaule du roi. . • .
Il leur faut un monarque qui se remue, qui
les fasse tuer, et qui les tienne de lui dans un
éloignement respectueux. Nous les connaissons
à fond, ces enfans gâtés. Je vous assure qu'ils
sont en de très-bonnes mains.
UAbb^ Maury. — Vous ne m'avez rien dit de
votre artillerie légère qu'on regarde comme la pre^
miere de l'Europe. Est-il vrai que quand les che-
vaux succombent, des soldats les remplacent?
Cette artillerie doit alors changer de dénomi-
nation.
Berthier. — L'artillerie ne manque jamais de
chevaux. Quand ceux du train succombent, on
les remplace par des chevaux de paysan qu'on
prend d'autorité dans le premier village. On
donne un coup de main dans une montée rapide
pour pousser aux roues, mais on n'a jamais eu
lldée de remplacer les chevaux par des soldats.
137
Dans les marches, le chef de Tétat- major de
chaque division assigne des villages, situés sur
la grande route pour cantonner Tartillerie et les
équipages, qui s'embourberaient dans les che-»
mins de traverse, surtout en hiver. On leur
donne une forte escorte d'infanterie. Avant de
déterminer les cantonnemens des troupes, on prend
des renseignemens sur les villages qui doivent être
occupés. Quand on est près de l'ennemi, les
troupes sont concentrées. Une grange suffit pour
cent hommes. Lorsqu'on a les coudées fçanches,
on élargit les cantonnemens, et les soldats sont
traités comme des seigneurs. Il m a été rapporté
qu'en 1806, du côté de Veilbourg sur la Lahn, un
caporal s'était trouvé avec son escouade, can-
tonné dans un très-bon village. En qualité de
commandant, le bourgmaître et le pasteur allaient
journellement s'informer de sa santé. Indépen-
damment d'une très'bonne table, on lui allouait
par jour une demî-couronne. Cet argent ne fai-
sait que passer par les mains du caporal. Il en
devait faire la remise au colonel dont le régiment,
fort de trois bataillons, occupait environ 70 villes,
bourgs ou villages, qui tout contribuaient en pro-
portion de leurs ressources. Tout cet argent servait
àdontier aux soldats des effets d'habillement, et ^
réparer Tarmement. La troupe mangeait avec les
habitans. Les généraux ont soin délaisser des
cantons libres de logement à condition qu'ils fe-
ront face aux dépenses de leur table* Les Aile**
T
ISS
Biarids sont si accoutumés à ces difFérèfiftés corvées,
que dès l'arrivée d'une troupe dans un canton, là
répartition en est faite sans la moindre difficulté.
Ce système n*est pai nouveau, et dans la guerre
de sept ans toutes les années furent obligées de
Tadopter. Le soldat ^ime mieux trouver ses vivfeS
«
flans son logement où on lui en fournit à discrétion,
que d'être obligé, aprèi! une longue marche, d'allet
au point indiqué pour la distribution, chercher au
mauvais pain avec un morceau de charogne. Les
fournisseurs p^rêchent pour les magasins, parce
qu'ils pcuvciit voler. Quant à moi, je prétends
qu'ils sont nuisibles au bien du service, et auk in-
térêts du pays, excepté lorsque vous devez rester
en présence de votre adversaire pour robsefrrer,
lui faire craindre une attaque^ ou la réaliser, Cett^
discussion est du r<^ssort de l'art de la guerret
Vous trouverez des détails sur tout ce qui est re*»
latif aux armées en campagne dans une foule d'au-<
t^urs militaires, dont la réputationj au moins poqr
la plupart, est bien au-dessus de leur mérite.
JJAhhé Màury.^f^Ayet la bonté, mon prince,
de m'indiquier l'ouvrage sur la guerrf que vtmi
eàtîmçz le plus, Je me sens un^ désir bien vif ât
connaître lès basés d^ tous ces grands^ motive-^
jnpns dont les résultat» bouleversent Id globe.
Berthifr. — ^Je commence à croire, Aîdinsîeur
î'Abbé, que vous êtes uu peu timbté, Bh <](uoî !
à votre âge et dan» votre état de pfêtre, vous vou-
lez apprendre à guerroyer f Ave^-voùi5 envie d^îv
miter ces illustres prélats qui marchaient à la tête
139
des croisades^ ^oute votre éloquence ne réussii^
pa4 à persuader à Buonaparté d'aller faire la com
qu(&te de la Terrd Sainte* Nous avVons été reçut
devant Saint Jean d'Acre de manière à Âtre dé<-
goûtés pouf toujours de faire de semblables excur*
siona» Nous n avons pas pn venir à bout de ce
féroce pacha Dje^zar ; après avoir sacrifié Téllte dt
raimée> Buonaparté a été réduit à prendre la fuite.
Si vous lui prononcez le nom de Saint J«an d'Acre,
vous êtes disgracié pour six mois* Vous ne vou-
lea.sans doute étudier Yart de 9e tuerj qu'afin de
faire revivre dans vos discours tous ces braves que
nous avons fait égorger. Heureusement que ces
résurri^ctions np sont pas dangereuses. Nous
sommes inondéa de livres militaires. On change
les noms des opérations, et dès lors on se^ persuade
que Tart a reçu une amélioration, et la science un
grand perfectionnement* Vous pouvez prendre
Feuquierçs. Les mémoires de cet officier sonl ce
qu il y a de plus complet. Il y a quelques bonnes
idées daiis les rêveries du maréchal de Saxe* Les
ouvrages de Folard, dePuységur, de Santacruz, de
Guibert, de Jomini, de Turpin de Crissé, de Gas«
sendy, de Cessac Lacuée, de Griqfioard, de Foissac,
de Claîrac, de Gaudy, de -Bousipard, de Vauban,
de Noizet^ de Saint Paul, et de plusieurs autres au-
teurs ne sont que des compilations incomplettes»
et trqp volumineuses pour ppu voir être lues avec
fruit par un prédicateur comme par un officier»
N0u§ n'avons paà encore un ouvrage qui puisse
T S
140
être appelé ajuste titre, YJrtdé la Ouenre. NoUs
possédons un chef-d'œuvre, le Règlement sur les Ma-
noeuvres de V Infanterie du 1er AoAt I70I. L'offi-
cier qui ferait le pendant de cet ouvrage, en re-
cueillant, dans un semblable développement, les
notices relatives aux opérations d'une armée en
campagne, cet officier, dis-je, acquerrait des droits
^^contestables à la reconnaissance de tous lés mi-
litaires. Il devrait y insérer tout ce que doit sa*
voir un officier sur Tinfanterie, la cavalerie, l'ar-
tillerie et la fortification* Après avoir exposé les
maximes générales sur les revues, les campemens,
les cantonnemens, les marches, les batailles, ks
retraites, les sièges, et les autres opérations secon*
daires, il tracerait les qualités et les devoirs de
chacun depuis le général en chef jusqu'au sous-
lieutenant, pour être digne de la confiance de ses
subordonnés et de la bienveillance du gouverne-
ment. Je trouve qu'on a raison d*ètre .épouvanté
à l'aspect de quatre à cinq volumes remplis de dis-
t^ertations inutiles pour fhomme de génie qui saisit
sur-le-champ la vérité du principe énoncé, et su-
perflus pour rhonime ordinaire qui ne se donne
presque jamais la peine de les lire. Je n'aime pas
que Feuquieres quia quatre volumes, me renvoie à
Touvrage de Saint-Remy pour la théorie des mines.
Il donne des notions générales dont on ne peut
profiter ni pour l'attaque, ni pour la défense, puis*
qu'il se tait sur les moyens d exécution. Dans
l'ouvrage projette, quelques pages suffiraient pour
1:41
t
fàxtt coBtiattre la théorie- et la pratique de cette
guerre souterraine, dont on n*a pas encore su cal-
culer toute Timportance. Daiitzick n'a tenu que
cinquante jours. Cette place était bien appro-
visionnée. La garnison était nombreuse, * et com-
posée de troupes d'élite.- La résistance pouvait
être prolongée jusqu'au 1er Juillet. 'L'envoi de la
division Russe deKaqciensky pour ravitailler cette
place, n'avait pas été calculée par un bon officier.
C'était affaiblir en pure perte la grande armée ^.
Russe. Si Kalkreuth avait rempli ses devoirs en-
vers son prince, l'armée de siège n'eût point été
disponible pour les opérations de la grande armée
française, et Buonaparté aurait été complettement
battu à Heilsberg. Les Prussiens ont cependant
de trèa-bons ingénieurs. Remarquez que pour
plaire au général Kalkreuth, on mit en tête de la
capitulation de Dantzick, q\x après une longue r^-
sistancCj dnqucmte-un jours de tranchée ouverte,
des cireùnstances meneur es ont nécessité de traiter de
la reddition de la place, etc. Lorsque vous lûtes
ce singulier passage, et que vous en fîtes la com-
paraison avec le 77ttne bulletin, où il est dit, qu'on
M trouvé dans Dantzick hmt cents bouches à feu,
des magasins de toute espèce, phis de cinq cents
mille quintaux de grains, des caves considérables» ... *
L^ Hakelsberg aurait été enlevé d^ assaut sans une
grande perte, mais le corps de la place était en-*
core entier. Un large fossé, rempli d'eau courante,
offrait assez de difficultés pour que les assiégés pro^
H»
im9geawnt le^r déjpiâe. Vous jijg eâtes qu« le gpijf
verneur cJeDaptziçk n'avait pas fait %oï^ devoir. )ǧ1«
kreuth est cependant un brave homme* Mais i^ n V
vaît pas {es connatiss^nces Qéce8saire3 pour soutenir
un siège. S'il avait fait u^age des contremines, sa
défeQse aurait duré cept jours au lieu de cinquaptç.
Les évépemens ne nous q^t 4)^é favQr^jbl^s gt^
gar fhaJAUté avec \^q^p\]^ Bifo^^p^rté 1q9 ^ in-i
Jlueffçés.
lf'4bbé Maunf.-^o »'ai pas pu j^fpufinçfir M
nion cfai&f sur 1» déf/trnse de Pautxick par. le géjii^^t
I^alkrfsujth,. ins^s j'^^i eQ^e^di:! dfs militaires àh^
tjngmés^^Mfer qu/e cette pl»cc avajt été très? mal
défepd^iÇy et surtout renduiç Lorsqu'elle pouiy^it
ei^pre tfSfiir plus d'un mçis* Uouvrggis 4<>^t; yquj
p9rl^ sentit aecueUli avep le plus grand iatérêt,
par toutes les classes de la société. J'ai questioiwé
des ofEciers de mérite qyi m'ont décidé que di&
tputes les sciencKs» «ucune n'était plus facile à apr
preqdre qve cçlle de l'Art de la Guerre, jl y a,
une qualité prélimipaire, fa ptj^efiv^ dont \B,n^^tnrç,
ne m'a pais dpué, ssns dq^te, p^rçe que j'ét^iç desr
tiné à être prêtre. C est la. peur que j'ai éprouvée^
pendant les premiers jours de la rivolutîon^ qui a
fait blanichir mes c^ieyeu^. Je portais des pisr.
tolets HQur effrayer ceu^ qqi étaient aussi poltron?
q^e moît Je vous avwe que je n'aijrais. pas osé
en faire usj^ge crainle qu il;^ ne créKassent et ne me
fracassassent la ma^n, et parce que ^clesia àbkorrei .
à ^ongmnf^ ÏA f$ût est qsie je ne suis rien m^^
14»
que brave. Je n'ai pad besoin de Vètre cofntiiê
eardinaL Jai \â vertu nécessaire à mon étaf^
celle d'entendre leà plus jolies pénitentes rtie ra-
conter leurs écarts les plus voluptueux sans éprou-
ver la moindre tentation de les rendre enfcôre plu*
pécheresses. Vous seul* pouvez composer le traité
dont vous reconnoissez la nécessité. Vous avez des
connaissances très"*étendues Sut les quatre armes
et sur la grande tactique. Pour mon fconipte, je
vous eh aurai une obKgatioti particnlîere. Je désiré
pouvoir appli(](uer à propos les^ inôts techniques*
Dernièrement uh ingéfiieur faisait le plaisant int
Vôtre relation de la campagne d'Egypte, Il blântait
toutes lès opérations du siège de Saîfat Jeafi d'ACrë
comme contraires aux règles de l'art, et il s'amù-
«èit beaucoup de ce que Vous diiEés, page 72, qu'èrk
contifmant de battre en brèche onjit sctéttèi' imept^-^
titm de la contrescarpe; et il ajoutait qu'on Voyail
bien qne Vous étîeaf iftoins un éleVe de Técole de
Méfieras qu*un enfant de Versailles* Coiume il
n'y vivait pas d'autre ingénieur dans ce ter^
ible, oti le pria de s'expliquer, et il nous dit que
e'étdit Tedcarpe qu'où avait fait sauter, et nodf pai
Ut contrescarpe qui lie pouvait être atteinte que
par les mineurs du par le^ sapeurs.
BèrtMet.—Ctt offieîer a raîiidn. Mon étôaf-
dîerie iM fkit eommettré bi&n des fautei 11 n'y i
que eeut qui Hie soiit d'aucune Utilité à la boeiété^
qui dlit des titfeà à finfaUHbitité. Malgré mort vif"
iéàit de rettdtô serviise aUK tutlifetirê» de 1» FrànM
144
et de l'Europe, j'avoue que mes autres occupation^
ne me permettent pas d-entrepren(dre une . besogne
qui, si elle est bien faite^ exige au moins un an
de l'application la plus assidue, et des recherches
très- compliquées. Il faudra savoir écarter tout
ce. qui est superflu, et ne rien omettre de ce qui est
essentiel. Il faut prendre quatre cents pages dans
quarante mille. Je ne m'en sens pas le courage»
et malgré toute Tenvie que j aurais de vous obliger,
j'y renonce. J*ai cinquante-cinq ans. J'ai" rem*
pli ma tâche Je suis prince, riche tt puissant. Je
veux jouir de la vie ; après moi le déluge. ^ Je crois
que Buonaparté adopterait votre proposition. Vous
devriez lui en parler, il est grand travailleur. D'ail*
leurs, il s'agit de gloire, de postérité, d'immorta-
lité« Ces trois mots, qui sont pour moi vides de sens,
suffisent pour lui faire entreprendre les travaux les^
plus scabreux. Quant à vous, TAbbé, vous
mavez l'air d'un bien bon enfant. Vous dites
franchement ce que vous avez sur le cœur. Vous
n'aimez pas le feu de la guerre, mais bien celui de
votre cheminée. Quant à celui de l'amour dont
vous m'assurez ne pas ressentir la douce chaleur à
côté d'une jeune beauté, vous . sortez des bornes
de la vérité, puisque vous vous regimbez : contre
les lois de la nature. Vous n'êtes sous ce rap*
port qu*.un pharisien. Votre mine est trop rubîr
conde pour que je sois votre dupe sur ce point.
Vous savez que F homme qui n^est pas amoureux est,
^ homme mort, et tout ce que vous qie dir^? pour
146
vbtre satUfactiotr ne servira qu'à me convamcre
fue voire Jitmeuse grâce cTétat n'est que votre
adresse à cacher au public vos parties fines dont
je suis très-loin de vous blâmer, puisque les prè^
très soQt des hommes comme les autres*
VAhhé MâfiT^^'^^Laissons-là^ je vous prie,
mon prince, toutes ces plaisanteries, et permettez*
moi de vous demander quelques éclaircissemens
car la campagne de I8O9. L'élite de vos troupes
était en Espagne* La défense des côtes exigeait
des corps pour protéger les ports et les établisse-
mens maritimes. Tous les. amis de Buonaparté
ont tremblé en apprenant qu'il avait été com^
plettement battu à Ëssling. Toutes les fois que
j'y pense, je sens tout mon corps frissonner. On
tsaure que .IVmpcreur et vous, courûtes les plus
gtands dangë^i^t que sans k garde impériale,
!ÇPU9 étiez obligés ou de vous faire tuer ou de
vous rendi*e prisonniers. On dit que, dans la nuit
du âl au 22 Mai, il était possible à l'Archiduc
Charles de sé^acer entre votre tête de pont et le
village d'Essling. On, apprit en France avec
étoa^Mn^ept, mais avec le plus grand plaisir, que
vQ^^aviez réussi avec vingt mrlie hommes bat*
tus eC découragés^ à contenir *plus de soixante
mille Autrichiens dont l'enthousiasme était à son
ccmible par la victoire qu'ils avaient remportée en
vous forçant à rétrograder jusqu'à Aspern et
Ëssling.
JBer/AiV.-^Mon cher Cardinal» vous mo faites
N
14A
tarop i\c questions k }a fois. Viôvs faites le petit
Bnotiepar^, qui souvent me dit am la rapidité
de réclaif , tout ce qui lui passe par la tête^ et je
suis obligé de ne riea oublier^ si je v^uk évitée
quelque mauv^aîse aireiitwe*' Je m'apesçois qu'on
m'a dit vrai eu m*aasuraiit 4|U^ la cuei^ié, des^
gens d'église suif^asaalt celle des oequettea.
QttoîqM je 3Dis liabitué à mentîr dans les prcK
portiow que m'aesigne mm seigneur et maitwe m
menêonge icomme em ffumre^ je veux liiien vous
dire les choses iKHiune elles ee sont pa^es, à
eomUtioii que vêtus n'en parleree jamais à qui
Qfm ce soit. Si Buonaparlé Tenait à savoir ee
que je vais voos téueler, il faudrait que ses fureum
M fussent que du «econd rang, ei j<e ne payais Qiojtt
iadi^crétiou que de mes deux oreiUes. i^eoes^y
bien . gtrde. Vous me pajrerez au ceoituple toua
les désagnémene que votre havard^tge pourrait me
VAtiké JUaury.-'-^La confiance dont voua
mlpQQorjef me fera toujours un devpir de me «m*
|(>rmer à vos moindres désirs. Votive co^qslai*
Ijince vow» gafiaotit nqa reconoaissance, et le ee-»
cret le plios tnivtolable. VeibilleE exouser mon îm^
i^^iixi^ "par le besoin que j'ai 4e ^eoonattre la
M^té, pour fie rien mettre dans mes^ disoeurs qui
pe soit appimivé par nos opnteniporaîns et pa'r la.
Berthier* — Votre esprit, l'abbé, vojis fait
peridreJa tftte« Vous me premettesi H seeret le
14?
ptiis* inviolable» mi vous en voules pavki dans vos*
^coars ! Voîià un secret d'une espèce inconnue.
Je vous défènits bien de ne jamais ouvrir la
biMche sur ce qne je vous €onfiê> et si vous vou»
2hrisez d'en écrire une syllabe, vous aure« à faire à
moi. Nous étions encore en £spagne| lorsqu'en
prévint Buon aparté que lar maison d'Autriche
prenait une attitude hostile;. Nous voulions dif-
férer notre retour à Paris jusque eeque Soult eftt
fbrcé les Anglais à se rembarquer^ Nous n'étions
pas allés à là Corogne avec l'année^ à i^use de la
difficulté du retour txop lent avec des troupes, et
dangereux sans une escorte cofisidérablCé Notre
évasion de Valladolid est de la conception de Boo^
Asparté. Nous fftmes plus heun^ux que sages, et
Ibn peut dire que noM l'échappâmes belle« Une
iDpiadrille de cinquante chevaux ne nous manqoa
q|ue d'une heures £n arrivant à Bayonne, Buona^
parte me fit expédier des ordres de oiarcl^ à
plusieurs régimeb s pour se rendfe csi AHemagné.
Notre retour à Paris, êmu avùir plùffté nos aigt»
mr lés rempotes de lAsb&mm^ comme l'Empereur
l'avait promis, fournit matière aux faiseurs de
chansons. Nous laissâmes chanter, et nous fîmes
partir tout ce qui était disponible* Plusieurs ré*
gimens avaient leurs troisièmes bataillons dans
l'intérieur et sur Ies<r6tes. On fit cotirir le br^it *
qu'ils allaient remplacer la garde impériale en £i*
pagne, pendant qu'ils mardiaient vers le Rhin. On
voulait gagner du temps avec TAutri^he On y
V 8
149
réussit. Un mots plutôt, T Archiduc n'aurait i
éprouvé qu'une faible résistauce pour se rendre*
dans le Brizgaw. Il pouvait attaquer le ^er Mar$.,
U ne se mit eu mouvement que le 9. Avril. L*Au-.
triche avait 400 mille combattant. Nous n avions;
à lui en. opposer que 2i0 mille, y compris les Po^
lonais, les Saxons et les confédérés. Cetti^ tnfério-.
rite nous empêcha de suivie la ii()axime .çuV/ vofU^
mieux attaquer, que de se laisseï* attaquer. .Nous
connaissions la fureur des Autrichiens pcUr tourner.
leur ennemi. Nous résolûmes de profiter de cette
fausse doctrine /N>ttr mettre en, action^ sur un mène
point plus de troupes que VArçMduc. On fît faire
des démonstrations par les Saxons sous les .ordres
de Bemadotte, comme s'il eût voulu pénétrer
$n Bohême, et ce stratagème réussit à paralyser
le corps entier de Belbegarde, qui était composé de
rélite de l'armée autrichienne. Nous attaquâmes
avec des forces supérieures les corps de l'Archiduc
Xx>uis et du général Hiller. L'Archiduc Charles
qui les laissa battre, fut lui-même attaqué deux
jours après et obligé de se retirer en Bohême.
D'après les pçrtfs éprouvées par l'ennemi, et ses
fausses dispositions, nous pouvions espérer un
.succès, ^< l'attaquant malgré sa réunion. Ou
passa le Pan ube sans obstacle. Comme nous
étions accoutumés à voir fuir les Au trlchienisr depuis
1796, notre étouoement fut inexprimable, quand
« nous les vîmes marcher à nous, et en très-bon or*
dre» > On se battit jusqu'à la nuit avec un acharne'*
îïlcntquî tenait de la îage. Nous trouvâmes à »
quî parler. Nos ponts avaient été rompus, non*
par les eaux du Danube comme le porte le balletin,
niais par des moulins sur bateaux qui furent diri-
gés par des délachemens commandés par des offi-
ciers autrichiens. Habitué à jouer gros jeu, Buo-
naparté voulut suppléer le nombre par la témétHé. //'
fiozi/a//^ disait-il, dissîperàcoupsdecariOnlebrûuiUard'
gui obscurcissait son étoile. Le 22 Mai, à la pointe du
joiir, on se précipita sur les colonnes" ennemies.
UAi^chîducnous reçut avec calme, nous repoussa, et
nous poursuivît répée dans les reins ju^u'à notre
ligne dont la droite était à Esslîng et la gauche à
Aspern. Nous étions acculés au Danube. Les
troupes étaient harassées de' fatigue. Environ
neuf mille' morts et 22,000 blessés vous donnent
une idée approximative de cette sanglante batârllé
d'Essling qui dura deux jours. Le 23, depuis
midi jusqu*à six heures du soir, Buonaparté était
plus mort que vif. Il était derrière un arbre à
quelque distance -de la tête de pont qui n était
qu'ébauchée. Il crut que Fennemi réaliserait une
attaque vigoureuse pour cerner Esslîng, et faire
mettre' bas les armes à tout ce qui se trouvait sur
là rive gauche du Danube. Il était environné
d'une multitude de blessés dont les souffrances
kd perçaient le cœur. Quand il vit le prince
Charles cesser son feu, il me dit avec un v^i&age
riaut; nous somme$MuvA. Je n attaquerai jàmau
fu'âvec n^es masses. Mon cousin m'a danni une
ISO
hmne leço» fiêe féspere bd retuh'e mec usm^ Soof^
VMeZ'Vous fpte nous recuUmspour mieu» sauten Je
psurusy suivant mou usage, abonder dans son sens^
malgré la persuasion où /étais des obstacles in*
nombrables de vaincre par la force. Quand je le
vis un peu-calmé, je mis sur le tapis le changement
de Tannée autrichienne qui était tout à son avan-
tagée Je parlai de TEspagne, du Tyrol, de Tex-
pédition qui se préparaît en Angleterre, de la
mollesse de Tarrnée Russe qui n'agissait contre
l'Autriche qu'en rechignant, et uniquement pouf
sauver les apparences, je m^étendis sur cette
légèreté française dont Icb bbiileversemeus font
les délices, et je conclus par Topinion que TAu-
triche désirait la paix, que Tafiaire du marquis de
Chasteller fournissait loccasion de sonder TËm-
pereur Franipis, qu'on devait lui faire des propo*
sitions honorables^ et qu'après une bataille qu'on
nous laisserait gagner sur la rive gauche du Da-
tmbc; nous deviendrions les meilleurs amis du
monde. L'Ëmperojr me répondit qu^il avait eu la
même idée le jour de )a bataille, quand il se vit
repoussé, que non-seulement il voulait faire la paix
avec François, mais qu'il se proposait de devenir
wn geudre; il m'autorisa à tirer parti des circons-
tances pour tâcher de faire réussir ses projets.
Une députation se rendit à Wolkersdorf auprès
de l'Empereur d'Autriche, Il consentait à tout,
excepté à la bataille com^entUmneUe. Père de ses
iujetSy il ne voulait pas sacrifier l'élite de son armte
151
pdar satisfaire ram<mr*pfopre de son enmeidi, «9
p<Mr avoir les subsides de FAngleterre. Buona-
parte dont les calculs sont, aussi sages qnoiqut
inoins paternels, refusa dVn venir à un accommode-
ment sans avoir lavé m honte (tEssUng, et Ton dut
verser, pour le satisfaire, autant de sang qu'il en
avait été répandu les jill et 32 Mai. Pourvoui
donner une idée du carnage du 6 Juillet, je ne
vous citerai qu^uniait. Macdonald attaqua le centre
de Farmée autrichienne à midi. A deux heures il
avait quatorze mille hommes tués ou blessés de 18
mHte quHl avait au commencement de Tattaque^
notre gauche était en fuite. Ifasséna la com«^
mandait. Davouat avait gagné du terrein, pare^
fu' on na dut pas foire Moncer les réserves qui dei>
vatent soutenir cette aile autrichienne, comman*
dée par Rosenberg» il était nécessaire d'exécuter
la convention, sinon la «naison de Lorraine avait
cessé de régner. On aurait repassé lé Danube, et
avec des conscriptions, dans un an ou dans deux^
Buonaparté aurait réalisé ses menaces. Pour mé*
nager Tamour-propre du Prince Charles, on avait
fait de forts détachemens en Bohême^ et FArcbî-
duc Jean dut rester à Fresbourg pendant deux jours.
Il araûva quatre heures après que TArchiduq
Charles eut commencé son mouvement rétror
grade. Tout réussit à merveille. L'armistice fut
signé à la grande satisfaction des depx monarques.
On parut se battre froid, pour en imposer au^
agent de TAngleterre, afin que les versemens de
y
ut
fonds ne fussent pas suspendus» La bataiile.ile
Wagram.a coûté cinquante mille hommes aux
deux armées. Notre perte fut plu$ considérable
que celle de Tennemi, à cause d'une méprise qui eut
Keu dans l'attaque de nuit du village de Wagram«
^os colonnes se crurent^ennemies, et se firent un
mal horrible. Les Autrichiens se sont beaucoup
mieux battus que les Français dans les journées des
cinq et six Juillet, Sans nos arrangemens prélimi-
naires, nous étions écrasés, et malgré tout le bon->
heur de Buonaparté qui voit toujours les choses en
beau, je pense que nous aurions eu beaucoup de
peine à revenir sur les bords du Rhin. Fidèle
exécuteur des moindrles désirs de son frère» le
prince Charles ne s opposa point à notre passage»
quoiqu'il ne s'exécutât qu'à une lieue de la gauche
de son armée. Il eût dû, pour la forme, faire mar-
cher quelques colonnes pour nous harceler. Il
poussa la complaisance jusqu'à nous laisser dé-
ployer sans nous honorer d'une canonade. J'en
étais honteux, et Buonaparté en était inquiet. Il
craignait avec mison qu'on ne découvrît la vérité.
Il aurait alors perdu cette gloire qu'il ambitionnait
tant de prendre sa revanche de la bataille d'Fssling.
Vous avez cru jusqu'à, ce jour, l'Abbé, que les
prêtres étaient les plus habiles comédiens de ce bas
monde; sortez de votre erreur, et soyez con-
vaincu que nous avons de quoi vous contester le
droit Jtcdnesse.
VAhhé Maury.^^St vous rends le^s; armes.
m
VoM3 êt^s des héros incompatableâ aVec vt^
baïQueite^i et de rusés diplomates avec vos né-
goeiatiôus. Malgré la xéputation d astuce dc^t
lé public inaliû nous afFubjtei i;ious Qe songea
faitÀ. que poMr glaner après you^* • Bi^pap^i'té
joue son tàl^ d'eimpereur ^\^t le va^te théâtre de
sa glôîtie, comme s'il 4tait descendant en ligntf
directe de iCharlfimagne^ çt vqu»> tnon pijnce^
je ne puis nvfeu^ vous comparer qu'à ce brave
SuUy, le digne confident du grand HeoxL Vos
trion^ph^s doivent être assimiléa s^ux travaux
d'Hexcule. . Jouisses en. paix du filiit de tanà
vos jexploits, Après me^ sincet-es tetocmtïomn
de votre Ci:^piaisatice) $1 ce n'eat pM .en abu*
ser, je .sfirais^ bi««i aise dé savoir cp que Vous,
I>eD»ez de larchiduc CharW* tl nie doit p^s être
sans mérite. Il a Combattu en Flandre ,en 179%
Il a battq Joutdan en 179^> et cette même ànnéei^.
il força Moreau à repasser le Rhin* Vous lave*.
peloté tn Italie en 179/, sur .le TagUamento et
dans la Carinthie. Il battit Maa^na en 1 80â à .
l'afeire de Caldero. Mis en fuite à Ekmuhl, il
est vainqueur à Essling, et il consent à pa^sci^
pour. battu à Wagram pour plaire à son frert^
Ce mélange de revers et de succès laisse Topinion
publique indécise sur le compte d'un .général
qui, après Buonaparté^ a marqué le plus depm>
qutns^e am*
BerthleTi-^^Mofi cousin CbaJîles q^t un bon
militaire. Jl est ïemjJi d'honpcur* Tout ce quil
154
l^ fait à Wagram rie sert qu'à confirmer Tcxccl*
lence de son cœur. Il a sacriîié sa gloire à la
tranquillité de son pays et au bonheur de sa fa-
miHe. L'impossibilité où nous étions de lui op-
poser une armée aussi forte que la sienne, lui
garantissait la victoire^ Il en donna Tassurance
à l'empereur François. Gelui-ci persista dan» son
projet de pacification, en disant, Souvenez-vous
dEkmuhL Vous avez été hattu, lorsque t armée
étaitf pour ainsi dire, intacte. A Essling^ avec
soixante mille hommes^ vous n avez' pas pu faire
mettre bas les armes aux Français. Je veux en
Jmir. Je suis las de vivre sur les épines. Si vous
ne consent ez pas à exécuter monplah, je fais égale-
mmt la paix, en cédant la Bohême, et toute tan*
cienne Pologne. Charles à qui Ton reproche, peut-
être aivec raison, de manquer de fermeté, se sou-
mit aux volontés de François. On a prétendu
qu'il n'était pas dans la confidence, et que son
chef d'état-major avait tout dirigé' d'après les
instructions secrettes de l'empereur. Quand bien
rûême ce bruit aurait trouvé dabord des parti-
sans, les circonstances du mariage de Marie-
Louise avec Napoléon ont dû fixer l'opinion, et
convaincre les plus incrédules. Mon cousin est-
un giaud oflScier. Buonaparté le regarde comme
un des premiers généraux du second ordre. Il
dut ses succès de 1796 à la rivalité qui exis-
tait entre Jourdan et Morcau. Il ma été rap-
porté que ce prince disait un jour à sa table après
15S
un revers : " Qu'il était étonné de trois choses,
" lo, de voir un boutiquier de Limoges et un av6-
" cat de Morlaix chacun à la tête de cent mille
"hommes; 2o, de les voir jaloux l'un de Tautre
** comme les anciens princes français ; et 3^ de
'* vpir les généraux Autiichiens battus par de
" semblables avortons militaires.'' La fortune lui
ayant souri, lorsqu'il tomba sur Juurdan, il ne sut
pas en profiter. II gagna la bataille de Wurû-
, bourg, et il négligea de poursuivre l'armée fran-
çaise qui était à la débandade. Il parut craindre
larmée du Rhin, et il fit un pont d'or à Mortau.
Son siège de Kehl le mit à même de montrer
une bravoure qui tenait de la témérité. II navait
pas besoin de cette vaine parade. Il avait déjà
fait ses preuves dans cent combats. Tel est le
caractère Autrichien. Il avait promis de chasser
les Français sur la rive gauche du Rhin. Il s obs-
tina à conduire à sa fin le siège de Kehl, tandis
que sa présence en Italie aurait été bien plus utile
aux intérêts de sa maison. Il s'y. rendit enfin.
Il arriva avant ses troupes. Ou .ne lui donna
pas le temps de les réunir. Il fut attaqué, battu^
et obligé de signer la paix. Ses succès en
Souabe contre Jourdan en 1799} furent dus à la
supériorité de son armée autant qu'à rignorai:^ce de
son adversaire. L'opiniâtreté de Ma^séna lui fit
. acheter chèrement l'occupation de la Suiosc On
lui a reproché son mouvement sur le bas Rhin,
qui occasionna le désastre de 1 année Austro-
x 2
16^
Russe sur la Limath ; on a eu raison : c'est une
grande faute. La Suisse était ta position la plus
importante depuis la Hollstnde jusqu'à la Toscane,
C'est le côté faible de là France. Les succès
obtenus en Italie devaient engager le prince
Charles à forcer MasséYia d'évacuer entièrement la
Suisse; Sa jalousie contre Suwarow valut au di-
rectoire une armée de cent mille hommes. L'his-
toire vous apprendra cwnbien était critique à
cette époque la situation de la France et par les
troubles intérieurs, et par le délabremeht de «es
armées. Les alliés n« surent pas tirer parti de ces
(Circonstances^ les plus favotables qui ayent existé
depuis 1792 pour rendre aux Bourbons le trône
de leurs ancêtres. En Italie, en 1805, le prince
Charles tint tête à Mas^na, le battit à Caldéfo^
et se retira sur Vienne, qu&nd Mack nous cdt
puvert les routes de cette capitale. Son môurc*
ntènt fut commencé trop tard, et cxétuté trop
letitemeât. S^ présence à Vicntie aurait fkit pt-çn-t
dre de meilleures dispositions, et la coopération
de son armée en JVIoravie aurait changé l^^ facç
des âfiaire?. Il avait Télitié de rinfàntérre et dç la
cavalerie. I^ Général Jellachich a aswré qii*îl
avait soiî^ante batàUîpns de Jlôiigroîs, La paix
plâtrée de Presbôurg nous ayant pertriîs dp châ-
tier la Prusse de son orgueilleuse fluctuatioti, l'ar-^
chiduc Charles s'occppâ de l'instruction dé . Tin-r
fanterîe. Ji adopta^ les manœuvres Fràtiçarses.
ïl comprit qu'il fallait conibattrfe Vcntiërai ^vieç
1*7
' ses pro]pres armes, ^^ai ouï "dire à Biiotiaparté
que' s^iî avait été Farchidue OhaHes^ Jes 'Ftaiip
çais auraîeùt *été jetés sur la rive gatiche dit Riiin
le 1er Mai I8O9. L'Autriche ne devait eiïvoyer
que vïng't ntîlle hommes en Pologne, et trente
liiille en Italie» Il serait resté à i'archidue plus
dfe ttois cetlt mille horiiniies contre cent cinquante
mille Fr£inçais et confédérés. Il n^ fallait laisser
sur lès frontières de la Bohême que des troupes
légères. Et qu'itoportaît la prrse de Prague pat
Bernàdotte si Ton repoussait la gf ande année de
Buonaparté jusqu'à Strasbourg ? Quand on au-
rait eu gagné une bWaHte décisive; on aurait iétsé
assez à temps d'envoyer le corps de Bellegarde^
ou celui de Collowrath capturer les conqtiérans de
cette province qui n'auraient pas manqué * de se
replier sùr Dreiade à marches forcées^ Ainsi donc,
si rarchiduc avait tenu ses troupes concentréek,
il BOUS aurait battus à Eknvuhl, comme il Ta
fait à Essling^ Il ii*a pas reçu dç la natare ce
génie supérieur qui crée ou déttuiit les enapicei^
ma;!S il a une grande expérieilte de la gncrre; Il
attaqué avec ensemble. Il est plias «habile pour
rofïbniîiVe que pour U défensive* Sous et rap-
port, il tient dés Français. On attribue la plupart
de ses !(au1;es militaires à ses alentours. Il a
aussi ^é^uilblquefois i^fkiencé par des ordres ê^.
côfifséil anliicifue. J^ ^ais que Bttanapaité ne pluoe
îe pnnce Charles qiie pattni les généraux idu sc^-
mnà xiiïgi' It lui leprocbe de ^ne pnu twair w»
ISfS
flan fixe éTopérationSy et quand U en a un, de
ne pas savoir y ramener son ennemi par r habileté et
par taudace de ses mouvements. £n convenaDt
de cette vérité, je crois néanmoinis que ce géné-
rai est le premier après Soult et Buonaparté. *
VAhhé Maury. — C'est sans doute par mo-
destie» mon prince, que vous vpus oubliez. Je
suis plus loin d'être un Scipion que vous un An-
nibal, qui se nomma après Alexandre et Pirrbus.
C'est à vous que le public attribue tous les pro-
diges de l'empereur dont on vous regarde comme
le Menton On vous cite comme le premier géné-
ral du biecle, et permettez qu'en cette qualité je
vous présente de tout mon cœur l'hommage de
mon admiration.
Berthier. — Vous m'accablez et de votrç
science historique et de votre persiiBage. Apprenez,
Tabbé, que je ne suis cfiie du nombre de ces géné-
raux dont on ne psirle pa$. Je $uis un bpn chef
d'état-major. J'ai une très-bonne mémoire, la
iangue bien pendue, et je suis infatigable. L'em-
pereur me fait valeter comme un cheval de poste.
Je ne m'en plains jamais^ il me paye bien, et je
suis toujours de bonne humeur. Vous vous
trompez, si vous croyez que je ne connaisse pas
mon Tite-Live. Si vous avez entendu parler des
généraux morts et vivans qui ont figuré dans la
guerre de là révolution, le premier rang est à Klé-
ber, et le second à Moreau. La mort de l'un et
l'exil de l'autre nous ont délivrés de deux rivaux
l&d
dangereux. Dieu sait ce que nous serions aujouN
xl'huî, sans l'adresse du général OaUo-turc à faire
poignarder par un Osmanly le général français!
Puisque vous faites le savant à mes dépens,
-dites-moi, je vous prie, quelle analogie vous trou-
vez entre vous et Scipion l'Africain avec qui
Annibal eut la conférence dont vous parlez ? Vous
avez la manie, monsieur Tabbé, de faire un éta-
lage pompeux d'érudition, et vous ne» pouvez
manquer d'en faire une fausse application, lorsque
vous sortez d'une sphfere que Tégoïsme vous fait
regarder cQmme la perfection de l'esprit et du
. cœur.
i
VAbbé Maury. — La vérité m'est chère. Ce
que je vous ai dit, mon prince, je le pensais»
Pouvez-vous me croire capable de vouloir tourner
en ridicule l'ami et le confident de notre empe-
reur? Vous me pendez trop de justice pour me
juger avec tant Je sévérité. Je voudrais n'avoir
que vingt ans, et dès aujourd*h»i je solliciterais la
faveur de servir auprès de vous comme aide-de- .
cànip, ou en qualité d'officier d'état-major. On
m'a dit que ces places étaient extrêmement '
agréables. On n'est pas obligé de bivouaquer
comme les officiers des régimens. On n'a pas à
essuver lés mauvaises humeurs d'un chef de ba-
taîHon, d'un colonel, &c. On connaît les mouve-
mens de l'armée, on reçoit un accueil distingué
partout où l'on se présente, on apprend la grande
guerre, e?t on est assuré d'avoir une bonne table au
160
quartier génétra^ et on n'est pas oublié daim Ui
gratifications^ Il m*à été ajssuté que des aides<>
de-^mp du Maréchal Aùger^au, dans la c^mpi^gue.
de ISpâ, en Allemagne, avaient reçu d^ leur gé-
nérai jusqu'à deux mille Iqu^s chacun, tandis qu'il
ne donna pas un sou à des offiéiers-géjiéraAi«?( qui
avaient dirigé toutes les atiaq^ies centre le corps
d€ lellachxoh.dans Je Voralberg près de Ljndau et
de Bregeate. Jetiens ces faits -d^un ami qui était
surlesr.liejuux^ Je ne suis plus étonné si les jeun ;s
sdigneucs. de Tâncien régiuKf briguaient avec taiivt
d^dfeur des places qui procurent gloire, argent, et
agrément. J'ai un neveu qui promet beaucoup»
liadug^ùt pourTétat militaire* Je .le reçom*
rnamide à Ut bienveillance de yotre altes^, pour
lui faire obtenir de Femploi dans rétat-*majop dt
l'armée.
Btrthier.-^^e que vouis me dites d!A*uge-
reau> nre sarprehd. Je connais se ladrerie. C est
le tonneau des Danaïdes* Pi usai pille, et plu9 il
veut voler. Il faut qu'il ait fait une bien riche
moisson dans son excursion en Souabe pours'ôtrtf
résolu à traiter ses aides-de*camp avec tant: de
générosité. Vous me pern^ettrez de douter de la
vérité de ce rapport. Quant à sa conduite envers
ses généraux, elle est toute simple. H voulait
leur prouver qu'il se conformait aux ordres ûé
l'empereur qui avait expressément défendu à ses
maréchaux et à tput individu de Farmée de lever
aucune contribution pour son compte particulier.^
i6i
<f ayaîs désigné des^ag^n& cl^^és -spécialement .de^
cette partie^ e^j'qp av^g p]fiçj&4^iVs chaque piOr^
yiocf? conquis^/' ^gçreai) éljid^Jioiidrje dq .l-i^f^Tt
pereurea se faisant, f^^re {des 'Cad^.ux^;sp«s{>t^>
tçict^e de ^ispen^çr imoiîieut^iïéjDqotTde )pgemen(t
militaire. , Sa capi^viigne Ipi , à valp e*v)roD',ceftt,
iniyç.^cu,s- Voilà ce qujs.npu^. «lyofitfap^prjj» par,
up? f^pipns* lycmaréphaî Ney »n «rtivi^ pa?;]a!i
ipêi9p iparche* lise fit p^yeF cw4 Cent mlUei
fianc3 par l'adminiatration du Tyçol. Dès q\j»,l
l'eiqpereur en fut in^truit^ Jl chaiigtça le payeur-';
général de tirer sui[.lui une lettre dr^ change de lai)
inême sopmpj payable à v^e, f^ul fu,!; ^ijujtt^ç s^Vv
le.ç^aflîp. J'%v»*» ét6,çhacg)é . <|ô jirévsenîr .Neyi
<^\i'ij &%iJt exécuter 1/es ordr<$ d^ fi(H>napart!é9 w^,
quitter . jl^arq)4e. Le r^lsptinefneikt .de l!empeTeuit
n^ pv^ît. j vis^ // cttnpimf: ^M e^h le- ithef yde$n
^M 4^ *^^ faire [les. parts. Ce système étant I
g^néraleineDfo adr^pté, \m\ lèssBaroes de- rsrméor)
df^y^i^nmt irnn)en^esv Si* forée de ThabitiMte eii'^t
t||iîi}ef* long^lexppsiJei ;gei® du.caRbne é'Auge*?T
re^nHrLib de§(^ef{|uç«9ipagiies en Autlîdie 'afpii^\
s^tf^s ^ri^si^M^ts V«0z i a^Jâft%i^am.» I) e^ Inea-Ks
dî$cUe d^^fper les ahuè^^fpraiureiitr de Tar-.)
gjentii .Quant à lapl^çe di'aijdend^iiîaiï^pifm d'offieief^)
d'ét^^içjUor, on n^ vous «t. n|owkr6 ^t lelten^i
côté de, la médaille^; Ui^offiQierjde la lîgfie.niô^»;^
sa gar4e« ^pr^s qiioi \lk t%t l.i^r^!et , H fliapoae: à^tonvl
gré :d& i^4; t^P^' V^Bém à^^Xs^m^ot eAtim\
m
véritable esclave. Quand sa présence n>st pas
nécessaire aux avant-postes,- H est employé au
bureau à expédier les ordres de Tartnée et à en
surveiller renvoi ; quand il y a onfc mission impor-
tante, soit par la célérité qu'elle exige, ou par le
danger qu'elle nécessite, Taîdé-de-camp ouTofficicr
de rétat-CHajor obtiennent la préférence sur les or-
donnances de cavalerie,' où sur les courriers Bc
l'armée qui servent pour la correspondance dans*
les circonstances ordinaires. Dès qu'on annonce
lennemi, on n'entend qu'un cri pour que les aidés-'
de-camp et officiers d*état-A)àjor montent à cire-'
val, se rendent aux avant^^postes, et viennent
rendre compte si c'est une fausse alerte ou uiie
attaque véritable. On s y rend au grand gà\op,
on doit examiner avec beaucoup d'attention, a^
défaire un rapport qui détermine les mesurai à
prendre «ritérieurement par le général. Kles-
torailleurs sont repoussés, et si fi^cif r qur les
commande est un hcMOsnie mou ou peu né* *
tell%ent, on envoie tto oflScier d'étftt'^nsgér
peur lea diriger. Quand un parti ennavri m
réussi à fénétrer dans TinterValte dd deilx dt¥l.
sioiiSy on cliarge un aide-de-camp ou un bffibtër
d'état-msjor bien monté de fkirè une tffhiéer et
de porter un ordre verbal sur le* mouvement 'à
effectuer. Il font pour re service, Aine activité,
une tutelligenoeet une aladace peu commuîîes.
Nous avons peu de bons officiers d*état-majdr,
parce qu'on tt'ert pas «sea txigêèxii pout leur infe^
ISS
truiciioti» Il 0it oiseAtiel ^oe les jeunes gens
fjtti 5€ deetinent au scrrice de l'éfat^najor/soiettt
assex ÎHstruits pour être leçus efBciers de génie,
dartilierie, de cavalerie, bu d^infanterie. Je ne
{partage, pas Topinion de Bottsmaid, qui dérire que
ks ingénieurs soient- officiers d'état-major. Son
calcul n*eat |)as exact. Il aurait dû dire quH
tous les oiiiciers detat-major doivent être ingé*
nieurs' par leurs eonnaissances La fortificatioil
est d*un grand secours pour toutes les opérations
de- la. guet're. Un militaire qui connaît s cette
^science,- distingue au premier cou p-d'osil tous les
«rantagesque fournit une position* On suppute,
*en cas d'attaque, le faible de la position de Ten^
B€to§4 On corrige les défectuosités du terrain
^Vm occupe par des retranchemens, et on tire
«parti de ce qui échappe à Thomme routinier, qui
ne ehercfae que le voisinage de Peau et du bois.
fVous verrez dans Tonvrage projfetté sur VArt de
Jm GmrTe^ combien sont intéressantes et pénibles
les fonctions des ofliciers d'état-major* Je crains
«que vc^re neveu ne vous ressemble dans vos goûts
po«rla doctrine dXpicure, ce qui m^ngage à votMi
coupeîller de ne pas le laisser s'enrôler sous les
fdrapcraux de Mars. Si je n'étais pas prince, je
noL fierais cardinal. Quand j'aurai soixante-dix
atiSp jo seni brisé et tnhabtlci à faire la guerre, au
.JiouLque dans votre état piu» vous vieillissez et
;|4us vous . paraissez ètK^ Tobjet de la vénération
.#iablijiut»;..€)n. aoiis anidlc. des ^iaobécâlei^ dca
f|i4^^^f^*j 1^^^^ ^fl^'^^^y^^ réyere comme é
ufi vérit^j>le fçnrLcç.àATOtreji^eyeUt faîtesjai ^n-
^fP^V 'ft f9W^^9^ #' taclje^ de-, le côëffer du
ç^^au 'de ;caixliiial» U y 9 V3 auiia, cent, £m. plitf
4'o)>tigatipa que si^o^^^i* f^^iaio^' obtenir. lecom^
^aïK^ovenjb {ie^lfi plq^ beU^ avmée. de V£tirope^
J^6 fngqi^qiif» doiveiit ^h'c U» qor|>$r réparé dt
J,'état>m^j(nF-Séf éra). Quand k bi^ du aervice
};^ .sera .pas>qifjfia(aDt pour faire régner ll^Armome
^tfe rétat^Ptajpr.et le corps^di) géi^i% il y,* sont
f^Pfl]éé . ipy^r rautpritë de rofQcier^génécaL , Nous
9^vo,Q3t ep pçu ^'es^mples de semblables, conflits^
J^s^ qffiqiers du.génip jouis^nt dana Tannée .de . if
^pnsidér^t/op .^uiU miritei^t. g^«kéra)|»|iei\| . fi^r
|çur ^miction, paar leur. goût .RQurMlCitfftVW^ (^
jp^f tous- les . acceasoire^. d'une bpnne ^^^i^^ç^^^^
Ces; motifs détermiqent pre^^ue tQ^}ouJ|ffkfli^gén4-
J^llxà4eur d]x&une,fois pour toutea de se f$gufi$r
^^mme. faisait partie de Jjétatrn2aJQr> ^-ip^âr^b
^Xable. et rpour la société* , y,
JJAhhé.Hmry. — ^Dauft ce. c.a$^ , je i^w prifi,
^ faire placer. mon ^neveu en f^^jté d'iQfl^iûliMr.
;II esl^.^oi^me au>j» il aîqie xipe >b$>iin^^ tAt^e^ ime
««DcLéte agréable, et l'étude /des, ftc^ûcf» miles. .iJb
;yois que vos .ingéQi0ur$ n« v0nt;paa aux ^wtàr
jH>^e$ commç .vos ^fliciera d'étak^^màjor. Ite a'oc-
Mugent de relraAclietaeiis» de.ljt.ooMteucttifn.^és
^ppn|:9> .<|p/lejneFjles]pUns d« 4>ositiaQ8>; et \ffie' gMne
a^ t(Ht«âl 9bii tiftcbiQpr«^pMAtciûtçai Jon <Miiibent^
4^
lui colvTieirdftHit ^ àini» ^^^ îbo)' qm^ ni'iMd*
¥eise lieâucdti^^à^ ootiBe^Miôti. <<¥od^^iig<méiiit
doS^éfit devenir 'Vt^uxi pinsqu^Hb ne* sont ^aft
o%ttgéi( de^^tiduîîe^éB tix>«ip<^s *a(i côtnbat, tandts
'<]ft«;t^ou8idetieibK^f^ir^ tuer vos àidcà-^de^bttî|^ et
vcK^dNki^rii^il'éMtrittaj^r comme des tntfuiîiiei^ et
à«f»i^M d» boiti^. Pulsqire Tempereur putult ne
fKi&; gîenniijrér âtM A'Mnpéràttice, «Ir que j'éj^rouire
4iai|H|ittirîafittkà:ni'MMrûi9b de* vbs ii(vantès ^
«etVotims/^ 'ifites^tifdi la grâce ê^ me dire vt>trè
i9piii«ûin tur la fui0i*ti9 de la PèniMute.^ ^ '
^ i' ^ ^9éHMIrK -i-*'AvâiU d'en -ve^ir à*det article
îoïjMrUiini ié idôî»^ dissiper' l«éfreti¥ dans la*
-^udte'VèM^te^'dUf'la prétendue hnmortalité des
ia^i«iiMi ''Ate^-^VOÛs ëo^c perdu* die ' vue qu'ib
H[btfè4%nb'diss ftfégès tant pour l'âttàqi^ (pc pojh
là^NMfeniÀ dès^ylaéèa? il ity à* pas ^ compà.
nrâlhoii>èbli«^lcli dang»s ties* offiderè ^'étht-tnaj(^
-âA/ilÀ Ift (blltdtle la pAus meurtrière» et ceux deis
^^ènieMlns diMis ma aiége, oè i^ sont obKgés notl*
•Mulement âe^ttcet tous les travaux, maïs encore
dfe^M^ster ât^èo- les travailleurs pour en diriger
wkèeittioii* XlSHSom éxjfiosés continuéliemènt ati
-lim» -dés 4*ià^atte''et du Chemin couvert, et souvent
t»lb|fgé^ de ^é > battre corps à corps pour' repousser
4ift saHid^ de ^'assiégé qui vient détruire leurs ôiï-*
'-^ÉÊgèi^ ^Sfsmê aller cOiisulterle siècle dé I^uis XIV,
liWtt tMâ firiâtion du siège de Saint Jean d'Acre,
iveiift "veMM^ pfàè nous j avons perdu des in-
fgé«ieuM; dit f4às- {^aâd mérite» et je suis sûr
1«6
qmi youB vous* i^liciterex d'aypir auprès de vov$
votre par^itt en Jai^saat aux a^oateurs le service
de rétat-miyQr .tifès-éploeux, quoique fort brillant,
^insj que la [dajce. d'ingénieur aussi hcmorable, peut-
être plus utile et sai^ doute plus dangereuse pour
quiconque tient à Ja vie plus qu'àlagloire. Dès %ue
je eqnnus le dessein de Tempereur pour mettre. son
frère JosepU wx Je trdne de Châties I Vf j'eu pié^
viusTalleyrandy qui fut aussi surpris que peiné.
Il uiedonn» de très- bonnes raisons ^ue. Tavenira
justifiées. £n adroit courtiMU» il parut d'^abord
approuver le proje^. . Il le trouvait très«adapté ad
système, maU plus tcfrd. U prédit la guerre Avec
TAutriche avai^t un an^ JL'enipereur lui tourna le
;dos eU; lui disant: yJe crois q$0S, ppfu fg^nt oublié
Ubn et A^lp^^*»^ Si t Autriche a^mf ioplfk^ ^
guerre^ elh m'auv^ai/t attaqué agrès la bataiUe
dEylau^ T^U^rand.qui est d'ufi yaug^^oid ipi-
perturbable^ laissa passer .U bourrasque, et Bwh
naparté qui rend justice aux talens distingués de
ce diplomate, étant repassé ua peu . plus calïne,
Talleyrand lui dit, ^'il avait ^ruiia atm.4k»oir 4r
lui dire son opinion à tappui de laquelle U priaU Sfi
majesté de se souvenir de Marengo^ et df ffaheur
linden. Cç dernier mot qui rappelait jun trioiupbe
de Moreau, choqua Buonaparté. Talleyralnd <||t
trop fin pour pe Taycirpas prononcé avec Ja, double
intention d'appuyer son avis et de mortifier Tem?
perepr pour se venger du tçu leste avec> lequel il
venait d'être traité. Depf is ^ cette époque m hi}
167
bat froid. ' VV)ii8 cofiiiaissez les violences exercée»
envers la fantiHe royale d'Espagne. SU n'eût pas
été arrêté que les Boutbons avaient cessé âe régner,
je pense que Buonaparté anririt donné à son frère
Charles un royaume en Italie, ou Rome^ ou là
Toscane. Je penchais pour lui donner le royaume
des Loflubards. Les circonstances en assuraient
Tacceptation. Non^ Paurions repris, quand FEs*
pagné aurait ëté somnise à Joseph. Nous étions
loin de neftts Mf etidre à une résistance si ôpinifttre. '
fiuo»a|5arté*c{ul mvaH itatyfugué l*Europe continen-
taie, m*avait regaiilé que comme des fables, Tes
rapports qu*oft lui avaitr faits sur l'énergie des Cas^
ttllans^ Pattadiement à' leur roi, et leur haine bien
cordiale pour lès Français. Quand 'Dupont eût'
nûsimé les;armes, que Joseph eut évacué Madrid,
eti^ue Vûftnée irançaiie eut été obligée de se ré-*
plier vers fEbrê, on fbt étrangement surpris, et
I\m kssignà pour èauses de ces revers, l'ineptie et'
la làchieté' des généraux fraiiçaîs, lorsqu'on était
bîien convamcu qu^on s^était conformé strictement
aux plans de Murât qu'il avait lui-même reçus de
Bliyonne, et qu'on s'était battu avec courage jiis-'
qu'à ce que la force eut imposé la dure nécessité
de se soumettre aux èvénemens. Malgré que
ISorlà Adus eût livré Madrid, il fut facile à Buô*
nâ{)arté de se convaincre qu'il avait commis une
grande faute politique. Il vît de ses propres yeux
qu'il n'avait point à combattre des paysans Ven-
déenSy ou des insurgés d'Italie, Il reconnut dans
1(19
U$ patriotes^ .e$t%iiignoIsl'ftuâaar AtQttîi^e âtn^ "Ma*
mekickSr etHradi«%^:stilguîiimfej.dm.Arab€f ^d^
]>é3f rik . Vu ^raQçâi9.4pf<t ; trafiqnilkqièot : dana/
iHjr ^^np.çe qii'U* njaggè, ^p ^b(? /ift sïotiîodiike^
jÇspagnols, ( f t til« 1^1 ) fo^t; cm4t k knttà^tmcWtfm
tÇitfî^. U e§t <:j?f ^infltfe U p.opi^kti^**^ :U Eéiiki«:
sujç çst plus qae suffisante pour qpu^i^c^^et jfi^j
ques sur nos frontieres/si|rtpgt a^y.fq \je^{^qi))1|î
de3 Anglais; mais on. a eu spia d'ex^citer çnvf^^l
c^^ci la plu^ grande méfiapjçf^ «t ^pp^f^ pïc^péMy^[
retour de ïexpéd^j^ipp du gé^^^l l^oorf je^i^ 4&rl
g]etçrr€ pour, tàche^ ^t^ faire çrpife^çusc; £spt^p}f^
qije les Ai^glv^ ne pouyaiçii:t:,le»T; re^lrs^ftttppHU
service réel;^. tavcjis qu'on préteod^ff c^e l^MJ^r^tiro
çais étaient Uurs amis naturels, ^pusrf^yqnstjdr^)
ché dan& le disert. Les Portug^i^ ^9n^,4¥^S' l9^
menées prinx^ipes^ . I^orsque Massén^, ^ ^pf^s^l ^vQi%
p^is AUneidai marcl^era.sOT Luboi^e|.â$s .iççlç^miap^
seroiit lî^rpçléea p^r une n\L^t:A'inm^S^$ ^P l^^,*
vm cpnservçjT.sef cQxa^k^m(»jMf|^Ji\^fS5^^y^i^
a69
laFratîce, il sera obligé de laisser dé forts déta-
cfaemens qui afiTaibliront sonartnée^ et causeront
au grand retard dans loccapation de la capitale de
oèroyauine. Le général anglais devra céder à la
stif^ériorîté iiis masses régulières^ pour aller ma*^
fi<tturreridÀns les 'fortes positions sur la rive droite
du Tagè; Il est même à craîndte qu'il ne prenne
l;ofFeiisrve, s'il treçoit dès renforts suffisans» Alors
I armée française serait obligée de se replier sur les
secours qui lui seront envoyés en cas de besoin.
II y a, dans toutes ces letateur?, de quoi blâmer
Buonaparté. S^) avait donné à Soult le comman*
dément de Tarrnée de' Portugal, aujourd'hui nous
sètîon& à Lisbonne, et les Anglais seraient embar*
qoés/on pour l* Andalousie, ou pour s'en retourner en
Angleterre.' * On n'est pas plus brave que Masséna»
Il attaque une position avec une opiniâtreté sans
exemple, et il la défend avec courage. Il attaque
comme un bélier, à coups de tête. Il a le principe
de Buonaparté, de faire la guerre ^force d -hommes,
âoultine le cède à Masséna, ni en bravoure, ni en
téttacitéi. A ces deux avantage», il joint ta finesse
du renard, i Aucune défectuosité de la position
ennemie n'échappe à la justesse de son coup-d œil.
Son pasâage de la Sierra Morena a été brillant On
a draint de donner à cet oliicier une nouvelle occa-
^îon d'éclipser la gloire n\\ itaire qu'on se flatte de
po^éder au premier degré. On n'a pas encore
oublié qu'il paraissait s'accoutumer sans répugnance
tia titre de m^est^ dont on ta hotujré à Oportôy
i
IfO
Imsqn'il entra en Portugal après* la bataille de
Corogne. C'est à cette occasion que Buonapartè
dit à Sicard, pretnief aide-de-^canip de Soult : " Il
'* m'A été rapporté que votre maître s'était faîO
** ttalter de roi dan» sa pointe sur Oporto. An-
^* noncez-itti de ma part que d, d6rénavatifc|
•* il lui arrive de s'écarter de l'exécution db
•« mes volontés^ je le ferai rentrer sur-le-chainp
^^ dans la crapule, d'où il n'est sorti que par
^ les hasards autant que par les crimes d'une
^^ révotutiou fui tiest fbis'^ A cette forti
réprimande Soult répondit, aussitôt qu'il ett
fut instruit^ par des soumissions trop fortement
exprimées pour ine convaincre de leur sincérité»
Cet officier ronge son frein, faute de pouvoit
mieua: faire à cause et sa position. On a eu aoiti
de lui donner sous ses ordres des mcorrup^iilG^
Victoty Mortier et Sébastiani. J'ose croire qu^il
aurait déjà levé l'étendard de la révolte, s'il «vdt
eu des ofBciers susceptibles d'adopter ses plant
ambitieux. Je ne sui« point la dupent «on zèle
affecté ni des mesures sévères qu'il prend contre
tes patriotes Espagnols. Je désire nié tromper^
ui^s j ai la persuasion que s'il noui arrive xjuel*
que contre-tenips, il noua viendra du sud. Je
suis comme César, qui ne se méfiait pas d'An*
toi ne, parce qu'il était gros et gras, tandis qu'il
Redoutait Brutus et Càssius, qui étaient maigres^
blêmes, et pensifs comme l'est Soult. Ôd Jt
dit que, .^i fo Espagnols 4)ou8sm«nt avec vi*
171
gueur leurs cpénitîoM ea Catalogae^ ih forcerajcplt
Matséoa à la retraite. On a voulu sans doute
é
parier de Macdcmald^ ou tout au plus de Sachet
) ^ui commande le royaume d'Arragon. Les opéra*
tîoiis de la Catalogne ne peuvent influencer en
rien celles de Tarmée du Portugal. Des diversions
en Galice, dans le royaume de I^on et dans r£s-
tramadoure doivent fixer toute l'attention des gé^
tiéraux Espagnols. .Nous sommes très-heureuK
qu'ils ne soient point unis entr eux. Us ignorent
notre faiblesse, et ils ne connaissent pas leur force»
J ai blâmé f» tnoi-miéme les ordres de Buonaparté
d'égorger tous les paysans prisses armes à la main*
C'^t leur 4ire, égorgez tous mes soidats que vouf
/Ifjf^z prifimmers. Cette sévérité a déjà produit
dfls ipcpnv^niens très-gravqs. Je A'ose pas. lui
^j^fstner de rapporter de semblables décisions^
ypP9 dl^vriez hii ^a dire un mpt <lans le cours 4e
,\fi9, confidçnces. Cest une guerre à ne jam^
jgnic^ike lorsqu'on aura tué tous les luiflitahs. Nou^
X€ sommes pas plus maîtres de TÇspAgne à présent
j(|tte lorsque nous en somme» partis en Janvier
,1BÛ9'^ Nous n'avions pas TAndalousie, mais noi\s
occupions la Galice que nous avons été contraints
.d'évacuer. Nos communications même avec Mzr
4rid ne peuvent iLvoir lieu que par de forts détache*-
isaeBS. Nos convois sont presque toujours attaqué^
£t touvent battus pai les quadrillent répandues sur
.toute lu surfa^^e de ^'Espagne. JLemème mode sera»
Mhm toutes le» apparences, pratiqué en Portugai;,
z 2
i7e
quand les Anglais se replieront vers listonne, «t
notre armée sera beaucoup plus maltraitée par cette
guerre de brigands, que si elle avait à coinibattie
une armée régulière. ' '
VAbbéMaury. — D'après lei détails que vous
avez la bonté de me donner, je suis décidé à. i«
placer mon neveu ni dans Tétat-major ni dans ie
génie. Notre service d'église sera' beaucoup plus'
de son goût. Je sais que Talleyrand a de Tesprit;
mais un esprit bien méchant. Je suis bien aise que
Buonaparté le tienne loin de lui. Que pouvez*vo«s
augurer de bon d'un hdmroe qui rert^noe à son
étatd'évêque pour rentrer dans le monde ? Il est
heureux que Buonaparté n'ait pas suivi son conseil.
S'il avait attaqué l'Autriche avec toute sa vieille,
armée,, il aurait détruit la maison de- -Lorrai&e,
et ses aigles seraient peut-être* plantées « aui-
Jourd'hui à Vienne, à St. Pétersbourg et à Coniii^
tantinople. C^ mot plus /arrf est bien digne d'un
parjuré. Pourquoi ne pas dire jamais, -lorsqu'il.
s'agissait de se conduire avec justice envers un
prince qui avait, été fidèle aux traités ? Autant
j'aime les excellens dîners de votre Talieyraad,
autant j'abhorre son machiavélisme.^ Qy[ant. à
Soult, je m'en rapporte à TEmpereur.- Je croies
qu'il se tient bien sur ses gardes, et <]u'il sera. diffi>>
cile de le tromper. Le cc»ur me saigne, en pen-
sant à toiis ces meurtres dont la' péninsule est le
théâtre. Vous pouvez compter que notK'^seuleinent
j eQ parlerai à Buonaparté, mak ^ue Je r^en^a^enii
178
à rendre l'E»pagne etle.Portugal àleurs souverainsi
l^Uimçs. A qqoi servirait-il de taire mettre h
L'ordre du jour qu'on, ue doit, plus tuer les paysans ?^
je doute qu'on en donnât connaissance aux
soldats.; Il *^n£ faut point de demi-mesure. I^
Béniiisqle doit être évaluée pçur le bien de Thu-
mfinité, pour la gloire de l'empereur et pour le salut^
êa son éme. Vous m'avez parlé si succinctement
des bataille, que je nepuis m'en former une juste
idée. jJe voiis prie de me donner de plus amples dé-
tails. . Je m'occupe de l'éloge de Klébcr. Je vou-
drari^ parler en connaisseur de ses manœuvref. Il
a éperdu sa première, bataille livrée à Torfou contre
les royalistes de la Vendée; -sa brillante carrière
mâtitaire a ^é terminée par sa victçise e^ Egypt^
CMLtre le grand visir, dont l'armée fut mise en, dé*
route par huJt mille Français aux ordres de l'illustre
vsitiqueur d'Héliopotis. Des. oiSciers de mérite
^ xmmt assuré que son combat et sa retraite de Tor-
fou^ avec six mille hoHHnes contre trexitei milte
Vendéens victorieux, honoraient autant son cou-
rage et ses talens que sa victoire contre le grand*
viair. •
jBarMîiîr.— Monsieur l'abbé, vous c(unt|ien*
cez à devenir exigeant. Je n'ai jamais été profes*
œur ' de tactique. Adressez* vous, aux auteurs
doQt je vous ^i parlé. Ils vous donneront des dé-
tails suflSsans pour cent discours en les appuyant
par de« - principes, des maximes, dea préceptes,
des réglemensi des remarques, &;c/ Quand Buo-
naparté a su qu'on voulait lui faire la guerre»
174
ii en a été satisfait, exceptera 1809^ Sesam*
bassadeurs ont eu soin de lut donner des notkmi
exactes sur la force de Tennemiy sur les carac-
tères des généraux, sur leurs plans de caaip^ie,
etc. Notre or a fait rompne presque toujours ie
secret si important à la guerre. Nous avons tâché
de réunir une armée plus forte de ijt moitié ou ai^
mcnns d'un tiers que celle de Teniiemi. On a em
soin de publier qu'on était inférieur en nombre
pour donner de la coi^aaee à n^tre aMa^oiiist^
€t pour augmenter la gloire de nos succès. Avant
d'entrer en campagne, la revue de chaque fégî^
ment a été passée avec le plus grand «oîn pcfur
constater le bon état de Tarmementi de l'habille*
ment et de Téquippement. Un objet qui vous
paraîtra minutieux et qui est cependant très-im^
^rtanti c'est la chaussure. Nous exigeoois qui
chaque soldat ait deux paires de souliers daiuf
son sac, €t une troisième paire aux pieds. Hmw
devons à cette précaution l'wdie qui r^ne dans
nos marebes. Quand Tempereur juge que Jes
«ouKmi sont mal confectîoniiés, ii gronde fMtCk-
ment les colonels. Les objets de petit armement
aoBt exigés avec la «néme rigueur, et 4es capitaines
des compagnies en sont pensonaeHemeat respo»
sables. Les vivres étant fournis par les paysans
des cantonnemens, on ^argne aux soldats kt ù^
tigue d'aller aux distributions. Nous a^v^ms
pas cru devoir nous soumettre aux vokmtés de
Mâas et de Mack. Le premier ^vo^it guttny»
I
175
9at le RhAnô et le Var et Tautre sur VlMet et lé
liant Daimbe. Nous tious sefmmés portés sur leurs
derrières. 1?At cette manœuvre nous: nous sommes
conformés au principe de guerre, (TtAUger Femm^
mi à Jvire ce quil iCaocdt poM envh de fsàre^ et
mm$ avons tourné sa droite en assurant nos ier*
Itères et nos fhma. Mêla» ne se déconcerta pas;
Mack parut désorienté» La bataille de Marengô
fut f^rduè jusqu'à trois heures, parce que les
Autrichiens étaient aussi nombreux que nouSp
et ps^ce que qoé généraux n'étaient que des sa-»
breiiHrs. Lorsque Desaix arriva, il vit du prèmteï
ecwp^'ceil la faute de Mêlas qui avait^ trop étendu
ses ailes, lien profita, et les Autrichiens furent
repoussés. Murât, Victor, Lannes, Chambatlhaci
Oardaibne!, etc. tous avaient perdu la tfite^ Mm*
même J'avais la vue un peu trouble. Nos noldatï
Bavaient pas encore été bien exercés. Il tkf
avait pas long'-temps qae nous étions revenus d'£*
gypte. Ils furent culbutés du premier choc, e^
beaucoup prirent la fuite. Les génécaux juraient
comme des enragés. * Ils battaient les soldats poiif
tâclser de les ralUer. yCeux-ct n*en fuyaient qui
plus .^ite pour éviier le^ balles de l'ennemi et les
sabres^de leuis généraux. La garde consulaire aç
battit bien, aiusi que? la cavalerie commandée par
KeUermanB' I^l réserve de Tennemî composée
de grenadiers» ne. fit pas sou devoir* Je iDs
inous ^Ae fomt des attaques par. Tordte obt
1%^ <^te mar><9PYre:*a ses, avantagea et ses
176
îôconvéniena. Je imé partage p^s l'of)ititen; dm
grauU ..Frédéric, . ni les . sent imeàs de se^* nom-
breux adulateurs; II, montra plus de témérité que
de; science dans sa; bataille de Leuthen en 1757,
où .il aurait été écrasé s'il*, avait eu en .tête: un
boii officier comme le général Daun qui, quelques
mois auparavant, Tavait complettement battu à
KoUin. li y a des circonstances où cet ordre
peut Être très-utile. Nous nVvom jamais usé ex-
clusivement de l'ordre parallèle, et nous avom
abordé franchemfent notre ennemi sur toute reten-
due de son front. Nous avons placé notre res-
serve en arrière de la gauche, dé' la droite ou
du centre, suivant que les* localités et les dis^
positions de lennemi permettaient de s'en servir
avec le plus d'avantage. Nous avons l'habitude
d'appuyer notre droite , oii notre gauche par des
bois, des marais, ou des redoutes. Nous profi-
tons quelquefois d'un village pour protéger ou
notre centre ou nos ailes. Quand nous sommes
privés de tous ces avantages, nous appuyons no-
tre droite avec du canon et notre gauche avec
des baïonnettes. La manœuvre favorite de Buo-
naparté, quctnd le terrein le permet, est de forcer
le centre de la ligne de l'ennemi. Il place dàni
cette direction l'élite de ses troupes. Les mouve*
mens de Soult à Austerlitz et à Jéna, et celui
de Macdonald à Wagram lui ont bien réussi. Il
n en fut pas dc^ même à Ëj^lau \ il fallut tout le
dévouement d# d'Hautpoult et de ses braves^ cm-*
tàssîers pour iious préserver d'iin rcvfcrs doiit
les suites auraient été terribks* J'avais prédit à
Buonaparté que Ûavoust arriverait trop tard, â
bausc des chemins qui étaient presque impratlca*
blfes. II faillit compromettre le salut de son ar*
iliée pour avoir voulu réunit lés ordres parallèle
et obliqué. Nous nous sommés t6i\jôurs très-'mal
trouvés de vouloir faire Ifes savans. NoU s avons
souveilt profité des bas-fonds et des bois pour
Cacher à rennénû remplacement de nos réserves
d'infantetie et de cavalerie. Nous n'avons jamais
attaqué qU'àprès avoir bien féconnu la position
de l'ennemi, et nous n^avons fait donner nos ré-^
serves que quand nous avons cru et mouvement
décisif, d'après les fautes commises par nos ad ver*
saires. Il est rare que nos troupes se portent en
avant en ordre dé bataille t elles sont formées
en colonnes serrées en masse par bataillon ou
par régiment. Lorsqu^on, cfaint utie charge de
cavalerie, on iie déploie qu'une partie des masses,
on en laisse une à chaque flanc, et quelquefois
une au centté, suivant les localités. Chaque géné-
ral de division est libre de ses manteuVres, â moins
que son n^aiécbal n'en ordonne de particulières*
Les officiers d'état-major portent les ordres aux
généraux de divisioti, qui Ifcs donnent b.\xX
généraux de brigade, et ceux-ci aux colonels, et
ils reçoivent des généraux les détails qu^ils
désirent faire parvenir au Maréchal, et au chef de
rétat*majot-général, mais ils n'ont rien à tectifierê
17»
Les troupes ont leurs chefs» Elles n'obéiraient
point à tout ordre qui n'émanerait pas de la hiérar*
chie des autorités. Chaque officier voudrait or-
donner à sa guise, et cette nuée de commandans
assimilerait Tarmée à une pétaudière» tandis que
par la marche établie, on y observe Tensemble Iç
plus complet. Nous manœuvrons assez bien. Les
Autrichiens rivalisent notre infanterie. Quant à
la cavalerie, nous ayons beaucoup gagné avec les
Russes qui ont la première cavalerie de r£uropc.
Nous avons prouvé à Ekmulh que nous avions
le second rang. Les artilleurs de ces trois pui^
sances sont braves et instruits* Je les mets au
même niveau, et je crois être juge impartial. On
dit que la révolution a multiplié l'emploi de Vinfan*
terie légère, des tirailleurs et des éclaireurs. Cette
disposition est à la volonté des chefs. Il est vrai
qu'on a quitté cette routine de l'ancien temps
qui affectait telle ou telle arme exclusivenoeiit
à tel ou tel service. Les régimens d'infanterie
de ligne, ou d'infanterie légère n'ont d'autre diflfi$-
rence que la dénomination et Thabit. L armement
et le service sont absolument les mêmes, excepté
que l'infanterie légère prend la droite des troupes
de ligne. Elle est la première au feu, aussi elle a
l'avantage d'être la première aux distributions,
quand on en fait. S'il arrive à un régiment de
ligne ou de grosse cavalerie de n'avoir pas d'in-
faqterie ou de cavalerie légère, ils fournissent
les tirailleurs et les éclaireurs. (^uand on a forcé
179
rarmée ennemie à battre en retraite, on la fait
poursuivre d'abord par toute la cavalerie soutenue
par des corps d'infanterie. Quand lé but est
rempli, et que la nuit est obscure, on fait repo-
ser les troupes. Chaque soldat a les vivres dans
ion sac pour un ou dexi'K jours au moins. Si on
n'avait pas de quoi en faire la distribution la veillé
de là bataille, on avait prévenu les chefs de corps
de lès faire fournir pour deux ou trois jours par les
paysans, sous peine d'exécution militaire. Les
arraiïgemens sont pris de manière à faire distri-
l)uer du vin ou de Teaii-de-vie aux troupes avant
d'aller combattre. Le lendemain d'une victoire
toutes les colonnes sont en mouvement dès la
pointé du jour, et Ton ne donne pas à' Veiinerai
lé temps de se reconnaître. J'ai dû vous parler
succinctement dés batailles, parce que leur ré-
cit circonstancié exigerait des détails qui res-
ftemblent à du Grec pour les gens qui né sont
pas du métier. ' Cette bataille d'Austerlitz qui pa*
raît sï fort vous intéresser, a été racontée avec
assez d'exactitude par le général Autrichien
Stutterheim. Procurez-vous sa relation, elle est à»
peu-pVès vraie. Le stylé en est simple, tel qu'il
^oiiVient pour l'exposé d'un fait militaire, où les
grands mots et les figures de rhétorique ne ser»
Vent qu'à impatienter le lecteur instruit contre un
auteur qui cherché à influencer son opinion par
son ton tranchant, et par un luxe d'éloquence
diamétralement opposé aux qualités d'un historien
3 A 3
160
militaire. Vous dikz me dire que je fais mon
procès, et que rien n'est plus boursouiBé que po»
bulletins. Je vou3 répondrai que nous avoirs be-*
^oin de ce charlatapiame pour électrisçr Tarmée et
pour diriger Topînion publique. Quand j'écrirai
l'histoire de la guçrre, vous nie rendrez justice*
Je n'aurai point cette grâc^ et cette force qui vous
caractéfiseïit d^ns tous vos ouvrages; mais je tâ-
cherai d'être utile et agréable en raçootant les évé-
peynens avec vérité^ précision et clarté. Je verrai
avec grand plaisir votrç élpge de Klébffn Le
^ujet e§t digue de vos tajens. J'ai entendu Çuor
^aparté, après |a prise d'Alexandrie, dire que K,lé-
per ressemblait au ^ieu Mars sur un champ 4e ^œt
taillç, A Torfou il eut ^ coinbattre deux bqns of-
^ciers, Charrette et Bo^champ, qui çomn)andaieDt
trente paille Vendéens, ïCléber n'avait que sbç.
jnille hommes. I^a victoire fut disputée avec au-
tant de courage que d'hahjletéf I-e nçoibre l'em-
porta. Quoique blessé, Kléber ne quitta pqint
Je copimandemient. Il dirigea la retraitCi et il
Teffectua avec gloire. Ce qui augmente le mérite
de cette journée pour jÇléber, ç est qu'il débutait
çompie gépéral, que l'insubordination des troupes
^tait e^^trême, qu'un, reyeris était ftlors synoiiyme de
trahison, et que les royalistes étaient çipq fois
plus nombreux, çpnduits par àç bpns généraux
et fanatisés par les prêtres pour, réti^blir Iç tr^nç
et l'autel, À K[éliopolis, ^léber avait de honpe^
trçupes gt de bops ^énér^p^, X^ armée du f rapd
irifii, (quoique dix fois plus Tiombrcuse, ne put
^soutenir le choc des Français. Ces troupes irré-
golieras priroit la fuite après une courte résis-
tance. Ce qui vous prouve que le nombre supé-
ritmr n'est avantageux que lorsque les troupes,
«ont instruites et disciplinées comme celles qui
leur sont opposées. Prenez garde, en parlant de
Kléber, de ne pas le mettre au dessus de Buona-
parte. Votre chapeau et votre robe de cardinal
seraient exposés à des jeux de main et à des rua-
des que vous connaîtrez assez tôt, si vous pro-
longez votre séjour dans notre état»majôr dont
je vcms regBîde.<lès aujourd'hui comme l'aumônier.
Si vcuis vouiez, faille votre cour ô notre mattrcy
•mettefi? Kléber immédiatement après lui pour le
génie militaire, et dîtes qu*il eût été à désirer
qi>e son caractère inquiet n'eût pas forcé le direc-
t^Hte à paratyser ce grand homme de guerre, en
lui aecoi^jbMM* 90n traitelnent de réforme, quelque
temps avant : rexpéditioli d'Egypte, que Buona^
parte &ut rendre justice à Kléber, qu'il en fit son
premier lieutenant, et qu'à son départ d'JEgyptc
il le désigna pour son sucjcesseur. Tonnez contre
les Turcs et les Anglais, afin d'éloigner de plus en
plii^b^kis. esprits de l'idée que nous l'avons fait as*
^assii^er. ; Parlez des regrets de Buonaparté, osez
même dire qu'il a versé des larmes, quoiguil nait
jamais plmrié ^e sa vie. Si nous ne réussissons pas
à persuader les contemporains, la postérité qui
lira VOS ouvo-ag^s vous croira de préférence à
Itfi
nos eanemis^ et quoiqu'il soit dit dans récriture
saintei que tout homme ^t menteur^ on se persu»*
Jera difficilement que le meosonge ait pu sor-
tir de la bouche et de la pbime du cardinai Maunf.
J'oubliais de vous dire qu'on regarde le fiiége de
Mae&tricht comme le chef-d'œuvre de Klében
Des tranchées, des batteries, des redoutes, les
sappes pleine et venante, les mines, les bombes,
les boulets rouges, et cette ville la proie des
flammes, fournissent de quoi &ire un tableau da
plus grand intérêt
VAhbé Maury.-^t suis confus, mon princQ
.des bontés dont vous me comblez. Je ne sais n
je dois plus admirer Buonaparté quand il passe la
rie vue de ses troupes et qu il s'occupe de leur^aus^
3ure, ou quand il ordonne ces grands mouveinens
qui détruisent les armées de ses ennemis, et ren-
versent leurs trdnes« Oui, je le vois, vote e sysf*
téme militaire est entièrement celui de tons les
bQus généraux anciens et modernes. Vous avez
bien soin de vos troupes, voua savez ce que vseut
faire votre ennemi, quelquefois vous réusaîssez à
le corrompre, ce qui est très4QiiahIe, surtout
lorsque vous épargnez la vie à quelques milliers de
soldats ; dans une affaire, vous payez tous bien de
votre personne, vous vous concentrez, et quoique
je ne sois pas militaire; il me paraît qu'on est in*»
vincible dans une semblable position,^ quand on s^
bat è forces égales, et qu'on est sûr de la victoire,
dès qu^ l'ennemi affaiblit sa ligne en l'étendant
atur sts âaBos eomme à Marengo et à AuAtcfrlttz;.
Quand les circonstances l'exigent^ vous vous met-
tez à la tète des réserves d'infanterie et de cava«
lerie^ et vous obligez la fortune à vous couronner.
Force^ ruse et bravoure, voïlk votre grand secreK
Telle a été la marche d'Alexandre et de Condé,
de César et de Turennc, d'Annibal et de Frédéric.
Les mauvais plaisans disent que vos ennemis vous
Ont toujours vus à travers un microscope, et que
voiis leui* avez paru das géants, lorsque vous étiez
de leur taille, et que vous n'agissiez que d'après le
sens commun. Ils. ont cm vous dompt)er en se
, conduisant au rebours de ce même bon sens, et
on éo\t attribuer à leurs erreurs autant qu'à vos
talens, vos victoires inouïes, vos traités de paix in*
attendus, et vos. alliances encore plus surprenantes.
J4 pr^fitierai de vos observations sur ma conduite
dans -ce qui regarde leloge de Kléber. Veuillez eii
agréer mas sincères remercimens. Les morts ne'
peuvent nous être d'aucune utilité. J ai besoin
de la bienveillance de l'empereur. J'aurai soin de
lui doimer le premier rang, et Kléber ne paraîtra
aupr^de ce soleil resplendissant que comme la
luneiquienreçoit son éclat» £n lisant dans votre
memeraïu&a» rétat des corps qui composaient la
grande année en 18Q5, j'ai entrevu vers la fin, le
camp^ de Boulogne en 1801$. Je prends la liberté
de vous demander la permission d'y jetter un
coup^d'oeil. Tout bon Français est intéressé au
piampt rétablissement de la paix maritime. Le
184 "*"
public croit que cette flotllle dont on a tant parl^#
natteod que l'ordre du départ pour porter tvt
Angleterre une année qui forcera le roi George à
subir la loi de Napoléon. Les gens instruits dans
la marine regardent cette opération de toute im-*
possibilité. Vous me rendrez service de faire ces«
ser mon indécision en me donnant connaissance de
votre opinion, qui sera la mienne. Mille pardons
de tant d'importunités.
Berthier^ — Il n'est pas nécessaire d'être ma-
rin pour juger qu'une descente en Angleterre est
impossible à effectuer avec succès, tant que nos
flottes ne pourront pas maîtriser les mers. Nous
faisons insérer dans les journeaUx des notes faU"
fjironnes qui en imposent au public de France e€
d'Angleterre. Suivant nous, Tescadre de TËscaut
profitera d'une tempête pour tromper la vigilance
des croiseurs . ennemis, et porter une armée en
Ecosse. On publie que les flottes russe, suédoisi^
et danoise concourront à l'exécution de ce plan»
et que les escadres de Rochefort, l'Orient et Brest
se dirigeront vers l'Irlande. On prétend que
Gantheaume doit aller favoriser l'expédition con-
tre la Sicile. Ceux qui nous connaissent bien^
se mçquent de ces bravades. Nous ne sommes
pas hei^reux dans nos expéditions maritimes. Elle»
peuvent a^vir d'époques pour la destruction de
notre marine et de nos armées. Toutes les ten-
tatives contre l'Irlande, Texpédition de Le Clerc
contre Saint Doipingue, la perte de Tescadre de
38S
Leiaeîgues quand il fut chargé de secourir le gé-
néral Ferrant! à Santo Domingo, nos désastre*
d'Aboukir et de Trafalgar, tout nous prouve que
la mer ne sera de long-temps le théâtre de nos
exploits. Je suis ému de pitié autant que pé*
nétré de mépris pour ces hommes à grands plans^
et à très- petit génie, qui pour plaire à Buonaparté,
ne cessent de lui adresser des mémoires, d'aptes
lesquels sa marine, forte de cent vingt vaisseaux de
ligne, qui est toute celle des puissances conti-
nentales en y comprenant celle des Turcs, doit
livrer bataille dans la Manche, et protéger le pas-
sage de cent mille baïonnettes. J'admets que nous
soyons victorieux,, et que la descente s'efïèctue
heureusement, ce que je ne crairai possible que
quan4 j^ le verrai réaUsé. Que feront nos cent
mille hommes dans un pays dont les habitans se-
conderont de tous leurs moyens une armée dé
ligne deux fois plus nombreuse, et aussi brave que
la nôtre? L'Espagne nous prouve combien il est
difficile de conquérir un peuple qui chérit sa cons*
titution. Si une expédition était praticable
contre l'Angleterre, TEscaut devrait être son point
de réunion. De Tembouchure de ce fleuve à celle
de la Tamise, le trajet est fort court. La rade de
Flessingue présente des grands avantages <ju'ôn
ne trouve sur aucun autre point de la côte, pas-
même à Brest, pour la réunion et la sortie dés
nombreux transports qu'exigerait une setnblablc
expédition. Tout ce quf t empereur a fait à Bdn^
2 1
18C
hgne ne sera jamais phts utik que les ouvrages de
Jûrtification en gazon quHl s'amusait à Jidre dans^
son jardin^ lorsquil était à r école de Brienne.
L'homme qui apprécie les choses à leur juste va-
leur, ne voit que des enfantillages très-despenMeuXy
dans cette forêt de mâture et de barques déjà
pourries^ cette prodigalité de forts, et cette multi-
tude de redoutes et batteries. Comme j'en ai
fait la visite le 125 Mai I8O9, quand j'accompagnai
1 empereur dans sa tournée, je puis vous donner
des détails exacts à ce sujet Je ne vous parlerai
que de Boulogne et des environs^. On appelle le
fort Lacréche celui qui est à droite sur TEstran à
environ trois cents toises de la Falaise. Il çst cons-
truit en pierre. Son armement est de dix-neuf
pièces de canon. Tous les hivers le parapet en
pierre, est endommagé par les vagues qui, dans les
gros-temps, inondent la plateforme où sont placé»
les bouches à feu. L eau filtre par les interstices,
des dalles de la plateforme, traverse la voûte, et
occasionne dans le corps-de-garde une humidité
très-malsaine pour les hommes, et qui avarie les
munitions au point qu'on ne laisse dans le fort que
deux coups par pièce. Quand la marée est haute,
on ne peut aller au fort qu'en canot. Les forts
Terlington, Moulina THuile, et Mont Lambert
sont des quarrés construits en maçonnerie. Ils sont
environnés chacun d'im ouvrage en terre qu^o»
y^ laisse tomber en dégradation, malgré qu'ils soient
larmes d'artillerie, et susceptibles de résister à ua
187
coup-de-main. Le nombre des bouches à fca
varie suivant les ordres du général en chef, et
d'après les demandes qu'on f if pour armer Fie»-
singue et les autres points de la côte qu'on croit
toujours menacés par une forte expédition, à la-
quelle je parierais que les Anglais n'ont seulement
pas pensé. Je suis étonné qu'ils n*àyent pas en-
core tenté de brûler le fort en bois qui est en avant
du port. Il a quatre pièces de 24 et quatre obu-
siers de huit pouces. Il protège efficacement' les
corsaires, et ^la ligne d'embossage quand elle est
en rade. Depuis la rive droite de la Liane jusques
vis-à-vis le fort Lacréche, il y a six batteries de
mortiers et de pièces de 24. Onze redoutes cou-
ronnent les hauteurs qui environnent Boulogne
depuis la Tour d'Ordre jusqu'à la route qui conduit
au pont de brique. La vjUe qui avait autrefois
neuf mille âmes dépopulation, en a dix huit-mille;
Ses richesses proviennent de la pêche, des cor-
saires, et du s^our de là grande armée. Les an-
ciens camps sont détruits. Il n'en reste que cinq,
dont deux sont sous les murs de la ville. Les
trois] autres sont appelés le camp de Terlington,
celui de Lacréche, et celui des Marins, qui est
près de la Tour d'Ordre. Sur la hauteur entre
Malboroug et Terlington est située la colone que
l'armée fait élever à Napoléon. Malgré toutes les
précautions qu'on a dû prendre, il est à craindre
que le terrein spongieux ne nuise à l'érection ou à
la durée de ce monument. La maçonnerie du fort
SB3
18S
^è Terlîngton est remplie de crevasses. On a été
obligé de refaire à neuf tout un côté. Les ingé-
nieurs s'en sont rapportés à des commis. On n'a
pas donné à l'escarpe le talus prescrit par le»
règles de l'art; ce défaut de construction et le
poids des terres autant que la mauvaise qualité du
sol, ont occasionné les inconvéniens-précités. On
traverse la Liane sur deux ponts, dont celui qui est
à TAmônt de la rivière est appelé le pont de Bar-
rage, et celui qui est à l'aval, le pont de Service.
ILa flotille est placée environ la moitié dans le
bassin circulaire qui est le plus près de la mer^ et
Tautre partie au dessus du pont de Barrage vis-à-
vis le village de Capecure. Tous les atteliers de la
marine sont sur la rive gauche de la Liane, ainsi
<jue l'arsenal, le parc d'artillerie, et les principaux
magasins à poudre qui sont situés dans les dupes.
On aura de la peine-^à croire que les deux plus im-
portants sont construits en bois. Cette partie de la
défense de Boulogne est appelée le 'Camp de
Gauche. Sa défense consiste en six forts, six
redoutes, et huit batteries. Les noms des forts
sont le .Musoir de l'Ouest, Chatillon, Mont de
Couple, Petit Moulin, le Renard et THeurt ; celui-
ci est situé en avant du village du Portel istir
î'Estran. Il a les mêmes inconvéhîens que le
fort Lacréche. Il a le même armement. Le fort
du Mont de Couple est meniacé de tomliier en
tuîne. Il a été construit trop près de FEstfan.
L'éboulement dés terres, qiii s-èât efFetitùé Ifiitér
189
dernier présage, pour Thiver prochain, la chute de
la contrescarpe qui est en maçonnerie. Le fort du
Petit Moulin est en très-hiauvais état. On a été
obligé d'étançonner avec des planches et des solives
Tescarpe par la contrescarpe pour éviter sa chute
qui ne peut être éloignée. Les redoutes n'ont
d'autre avantage que de fournir du bois aux
paysans et aux soldats qui arrachent les palis-
sades pour en faire du feu. Je soutiens que Bou-
logne a occasionné à Buonaparté une dépense de
cent millions qu'il aurait dans ses coffres, s'il
avait eu le bon esprit de regarder, comme indignes
de lui, des rodomontades qui nous rendent le jouet
de l'Europe. Vous êtes étonné de voir qu'un
point devenu si important par nos folies, n'ait été
gardé en Septembre que par des gardes nationaux
au nombre de quatre mille. Une seule compagnie
de grenadiers anglais aurait suffi pour les mettre
en déroute, et on peut être sûr qu'une fois en fuite,
ils n'auraîent fait halte que dans leurs foyei^. Vous
voyez aussi qu'en Juin, Juillet et Août, il n'y avait
pour les deux camps que les 6e et 7e demi-bri-
gades provisoires, composées de recrues, et dont la
dispersion aurait eu lieu devant un faible détache-
ment de bonnes troupes. Chacunes de ces deux
demi-brigades avait de 15 à l600combattans, qui
n*avaient pas encore vu le feu, et qui à peine
savaient charger leurs armes. Nous savions bien
qu^il se préparait en Angleterre une forte expédi-
tiofi. Nous l'avons toujours cru destinée à agir
190
du côté de TElbc. Une semblable diversion eu
Mai ou au plus tard en Juin, soulevait toute TAl-
lemagne. Notre étoile nous a protégés en faisant
convoiter dix vaisseaux qui, tôt ou tard, doivent
être aux Anglais. Slls voulaient devancer la
pri^e de possession de cette escadre, ce n'était
pas alors le moment dy procéder. Il fallait at-
tendre que la flotte fût désarmée, et dans les bas-
sins de Flessingue; débarquer vingt mille{hommes
de troupes de terre, venir mouiller avec la flotte
entre Flessingue et Breskens, bombarder et cano'ner
la ville, et quatre jours suffisaient pour sa reddi-
tion. Il fallait faire ce coup-de-main quand nous
étions en Espagne en Décembre 1808 ou en Jan-
vier I8O9. Cela leur aurait d'autant mieux réussi
que le général Sarrazin commandait à cette épo-
que l'île de Cadzand. Il n'y avait dan? cette île
et dans celle de Walcheren aucune espèce d ap-
provisionnement ; on y vivait au jour le. jour.
La distribution de viande n'a pas eu lieu au jour
fixé, à cause dès retards que les mauvais che-
mins de l'île Cadzand, et les difficultés du passage
de rEscamt ont quelquefois mis dans l'arrivée des
convois. Les vaisseaux de la flotte avaient été
obligés de désarmer avant d'entrer dans le bassin de
Flessingue^ et le manque de magasins dans cette
place, avait nécessité d'^envoyer les munitions de
guerre à Bruges et à Gand, Heureusement .pour
nous, tous ces détails n'on pas été connus. Nous
ne voyons plus dans les agens de l'Angleterre la
même activité qu'auparavant. Je serais tenté de
croire que les ministres ont pris le sage parti de
destiner pour la défense des^côtes, les fonds qui
leur sont assignés pour l'espionnage^ et c est en
faire un bien meilleur usage que d'en disposer en
faveur de quelques avanturiers dont les intri-
gues absurdes et les services inutiles leur méri-
tent à juste titre la haine des Français et le nié*
pris des Anglais. Si ceux-ci eussent été bien
informés, ils auraient pris le Havre en Juillet
1809, et ils auraient marché sur Paris. La prise
des Tuileries n'aurait pas été plus disputée que
l'occupation du fort de Batz. J'ai été aussi sa-
tisfait qu'étonné de ce que les Anglais qui
a\"aient quatre points à attaquer, se sont di*
rigés vers celui qui présentait les plus grandes diffi-
cultes et les moindres résultats. Il est vrai qu'il y
avait une flotte dont on avait lespoir de s'emparer,
et ce but constant de chercher à détruire notre
marine, en comptant pour rien dé plus grands
avantages qu'assurait une coopération efficace
avec leurs alliés du Continent, nous a été bien
plus utile qu'aux Anglais. D'après cet exposé, je
vous laisse à penser si une descente en Angleterre
peut entrer dans les calculs d'une -tête bien orga-
nisée. Vous voyez le peuple maître souverain des
mers, débarquer quarante mille hommes de troupes
d'élite, secondés par trente mille braves marins,
échouer dans le projet de pénétrer jusqu'à vingt
Ifeuc» dans le territoire d'une puissance dont le
19^
chef ai^ec toute son armée de ligne était à deux
cents lieues de ses frontières. Vous/ connaissçss
l'esprit de la Fiance où le nombre des méconteos
est quadruple de celui des partisans de la nouvelle
dynastie; vous savez combien est exalté le pa-
triotisme des Anglais qui suspendraient sans délai
tout système d'opposition, dès qu'il s'agirait de
N nous repousser ; et malgré toutes ces raisons évi-
dentes, vous avez pu croire à une descente en An-
glerre ! Que le Moniteur et les papiers anglais en
remplissent leurs colonnes pour donner une pâture
àTavidité des oisifs et des curieux ; que Ton dise
que Missîessy va sortir de l'Escaut en été lorsqu'il
est au mouillage d'Oostcalot entre Ramekens et
Flessingue, tremblant d'être attaqué lui-même
H cause de l'inexpérience de ses officiers et de la
frayeur qu'inspire aux matelots la présence d'une
escadre anglaise ; qu on fasse craindre une attaque
de ce même Missiessy, lorsque sa flotte s'est placée
de manière à hiverner eii un lieu où il soit à Tabri
des glaces et des coups de vent : tous ces contes
produisent leur effet. On empêche les Anglais
de renforcer le général Wellington. Si ce lord
avait eu 60,000 hommçs de troupes anglaises au 1er
Juillet, il faisait lever le siège de Ciudad Rodrigo.
Après avoir dispersé Masséna, il menaçait Madrid ;
Soult, obligé d^abandonner TAndalousie pour se-
courir la capitale, aurait été battu avant de pouvoir
y arriver, et il se serait trouvé très-heureux de
réusssir à sortir de TAndalousie, commf il était par-^
venu à s'échapper du Portugal un an auparavant
On a beau vanter les quarante mille Portugais qui
sont avec les* Anglais ; qu'on consulte Lord Wel-
lington, il dira que deux campagnes pourront les
rendre bons soldats. Avant ce temps, il serait
imprudent de leur confier un poste important*
Ce qui augmente le mérite du général Anglais,
c'est de vouloir lutter avee trente mille hommes
contre soixante mille. Il faut qu'il trouve de
grands avantages dans les localités, et qu'il ait
une confiance entière dans ses troupes. Malgré
ses'eiForts et ses talens, il sera contraint de céder
au nombre, et je pense que nous serons maîtres
du Portugal dans quelques mois, parce qu'il n'est
pas probable que le gouvernement britannique
se décide à envoyer dans la Péninsule assez de
forces pour repousser Masséna, les troupes lui
étant nécessaires pour garder les côtes, et pour
maintenir Tordre dans les trois royaumes. Je.
suppose ^que nous sommes en possession de toute
la Péninsule par le départ des Anglais de Lisbonne
et de Cadix, la guerre n'en sera pas moins active,
contre les habitans, dont le désespoir la rendra
encore plus meurtrière. On est persuadé que le
départ de Lord Wellington décidera les chefs à
reconnaître le Roi Joseph. Je ne le crois pas ;
et quand même cela serait, la masse influencée par
les moines, n accédera à aucune proposition d'ac-
compiodement, et nous ne pourrons pas nous dis-
2 C
194
penser 3*y entretenir pendant dix ans consécutif»
une armée de deux cents mille hommes.
L'Abbé Maury. — Je suis rassuré. J'ai craint
depuis plusieurs années qu'on n'envoyât l'élite de
l'armée française dicter la paix à Londres* Je
vois avec joie que notre sûreté ne sera pas com-
promise. Si Buonaparté allait en Angleterre,
toutes les puissances du continent feraient
une croisade contre la France, Elles ont tant
d'injures à venger ! J'ai étudié la politique dans
les voyages qu'a nécessité mon émigration, et.
j'ai vu avec douleur que partout où était passée
l'armée française, elle y avait laissé des traces fu-
nestes de ses rapines et de ses violences. On se
cachait de vous, crainte de vous irriter. On m*a
tout dit, et j'ai trouvé bien légitime Texécrat ion
que les étrangers manifestent contre tout ce qui
est français. Puisque vous avez entendu tout ce
que j'ai dit à l'Empereur, j'ose me flatter que vous
n'êtes pas très-Jéloigné de ma f^çon de voir. Vous
convenez que les trois-quarts de la France vous
détestent, et vous êtes persuadé qu'ils saisiront la
première occasion de renverser la dynastie de Buo-
naparté. Vous pouvez obtenir en toute propriété de
riches et vastes domaines dont vos enfans seront
reconnus les héritiers légitimes. Excusez les
expressions dont je vais me servir, je ne les em-
ploie que pour vous rendre la force de ma pensée.
Que diriez-vous d'un heureux brigand qui a réussi
\
195
à s'emparer dans une sédition de toute la partie de
Paris qui est sur la rive gauche de la Seine ; il a
partagé aux complices de sa révolte les richesses
dont il s'est saisi. Il a assez d'empire sur ses
bandes pour comprimer tes habitans, et les réduire
à la plus aveugle soumission. Les villes et vil-
lages voisins ont pris les armes pour délivrer les
parisiensdu joug de cet aventurier. Il les a prévenus,
il les a attaqués, il a brûlé leurs chaumières, il a
ravagé leurs campagnes, il a exigé qu'on'fit une con-
fédération avec lui, et il s'est fait fournir à la pointe
de répée des hommes et de l'argent. Il a réussi
à donner des lois à Versailles, Ëtampes, Orléans
et Chartres. Le maire de cette dernière ville a été
obligé de lui donner sa fille en mariage pour se
préserver, ainsi que ses concitoyens, d'une ruine
totale. Irrité de la résistance des Parisiens de la
rive droite qui refusent de le reconnaître, il a dé-
fendu à tout ce qui est sous sa dépendance, d'a-
voir aucun rapport avec ses ennemis. Il résulte de
cette fausse mesure que le commerce est dûns une
stagnation complette, qu'on ne peut plus payer
les contributions, et que le mécontentement et la
misère sont à leur comble. Les ennemis du bri-
gand ont si bien pris leurs mesuresqu'ils sontmaîtres
de la Seine, et qu'il lui est impossible d'en effec-
tuer le passage pour les forcer à accepter la paix#
On lui propose de le reconnaître légitime posseseur
lui et ses descendans de Versailles et de son terri-
toire, à condition qu'il évacuera la partie qu'il
2 3
196
occupe (le Paris, où il est abhorré des habi-
tans par les excès auxquels les circonstances
autant que son caractère l'ont forcé, de se li-
vrer à diflFérentes époques. Il n'en est pas de
même de Versailles. 11^ y est aimé, parce qu'il
a eu occasion de rendre quelques services. Dans sa
position, il doit s'attendre à être assassiné à i ba-
nque instant par quelqu'une de ses innombrables
victimes» Dès que cette tête tombe, tout le corps
gigantesque qu'elle dirige se trouve anéanti. Ses
complices se disputent ses dépouilles, ses enfans
sont égorgés, et sa femme ne parvient qu'à travers
mille dangers à se réfugier dans la maison pater*
nelle. S'il pouvait occuper les avenues du faux-
bourg Saint Antoine du côté de Charenlon, et les
hauteurs de Montmartre, il aurait espoir de ré-
duire par famine le Marais, les Thuilleries, le Palais
Royal,qui, dans ce moment, reçoivent d'abondantes
provisions de la Normandie, de la Picardie, de h
Flandre, de la Brie, etc. Il voit parles journaux
qu*il y a beaucoup de négocians qui fout banque-
route, et il compte sur Tinfluence de leurs plaintes
pour qu'on en vienne à des propositions pacifia*
ques, et à consentir à la liberté de navigation de
la Seine, sans être soumis au droit de visite. Le
maire de Paris qui redoute avec raison toute espèce;
de rapprochement avec un tel voisin^ lui promet
paix et amitié s'il consent à accepter la propriété
de Versailles, et à rendre ce qu'il occupe de Pariàî
à qui de droite avec l'oubli total du pa^sé envert
toii^ ceux qui ont partie se$ erreurs. Cet aven*
turier, après mûre rjéflexion, se décide à accepter
les arrangemeos proposés. Il a la ,gloire d'avoir
rendu à plusieurs niillioas d'habjtau3 la paix et le ,
bonheur. Lui-même^ à l>rticle de la mort, se £è-^
licite de tant de modération. Il transmet à ses en*
fans une couronne qui \}xi a été garantie, par tous
ses voisinis, et il parvient à la postérité la plus re^
culée apeç le titre I4en mérité de grand guerrier et
dTAommejW/e. Votre altesse aime la chasse. Il fau*
dra vous faire nommer prince de Marengo. Ce titre
vous revient de droit. C est vous qui commandiez
en chçf l'armée de réserve, lorsqueMélas fut battu.
Vos principautés actuelles ne se raccordent pas à
votre gloire, puisque vous ne vous êtes jamais
battu à Neufchâtel, et que vous n'avez fait que le
service û'çrdmnance à Wagram. Vous avez dans
les environs d'Alexandrie des bois remplis de gi<«
bier. La grosse bète y est très- commune. Le payn
que peut occuper Napoléon est un paradis enchan-
teur* Il y a des villes charmantes qui se féiieit»^
jont de devenir les cours des rois Murât, Joseph,
Jérôme, Louis, Bernadotte, etc. On n'aura ^plu«
une $uite nombreuse, et l'on sera obligé de mettre
4js réc<)nQmie dans ses dépenses ; vous vous rap«
prpcbere? d^ cette simplicité qui -fit le bonheur de
yps premiers ans» et vous serez tous réunis.
C'est alors que de douces larmes couleront de vos
yç^dt, Iprsque vous entendrez chanter ; Xiàpeut-^ùn
0^ç |}ii(^^^ jt^'Oft mn*4kMjàmiUet
198
Berthier. — Finissez, l'Abbé. Vous poussez trop
loin la plaisanterie. Ca durera tant queçapourra.
Je n'aime que moi sur la terre. Mes enfans feront
comme leur père, qui a fort bien su jouer le rôle de
chevalier d'industrie, puisque de chétif sous-lieu-
tenant^ je me trouve parvenu au rang de prince,
non de ces princes pour rire qui tremblent dans
leurs donjons d'Allemagne, comme les lièvres dans
leurs gites, dans la crainte qu'un vertigo qui agi-
fera la tête du maitre, ne les fasse chasser des
héritages de leurs ancêtres pour les mettre à la por-
tionicongruef mais un prince plus puissant que les em-
pereurs et les rois, puisque tous ces gens-là, quand
Toccasion s'en est présentée, se sont empressés de
mè taire leur cour, afin que je les étay.e auprès du
vainqueur du monde. Ce qui me fait croire avec
raison que je suis le premier après lui, et vous vou-
driez que je consentisse à me confiner avec ces insi-
pides momignoTj et ces fades beautés de l'Italie? Je
ne pourrai jamais me résoudre à quitter Paris, quand
bien même je devrais être rompu vif. Où trouver
cette cuisine délicieuse, ces palais aussi richement
qu'élégamment meublés, ces spectacles enchan-
teurs, ces nymphes si piquantes par leur esprit,
leurs grâces et leur beauté, et ces forêts de Saint
Germain, de Compiegne, de Rambouillet, de
Fontainebleau qui sont aussi giboyeuses que du
temps des Bourbons? Je vous dispense de vos
comparaisons que vous devriez voiler de Tin-
k
génieuse allégorie de la fable^ à l'instar de Tini-
199
lïii table Lafontaîne. Vous me mettez en avant
des brigands, des aventuriers, au lieu de parler
du lion, du renard, de Tours, de Vàne Tnéme, s'il
le faut. Voilà ce qu'on appelle dorer la plllule
pour décider le malade à la gober. Vqus dédai-
gnez de prendre tant de ménagement, et vous
nous dites cruement, ecce hamo. Il ne faut pas se
mettre l'esprit à la torture pour voir que les deux
rives de la Seine sont les côtes de France et d'An-
gleterre, et que les deux parties de Parîs font allu-
sion à ces deux états. On devine aisément que Ver-
sailles est le royaume d'Italie, Chartres l'Autri-
che, Etampes la Prusse, et Orléans la Russie,
et que la Normandie, la Picardie, la Flandre, etc.
ont rapport à TAsie, l'Afrique, et l'An^érique,
etc. avec lesquelles l'Angleterre peut commercer
librement. Quant à la Seine, votre comparaison
cloche. Quelle différence entre ce filet d'eau, et
le vaste océan ! Le droit de visite est assez bien
imaginé, et en l'exigeant avec rigueur, je crois
que le Roi George agit avec beaucoup de pru-
dence. Rien ne peut être comparé au désîr de
vi^re brigand d'endormir le maire de Paris, pour
pouvoir une belle nuit, fondre sur sa proie,
que nos vœux ardens d'aller nous emparer des
immenses trésors de la Grande-Bretagne, après
avoir réussi à la persuader de la sincérité dune
amitié de notre cru. Buonaparté tressaille de joie
toutes les fois qu'il lit dans les Gazettes de Lon-
dres la liste des banqueroutes. Il ne tolérerait jamais
de semblables publications. H pourrait cependant le
faire aujourd'hui sans inconvénient. Nos négo-
ciants ont presque tous fait banqueroute depuis plus
de deux ans. On n'en a pas laissé transpirer le moin-
dre indice. Au contraire, le Moniteur a fait un
tableau riant de la prospérité de notre commerce
intérieur^ et il a assuré que des communications
sûres allaient établir, par la voie de terre, des rap-
ports très-avantageux avec les Grandes Indes.
Nous sommes bien convaiiicus de l'extravagance du
projet, et de Timpossibilité de son exécution, mais
on lui donne beaucoup d'authenticité pour aug-
menter l'inquiétude des Anglais, et les obliger à
envoyer des renforts de troupes dans cette partie
la plus importante de leur empire. Je tire encore
un autre profit de la comparaison grotesque de
votre aventurier. Je pensais comme Buonaparté
qu'en excluant le commerce anglais des marchés du
continent, nous forcerions cette puissance à faire
la paix. Je reconnais mon erreur. Non-seule-
ment les deux parties de Paris se suffisent, mais
encore celle de la rive gauche perdrait beaucoup à
ne plus communiquer avec le grand Paris. Les pri-
vations de lAngleterre sont bien moins sensibles
que les nôtres, ^uel mal peut-il lui revenir de ne
pas commercer avec nous, lorsqu'elle a des débou-
chés pour ses marchandises dans les trois autres
parties du globe? N est-elle pas en possession
dt-s n)Uies du Pérou, du Mexique, de toutes les
colonits, et des richesses de l'Indostan ? Si sou
wjjj nç prQ^uit psis.!^ fffi^^s: nicp9ff;l^$,^^f
M , c9P3ftI^^T^^iol^, . ti!9^p^q pas , *» ^ÎWWÇ
de ses inftçpbfl^pdM^ Jtc». WcsMt d^ Ja. /^icjUfti ,d|Ç
TunU, d'Aigçr, de Aif^rpf? Pi Içs ferine&,de8)|JirW.ti^t
Unis? Ses cbftntî^rs oe spi^f; il^ pas appiQYÎi^iopnéf
pour trente ^pp? . D^^ i^e aos ((lo^e^j,.p;^ri|tl;rpnt
j»ur rOcéapi u'irofitrelles p:i9i après Ufie résiiitaQq^
j&utilei embéDir tes vades de Portsmouth çt de
Yaripouth? L'eippereiir crqit . qu'il réussiri^it ^
balancer la pujissanqe ji^airitimç de TAugletierre,
p'il obtenait rechange de trente wiiUe matelots qui
sopt prispipini^s d^ guerre^ Comme nous n'avauf
que doM^e mille iudividus de cette i^aitioii dans nos
i4^p6ta^ dput pa*ès de six mille sont déteoua coo-
%K te droi^ des gens, puisqu'ils ne soqt pas comr
l^attaps, îl veut que k gouvernement anglais cciii«>
sente à faire entrer dans le cartel les Espagnols et les
Portugais dont nous avons environ quatre vingt-
dÎK mille folda;ts ou officiera» On ne lui aecor-
deiA pas sa demande. I^s Anglais ne sont danf
h FéninwLe que comme auxiliaires ; les prisons
nîers q\^ ont été faits, sur ce théâtre particulier
de la guerrét doivent être échangés d'après ni^ ac-
cord uniquement pour cet objet, et ki loyauté
«xige que les Anglais qui ont été pris en défeo*
éant les Espagnols, soient changés entiercnQent
livant. que. ceux-ci réclament leurs prQpr»«priso»>
niêts, mais .U0e smnU^ble opération ne peiri; pap
concerner les Franjpais et lès Anglais, pris en d'anp
très lieux. J'obsevvai à Buonaparté que sa prppoK
8d
'i6t
sttidn était ifnpolitrqtié; puisqu'elle donnait une
eiîi^nce officielle à Tàrmeé Espagnole qu'il* avait
déctecfé devoir êtW traftée ^comme uii famas de
brigàïids, et qu'il rassîmilàît à sa propre armée,
en voulant conclure le cartel d'échalige homme
pour homme et rang pour rang. Il me répondit
que cette considération était nulle, que Tes-
sëntiel était d'avoir les trente mille matelots
pour former les équipages de ses vaisseaux,
quil pourrait bien avoir des matelots Génois, Vé-
fiitiens, Hollandais, Prussiens, etc., qu'il ne s^en
souciait pas, parce qu'il avait été préveilu par ses
amiraux qu'il ne fallait pas compter sur les équl
pages étrangers, et qu'on devait s'attendre dans un
combat à les voir se rendre sans coup férir.
Toutes ces données, mon cher abbé^ qui sont posi-
tives, me font désirer vivement b paix, non pour
aller m'ensevelir au delà des Alpes, mais dans
lïn jto/i^^o de ce jour. Je ne crois pas les An-
glais aussi exigeans que vous. Je suis sur qu'ils
nous Tiendront nos colonies, si nous consentons au
droit de visite qu'ils^ doivent réclamer pour leur
propre sûreté, et à les laisser trafiquer sur le con-
tinent. Comme Ta très-bien observé un savant
de cette nataon, le chmtnerte est cevùntogeux à tous
ies peuples qtd reçoivent des ol^etsqui leur auraient
'Caâté deusK jours de travail en échange d cadres olh
gels ^t«i; ne leur en coûtent qtiun. On peut bien
•suspeddre des rapports si utiles au monde, • en em-
ployait la violence, la confiscation et même le
feu, mais k torrent renversera la digi^e^ et les oa«
lions fatiguées de lutter pour satisfaire quelques
ambitieux, secouerojit leurs chaînes^ et se réuni-
ront pour punir les auteurs de leurs mauiç et^
pour %'ivre en paix avec leurs légitimes souvera^^s^
Nous serons, je le crains bien, les victimes de,
notre obstination. C'est ce qui me fait prêcher
tous les jours pour engager Buonaparté à faire
des sacrifices^en conservant la couronne de France^
condition sine qud non. Il doit suffire aqx An-
glais que nous consentions au droit de visite,
et à laisser Tindépendance à tout ce qui est au.
delà du Rhin, des Alpes Juliennes, et de la Sayfi
jusqil^aux frontières de la Turquie. Ce lot est ui^
peu différent du recoin quCil vous plait de nous (d'-
huer sur les deux rives du Pâ* Nous ne sommes
pas disposés à nous mettre dans une position oà
quelque beau-jour un pape belliqueux jt^o^erat^
le Rubicon, et viendrait nous forcer à baiser sa mule»
Gardez pour vous et vos pareils vos plans concilia-
toires, et à Tavenir soyez plus circonspect dans
les parallèles que vous pourriez être tenté de faire
sur notre compte. Je feux bien ne pas dire à
l'empereur ce qui vient de vous échapper très-
maladroitement. Vous seriez perdu sans ressource,
et vous seriez à coup sûr le successeur de Tous-
saint rOuverture dans son séjour et dans sa fin
tragique, au château de Joux dans un cachot
creusé dans le roc. Avec quelle emphase vous
avez fait Téloge des habitans de Saint Domin-
S»2 '.
* ^
t
gtaé! 'Se à^tàmè point à vcRr îluotïa()*^tè per-
rister dans son projet de rétablir TesclâVage, mais
^ Vttlis tilâtne de vouloir qu'on fenotice à cette
édloïiie la pluÀ riche dé toute rAméri.que. Lé
côninierce cet Tâme des états. Sans colonies point
de' commerce, et sans commerce point de marine.
Je ne suîs pas très-vci*sé dans tous ces calculs,
toais îi tti'a été assufé que les bons matelots se
fermaient par la marine marchande. Les colo-
nies soht donc néce'ssaires à la France. Pour
les conquérir, il faut employer la dimceuf et h$
lùnne foi. Si 6n a recours à la force, on achèvera
teér destruction. Mon avis est que Btionàpartê
* ...
èéit en donner le gouvernement à des administra-
teurs habiles, sages et philantropes. li fera bien
et nottlmcr le général Christophe sob lieutenant
^OUt* le coînmahdemiént de Saint Domingue, et
sMt réussit à faire accepter cette proposition» il
aura rendu un service essentiel à toutes nos villes
maritimes. Je partage votre opinion sur la con-
duite hblrible des Français à Saint Domingue.
On m*a dit qu'on faisait noyer les nègres et les
mulâtres attachés deux à deux ; que souvent ou
les faisait brûler vivans, tt qu'on a poussé la bar-
barie jusqu'à les faire dévorer par des dogues,
euvoyés de la Havane. Ce qui étonne, c'est
et voir quf Buonaparté n'a pas fait punir de mort
des individus rentrés tn France, et qui sont re-
connus coupables de tant de chiauté. Promettez-
moi, labbé, de ne plus me parler de iiotre départ
de France pour i'itali1e#
• • • . *
VMhé Mmry.^^St voîis, thtm pnncc, que
toutes lèé vérités ne soiit pas bonnes à dire*
Ma mission apostolique mlnipose robligation
derameiiéi-au bercail les brebis égarées, et lin-
nodètit artifice dont je itie suis servi en vous com-
parant à<les brigands et à des aventuriers, n)érite
vôtre ii!idu1gence. J*àuràîà crU choquer yotrè
amour- ptopre en véuis fâlisant jouer le rôle igno-r
ble des ànitnaux. Oafaez-moî le secret, je vous
eti bup|)liè, mon etreur est involontaire. Je nai
eu! en Vue que votre conversion pt votre félir
cité parfaite, que vous ne pourrez jamais goù*
ter daÂs vôtre pôl&itiôn actuelle. Ayez pitié de moi.
Je tie ttté Sens aucune disposition pour le martyre,
et la perspective que vous me faites redouter de
Iliôtrible cachot où le poison termipa les jours de
^Toussaint, itiè paratt mille fois plus terrible que
le supplice affreux qui fit monter au ciel l'iJlus*
tre Saint Laurent, dont le courage héroïque le
Ikisait SouHte au milieu des flammes qui. le dé-
voraient. Vous pouvez faire un meilleur usage de
irôs eachôts, en les remplissant des jacobins vos
|)lus dtlieh ètinèmis.. Je sais de bonne part qu ils
eherchént à vous culbuter, qu'ils sont réunis aux
partisans des Bourbons, et qu^ils aimeraient beau*
iboup tnieux un Turc ^iiun Corse pour les gouver*
ner. ^^Jé regretté de n'être pas de votre avis sur
h toihpte des Anglais* . Ils ont fait, il est vrai^
h paix d'Atnibns. ïls ne tardèrent pas à la rom-
pte; parde qu4l leur fut facile de juger que leur
806
indépendance était compromise par votre politi-
que à la fois tortueuse et dominatrice. Vous vou-
liez jouir de tous les avantages du commerce ma-
ritime, et vous les priviez de toute facilité de né-
gocîer avec la France et avec les autres puis-
sances du continent. Pour conserver la priorité à
vos manufactures, vous faisiez exécuter une po-
lice intérieure qui produisit presque les effets du
blocus d'à présent. Je souhaite me tromper,
mais je crains que l'empereur ne soit un jour
très-repentant de ne pas avoir rétabli l'équilibre de
l'Europe. Je connais le cœur humain. Votre usur-
pation est gravée en caractères ineffaçables dans
les cœurs de tous les souverains et de tous les hon«>
nêtes gens du continent Les applaudissemens
dont on vous couvre soiit forcés. On redoutera
les éruptions du volcan révolutionnaire tant qu'il
sera dirigé par cet homme extraordinaire dont la
célébrité est due plus à la finesse et à la jus-
tesse de son esprit, qu'à l'étendue et à Taudace de
son génie. Dès qu'il ne sera plus, on le mau-
dira comme le fléau du genre humain. On en
fera un exemple éclatant pour frapper de ter-
reur les officiers qui, en Autriche, en Russie^ cm
en Prusse auraient voulu se prévaloir, à son exem-
ple, de quelques troubles intérieurs pour s'emparer
des tfûnes de leurs maîtres. Permettez que je
vous répète ce que j'ai dit à Buonaparté, et que
vous avez peut-être mal entendu, choisissez le
royaume d'Italie pour votre partage^ si vous vou^
«>7
Îe2 évitée; ajlirës vôtre mort, d'être déterré et pcft*
du par la main du bourreau Comme le fut Crom*
Bèrthier.^^Je n'avais* pas en effet entendu
cet idéimatutn. Il faut que lautorité d'un confes*
seùr"sur'son pénitent soit bien grande pour qu'il
ne vous soit arrivé aucune mésaventure» après
avoir iainsi injurié Tempereun Vous en serez
pour votre citation historique. On peut faire
de nous ce qu'on voudra» quand nous serons
morts ; qiion nous pendey ou quon nous écartelle,
c'est le moindre de nos soucis. Buonaparté et moi
avons la bonne philosophie: gui tenet teneat, passes»'
sio valet. Nous apprécions à leur juste valeur les
comptimens hypocrites de nos frères et cousins.
Avant notre mort, si Dieu nous prête vie enr
core quinze ans, nous les aurons mis hors d'é-
tat de troubler nos successeurs. Ils auront
cessé de régner, et ceux qui n'auront pas eu le
bon esprit de se soustraire à nos embrassemensfror
temélsy en prenant un bras de mer pour égide^
doivent s'attendre à venir occuper dans nos bas-
tilles, des appartemens plus solidement construits
qu'élégamment meublés. Nous ne faisons point
les choses à demi, et quand vous verrez tout ter*
miné, je suis sûr que vous changerez de ton.
Tous trouvez que Buonaparté n'a que de la finesse
et de la justesse d'esprit, et vous lui accordez, pour
ainsi dire à contre^ cœur, un génie vaste et auda«
çîeux qui, selon vous, a moins d'influence sur ia
im^v^ké f^e loi^' wpri^ On vpit fft^ yp^ ^ycf
ptti^é vQ(| fi%}cîm€^ 4^04 leii^çercLef.du fau|)ourç ^tf
Germain, où chaque jour on fait une nouvelle oepr
Attira ^ UklçnA , (k r^mpereur, Le^ un^ disent
q\x'\\ ne.saH pa^ parler franç^ik^ d autres. pc^^P^
|}Qnt qu'il ne sait pas Tortographe. Il y efi a qui
pp^ssent Teffronterie jusqu'à dire quHl ij'est pas
brave, et ils attribuent ses succès à. ses gf^qiéraus; çt
i^la sunériorité numérique de se^ ^?uié.es.$ivr Qçlles
4e 8iea ennemis. On attribue encore à la corrup|:îon,
sou. iuQuepc^ dans les cours étrangerei^, et on
;i soin de se gendarmer contre une mesureront
Teaj^p^i est légitimé par lexpériepce des. grands
(^yapt^gQs qui en résultent pour k salut de Fêtais
Je yeu>( v^us faire bien connaître Buonaparté afin
4e, v^us g^rj^tjr et contre Tinjuatice de ses exmf-
jnisi ^t contre Tenthousiasm^ ridicule de ses
i^dfnirateurs. Buonaparté est .très-filudieux« Il a
îeçu.de la nature bçaucqup d'intelligcRc© et dç
jf>^Qir.ç* Il est grand physionomiste. Il écrit
très^Gorreclieifif i^t sa langue, il la parle sans prètenr
iion. II ^ la brayourç de 1 nonncur, ou celle dç
j'i^^térêt coJpame il vqus plaira. Il n'a p^s cette
ijptrép^dité ^eJ^j}ueB qui avait le talent} d'éleçiri-
jer des (i^olonne^ de g^renadiers au point de les fajrp
^aire précipiter daps un goufre de feu. I^ naturç
li^i^a Tefusé.cett^ qualité moitié physique, et elle.rc^
^ dédoff^fïiagé paj 1er rare talent de savoir cho^isiir
les bpmnies cjapables d'exéçutçr ses vastes CQncepr
tjmt sur .ua piiamt> de batailte» MoUmètne j Wou«
qu'il me tarde, quand j'y tuis^ devoir la ^ de 14
pièce. Mais «ous taisons bonne contenance* Nou»
paraissons devant ies troupes et som'^nt au milieu
d<rs balles et des boulets. On nous supplie de nous
tQtirefi No^re bat est rea>pli. N^us nous^ m^t^
t^AS à réea-rt et nous- ne revenons à la chargé
qu^en ca» d'absolue nécessité. D^ixiis notre début
ea Italk^y bous avons fait un calcul fort simple-i
""^ Noussoo^noes des hommes comme nos emieiin$«
** No4i» n'avons rien à perdre et tout à gagner en
" faisant la guerre. Vainqueurs ou battus, «nak
morts en combattant avec valeur^ nous suecoai*
bons couverts de gloire* Vainqueurs et vivaod^
nous flev^ns finir par être les maîtres du Inonde.
'^ Procurons'Boiis de Vargent pour di^nner des gr8«
*' tîficatîons, et nsgardcms noua tesrmsà^ rôîs qu0
*^ Bçilis aurons^ vaincu/* Duonaparté qu'on a eu nu«
sdD de placer à Tinstitut dans la si^ctiod de nié^
contftiei tâcha d'avoir sur le point d^attaque plus
dç n^Qftde que l'ennemi. Il mît à la tétedea^
colo<me& des généraux et des colonek à toute
ëpreuvCi dont Texemple suffisait pour rendre iMraVei
les. hommes les plus4âches. La victoire nous sourin
Le roi ite Sardaigne fut le premier que nous trat'*
4
tàmes comme s'il eût été notre sujet. Vous con^
naissez Vhistoire d^sautresjusqu^à c<Auid'£spagn€é
Le Grand Frédérie avait raison quand il disait
fues*il était roi de JPtamcey il ne se tirerait pas un
imipde cawn en Europe Him sapermismon. Nous
SIÔ
avons beaucoup fait, et cependant je crois qiic c*
prince eût encore fait davantage, s'il avait eu nos
ressources en homnyes et en argent. Déjà il serait
maître de Vienne, de Saint-Pétersbourg et de
Constantinople. Je ne suis pas d'accord avec
Buonaparté sur le jugement qu'il porte du roi dcf
Prusse. Ses manœuvres dan» la guerre de sepi
ans, le placent à côté de Tureitne et de César.
Ne le dites pas à l'empereur; selon moi, Frédéric
est le premier général du ISeme siècle. Buona-
parté prépare une bataille avec une habileté rare.
Kléber, Moreau et Frédéric qui lui sont inférieurs^
sous ce rapport, lui sont supérieurs le jour même
de la batailley et ils» le rivalisent pour en profiter,
tandis que Soult qui égale Buonaparté pour les dis^
positions préliminaires, et les trois autres généraux
pour le jour du combat, est inférieur à tous pour
profiter de la victoire. Le prince Charles et Lord
Wellington sont dans la cathégorie de Soult. Je
vous l'ai déjà prouvé pour le prince Charles^ et
vous serez convaincu de la vérité de mon assertion
pour le général anglais, en considérant les résultats
deVimeira, de la prise d'Oporto et de Talavera.
On ne^peut pas sans s'exposer à être taxé d1n-
justice et de flatterie, placer Masséna parmi ces
capitaines. £n les' examinant sous le rapport
politique, Buonaparté est le plus rusé, Frédéric le
plus savant, et Kléber le plus juste. Je crois les
autres peu vergés dans la science des gouvernans^
étant entièrement militaires autant par goût que
fil
]^ar caractère. Je blâme beaucoup le bavardage,
rindîscrétion, et la gloriole de Buonaparié dcint
son intérieur. Pourquoi vous avoir ditquil avait
fait empoisoner le général Hoche? Ne suffisait-il
pas de dire qu'il avait fait périr un de ses rivaux?
Peut-il compter que vous lui garderez le secret?
Pourquoi vous dire qu'il a consenti que son frcre
devînt époux de mademoiselle Beauhamoisi
lorsqu'il pouvait le devenir w///emen^/WMr prêter
wa nom ? Il a été la dupe de la finesse d'Hortense
quiy désirant un mari comme toutes les jeunes per*
sonnes de son âge, lui fit croire ce qui n'était pas.
La preuve en est évidente» Son mariage eut lieu
le 3 Janvier 1802, et elle n'accoucha de son pre-
mier enfant que le 11 Octobre 1804. Convenez
avec moi, Tabbé, que ces grands hommes sont
quelquefois bien petits» On vous cite constam*
ment la cruauté de Buonaparté; c'est un mal
nécessaire. H vçmt nueux tuer notre ennemi que
de consentir à ce qtCil nous tue* Il y a dans plu-*
sieurs hôtels du Fauxbourg^St. Germain des copies
d'une caricature horrible, oil Buonaparté est repré-
senté, après la mort du duc d'Enghien^ tenant la
tête de ce prince, et arrosant de son sang ses
frères Joseph, Louis, et son beau-frere Murât, en
leur disant, Je vous fais princes du sang. Prétend-
on nous narguer? Ne sait-on pas que cette pro-
duction infâme est de toutes les méchancetés des
Parisiens qui ont eu lieu depuis dix ans, celle qui
% fait le plus de peine à Buonaparté, et néanmoins
S E 8 '
/
^ 21f
m perpétoe lè« sarcasmes stir un meurtre qtxt h
politique a commandé impérieusemeat? Qu'ils
tremblent ces êtres entichés de leurs.aneicjiB'ro»!
La patience a ses bornes* Il en aéra de mèine
ponr les jacobins qui aumient ia folie <le préférer
les Bourbons aux Buonaparté. Il faut qi:^ ces éner*
gumenes ayent perdu le bon sens ponr crovie q««
les royalistes ne se vengeront pas t6t ou taisd de»
excès qu'ils ont commis pendant ia révolution*^
Tant il est vrai que la haine aveugle les hooNiMS
au point de les entraîner à une ruine complète ! . J0
vous demande pardon, Tabbé^ de vous arvoir m^
terrompu aux mots de pmdu et de CrmnwelL I4
^ngularité du fait ne m'a pas permis de vous
laisser aller plus loi a sans vous dire ce que^'auraia
sur le cœur. Je vous prie de reprendre te £1 à^
votre discours, je vous écoute,
VAhhé Mamy.'^^Votn vivacité, mon princ^
m^ un peu déconcerté, et je ne me souviens plua
ée ce quej'avais k vous dire sur vos pjrécédentet
observations. Quant ^ ce que vous venez de me
fsomniuniquer, je voua en rends mille grftces^
^-avais souvent entendu dire que Bu0naparté.avait
^es connaissances super&cieilies, c'est^à^direqull
savait un peu de tout, mais tfail n'avait rien appro*
jfbndi, pas même la mémni^jne, On disait aussi ^e
lui que, quand il devait se trouver avec des savans^
il apprenait un ou deux objtti relatifs au gesre d'é-
rudition des personnes qui le visitaient^ et qu'après
l^vQir alim^i^t^ I« coQveraat^ûu »veç beiiucaup
J0
ai3
d'esprit, il la termnsAt à son a%*aAtage par un
coup d'éclat^«ii citant oe qu ri av«t appris quelques
beures aupamvant, ce qui frappait les savaas <f tf-
timMment^ €t ton^ les auditeurs étaient pénétrés
d'admiratioQ. Il a usé de cette supercherie bien
iflnoceme sans •doute, mais eependant un peu
gasconne, avec des orateurs, dès poètes, des légîs*
lateurs^ des physiciens, ûe^ astronomes, et même
àew n^athématieieus qui, en sa présence, ôtit paru
clM64'enchanteinet)t, tandis que rentfés chez eux^
ifoontbeaucoup plaidante sur siet manie de vouloir
pa¥aîtf e réunir à quarante ans des connaissances
qui exigent les vies entières de plusieurs savans.*
J*ai blâmé cet esprit de ?tce«ce,et j'ai recommandé
qu*àmon exemple, tous le« membres de Tinstitut-
saisissent toutes ies occasions de mettre sa répu<^
tation comme savant au niveau de sa gloire mili-*
taim. Buonaparté n'est cependant rien moins
qu'orateur. Vous conviendre2 que je suis juge
compétente Nos jacobins académiciens que je
m'efforce par fois de rameuer aux principes mo-
narchiques, en disent chacun sur leur partie autant
que J€ viens de vous le confesser pour féloquence.
Quant à la guerre, j'ai entendu dire qu'il avait du
mérite, et quil était un phénix pour la partie de
Tespionnage. Je nre souviens qu'au commence*
ment'de notre conversation, vous m'avez dit que
Buonaparté, dans sa confession, avait omis des dé-
tails importans. Mon désir de lui ouvrir les portes
dti c}çl| (pn*}e oiettant à même tle s'accuser de tous
\
St4
les péchés dont sa conscicBce est grevée» vous pa-
raîtra sans doute une raison suffisante pour m'en
faire la confidence. Je me garderai bien de vous
nommer. Comptez sur mon adresse à le mettre
sur la voie des aveux par Texposé , de quelques
souvenirs vagues» résultat incertain d anciens pro-
pos que j'aurais entendus dans mes voyages en pays
étranger. Vous ne m'avez point parlé de ses.
tournées dans Tintérieur et sur les côtes. On dit
qu'il s'y montre très-bon administrateur. Vous
êtes toujours du cortège, et personne mieux que
vous ne peut me faire connaître la vérité sur un
talent aussi essentiel qu'honorable pour le souve-
rain qui le possède» et qui en fait une heureuse
application pour la prospérité de son^ empire.
jPer/Aier.-'— En m'ouvrant un champ si vaste,
mon cher abbé, vous me prouvez que vous voulez
vous prévaloir de l'aveu que je vous ai- fait, . que
j avais la langue bien pendue. Comme vous avez
des rapports intimes avec leurs majestés, il leur
sera fort agréable d'avoir une occasion de vous
raconter les principaux détails de , leur dernière
tournée en Avril et Mai dans la Flandre, les Pays
Bas, la Zélande, le Boulonois» et la Normandie.
L'impératrice qui, comme quelques personnes de
son sexe, parle plus souvent qu'à son tour, aura
grand plaisir de vous faire part de lacceuil de ses
anciens et nouveaux sujets, • On a bien raison de
dire que toutes les jolies femmes sont capricieuses.
Marie-Ix>uisç n'a pas lotisse tranquille l'empereur
Jasqa'à et quil eftt<;<m9eiiti à donner là crohr dtsi
la tégion d'hôiineur à un maire qui avait mis pout
iosoription sur un arc de triomphe de verdure^
élevé sur la grande route de Mons à Bruxelles,
En épousant Marie-Louise»
Napoléon n*a pas fait une sottise
Qu'on eût donné à ce mai ire une écharpe richement
brodée pour représenter les jours de fête dansr son
village, ou niéme qu'on Teût favorisé d'une bague
de diamans, je .m'en serais amusé, quoique le cah
deau, si petite qu'eût été sa valeur, aurait toujours
surpassé le mérite de Vimpromptu^ mais j ai été
indigné de vo^r.donner à un rustaud qui doit nou»
détester, cette décoration qui devrait être réservée;»
exclusivement à la.valeun II y. a une foule de
braves criblés de .blessures reçues au champ
d*honneur pour nous faire ce que nous sommés,,
qui sont oubliés, et plongés dans la misère* Je
n ose pas vous ^ en dire davantage. J'ai le cœur
navré de douleur d'être censé partager tant d'in-
justices. Qu'on fasse tout ce qu'on voudra chea^^
les peuples conquis, mais qu on ait soin des auteurs
de nos triomphes, des hommes qui sont les véri-
tables causes de notre grandeur, de ces hommes
dont le courage justement irrité par notre ingra-
titude et notre partialité» parait autorisé à ren-
verser leur propre ouvrage- Buonaparté est rem- '
pli de très-grandes qualités^ Il est bi^i maU
keureux qu il se laisse prévenir trop tellement
•^t
ebhtw de hqitm et fidèles ottciei^» Il -finira f^
être la victime d'une conduite si arlntraîre. £Io<^
fieurs généraux de mérite sont éloignés de tout
etnploj, parée qu'on les csoit jacobins ou par**
tisans des Bourbons. Il y a un grand nié-^
contentement dans toute Tarméç à cause des
passedroits qui sont faits journellement en faveur
de la naissance, de la tournure, des richesses, et
des recommandations de la beaoté. Quaad Bnô*
fiaparté veut placer un des favoris de cette espèce,
il trouve un régiment mal tenu, il fait au colonel
des questicms abstraites^ afin de Tembrouiller et de
l^empècher de répondre avec précision* Il en coin
dut que c'est un 'mauves officier* Urne blâme
CD pi'ésence d'brttè% et il me tance comme si jé
sortais des bancs du collège. J'ai ma leçon,. efe
je me tak; Il m'ordonne de ae plus lui présenter
à Favenir de semblables ignarcms^ pour commander
ses régiments;; On prend note de l'homme quW
veut sacrifien Quelques jours après, il reçoit
}Wdre de se retinsr dans ses foyers, et il est rem«
placé par un oobmel de la cour. Napoléon a
tellement jBirîlir l». dessus sur nous tous> quk>n nos€
pas ouvrir la bouche pour parler en faveur des plus«
braves gens du monde* On a même souvent la
bassesse d'bumilîer davantage ces malheureux en >
joignant des reproches amers à ceux de rerapereur,
dans la seule vue de lui plaire en abondant dans
son sens* Après avoir obtei^u un traitement plus
217
équitable pour l'armée, vous ferez bien de lui
reprocher - le divorce de son frère Jérôme.
Nous sommes bien étonnés que les Américains
ayent été insensibles à cette conduite, le comble
de rinjustice envers la jeune épouse, dé la tyrannie
envers son frère, et du plus profond mépris envers
les Etats-Unis. Parle:t-lui aussi des massacres qui
eurent lieu à la déposition du Sultan Selim/ de
CCS intrigues qui firent détrôner Gustave Adolphe,
de Fempoisonnement du prince royal de Suéde, de
L'assassinat du comte de Fersen, le même qu il
traita avec tant de méprisa Radstadt, et qui n'au-
rait jamais consenti à Félection de Bernadotte. . « •
(L'empereur et Timpératrice entrent dans le
sallon et interrompent la conversation du prince
Berthier et de Tabbé Maury.
2f
"TT?
(
EXTRAITS
PMji
,NpTES BIOGrRAPyiQ,UE3.
ALEXANDRE BERTHIER.
Le général Berthier, est prince dé Neti^châ-
tel et de Wagrarii} vice-connétable, marécHal de
Tempire, et major-général des armées d'Espagne
et de Portugal. Il est âgé de cinquante^trois ans.
Sa taille est de cinq pieds trois pouces. Sa cons-
titution est forte« Sa figure est laide. Sa pbysio*
nomie est agréable. Son ton est poli* Il pjomet
avec épanchement ce qu'il est bien résolu de ne
jamais tenir, et il annonce comme vrai ce qu'il sait
être de toute fausseté. Il est un maître roué. Sa
tournure est commune. Sa tenue est militaire. Il
a reçu une bonne éducation. Fidèle à son plan de
contribuer de tous ses moyens à l'élévation de
Buonapartë, i4 n'agit que pour atteindre ce but
(Sert en Amérique, à Versailles dans la garde
nationale, est dénoncé, se justifie, est employé à
Taîméc du nord, passe à rarmée de la Vendée/
et de là à l'armée d'Italie en 1796.)
Vouloir narrer les actes politiques et mîîî-
taires dé Berthier, ce scfrait anticiper sur les dé-
tails relatifs à Buonaparté» I!s ont toujours été
sûr le mlème théâtre, et l'historique dé lun est
pi'èsqaè' eh entier celui delautre, dans leurs caraè^
teres respectifs, fiuonaparté commandait et Ber-
thier obéissait. Après le passade du pôût de'
Lodi, Berthier fût chargé dé vérifier rétablisse-'
nient des divisions, avec l'ordre de rectifier ce
qu'il trouverait de défectueux. Après une tour-
née très-fatigante à cause des mauvais chemins
e£ cfun' temps pluvieux, Berthier vint rendre*
compté à Buonaparté du résultat de sa mission*
Celui-ci était à table* Bernadette était présent»
Apiis^ qdè Berthier eut détaillé sur une carte
remplacement de Tannée, Buonaparté, sans lui
adresser I2L pafble, lui fit voir avec son doigt uii ''
point qu'il avait oublié, et il lança sur lui un de
ses regards d*improbation. Berthier sortit sans
mot dire, remonta à cheval, et fit encore dix '
liéueé pour remplir les intentions de Buonaparté*
On ne doit pas croire que la correspondance ' avec
le directoire, signée par'Berthier, soit de lui. Tout
ce *qdt regàPde les autorités jusqu'aux généraux
dé' division; esï dé Buonaparté. Il aurait chassé
Berthier, s'il se fût permis la moindre commu*
nication officielle sans son autorisation préalable.
Chargé de porter à Paris le traité de Caitipô
S F8
Fdnnio en Octobre 1707, Berthier £vit iiccueilU
avec beaucoup de pèmpe par le directoire* Il éuit
porteur diuue lettre de Buonaparté, qui en faisait
trop réloge pour être cru. Il y est dit entr'ao*
très plates flagorneries que ** l* histoire prendra soin
^^ de retracer les services rendus à la patrie par.
^^ ce brave général^ et que Vopimon de toute FamU[e
^^ fondera le témoignage de l histoire/" Buona*
parte connaissait la nullité de Berthier pour le
rivaliser. Il était convaincu de. son zèle à le
servir en tous points. Il ne faisait que donner
plus de relief à ses propres exploits, eh faisant
un grand éloge de son ambassadeur. On avait
eu soin de dicter à Berthier ce qu'il avait à dire
au directoire, et il poussa Teffronterie au point
de prononcer le discours suivant :
/Citoyens Dirfscteurs : " Envoyé par le gé-
néral Buonaparté pour vous apporter la branche
d'olivier, achetée si glorieusement par cinq cent
quatre-vingt-un combats, etc. etc. Organe de
larmée d'Italie, j'assure le directoire que mes frères
d'armes voient cette paix avec une vive satis-
faction Ce n'est pas à moi, citoyens direc-
teurs, à parler du général Buonaparté : son nom
est déjà au temple de ^immortalité, c'est à la re-
nommée et au burin de t histoire à éterniser le
hér% dont les talens égalent les vertus répmbfi"
caines ....
Les directeurs étaient trop occupés à boire,
à manger, à dormir et à s'enrichir, pour compren-
tsi
■ « *
dre la contenu de .ce discçurs, i]ui ^it «n r^it4 ;
ce qui suit : Je vous apporte la \jmx fruit 4es vic^,
toires de Buovuxparté, • Je suis son organe^ fit, il m'a
chargé de v0us dire quil était œntent de cette paix.
(Il commande en chef JVmée de Rome: dé-
taiU sur sa, conduite envers le Pape^ et les ha»
bitans.)
Berthier est nommé chef de Tétat-major de
Tatmée d'Orient en 1798. Ses fonctions se borr
lièrent en Afrique et en Asie à celles de secré- ^
taire et d'ordonnance quil avait remplies en Eur-
rope avec Buonaparté et en Amérique avec La*
Fayette. Il a donné un précis des opérations de *
l'aimée d'£gypte. Il y a de lexactitude dans les v
datea. Les f^its y sont relatés d'aptrès, la. volonté
de Buonaparté. Il s'y- est glissé plusieurs erreurs '
grossières sur l'exécution des opérations. La pré* :
face a le mérite de f^ire l'éloge des ouvrages de ;
Volney et de Denon.
Rentré en France avec Buonaparté, Berthier >
le seconda au 18 Brumaire. Il fut nommé général
en chef de l'armée chargée de reconquérir l'Italie. ^
Il n'en eût jamais que le nom. Buonaparté qui en .
avait seul les talens, dut en remplir seul les fonc-
tions. Berthier, le jour de la bataille de Marengo^ \
fut sévèrement grondé pour avoir fait paraître
du découragement, au moment où les succès d^s
Autrichiens forçaient les Français à battre en re-
traite. X f
j^rthier fut epvoyien Espagne pour y jeter
Mf
lÀ^^ séméteteé'^d^i' divlsiiyhli^uf ont tSépuis
oé' fôyauoi^ da»s la situation dêploraMeoà il est
alljmjrfd*hui. lï s'àssora des intrigans, il ^rwrom*-
prt les falWes, ec il étèurdît la cour pir les promes-^-
ses les pliis . brrUarite.<9. Il n^oublia pas de • bien
rcaonnaittc lek localitéé. C'était un d^s princl*
paux motifs de sa mission.
Rappelé' à Paris, il reprît scê fonctions de
chef id "état-major de Buonaparté' sous le' titré d«
ministre de la guerre qu'il avait déjà eu avant et
après la' bataille de Mireiigo. Il se'fit liétester de-
tmis tes militaii^'s par le peu de soin qu'il prit de
leurs intérêts. Il s'occupa de ses plaisirs, et de sa
fortune, . plus que des détails immenses de son ad-*
niinistration ; Buonaparté fi^t obligé- de lui étèr
la moitié de'spn service; il en lit un ministère pàj'«
ticutier^' sous le titre d*administration de U-
guerre, confié à lin ministre directeur. Uhob^tté
des chefs de bureau fit excuse^ pendant quelque
temps rinsulB^ance de Bérthier. Fatigué par les
némbreuses 'réclamations qui lui furent adressées
difectemeiity Buonaparté nomma Clarke ministre
dé la' guerre.
Berthier n'a pas cessé de donner des preuves
de son inviolable attachement à Buonaparté dans
toutes les campagnes depuis le commencement de *
la guerre. Dans tous les bulletins, il en esf fait une
mention particulière^ et il y est toujours nommé '
Itjidele compagnon de guerre de Buonaparté* Il
a été chargé de le xcpi|ésenter à Vienne pour le :
iftaria^ de Taicliiduccsse. A son retour, ril fat
blâmé d avoir différé son dé|^a?t de Vienne. DV
r
près les calcula dcBuonaparté^ il aurait dû arriver
à Gompeîgne six jouis plutôt. 3erthter prft la
liberté de lui observer .qu'il avait cru remplir s€$
intenHùm mi se cpv^hrmcmt aux vohmtés de fem^
pereur François scmheaurfere. Il rly aipeint de por
jXM^,.Iui répondit JSuonaparté^.^î puisse motimet
le moindre ohangemewt dans f exécution de mes or*
dres. J'avais été mieux obéi, si f avais efwo^
mnccgfm'aL
Un reproche si humiliant; iait en présence
dé vingt personnes, ferait croire à la disgrâce de
Berthier. Il fit un salut très-profpnd, observa ^lë
plus froid silence et attendit de nouveaux ordnes.
Bi;ionàpa;rté, après àpoir satisifait au décorum, et
propagé cet esprit d*esclavage par Texemple d'uà
homme qui, quoique son favori, n'ose pas riposter
un seul mot pour sa justification, rentra dans les
petits appartemens^ y admit Bertfaier, et le dédoni*
Rtageà amplement de sa complaisance, ^t de son
adresse à jouer si bien le tàle qui lui est QOtifié.
D'autres an.ecdotes achèveront de j>rouvei'
raccord bizarre de ces deux têtes. Le 24 Mai
1810, Bterthier reçut Tordre de Buonaparté à dix
heures du soir, de partir de Calais le lendemain ft
trois heures du matin, pour se rendre au camp
dt^ fioi\iogiile afin d'y &ire un travftil préparatoire
pour les récompensées qiie Fon Vo^iaiît dôixiier aiix
troupes i4 i'ocOalHOii dii bsairiage.
Btfrthîcr partit à ITieure dite, inais sa voi-
ture s'étant cassée en route, il fut retardé, et il
n'arriva sur le terrain où étaient les troupes que
vers les sept heures. Lorsque Buonaparté parut,
il ^it neuf heures* Il demanda* à Berthier si
son travail était fini. Noriysire^ lui répondit Ber-
thf er, ma voiture s'est cassée en route. Fous ne
serez donc jamais qu'un maladroit, lui dit Buona?
parte, il fallait monter sur le cheval de votre pos^
tillon. Il est bien étonnant que depuis quinze ans,
vous n*ajfez pas encore appris à bien exécuter mes
oré^iss. Berthier se tut, suivant son usage. ' Buo-
naparté enjopparence très-mécontent, se rendit à la
Tour d'Ordre pour donner à Berthier le temps
d achever «on travail.
Le même jour, pendant la revue du 72e régi-
ment, Buonaparté n^ayant pas été satisfait des
réponses du colonel Lafitte, appela Berthier et
lui dit tout en fureur : " Pourquoi me faites-vous
1' nommer colonels des ofiiciers qui n'ont pas les
'* premières notions de leur métier.'* Sire, dit Ber-
thier en portant son chapeau aussi bas que possi-
ble, le général Saint Hilaire a fortement recom-
mandé le colo^l L(^tte comme un très-bon offU
der. Une autrefois, dit Buonaparté, je vous or-
donne de ne pas vous en rapporter à des reoomr
mandations de la part de qui que. ce soit et de
vérifier si les candidats proposés ont les quoEtês
réalises pour des places si importantes.
Berthier n'a pas cet air d'assurance.qu'il avait
225
autrcfdîs. Semblable à un filovx quî a fait quelque
tour de sa façon, il jouit en tremblant du fruit de
son escroquerie. Un bataillon était au temps de
présentez vos armes. Buonâparté donna trois fois
Tordre de faire mettre la troupe au temps de por^^
tez vos armes. Le chef de bataillon ne se trou-
vait pas sur ce point. Un général fit ce comman-
dement d'une voix très-forte. Berthier pâlit, et
il lui dit avec colère, . qu'il n'était pas chef de ba-
taillon. Le général lui observa, que depuis un
an il faisait le service de caporal, puisquon avait
envoyé a Boulogne- des gardes nationale»
sans aucun instructeur , et - qail qoait été obligé
de leur démontrer la charge en douze temps. Cette
explication rassura Berthier, qui était inquiet sur
lés intentions de ce général
Sa conduite privée est de la plus grande
immoralité. Où ne peut pas se faire une idée
préqîse de la rouerie de cet homme. Tous les
fournisseurs ou entrepreneurs du temps de son
ministère, étaient tenus à des cadeaux énor-
mes qui absorbaient la majorité de leurs bé-
néfices. Il n'y a pas de combinaison atroce que
Berthier ne développe avec un talent supérieur,
pour sacrifier un régiment insubordoné, ou jaco-
bin, ou contrebandier. Il suit la même marche
pour les généraux et autres officiers qui déplai-
sent ou que l'on craint. Berthier parle avec volu-
bilité; il a rà-propos des réponses. Il a surtout
rhabileté de trouver quelque prétexte en apparence
plausible^ pour justifier Tinjustice la plus criante.
S o
836
.1 r V
Jjc 5 Octobre 1 S06» un géoéiral resta pendwt
cinq heures à la porte .du cabii^et de Buonaparté*
Berthier qui en fut iustruit, vint apprès de lAii»
disant que Tempereur ne pouvait pa$ le rece-
voir. Il l'engagea à pa.rtlr de suite, le général
Mortier qui était à Mayence pour former le 8c
corps, ayant besoin de Sjes générajux. Lorsque
cet officier s'adressa au général Mortier, cjelui-cî
lui dit que le général Berthier ne lui avait rien
écrit le concernant. Voilà une politique biepi
singulière àt la part d'un hoinxne qui n'a dans la
bouche que les grands njpts de franchise et fJSe
vérité^ tandis que toutes ^^ actipo^ n,e respirjsn^
que mensonge et fourberie ! I
Berthier a épousé une prjnÈesse, fîUe du pvîpce
Guillaume de Bavière. Malgré ^ne a}li^nc,e si
flatteuse, on assure qu'il n^^ne pne con,duite aussi
irréguliere qu'avant son marjage. Il ne connaît
d'autre loi que son amusement, ^près avoir cpn-
tenté Buonaparté. Il est un assemblage complet
de tous les vices, excepté de Tivrogqerie. Il a de
rpsprit, et des connaissances théoriques de la
guerre. Il .n'a ni fermeté ni justesse de coup-
d'œil. Il est d'une activité surprenant(S. Il peut
tenir tète à Buonaparté. Mais il n'e§t pas géné-
ral. En présence de lenneini, il n'^ jamais
eu un comnîanclement séparé, pa^ ipême d'uii
régiment. Il est très-intelligent pour conce-
voir un ordre, très habile pour le dévçlqpet
et très-exact à le transmettre. Il n'e$t point p^*
227
resseux pour en surveiller Te^écution. En 1797#
îl eut, en Italie, une dispute avec le général Del-
mas/ II en informa Buonaparté qui en empêcha
les suites. On a prétendu que Berthier n'avait pas
voulu se battre avec Dielmas, et Ton a ajouté pour
sa justification que Delmas était sujet à des accès
de foUe. On ne put pas faire le même reproche
à Bernadotte qui se trouva avec Berthier«dans le
même cas que Delmas» C'était à l'occasion des
arrêts ordotinés par Bernadotte au général Du-
puy, alors colonel commandant de Milan. Ber-
thier voulut blâmer Bernadotte de sa prétendue
vivacité. Le Béarnois en offrit raison à rhabî-
tktot dé Versailles qui reftisa dfc partager la pé-
tulance mérîclionale. On ne peut voir dans Ber^'
th'ier qu'un individu sans religion, sans mûeurs,'
poltron avec ses camarades, mais brave et rusé
comme un voleur de grand chemin.
8oS
328
Vol. 1er: — No. 29.
NAPOLÉON BUONAPARTÊ.
Inhumana credulitas, perfidia plus quam punica, nihil
veriy nihil sancti^ nullus^deum metus^ nufluinjui
jurandum^ nulla religio.—» T»^ Liv. Libr, 21. 4.
Napoléon Buokaparté, est empereur des^
Français, &c. il est âgé de 41 ans. Sa taille est
de cinq pieds deux pouces. Sa constitution .est
robuste. ' II a pris beaucoup d'embonpoint depuis^
sa nomination d'empereur. Sa figure est laide et
îrréguliere. Son teint est jaunâtre. Sa physiono-
mie est sinistre. Son regard est farouche, son ton
habituel est grossier. Le son de sa voix est. sépul-
cral. Sa tournure est maussade, sa tenue est sim-^
pie et souvent fort sale. Son abord est froide
Il affecte en public Tair d'une personne de mau-
vaise humeur qui ne trouve rien à sa convenance.
Avant d'usuper le trône, il était dans son inti-
mité d'une gaieté folle, et d'une conversation si
facile qu'on la prenait pour de l'indiscrétion et du
bavardage. On a vu des savans réunis au châ-*
teau de la Malmaison en 1800^ finir par bail-
ler d'ennui et par hausser les épaules de pitié, en
entendant Buonaparté raconter des rapsodies sur
ses campagnes d'Italie et d'Egypte. Il n'avait
,pas encore combattu en Allemagne.
(Ici sont, consignés les détails jusqu'au 13
yendémiajire an 4, 5 Octobre 1795.)
La convention est menacée, Barras est investi
du pouvoir suprême, pour la direction de la force
axmée. Il avait' été témoin au siège de Toulon de
l'habileté de Buonaparté sur-le-champ de bataille,
et de sa résignation pour faire égorger les Tou-
lonois, en conséquence des décrets des représen-
tans du peuple. . II le désigne pour commander
sous ses ordres. Buonaparté s'empresse d'accepter
une place que d'autres généraux avaient cru de-
voir refuser. Depuis six mois il était obligé de
parcourir à pied les quartiers où il fallait com-
battre. Barras ne se réserve que les honneurs du
commandement. Toutes les dispositions .sont
faites par Napoléon. 11 se met à la tête de Tattar
que principale dans la rue Saint Honoré. ^ Il orn
donne aux troupes de se précipiter à coups de
baïonnettes sur des individus armés, il est vrai, mais
la plupart incapables, faute d'instruction, de se
servir de leurs armes. Les colonnes obéissent à
cet ordre barbare. Le carnagiC est horrible, parce
que les Parisiens ne peuvent pas fuir à cause de
Tobstruction des rues. Bien loin de mettre un
frein à la fureur aveugle du soldat^ Buonaparté
prêche d'exemple. Il sabre des malheureux épou-
vantés qui avaient jette leurs armes et qui de-
mandaient grâce. Le capitaine Monvoisin^ son
aide-de-'Camp, est indigné de la conduite atroce de
son général, et il a le courage de lui reprocher sa^
/
990
eniauté. Bôonapatté trouve que son^ide-dtf-camp
manque d'énergie parce qu'il fait ses eâtjrts pbdt
crimer les soldats. Dès le jour niême, Monvoi-
sin quitte son général ne voulant plus servit avec
le bourreau de ses- compatriotes. Et comme sî
Buonaparté eut dû sortir du sein des désastres'
pour figurer surlliorizon politique, outre la'massa-
cre des Parisiens^ cette année fut signalée paf
lecf événemens les plus sinistres. Louis XVIÎ
Khéritier légitime du trône de France, fut empois
sanné au Temple, le roi George fut insulté en
allant au pafletndnt, le directoire fut établi, la Po-
logne fut partagée^ et les émigrés? furent extermi-
nés à Quiberon.
(Sa nomination au commandement de la 17c
division militaire, sa conduite à Paris, son ma*
riage, et son départ pour l'armée d'Itatîe.)
Lorstjiie Buonaparté se disposait à prendre
roftnsiye; le général Beaulieu le prévint par lat-
taque de VoltrT le 9 Avril 1796. Le général
Cervonî évacua ce poste à la faveur de la nuit.
]Pendant que les Autrichiens perdaient Télite de
leurs troupes devant la redoute de Montenotte^
Buonaparté les attaqua sur leurs deux flancs, et
les culbuta. Le 13, le général Français voulut em-
porter de vive force le château de Cossaria où
le général Provera s'était posté avec quinze cents
hommes. Tous les efforts de Buonaparté furent
inutiles. Le général Autrichien refusa les propo-
sitions avantageuses qui lui furent faites de la part
t3^
de Kapoléom. Il &^t fidde à rhonneur^ et H ^
se battit en hérp^. guoi^parft^ ipcxàlt imitîle*
ment uoe foule (k brav^efi geiis^ Cette attaque
contraire ^ toutes les règles de Taft de la guerre
$t copn^}tT^ à l'arméç le caractère impétueux dt
son généra, et le gienre de gM^erre qui lui éta.tt
familier. Buonaparté v^ouUnt tivr^r bataille le
14j â'apprçut qu^ Téchec de h veille devant Ces-
saria avait ralenti Tardeur des ibroupes. Il passa
da^s les rapgs e;i disfiiut a^x soldajte» fu^, depui$
Igng'tefnps, ils éprfmvai^ dms le$ A^^ les ]^us
çryelie^ privations ; qiti^ s'ils se battaient avec- le
même cfntrage^ qié'ils avffiwt montré à Montenotte^
il leur prçmettcùf de les conduire tripmphms iwê
ces belle§ plaines quHs çevaient sous leurs yeux^ et
gue là ils trouveraient des richesses immenses, des
vivres en abon^hnce, et des femmes charmantes^ Il
était dif&ciie d'employer une éloquence plus per**
suasive. On ne pouvait pas piller daiis ce.s mon*
tagnes couvertes de neige, et dpnt le$ habitani
étaient complettement ruinés par la présence des
deux armées qui, depuis quatre an^, les pressuf»
raipit tqur-à tour en raisoq de Içurs succès ou de
leurs revers.
La bataille de Millesimo fut perdue par les
Austro-Sardes. Les Français se battirent avec
)a rage de loups affamés. Dego fut priB, et
Prpvera rendit Çossajîa, dès qu'il eut perdu tout
ç^poir d'être secouru^ Une colonpe de troi^ mille
AutricHremi reprit DegQ par furprise* Les Frant^
233
çaîs occupera piller payèrent chefemrat cette con-
fiance que leur inspire toujours un succès. Buo-
naparté rallia les fuyards. Lés généraux Victor
et Lannes enlevèrent Dego. Les Autrichiens se
retirèrent en bon ordre en défendant le terrain
pied à pied, quoiqu'ayant à lutter contre des forces
quatre fois plus nombreuses.
Le général Beaulieu se replia sur Tortone,
et le général Colli porta l'armée Sarde sur la
rive gauche du Tanaro. La mésintelligence qui
régna entre ces deux généraux, ouvrit Tltah'e à
Buonaparté. On se demande pourquoi le général
Beaulieu, qui avait battu Marceau à Fleurus, op-
posa une si faible résistance? Il avait soixante
mille hommes disponibles, contre cinquante milles
On dirait qu'il n'a attaqué Voltri que pour don*
ner à Buonaparté le signal des combats. Le
général d'Argentau fut traduit à un conseil de
guerre. On ne put pas constater qu'il était un
traître, mais on assure qu'il fut proclamé lâ-
che et inepte. Beaulieu montra beaucoup d'im-
prévoyance et de faiblesse. Un changement si
subit et si' extraordinaire dans un général jus-
qu'alors renommé par ses talens militaires, a été
attribué aux suggestions d'un agent que Buo-
naparté s'était procuré, dans Pétat-major Autri-
chien.
Battu à Ceva, Vico et Mondovi, le géné-
ral Colli autorisé par le roi de Sârdàigne, de»
manda un armistice. Buonaparté prétexta que
S3»
ses pouvoirg n^étalent pas compéteos, qu'il cnU
gîlàit tic méGontenter le directoire en prenant sus
lui une semblable transaction^ et qu'il ne cour-t
rait les risques de se charger d'une semblable
responsabilité, qu'à condition qu'on lui céderait
les deux forteresses de Coni et de Tortone. Lft
cour de Turin y consentit. Toute Tarmée Fran-»
çaise devint disponible contre Tarmée Autri«
chienne.
Buonaparté qui savait que le Français est
naturellement avide de louanges, fit une procla^
matton dans le style oriental, remplie de contra*
dictions. " Vous égaler aujourd'hui par vos ser^
** vices,'* y est-il dit, " Tarméc conquérante de I4
*^ Hollande et du Rhin. Dénués de tout, vo«s
avez suppléé à tout. Vous avez gagné des ba^
tailles sans canon, passé des rivières sans ponts,
^* fait des marches forcées sans souliers, et bi-
vouaqué sans pain. . 1 . .Grâces vous en soient
rendues, soldats ! mais il ne faut pas vous H
** dissirtiulef, vous navez encore rien fait. - • . »
** Vos ennemis foulent encore les cendres de#
** vainqueurs des Tarquins. Vous brûlez tous de
^ porter au loin la gloire du peuplé français, et
" d'humilier les rois orgueilleux qui méditaient
^ de nous donner des fers. Vous voulez tous; en
** rentrant dans vos familles, dire avec fierté,
*^ J^étais de Tarmée conquérante de tltalie. Il
^* est une condition qu'il faut que vous juriez de
^* remplir, c'eit de respecter les peuples que vous
2U
«34
^ délivrez de leurs fers. Je ne souffrirai pas qm
^ des brigands souillent vos lauriers.'^ Puis s'a-«
dressant aux habitans, Buonaparté leur dit : *' Peu-n
" pies d'Italie, l'armée française vient chez vous
^^ pour rompre vos fers. Le peuple français est
** Cami de tous les peuples. Venez avec con-*
*' fiance au devant de nos drapeaux. Votre reli-»
^ gion, vos propriétés^ et vos usages seront reli-
^ gieusement respectées. Nous ferons la guerre
** en ennemis généreux, nous iff en voulons qu aux
** tyrans qui vous asservissent.**
Après avoir électrisé son armée par des mots
vides de sens, et ébloui les Italiens par l'espoir
d'une liberté de sa Jabrique^ Buonaparté actif et
entreprenant, fit plusieurs mouvemens pour faire
croire qu'il voulait passer le Pô dans les environs de
Valence. Pendant que Beaulieu, qui donna dans
le piège, faisfait de grands préparatifs pour s'op-
poser au passage du Tesin, Tarmée fraiiçaise, par
tone marche forcée, se dirigea sur Plaisance; on y
trouva quelques bateaux. Le 7 Mai^ six mille gre^
3adiers passèrent le Pô. Le succès de Fonibio est
û à l'intrépidité du général Lannes* Buonaparté
n'y parut pas.
La défection pusillanime du roi de Sardaigne
jetta l'épouvante dans les autres cours de Tltalie,
Les intrigues et les menaces des agents de la
France mirent le comble à leur fraveur. Le duc
ide Parme se sonnait le premier. Tous Ips autres
83^
Jiîînces, excepté le duc de Modene, qui prit la fuît^
l-cçurent la loi du vainqueur. ,
Après s'être emparé de Lddi le lOMaî-
Buonaparté qui savait d'avance que le pont n'était
pas miné, ni coupé, fit ses dispositions pour passer
l'Adda, et attaquer Beaulieû qui s'était retranché
sur la rive gauche. tJn quart d'heure suffisait au
général Autrichien pour faire couper le pont, ou
tout au moins pour le faire barricader. Avait-il U
prétention de battre cinquante mille hommes avec
vingt cinq mille ? Pourquoi se retranche-t*il avec
soin, tandis qu'il néglige de mettre entre lui et
l'ennemi un obstacle bien supérieur à toutes ses
redoutes? Quelle punition Beaulieû aurait-il in«
iligée au commandant d'une place forte qui n'aii^-
rait pas fait lever les ponts levis, et qui aumit at->
tendu l'ennemi sut la place d'armes pour lui livier
bataille? Ce commandant aurait eu beau: se battre
comme un lion, Beaulieû l'aurait condamné à
être fusillé comme coupable de trahison, l/n
général expérimenté comme Beaulieû ne devait
pas négliger de profiter dc^ l'avantage que présen*
tait l'Adda pour arrêter l'armée française. Ont
assure qu'il avait donné Tordre que le pont fût
coupé, et que les amis de Buonaparté diff^érerent
cette opération jusqu à ce que la marche des colonnes
ennemies Veât rendue impraticable. Beaulieû avait
plus de soixante-dix ans. Sa conduite et sa con-
fiance aveugle dans son état-major furent plus
utiles aux Français pour le passage de l'Adda que
3 H S
S36
leurs cinquante mille baïonnettes^ et tauâace pré
tendue de leur général en chef. On ne conteste
^oint sa finesse, sa fourberie, et son adresse pour
flatter les soldats, tromper les habitans, et s'atta-
cher les généraux, par le pillage, des proclama-
tions, et des éloges. Lannes et d'Allemagne dé-,
ployèrent beaucoup d'audace dans le passage du
pont de Lodî, et dans l'attaque de l'armée autrî-
êhîenne qui, après une vive résistance, se retira en
bon ordre. Buonaparté avait eu soin de rester
avec le corps de réserve. On est étonné de voit
cet homme qui avait tant d'intérêt à ne pas
donner à Beaulieu le temps de se reconnaître, lui
laisser dix-huit jours pour approvisionner Mantoue
et sç fortifier derrière le Mincîo. En talonnant
Varméç autrichienne, il n^échappart pus un homme
et au bout de huit jours, Mantoue qui n'avait ni
vivres ni une garnison suffisante, était obligée
d'ouvrir ses portes. L'orgueil de Buonaparté l'em-
porta sur ses devoirs. La capitale^e la Lombardie
avait été occupée par Masséna avec les instruc-
tions relatives à la réception brillante qu'il exigea
^our le général en chef comme successeur de
l'archiduc de Milan.
Au milieu des plaisirs et des fêtes, Spona-
parte calcula froidewîent regorgement de plusieurs
milliers d'habitans. Il les avait trompés par ses
proclamations mensongères. Il avait promis de
respecter les propriétés et indépendamment des
contributions énormes qui furent levées pour sun
«37
compte, ïe pilkge et toutes les vexations furent à
Tordre du jour. Le mécontenteinent devint gé^
néral. Buonaparté sentit qu'avant de s'avancer sur
TAdige, il fallait comprimer les Italiens par un
coup-^d^éclat. Il partit de Milan pour se rendre à
Lodi. A peine y itait-il arrivé, qu'il Jut censé ap-
prendre la révolte de Pavie et les troubles de Milan*
Après avoir fait fusiller dans cette ville les imdî-*
vidus qui lui avaient été signalés pendant son
séjour comme dévoués à la maison d'Autriche^
îl se porta sur Pavie« Les troupes emportèrent
facilement cette place que Buonaparté fit livrer au
pillage. IJ fit égorger tous les partisans de leur
légitime souverain. Plusieurs villages furen|
brûlés. Après celte cotidui te barbare dont il avait
sourdement préparé les motifs, Napoléon se
rendit à Brescia, et fit ses dispositions pour at*
taqtier Beaulieu. Le passage du Mincio fut peu
disputé* Les Autrichiens durent encore leur sa*
lut aux fausses dispositions de Buonaparté. Ils
firent leur retraite dans le Tirol, sans être pour-
suivis* Ils étaient au nombre de vingt mille*
Si le général français avait fait occuper la route
de Trente, comme il le pouvait, lexpédition de
Wurmser aurait été retardée de deux mois ou sa
force eût été inférieure à celle de Buonaparté,
Après avoir fait investir Mantoue, il s'occupa
de sou trésor* Il fit contribuer tous les pays
situés sur la rive droite <iu Pô. Il se rendit à
Bologne» où il signa une suspension d armes avec
ÏS8
le pape» qui se soumit à payer une cdntrifoutrmi dfo
vingt et un millions de livres. Pendant cette
négociation, et sous le spécieux prétexte d'in**
fluencer la cour, de Rome par la marche dea
troupes, il s empara de Livourne et d'Ancône.
Tandis que Buonaparté était occupé à ra-
masser des richesses, Wurmser attaquait les Fran*
çais à droite et à gauche du Lac de Garda. Les
postes de Salo et de la Corona furent enlevés le
29 Juillet. Le lendemain, les Autrichiens occu«
perent Brescia et Vérone. La moitié de Farmée
française avait été battue. Le premier plan de
Buonaparté fut de se retirer derrière TAdda. Il
]eva le siège d« Mantoue^ Il laissa dans' les bat«
teries toute sa grosse artillerie, composée de plus
de cent cinquante bouches à feu. Il réunit les gé-
néraux à Castiglione pour demander leurs avis sur
son projet de passer l'Adda pour attendre dans
cette position les nombreux renforts qui lut
étaient annoncés de France. Le général Mas-
séna et tous les autres généraux approuvèrent
cette résolution. Augereau seul s'y opposa. Il
entra dans une espèce de fureur, et il dit que lui et
tous les braves de sa division étaient décidés à
périr les armes à la main. S'adressant particu-
lièrement à Buonaparté, il lui dit : f^a-t en, Idche^
porter en France la nouvelle qii Augereau a péri
avec honneur. Je te préviens d avance que je rCexé-
enterai point tordre de rétrograder.
Buonaparté sans se déconcerter de TaposT
S30
ftrophe énergique d'Augereau, répondit, avec sang*-
froid : Fous me connaissez mal^ Aug€rea% si vous
fuCavez cru capable défaire un pas contraire à la
gloire de l'armée. Je me félicite que vous pensiei
comme moi. Je n ai point t intention de me retiret.
Avant de vous consulteryj étais résolu à vaincre ou
à périr dans les rangs ennemis. Alors Augereau,
Masséna, Buoiiaparté et les autres généraux s'em*
J>rasserent et jurèrent de se battre de manière à
remporter la victoire.
Le 3 Août, l'attaque fut générale. Wurmâer
qui avait obtenu des succès contre Masséna, fut
culbuté par Augereau qui s'empara de Castiglione.
On se battit à outrance pendant six jours. L*au-
dace des Français, et l'ineptie ou plutôt la vieil-
lesse du général Autrichien donnèrent Tavantage
à Buonaparté. Wurmser se retira dans Mantou6
le 12 Septembre. Il commit une faute impar-
donnable en disséminant son armée à Tentour dés
divisions françaises. Il ne fallait qu'une véritable
attaqua. Si elle eût été dirigé sur Brescia par
Salo, il n'y aurait point eu d'affaire générale. La
gauche des Français aurait été séparée du reste de
4''armée qui se serait repliée avec précipitation sur
VAdda. Cette manœuvre exécutée avec courage et
précision, aurait réparé tous les torts de Beaulieù.
L'importance de Mantoue décida la maison d'Au-
triche à faire de nouveaux sacrifices pour la secou-
rir; on ne sut pas les utiliser.
- jJourdaa et Moreau battus par le prince
940
Cbarles avaient repassé le Rhin* O» ne parkit
que des biiilans exploits du sauveur d$ TAîle*
luagne. Son arrivée en Italie à la tête de l'ay»
mée d'Alvinziy aurait produit le plus grand ef-
fet sur le*^ moral des troupes. Si rarchiduQ, au
lieu de se morfondre devant Kehl, avait com-
«oandé à la jbataille de Caldero le 19 Novembre, il
eût fait oublier les inconséquences du vieux Wurm-
0er. Il est vrai que Buonaparté fut battu àCaldero^
et à Arcole, mais Alvinzy, surchargé de ses 70ajoy^
ne sut pas profiter de cette doubie victoire. Il ne
fallait que quelques bataillon» Autrichiens ppur
faire courir à toutes jambes les assaillans du Pont
d'Arcole, Buonaparté, entraîné pai;les fuyards,
fut culbuté dans un fossé où il aurait certainement
|>éri^ si un grenadier ne Tei^t aidé à en sortir. Il
It méritait, pour veiiger plusieurs milliers de braves
.qui furent tués et blessé^ dans cette attaque ab'
surde, s'il en fut jamais. Alvinzy qui désespéra de
pouvoir pénétrer jusqu'à Mantoue dans cette di-
rection, se replia sur Vicence. Il reçut de nou-
veaux renforts. Il fit attaquer l'ennemi prè$. de
yérone et sur le bas Adige. Il porta la majorité
de ^s forces sur Rivoli entre le haut Adige et le
lac de Garda. La lenteur qu'il mit à effectuer
son mouvement, donna à Buonaparté le temps de
réunir sur ce point plusieurs divisions. Après
huit heures de carnage, les Autrichiens furent
battus. Une partie des troupes qui combattirent à
«Rivoli reçut ordre d'till^iî au.8çcopjs idu corps qui
i
541
bloquait Mantoue. Provera qui devait ravitailler
cette place, fut fait prisonnier avec toute sa co-
lonne, après s'être battu avec plus de courage que
d'audace* Si cet officier eût été aussi entrepre-
nant qu'il était brave et loyale il aurait réussi à se
jetter dans Mantoue.
Après tant de revers occasionnés autant par
Tactivité de Buonaparté et la bravoure de ses trou-
pes, que par la médiocrité des généraux ennemis^
Wurmser se trouvant abandonné à ses propres
forces, et manquant de vivres, capitula le 30 Jan-
vier 1797» Buonaparté fît un éloge pompeux de
sa générosité vis-à-vis de ce général âgé, comme
Beaulieu, de plus de soixante*dix ans. Il se vanta
beaucoup de ne pas Ta voir considéré comme pri-
sonnier de guerre. Il détailla dans son rapport
au directoire les fiabiles mancsuvres du maréchal
qui privèrent TAutriche du Gibraltar de l'Italie»
afin de donner un plus grand lustre à ses succès.
Barras s'attribuait Thonneur des conquêtes de
Buonaparté. C'était lui qui l'avait sorti de l'obs-
curité au 1 3 Vendémiaire, et qui lavait fsiit nom-
mer général en chef. Il continua à se servir de
son influence pour remplir les vues de son protégé.
Trente mille hommes de troupes d'élite furent de*
tachés des armées du Rhin vers la fin de Décembre
1795> fovLT se rendre en Italie. L'Autriche alar-
mée pour ses provinces méridionales, renforça l'ar*
mée d'Alvinzy et en donna, mais trop tard, le
commandement à l'Archiduc Charles. Buona-
S I
S42
• «
parte qui était exactement informé de tout ce qui
se passait en Autriche, jugea qu'il avait as^^se? de
temps avant la reprise des hostilités pour faire re-
pentir le Pape de son refus d'exécuter les condi-
tions de rarmistice de Bologne. Il poussa avec un
corps de troupes jusqu'à Tolentino. La paix fut
conclue avec le Saint Perc, et Targent surtout ne
fut pas oublié. On mentionna dans le traitjè qu'il
jurait payé cinq millions en diamans* Le direc-
toire s'empressa de prier Buonaparté de les accepter
pour lui personnellement. A cette é{)oque, ce gé-
néral avait déjà plus de cinquante millions qu il
s'était hâté de placer ch z les piemiers banquiers
de Milan, Gênes et Marseille, et tput en aictp-
tant le cadeau des directeurs, il se moqu^ de leur
bonhoinmie.
Chargé des diamans du Pape et des riches
dépouilles de Notre Dame de Lorette, Napoléon
rejoignait son armée à petites journées, pour aug-
menter son butin, lorsiju'il fipprit qqe le pfince
Charles se disposait à prendre i oltensive. XI ré^
solutde le prévenir. Les colonnes du Rl)in étaient
en partie rendues sur TAdige, Elles étaient corn-»
mandées par les généraux Berpadotte et Delma3.
Les Autrichiens ne défendirent pas le passage de
la Piave, Le Taglian)ento fut au^si passé, sans
beaucoup de résistance. Ce ne fut qu un combat
d'artillerie. L'infanterie ne fut pas engagée. La
cavalerie française n'osa pas aborder les Autri^
chiei^s qui se retirèrent en très-bon ordre.
i243
*• .. » • • • •
Le 19 Mars 1797, la division Beraadotte avait
pris poste sur les hauteurs à gauche de MédéOf
village en avant de Palnia Nova, sur la route de
Gradisca. Le général était prévenu d'attendre de
nouveaux ordres dans cette position. Vers les dix
heures du matin, on annonça le général Buona^
parte avec son état-ms^jor, composé d'une quaran-^
taine d officiers de tout rang« Il était escorté par
sa compagnie de guides. Il parcourut le front de
la division au grand galop. Il s^arrèta à la gauche
de la ligne» examina les alentours, et dit à Ber*
nadôtte en lui montrant les Autricl^iens qui
étaint en bataille dans la plaine entre Médéa et
Gradisca: Voilà t ennemi. Vous allex (Utaquer^
vous prendrez ou vous hloqufirex Gradisca, et
vous me refùindrez avant la nuit sur ces- kauteurSy
oàjje vais me rendre avec kgén&al Serrurier. En
achevant de prononcer cçs paroles il piqua dt^
deux, et partit à grande course de cheval pour
joindre les troupes qui devaient passer Tlsonzo/
pour se rendre, sur les hauteurs entre Gradisca et
Gorizia» dont il avait parlé à Beraadotte* Celttf*'
ci qui n'était pas accoutumé à recevoir des ordrear*
aussi latomqtjies et si impérat^Sy était dans la dé^
solation. C'en est fait, dit le général, les lamies
aux yeux, en s'adressant à son chef d'état-major :
Je vois quon me jxdomey et ipion veut me désho*
norer. Il ne me reste qu à me. briller h certelle^
Point d^ordre far écrit qui mette à couvert nm reê--
3 I 2
I i
ponsaUUté. . . . Son ami lui observa que c'était sot»
doute le genre de te général bien différent de JùUrdanj
qtd pour une attaque semblable^ aurait donné par
tifUermédiaire de son interprète Emouf, une ins
trùctioh de quatre pages in Jolio^ qu'il /allait atta--
quer ainsi que Tordre en était donnée et que plus
tard, il aviserait aiix moyens de déjouer les rivaUtés
de ses antagonistes. Dans ce moment, le feu de la
droite qui attaquait, se fit entendre. C'était la di-
vision Serrurier qui se battait pour effectuer le pas*
sage de Tlsonzo. Bernadette marcba sur Gradjsca,
força Tennemi à rentrer dans la place, et après
avpir' tenté **sans succès d'en enfoncer les portes,
^QDBma ie commandant de capituler. Cet officier
, fjpii était un très-brave homme mais peu intelligente
te rendit le même jour où il fut attaqué. Il aurait
pu prolonger sa défense de quarante-huit heures»
at Jl l'aurait fait, s'il en eût reçu l'ordre. Lorsque
Sernadotte se rendit sur les hauteurs, oè il é^ît
attendu, il pensait qu'ayant réussi complettemcnt
dans l'exécution de tordre verbal, il serait accueilli
avec joie. Il fut bientôt revenu de son erreur.^
BuoD^parté le reçut froidement et sans mot dire,
^ertmdotte lui raconta avec empressement les dé-
tails de sa marche et de son attaque, et lui dit,
que dans timportante attaque, de GrradiscOy il n'a--
vfdt eu que cinq cents tués ou blessés. Buonaparté
écouta ce rapport en fronçant les sourcils, «a allons
géant les lèvres, en secouant la tète, et ayant les
bras croisés* Il répondit à Bernadotte, j^'î/ n'oie*
S48l
rtdt pas dd perdre un seui homtine^ qu^it suffisait éè
bloquer la place ainsi quil bu en avait donné For*
dre, et que la garnison se serait rendue sans délai f
étant sans vivres.
Ce raisonnement de Buonaparté était fondé.
Si le général Bemadotte avait connu son général
en chef, et qu il eût eu sa confiance» il aurait été
très-blâmable de conduire ses troupes dans les fos*
ses. de Gradisca au pied des remparts qu'il ne pou-
vait point escalader faute d'échelles. On lui aurait
reproché avec raiso^n la mort des grenadiers qui
furent tués dans lattaque de la porte qu'on coupa
à coups de- hacheSj et qu'on ne put pas franchir^
parce qu'on lavait barricadée avec des voitures
chargées de fumier. Mais il était étranger à Buo-
naparté. On ne parlait que des prodiges de Tar^
mée d'Italie. Les troupes du Rhin les égalaient
pour le courage, et les surpassaient en instruction»
tenue et discipline. Bemadotte qui était très*sa^
tisfait.de lui-même, et de sa division, parla à Buo-
naparté avec la fierté de Thomme qui a la convic-
tion d'avoir obéi à l'honneur. Après mûre ré-
flexion, le général en chef se décida à donner une
interprétation favorable à la conduite de Berna-
dotte, et on vanta la prise de Gradisca comme ua
coup de maître.
L'Archiduc avait été attaqué avant l'arrivée
de toutes les troupes qui devaient venir de l'armée
du Rhin. Buonaparté lui avait déjà pris ou tué la
fnoitié dç son armée, lorsqu'il lui écrivit de Kla-
94ê
geûfortlv en ihte da âl Mars f 7S^i pour lui pro^
posc^ la paix^ Il lai park de 9a naissance îllustrii
qui rapptacliait du iréM^ et ^i le mettait au-
dessus de toutes les passions qui^ animent sou-^
veM les miîHstres et les gouvenremens ; H l'en-
gageait à m^i^iter le titre de bienfaiteur de Thuma-
nité entière^ et de vrai sauveur de VAUemagne. Le
fourbe termina son' astucieuse épître par te rnen-
soi^ge le plu» Impudent, en disant : ^' Qtuant à
mm,' Monsieur le Oénéral en Chef, si l'ouverture
êfuefûd r honneur de vous Jaire peut sauver la vie S
tm seul homme f je- m estimerai^ phisjier de la cou-
mnne civique que je pourrais avoir méritée, que de
làfslleghire qui peut revenir des succès militaires.*^
Le Prince Charles, dans sa réponse, fit sentir à
BnonapaTté la distance qui les séparait. Il eût
encore mieux ^it de garder le silence du mé-
pris.
L'héroïsme des Tyroliens fat paralîsé par les
préliminaires de Lébben, signés le 14 Avril 179tf.
Joubert avait été repoussé. Vérone était insurgéc.^
On égorgeait les soldats fVançais. La soumission
de l'Autriche sauva Buonaparté. La nouvelle de
cet événement calma les esprits. Augereau rêve-
nait^de Paris. Il saisit avec joie cette occasion
favorable de satisfaire son penchant pour le pillage/
Les dépôM immenses du Mont-de-piété de Vé-
rone disparurent par l'adresse d'Augereau, qui
pmsr assoupir taffkif^, en donna à Bumapàrté une
irès^bonne part Toute l'armée fût cantonnée.
»47
nouriie et soldée par les ét^ts de Venfse^ Cette,
ville fut occupée par une Dombreuse gamîsoD,
Prodigué de proclamaticMis fanfaronnes, Buonaparté
dit aux Vénitiens : . ^' Croyez-vous, que quand j'aî
^' pu porter les armes françaises au cœur de TAlle-»
'^ magne, je n'aurai pas la force de faire respecter
" les Français en Italie ? Le sang de nos frères*
" d armes sera vengé. Il n'est pas un seul bataillon
*[ français qui chargé de cette mission généreuse,
^' ne se ;seate wUle Jhis plus de courage et de
^f nioyens qu il n en faut pour vous punir. Je vous
'^ envoie mes propositions par un de iitesai îes-de-
^' ean)p, la paiçç mi h guerre.'' li eût dO terminer
par ces mots et des sequins» C'était le véritable
motif des trac^sseiies intentées contre cette répu*^
blique. Il est constant qu'il y eut (}ueiqu0s milî-*
taires Français qui péi-irent, et d'autres qui furent
maltraités. Deux nobles Vénitiens m'ont assuré
que cette insurrection avait été organisée par
des agens de la république Cisalpine, afin (]ue Buo*
naparté eût un prétexte de faire supporter aux!
Vénitiens les charges qu'occasionne ia présence
d'une armée, et ils étaient bien persuadés que le
gouvernement Cisalpin n'avait fonienté un si
odieux complot» que par Yimpukion de Buona^
parte,
L'Autriche ayant reconnu les républiques
Française, Lomba^rde et Ligurienne, par les pré-*
liminaires, Milan fut désigné pour y tenir tes
conférences qui devaient précéder le traité dé?
348
finitif. Le général Merfeld^ et le baron de De*
gelman^ plénipotentiaires de Tempereur, suivirent
Vannée dans son retour en Italie, et se rendi-^
sent auprès de B«onaparté. Les prétentions du
cabinet de Vienne, et la fierté du directoire, ou
plutôt la morgue du général en chef, firent
naître des difficultés qui parurent devoir occa-
sionner la reprise des hostilités. Pour confinnei^
les Autrichiens dans cette opinion, Buonaparté
voulut négocier aux avant«postes de son artnéer
Il qtaitta Milan. Il établit son quartier^général
au château de Passériano près du Tagliamento/
Les plénipotentiaires se logèrent à Udine. Le
adarquis de Gal)o fut adjoint à la légation Au-
trichienne, et le général Clarke fnt chargé de
presser une conclusion quelconque. Buonaparté
attendait le résultat des pétitions qu'il avait fait
faire par les divisions de son armée auprès du
gouvernement pour le maintien de la constrtu*
tion. On avait arrêté à Trieste un secrétaire
de la légation russe ^ qui quittait Venise pour
se rendre à St. Pétersbourg. Buonaparté pré^
tendit avoir trouvé dans son porte-feuille un
plan pour rétablir le& Bourbons sur le trône de
France. Pichegru était le chef du parti royaliste.
Le départ d'Augereau et dé Bernadotte pour aller
faire le 18 Fructidor, Tévasion de Milan du secré-
taire russe, la marche de Hoche avec une par*
tie de son armée contre les deux conseils, Tem*»
poisonnement de ce général» 1^ voyage du gé^
néral Desaix en Italie^ la lettre tardive de Mo-
44l9i
^f ftu qù'ato assure n'avoir ' été écrite que d*apr^
^invitation expresse de Deiaix^ qui se trouvait
déjà endoctriné par Biionaparté, larrestatron
de Fichegru, ia fuite de Carnot, tontes ces
circonstances étant bien calculées) donnèrent
réveil sur les véritables intentions du géné^
rai de l'armée dltalie. Il se ti^hit plusieurs
fois da^s ses çonversatioiïs avec ses officiers.
Accoutumés à lui obéiri ils respectaient ses or*
d«es comme ceux d'un sultan^ et ils prévenaient
ses moindres volontés |>ar l'attachement qu*iiispi«
Paient sa familiarité et ses largesses^ qu'on pouvait
taxer de prodigalité. Sa conversation était agréa-^
ble et instructive. On y voyait à chaque foit
percer son goût pour la guerre, et son ambition
de commander. Un jour où il était environné
d'une soixantaine de personnes, parmi lesquelles
se trouvaient les généraux Priant» Victor^ Mi-
reur, etc., il développait son plan pour rendre
la liberté à la Pologne, que les trois grandes puis*
sances du nord s'étaient partagée. Il divisait sota
armée en cinq corps, Tavant-garde, la droite, le
centre, la gauche et la réserve. Il supposait
avoir à ses ordres cent cinquante mille honmies
(mec lesquels il voulait faife le tour du monde.
Il attribuait la catastrophe de la famille des Bour-
bons à leur négligence, en n'a^^ant pas une école
militaire bien organisé* Je lui observai qu'il y
en avait douze qui dans lancien régime était mon-
tres sur un très-bon pied. Il répondit que ces éco*
2k
^«50
.ks frétaient bonnes q^fi pour Us enfariSy que la
véritable écxUe militaire de la France était une
guerre continuelle^ reconnue indispensable pour con-
.tenir cette f uria J^ancesc, vivacité Française, qui
fera tofujours dangereuse pour les chefs de J état qui
ne sauront . pa? lui doffner une direction conve*-
stable. Il parlait souvent de la nécessité de Tu^
nion dans ^ne armée, et de la précision qu on
doit apporter dans lexécvition des ordres du géné-
ral en chef, et îl cMsait que les Romains n'avaieiit
conquis IHinivers que par robéissance avetigle
des soldats s\ leurs généraux qui s'appelaient
çmpereurs. Il ignorait encore^ le résultat du 18
Fructidor, et en cas de non réussite de la part
d*Augereau, il avait tout préparé pour mapcher
sur Paris avec son armée. Il aurait devancé de
deux ans son usurpation du 18 Brumaire. Il
avait senti la force de cette vérité de Picliegru
que la royauté pour le soldat était au Jonds
diune bouteille de vin. Dès qu'il eut. appris le
triomphe de son parti, il devint encore plus
aimable. Il aurait eu cent individus à sa tai»
We, il disait un niot à chacun, malgré qu'on n'y
restât pas long-teuips. La présence des pléni«
potentiaires et de Madame Buonaparté l'obligea
à prolonger. ses repas à son grand regret. Avant
et après, lorsque le temps le permettait, il s amu-
sait à jouer aux barres avec ses aides-de-camp.
11 se soumettait à toutes les règles de ce jeu
comme un simple écolier. . Quelquefois il faisait
251
ides paris à qui parcourrait plus vite à cheval
une distance donnée. Il jouait rarement. Un jour
où le mauvais teipps l'avait empêché de sortir,
i\ gagna'beaucoup d'argent aiftc plénipotentiaires.
n fit venir Tofficier de garde, et il lui dit avec
lin air d'indifférence, prenez cet or et distribuez-le
à vos grenadiers. Les assistans qui auparavant
le félicitaient sur son bonheur, ne trouvèrent pas
de complînienfs assez énergiques pour vanter son
«désintéressement. Le marquis de Gallo courait
comme un fou dans les salles du château en criant
que c\st beau? que c'est étonnant. On Tarrêtait
pour connaître les causes de son enthousiasme,
et il racontait comme une merveille ce qui n'était
quune ruse de Buonaparté. On assure que For
donné à la garde allait à près dé mille sequins de
Venise,
(Vivacité de B'ernadotte envers Buonaparté.
Conversation de ces deux générauijc sur les opé-
rations militaires, et sur les talehs des principaux
officiers des' armées de Sambre et Meuse, et d'I-
talie ; autres'détails.)
Après six mois d,e conférences, beaucoup
de discussions très-animées et quelques fureurs
factices de la part de Napoléon, le traité de
paix entre la France et TAutriche, fut signé le 17
Octobre 1797 dans une chaumière du village de
Campo Formio, située presqu'à moitié chemin et
sur la route d'Udîne au château de Passériano.
A^ant de faire entrer Tarmée en France, Buq«
2 k2
S2» ,
naparté voulut en passer la revue. Quand .il
avait inspecté un régiment, il réunissait les officier^
et les sous-offiçicff au centre, et après leur avoir
fait former le cercle, il leur fuisait sep renier-
ctmens et ses adieux jusqu'au Revoir sur les côtes
de la Manche. Il tint à-peu-près le même laur
gage à tous les corps. Voici la fin de sa liaran*»
gue peu éloquente, et prononcée icpmme par ma*
BÎeie de con>ersation : p^oufi aveZy bravef soldats^
donné la paix au continent, il ne nous reste ffuun
ennemi à combattra ; c'est t Angleterre. Je veux
vous conduire à Londres ; çest-là où il y a def-
caves remplies dor et d argent. Ensuite Je vous
ramènerai tj^n France avec vos pqches pleines dé
guinées que vom mangerez avec vos maitresses.
Vive la république I On observa dans la divisiou
Bernadptte que personne ne répétait ce cri* Of^
ficiers et soldats ^époudaient Fivi^ Btfonap^rté I
Vive notre général II AUons chercher des guinées
en Angleterre 1! L'enthousiasme et l'unité det
acclamations qui lui étaient relatives^ exebisivi^
ment à IfL république^ lui plurent beaucoup^ et
il en augura favorablement pour l'exécution des
plans impoitansi combinés avec Gallo, et mûrif
avec Cobentzel qui était arrivé à Udine quelqujig
temps avant la stgpature du traité de paix.
Nommé général en chef de 1 armée d'An*
gle terre, Buonaparté avant de $e rendre à c«
liouveau poste» eut ojrdre de terminer l'organisa^
^OA de la république CiaalpinCf II 4iki a^isiU sj%
ftc^àje à Rastadt pour influencfr par ta ttnom^
mit autant que par son génie les ministres de
^'entpîre d'Allemagne. Il traita <ivec fierté le camt«
de Ferseoi et il s'opposa à son admission dans le«
A>ngrès« Quelques Jours après l'ouvert ure dei
conférences^ il se rendit à Paria, Directeurs et
ministres rivalisèrent à qui lui donipierait les fètea
les plu ) brillantes. Il y parut habilié très-simple-
jpent. Il évita, autant que cela lui fut possi^
khj l:oates les occasions de se montrer en public.
Il fut convaincu que les esprits n'étaient pat*
asftez mér^ pour se soumettre à ses ordres. 11^
vécut Irès^retiré dans un fort joli pavillon bâti
au milieu d'un jardin. Il fut reçu membre de
rinstitut. Il prit des. leçons de physique avec
Monge^ et de chimie avec Fourcroyi Pendant
cette retraite habilement calculée pour ne pas effa*
rorucher les directeurs, il les caressa, il leur fit de
riches présensy et il fit adopter toutes les mesures
qu'il proposa. Cest ayeô ses propres fonds que
toutes les dépenses des préparatifs de Texpédition
d'£gypte furent acquittées. Lorsqu'il était encore à
Paris en Avril 1798> j'allai lui rendre visite, je dus
jkii. faire part du mécontentement de Bernadotte de
aon ambassade de Vienne; je lui dis aussi que
ce général avait été très'-mortifié de ee qu*il ne
lui ayait' laissé que trois régimens dans sa divi-
iion par Torganisation qu'il avait faite dansTarméje
a^ant de quitter ritaJie. Foire Bernadotte^ me ré<*
poiulit fiuonaparté un peu de mauvaise humeur, e$$
up bien pauvre h^V^^ ?f^ nejmf mieux h (»mp(k^'
2Si
ter qu'à un ancien caporal qui jette les haut»
eris, quand on lui âtç un homme de son escouade*
Çtuand vous k reverrezj dite^4ui pour toute ré-:
panse que je n ai jamais tnangé à la gamelle. Il
{irononj^a ces dernières paroles d'un ton de colère
qui me parut bien digne de mépris» Son injustice
çt son insolence envers mon ancien ami Berna*^
dotte me déterminèrent à refuser de le suivre en
Egypte.
Madame Buonaparté accompagna son mari
à Toulon. Ils y furent reçus en souverains par les
habi tans dont Buonaparté avait quatre ans aupa-^
ravant fait égorger les ^parens et les amis. La
flotte mit à la voile le ig Mai 1798. Le 8 Juin
on eut connaissance de Malte et le convoi parti
de Civita Vecchia sous les ordres du général
Desaixy rallia la grande expédition. *' Le 10 on
" attaqua, le 11 on négocia, le 12 on fut maî*
tfcde la ville et des forts." Le 19, lexpé^li-r
tîon continua sa route, le 30 on découvrit Alexan-
drie; et le 2 Juillet le débarquement fut effec-
tué à une heure du matin. Buonaparté qui s'é-^
tait fait mettre à terre des premiers, marcha de
suite sur Alexandrie dont il s'empara après une
faible résistance. .Kléber dirigea les opérations.
Il fut blessé. Cest par ordre de Buonaparté quç,
la ville fut livrée au pillage. Le 7 Juillet rarmée
marcha sur le Caire oCi elle entra le 22 aprè$-
avoir beaucoup .souffert par les chaleurs, et par
les attaques des Mamelouks^ et les tirai llemens des
Atabe^ .
255
Fidèle à son système déclamatoire qui lui
avait si bien réussi en Italie, Buonaparté ne crai-
gnit point de dire aux habitans de TEgyptc quil
"était envoyé par Mahomet pour les délivrer de
la tyrannie des Beps, que les Français étaient
amis des Musulmans, quils avaient renversé le
trône du Pape^ et chassé les chevaliers de MaU
tCf les ennemis jurés de tAlcoran. Après leur
avoir fait un grand étalage du bonheur qu'il leur
apportait, il finissait par menacer de la mort la
plus terrible tous ceux qui prendraint les armes
contre les Français.
La fuite de Murât Bey dans la haute Egypte
et la retraite d'Ibrahim en Syrie^ ne laissèrent à
combattre que quelques hordes d^Arabes qui n*é-
taient à <;raind.re que pour les hommes isolés*
Fatigué ^e son état de paix» Buonaparté se rendit
en Syrie avec quinze mille hommes. Le 20 Février
If 99? il s'empara d'Ellarish, et le 7 Mars de Jaffa,
dont il fit passer la garnison au fil de l'épée, quoiqu'il
eut promis de traiter les prisonniers suivant les
lois de la guerre. Le 19, Saint Jean d'Acre fut re-
connu et investi. On attaqua cette place avec la
même imprudence que le château de Cossaria:
Beàulièu et Colli négligèrent de secourir Pro-
vera. Le Pacha d'Acre dut son salut à Ténergie
et aux talens de Sir Sidney Smith. Le 20 Mai,
Buonaparté fut réduit à fuir honteusement après
avoir perdu huit mille hommes tant par le feu
lie Tennemi que par les maladies. On assure
9S&
qu'au moment d^entrer dans le Défteit, sm ku^
manité le décida à faire empoisonner plusieurs cen«
taines de malades qu il ne lui était pas possible
d'emporter, et qu il répugnait à son cœur sermbk
d'abandonner à la férocité des Turps. Il connais*
sait la générosité Anglaise. Pourquoi ne s'enten*
dàÎMl pas avec Tamiral Sir Sidney Smith? Il
dut éviter dans son retour au Caire de traverser
les colonnes* Il marchait dans des sentiers dé-
tournés avec ses guides et son état-major. Géné-^
laux et soldats, tous manifestaient leur indigna-
tion contre sa folle entreprise de Syrie. Dans uu«
halte où le hasard fit trouver Buonaparté avec
quelques traineurs, un grenadier qui voulait sans
doute l'assassiner fut empêché de l'approcher par
les aides-de-camp. Il cria de toutes ses forces
que Buonaparté ne serait satisfait que quand
toute f armée serait égorgée, et que quant à lui H
était las de servir un brigand de son espèce.
Il se brûla la cervelle avec son fusil à cinquante
pas de Buonaparté. On a rapporté qu'il avait été
plusieurs fois question de s'en débarrasser, et de
nommer général en chef le brave Kléber, l'idole
de toute Tarmée.
Rentré au Caire le 14 Juin, Napoléon fît les-
préparatifs pour déserter^ ne se croyant plus en
sûreté d'après les rapports qu'il recevait sur Tes-
piît de l'armée qui n'était empêchée de se por-
ter à une extrémité fâcheuse pour lui, que par
la sagesse et la fermeté des autres généraux. Le
iélMfrquemeat des Tore» à Abauktr le serv^ à
Qifim^eillc. Il lea baciit k ftS Juillet It ne s'était
servi,4i^e de §es ig^émum >affidés La9ne% Lanusse^
Murait, d'Estaiog, f te II partit d'Alexandrie le
23 ^Loûti ii rdàc^ àA^cetoi et le S Octobre
îl débarqua 9ur;la pli^e.près de Eréjus/
(Optpîon de la F ranee sur ks circonstances du
voy^ige de Buonaparté en Egypte et de ton retour
en France. Parallèle de so9 élisik avee lutmeoà
de Crigès.)
, Arrivé, le 16 Octobre jl Paris» Najloléonfut
accoeiili pur tous les itirtîs' avec Tintérèt de ré*"
tonnement. Les républicains s'en ajatmerent.
Il chercha à les flatter par beaucdup dé préve-
sauces. Ils furent sa dupe jusqu'au 7 Novembre.
Il avait tout préparé avec les meneurs des deux
con^ilSi .Les g et 10, le directoire fut culbuté, et
le cousulat confié à Buonaparté» Syéyès et Roger
DucoSé Buonaparté courut les plus grands dan«*^
gers et il montra peu de fermeté. Il avait compté
sur Bernadotte« Il ne lui avait pas encore dé-
voilé le but définitif qu'il se proposait. Au mo-
ment où Bernadotte en tut instruit^ furieux il
tira son épée, en disant à Buonaparté de se.
mettre en garde. Celui-ci effrayé, ouvrit sur^^le-
champ la porte de son salon où étaient réunis
les généraux et les officiers. Le lendemain au con-
seil des cinq cents, plusieurs députés marclierent
contre lui, le%,uns pour l'étrangler, Its autres pout
le poignardexr |l sortit de la. salle avec ia pâleur
de la mort, il n'avait pas la force de paner. Le-
2l
M»
ib vra* dît «in niot assear «Msé - pour le tirer de sa
stupeur, fiw^ue Homi av&ns eammencé^ il foui
réêsrir,. am périr ; mtÊtremênt^ éemmu noM serons
pewius. • ^. . .LuCieii 'hanin$:ua les grenadiers ;
Jourdao> At^rtaui et Btmiftdoftte cte parurent pas
pour appuyer les oonsetts, ainsi qnlls l'avaient for-
Aiellemêntpr^mis^ et* tout réussit au gré deBuona-
parte. Malgré le triomphe emnplet quil vçnait
éU>bten4r sur les- jacobins, \\ erut ne pas devoir
s'en trop prévaloir. Il fit parler aux plus mar-
quons. Augereàu fut le premier à tourner ca-
saque, si toutefois il n'était pas auprès du parti un
espion de Buonaparté cmnme toutes l^s circons-
tances Tont fait fortement soupçonner. Berna-
dette et Jourdau unirent aussi par se laisser ama"
émer. Toutes les personnes qu'il n'avait pas in-
térêt de s'attacher, il les traita avec la 6erté d'un
despote. Barras et Duboi Crancé reçurent la
défense dejanmis paraître devant lui. Il fut d'une
douceur charmante pour les autorités civiles et les
banquiers de Paris. Il lui restait encore beaucoup
d'argent de ses contributions ou rapines d'Italie.
Il fit des présens à ses con>plices. Le général
Lefevre fut très-bien partagé. On dit qu'il reçut
cent mille francs, somme très-forte pour une
époque où l'argent, était très-rare.
Pendant que Buonaparté faisait de grands
préparatifs pour reconquérir l'Italie, il cherchait à
plaire aux Piirisieu» par Tespoir d'une pacification
prochaine.. Il écrivit ^u roi d'Angleterre, comme
!
mU9
ÀlhvsÀt fait au prince Cbirles. Diuu ce» deu^
ûccasiooft importantes oà . un protbod noépris
pour unique réponse^ eût, à chaque fqis, entf aîui
sa rruiot, son orgueil fut tingulicrejnent ila,tté, et
sçn crédit ci)nsidérablenient augmfntié ptr. Thon-
neur %ue lui firent ces deux puis3AAcea^ de prendre
eu considération des ouvertures d'un chef de brj-
garnis et de régicides» Les traités de Campp
Formioet d'Amiens sont ks dçux causes de Tar-
rogance actuelle de Buonaparté^ et de tous k9
malheurs de r£uTope. Quelle terrible leçon font
les gDuvernemens afia de les engager désormais ^
ne jamais capituler avec un perfide usurpateur !
Il s'occupa de la pacification des troubles dç
ta Vendée. Il donna de l'argent. Il promit des
honneurs* Il proclama sou désir de rendre à la
religtoii son ancien éclat. Il savait que le trône
etTautel doivent s'étayer réciproquement. lies
4épartemens de FOuest se soumirent. Les cheô
se repentirent, mais trop tard, d'avoir ajouté foi .^
ses promesses. Plusieurs périrent victimes de
leur bonne foi. Chambarlhac 6t fusiller Frotté.
quoiqu^il lui eût promis l'oubli du passé de la part
du consul.
Convaincu des grands talens du généra}
Moreau, et de rattachement que lui portaieut les
troupes, Buonaparté, avant de renvoyer à Tarmée
du Rhin, voulut essayer de s'unir avec lui par les,
liens du sang. Un rendez^^vous ayant ét^ donné à
Moreau pour discuter le plan de la campagi^e
ttL3
,qiiî all^t cbtnmfiiccr, Dvîroc entra et mit quelques
journaux sur la chcmmée, jyendant que fes dcuK
généraux examitiaientie^ cartes d'Italie et d'AUe-
magne. Ap^^ès quon fdt convenu de ce qu'il y
avait à faire, Buonaparté prit un journal et e^
doi)na un à Moreau. Après Favoir parcouru,
Buonaparté dit à Moreau en souriant : Ces Pari*
siens seront toujours des bavards f Quest-^e guil y
a' de nouveau f dit Moreau^ un peu intrigué*
On dit\ répliqua Buonaparté qu*avant de vous
rendre à T armée, vous deve% épouser ma sœur Caro-
ïim. Je ne vois pas que cela fât si mal Qu^en
peffse^'VouSy Moreau P Ceiuî-cî, avec sô franchise
t)retonne, découvrit le piège, et répondit: Que
t exempte de Jouhert qui avait été tué, et qui avait
laissé sa veuve dans ta dêsoiation, t engageait A dif-
férer jusqu'après la campagne. * Bnonaf^rté roia*
pit la' conversation sur cet article, et parla dqi
troupes. Moreau sut plus tard, à n'en pouvoir
douter, que l'article avait élîé inséré par ordre du
gouvernement. Si ^Moreau araît accepté, ainsj que
Buonaparté le désirait et s'y attendait, il se- faisait
proclamer empereur à son retour de Marenga
Déjà Gérard Lacuée, un de ses aides-de*camp, avait
dit à un général, qui demandait à entrer- chez
• • •
Buonaparté, en conséquence d-u ri rendez-vous <fu 'il
lui avait donné par écrit : Vous devrez parler à
Buonaparté premier f Achevez donc, répondit -ce
général, diteSy premier consul. Peurqtm pas empe*
^eiir, répliqua Lacuée avec vivacité? Buonaparté h
I
I
I /
10t
mérite à tant de titres t ^j^niblfin même^imi» te
voudrions nommer^ lui répoftclttcegénérali il esi
trop bon rép^abUcmn pour y eoneentir. Lacuée
entra pour l'annoncer. Son opinion fut . mm
doute rendue. Btionaparté le fit attendre deux
beuresy et il ne fut pa$ reçu. Joseph Mrtitenfia
du cabinet du consul^ et lui dit, /^ que 3Qa frère
était si occupé qu*il lui était impassible de Ji4
donner audience/' Un mois aupurï^vant, en arri»
vant d'Egypte, il avait serré dans ses bras ob
mènne général comme son meilleur ami. Il avait
été employé aux Thuilleries.les L8 et id Brumairi^
et il perdit momentanément sa fav^rar, parce qu^il
avait dit quil k croyait ion r^^ub&csàn^ Monsfr^
mutant mores.
On z beaucoup vanté sa oampagpe dltalie
en ISOO^ parce qu'il a réussi. Beanlieu ^ff^%: cufii'*-
mis une faute grave en se postani sur la rive gauche
du Téfiin. Mêlas en fit une i^Ius grande en aVaç^
eupantpas cette position, avec 1^ totalité de soa
armée. Le 14 Juin, à trots heures de laprès-midi^
Buonaparié battait eiv retraite. £n^ supposant
^qpie l'attaque de Desaix eût ; été infructueuse» ce
q^ausait été, ^ le général Zacb eût tiré parti de
sa coldmie de six mille grepadiers» que serait de*
venu.Buônaparté? Il était obligé de venir repasser
le B6 à Plaisauoe. Mêlas mii;ttre d'Alexandrie, et
4tt Pont de Valence, se serait trouvé avec une ar-
asée VictQrieuse couper toitf os ^es communications
airee ta Fiance. Des ténoios oculaires moai
"^assuré avôir vu Buëtiftparté le jour de la bataille de
Marengo courir lés plus grands dangerSé- Depuis
'ffiidf jusqu'à trois heures» il resta avec le 44e régi-
•meut Qui était obligé par sa position de supporti^r
un feu d*artiilerie très- meurtrier. Ota lui observa
que ce n*étatt pas là sa place. 11 ne répondit que
par un regard terrible qui annonçait son désespoir*
Sa figui^ était livide; Sa bouche écumajt de ragt.
A chaque instant, il regatdait sa montre. On a
rapporté* qu'il était décidé à périr s'il ava été
%attu, parce qu'il avait compromis par sa témérité
le salut de son armée. Sa victoire du 14 Juin lui
prcKTUra les avantages du combat qu il avait livré
è Beaulieu en avant du pont de Lodi. Mêlas prit
la ligne du Mincio.
Aprèft des auccèç si étonnans, iia réception à
Milan et ta France, équivalut à une marche
triompbate. Buonaparté avait à cette époque
quelques amis dont le nombre était grossi par les
agens de la police qui avaient Tordre de stimider,
mutant que possiUe, t esprit public pbnv flatter h
vanité de cet homme, par un grand concours de
peuple sur tous les lieux de son passagcw Daiis
plusieurs conférences qu'il eut à Paris, on obsevi'a
qu*il fîronçoit le sourcil, qnand on parlait de Desaix«
Il fut très-piqué qu*oneut i^it courir le brmtqu'ii
avait gagné la bataille de Marengo, et tous set
alentours eurent ordre dç contredire une vérité
qui tendait à humiKer son amour^^oprè, qu'on m
chatouille jamais plus sûrtment qu'en fcibsa^t croire
963
qu'on le regarde comme kpbti grami capitadne di
son siècle.
Malgré tous ses efforts pour se faire aimer par
les Français, rattachement de la nation pour neê
légitimes souverains étant gravé dans tous le$
coeurs, on ne parut s'ateller à son char que dans la
ferme persuasion qu'après avoir fait disparaître les
restes dégoûtans de ia révolution^ il se contente-
rait de la place de connétable^ et rétablirait les
Bourbops surletrônede leurs illustres ancêtres.
(Détails sur le projet d'assassiner Buonaparté
en incendiant TOpéra.)
Feignant d'être peu tranquille dans Paris, où
indépendamthent du projet de brûler TOpéra at*
trlbué aux jacobins, on paraissait s'attendre à quel*
que tentative vigoureuse de la part des royalistes,
Buonaparté s'établit au château de la Malmaison.
Il fit venir le camp d^Amiens composé de dix .mille
grenadiers et voltigeurs, et il les cantonna dans
les environs de Versailles. Des patrouilles d'in-
fanterie et de cavalerie battaient nuit et jour
les alentours du château, et surtout la route de
Paris. Un soir Buonaparté rentrant dans sou ap-
partement, aperçut une. échelle placée contre une
fenêtre de sa chambre à coucher. Il craint que
quelqu'un ne soit déjà caché, et il se sauve à toute
jambe dans le grand salpn, où se trouvaient encore
les officiers. Il balbutiait, il n'avait pas la force de
parler. Revenu de sa frayeur, \\ en expliqua le
sujet. L'alarme fut générale. On fouilla à plu-^
/
.4
rieurs rejtrises toute la maîsoir* MaJame Buona*
parte était tremblante de peur, ainsi que sa filïe
Hortense Beauharnois» Un aicle-de-camp vint à
Versailles. On battit la générale, et je marchai
avec six bataillons de grenadiers .au secours de la
Malmaison. On ne put pas se résoudre à se cou*
cher malgré la confiance que devaient donner et
l'inutilité des recherches, et larrîvée des troupes.
On ne pensa que le lendemain vers les six heurea
à la véritable cause de tant de craintes. On fiP
venir le maçon, qui était occupé A réparer ks
croisées de l'appartement de Buonaparté, et on lui
demanda pourquoi cette échelle était restée debout^
CT^teaV, répondit-il naïvement, afin de n avoir pas
la peine de ta redresser que je lavais laissée plantée».
Elle çst si lourde qu il faut être deux pour la dresser.
Il faut avoir vu la confusion de tous les faiseurs
de conjectures, pour en avoir une juste idée. Cette
anecdote fut connue, et elle fit long-temps Tamu-
sèment de toutes les sociétés. La frayeur que
cette vétille inspira à Napoléon, parce quelle rCé^
tait pas combinée^ doit suffire pour expliquer les
motifs qui le firent aller à TOpéra le 3 Nivôse.
(Détails sur la machine infernale du 3 Nivôse,
et sur la paix avec TAutriche, TAngleterre et la
Turquie. Expédition de Saint Domingue. Arres-
tation et mort du général Toussaint l'Ouverture.
Buonaparté est nommé président de la république
Cisalpine. Consulat à vie.)
Alaître des destins de la France et de Tltalie,
,1
965
Buonaparté n'est pas content de sa puissance. II
jalouse le commerce et les richesses de TAnglc-
teire. Il regrette de u avoir pas envoyé dans cette
lie, à la faveur de la pàîx, cette armée qui périssait
inutilement à Saint Domingue. Dès qu'il fipprend
qu1ty adu mécontentement dans la garnison de
Gibraltar, il fait partir une expédition de Toulon
qui louvoyé pendant plusieurs jours devant cette
forteresse, quoique le vent fût favorable pour pas-
ser le Détroit et continuer la route pour Saint Do-
mingue» destination apparente des troupes embar*
quéei» Malgré les insinuations du commandant
4e la marine, le général de terre ne voulut rien
faite de contraire à l'honneur et à la foi des traités*
>
L'Angleterre agit très-sagement en <iéclarant la
guerre à Buonaparté. Elle avait tout à redouter
en temps de ^aix de la part d'un homme aussi
fourbe qu'entreprenant.
Après s'ôtre emparé du Hanovre en Juin
1809, il se fît céder la Louisiane par TEspagne, et
il finit par vendre cette province aux Américains.
Il crut se venger d'avoir été deviné par TAngle-
tcrre, en déclarant pri^onners tous les individus
de cette nation qui étaient en France. Cette me-
sure, parut atroce, et donna une juste idée de la'
férocité de son caractère. Il avait prévu Téva-
cuation de l'Egypte, et il traita avee de grands
égards les généraux qui eurent le bonheur d en
revenir. Il voulait leur taire oublier sa lâche dé-
sertion. Il fut, au contraire, irrité de la perte de
2 M
266
Saint Domîngue, et il maltraita quiconque avait
jeu Tar^ressc d'échapper à une semblable proscrip-
tion. Le gouvernement de France a de tojit temps
/considéré cette colonie comme le cgutere 'politique
de la métropole.
Buopaparté était instruit de tout ce qui se
passait à Londres. II redoutait également Tin-
flucnce des Bourbons, les talens de Pichegru,
Taudace téméraire de George, et les plaisanterie»
mordantes du général Moreau, qui, dans un grand
dîner, ne crut pouvoir mieux tourner en ridicule
la légion d'honneur que venait d'instituer Bùona*
parte, qùVn donnant à son puisinîer une casserole
iT honneur pour avoir fait un excellent repas. Si tu
continues sur le même pied, Iqi dit Moreau, en pré-
sence de tous les convives qui riaient aux éclats,
je ne tarderai pas à te nommer grand officier. Le
machiavélisme de Buonaparté se déployé dans
toute sa noirceur. Des espions sont envoyés ^n
Angleterre et en Allemagne. Ils paraissent pleins
de zèle pour concourir à servir Jes Bouibops. Mo-
reau lui-môme qui devait cependant bien con-
naître son rival, est la dupe des intrîgans que BuQ?
naparté a l'adresse de faire pénétrer jusqu'à lui.
On a eu soin défaire venir up Bourbon dans k
voisinage de l'Alsace, pour le liyrpr % son bourreau^
qui voulait, par le plus horrîble assassinat, prouver
à la France pt à TEurope qu'il était bien loin de
vouloir céder sa place à F^nciennp famille fè-
gnante. Si Ton croyait la présence d'un Bourbon
pécessàirepour être mis à la t^tç du gpuv€rxiemen(
et j^rai^ee ifiunédiatcment api^s la mort de l'iisiii^
pateur, pourquoi ne descendait-il pa5> en Bretagne,
ou ea Normandie» ou pourquoi ne re^tah it . pas à
bord dea croiseurs anglais, jusqu a ce que les évé«-
nemens r^clauiasseot sa présence et permissent de
rutiiiser? Tant de prudence aurait contrat ié lea^
vue« ultérici^res de" Buouaparté ; le duc d'£nghien,
dans lea deux provinces précitées, eût été bien
phis en sûreté que dans aucune cour de Tempire
d'Aili^magnei dont les ministres, depuis quatre ans^
étaient vendus au parti du Corse. Ce jeune prince
dont ies talens égalaient les vertus, fut impitoya*
élément niassacré dans les fossés du château de
Vincennes. Le général Hullin, l'ayant prévenu
qu'on allait le changer d'appartement, le prince le
BUtvit» Après plusieurs détours, on arriva dans les
fossés du château, et l'on passa à côté de la fosse
qui lui était destinée : le duc d*Enghien, qui l'apef-
çiit, dit fièrement à l'officier qui coninmndait Te^
corte. " Je raj)erçois Tappartement que je dois
i* occuper^ II est înutilie d'aller plus loin/' Il se mit
k genouK po^ feire s^ prière. Il se releva^ et il dit
qu'on pouvait faire feu. L'officier s'étant avancé, le
princie leprévint, en lui disant : ** Qu'il ne se lais-
•* serait pas bander les yeux, et qu'il . ne se met-
f* trait point à genoux." Pendant que cet illustre
descendant du grand Condé recevait la mort avec
une fermeté héroïque, Napoléon tirait sa mon-
tre< et di.sait, en souriant^ à Madame Baonaparté et
à Fouché, qui, (iir-on, demamlaient sa grâce : " Il y
'^ a cinq minutes ^ue ^son affaire est fuite." HulUu
ub
îùt tvait ptomh que rexécutîon aurait lira à deux
heures précises chi matitu
' ' On n'osa pas traduite Pîchegru devant lés tri-
tmnaiix. LVspoîr d'obtenir sa grâce lavait em-
pêché défaire dans ion premier interrogatoire des
Révélations importantes/que la certitude de sa mort
lui aurart arrachées, et dès lors on dût Texpédier
secrettenient. Savary s'acquitta de cette mission
avec quatre gendarmes de la garde consulaire* Le
général Moreau et George avaient été arrêté^ et
fis étaient en lieu de sûreté. Délivré de ses dan-
gereux adversaires, Buon aparté leva le masque.
On ouvrit à letat-major de la place de Pïris un ré*
•gistre ôiV on avait écrit une adresse très-longue
qifi finissait par le supplier, ** d'accepter le titre
** d'empereur, (|ue Tarmée s'empressait de lui offrir
** en reconnaissance des lauriers que son génie lui
** avait fait moissonner, et des services éciataiis
'* rendus à la patrie depuis qu'il était à la tète du
^^ p:ouvernen]ent/' Ce registre fut bientôt cou-
vert de signatures, et il m'a été rapporté qu'on Ta-
vait présenté au bénat, ce qui avait fait cesser son
héftitation à sanctionner le vœu émis par le tribu-
-nat, sans le concours du peuple français. Si ou
Avait adopté la marche suivie pour le consulat à
vie, on aurait vu combien déjà l'esprit public avait
changé depuis un au an désavantage deBuonaparté,
malgré qu'il cheichât à ins»|)irer la terreur par des
arrestations arbitraires, et des assassinats à la
turque.
(Nomination de Buonaparté en pereur. Dis-
♦t
SQ9
cours de Murât Réponse de Buônaparté, qui iM
en outre complimenté par tous les autres gêné*
taux présens, parmi lesquels se trouvaietit Au-
g^veau, Bernadotte et Macdonakk Jugecnetitde
Mofeaut son exil. Arrivée du Pape en France.
Couronnement de Buonaparté, empereur deé F rati*
Çais.) ,
Un serment individuel fut éxig^ peur tous
les fonctionnaires publics, avec des formes qui
prouvaient combien Buonaparté attachait d'in>*
portance à »^ prestation. U était assis daw le
salon du icône, sur un grand fautueil élevé de
quatre pieds. . Cambacérès était à sa droite, et
I^bruQ k sa gauche sur des fauteuils de pro*
portiez ordinaire. Les grands dignitaires et les
n^inistres étaient assis sur des chaises à droite
et à gauche des deux supplémenis du nouvel
ei^npereur. On introduisait les candidats un à
un. Un préfet du palais en faisait Tappel à
haute voix. Le convoqué se présentait. Il était
dirigé par un second préfet du palais qui le pré-
sentait à Louis Buonaparté, connétable de Tempire.
S'il n ét^it pas militaire, il avait à faire au gi^and
dignitaire de son département. Il devait faire trois
saluts, le premier tiès«p cfondsurson front à Buo-
naparté, le second à sa gauche où était Cambacérès,
et le troisième à sa droite du côté de Lebrun.
Alors Louis disait à haute voix. " JLe général N*
désire prêter serment à Tempe eur. Sa Majesté
donnait son assentiment par un ,si<$ne de tête.
Le secrétaire d'état Maret donnait à Tiudividu
870
pfiHnti^ I» for4»iiIe da seiiticnt écrite «xr nti
chîfiba de papkt- 'Elle était conçue en ces tcïme^ >
*' Je^ jwe fidiélitéà Tempereur, et obéiMançe aois
** ceaitituttons de 1 eiDpire#" Napolëton recevmt
soik moade trè5*f£c»dei»eut* Dès que ie senneafe
était pvété^ il daignait se dérider^ et congédiait les
nouveaux élus avec un salut de tète accompagné
d'un I%er sourire^ pnr pêfsifBage et signe certain
da mépris que . lui inspirait ia platitude des Fràn^
{ab^ On se retimt du serment par trois saints ;
le tMinétable xeudait.le récipiendaire au préfet du
palais qui le repaiisait à son collègue. Celui^eî
raccompagnait jusqu'à la porte du salon. Je
remplis cette cérémonie le même ^ jour que le
tribun Cacnot, et les généraux Lecourbe et
Bellavei^e»
On peut r^^rder cette époque comme ayant
mis le comble à laviluisement des Frai;^i^is et
au despotisme de leur ty^an. Il ne garda plus
de mesure. Il parla en mattre absolu. Il fit
faire antichambre à ses ministres^- à ses maré«
chaux et aux ambassadeurs des cours étran-
gères.^ Dan^ les parades, il cessa de rendre le
salut aux généraux et aux drapeaux, formalité
dont le grand Frédéric fut scrupuleux obserN'a-'
teur juscju'à sa mort: Au camp de Boulogne,
il se laissa aveugler par son désir de passer à*
la postérité au point de souffrir que ses flatteurs
missent Tarmée de terre et de mer à contributîo»
pour lui ériger une colonne, qui doit coûter de 8
: /
271
é
«
h 9 miHloDs de francs. Lorsqu'il sut que les Qur*
«ures proposées à ce sujet avaient obtenu ou paru
obienir rassentiment des militaires, dont l'indécî^
Mon avait été occasionnée par riucoBvénieot de
donner un jour d*af)pointeniens par mois, il dit
au maréchal Soult : ■* Qu'on commence * toa^
** jours le monument, mot* trésor foaniira Icsi
** fonds dont on viendrait à avoir faesoia/^ Ja-
loux de primer en tout point, il eut souvent dé
vives contestations avec ramiral Bruix qui étai^
le seul officier qui osât lui dirt la vérité,- £fl*
ragé de ce que le port de Boulognie était si dé£sc-^
tueux pour la sortie de la âotille» il se mit em
tète'qu*it y avait de la mauvaise volonté de
ia part des marins^ et un jour où le. baromètre
était considérablement baissé, il ordonna à Bruix
dé faire sortir la ligne d'embossage. L'amiral
lui répondit : '^ Qu'il serait dangereux d'^aller
^^ en rade avec le vent de sud-oueet qui pa-
^raissait devoir devenir très- violent, qu'il était
expérimenté dans la météorologie du climat de
fioulogiie, et qu'il le priait dé'dîfférer de quelques
'* jours l'exécuf ion de son ordre/'-^— ** Pas d'une
'* heure,** reprit Buonaparté, ** je veux être obéi
^* SUT- lé-champ. C'est le seul moyen de vous
^* faire aller. Vous finiriez par me faire perdre
'* la tête, si j'écoutais plus long temps vos ^is-
*^ sertatiohs sur les vents, lea courons, le ju-
'* sant. Je n'ai obtenu n^es triomphes que par
*^ un seul mot, en avant ^ et j'entends qu'il scÂt
^^ k |*avenir le mot d*ordre de la maiine/'
4C
î7«
•
Bruix fut affligé de tant d'entêtement, La ligne
fut formée vers le* deux hcuie-s de l après midi.
Il n'y avait p^a trois heures qu'elle était en
rade, lo^^qu il survint ui.e tempête affieuse. Plu-
sieurs bâtimens se brisèrent à la côte, d'autres
périrent corps et biens. ..L'amiral Lacrosse réus-
fit à gagner le port d'£taples après avoir couru
les plus grands dangers. Buonapar té avec Bruix
se rendit sur le rivage pour secourir les nau^
fragés. )1 resta sur TËstran près du fort de Cha^
tillon jusf]uçs ver^ les deux heures du matin. PIu-^
sieurs fois il entra dans Teau juscjuà la ceinturf
foujÊ attrapper des hommes poussés par les vagues»
«t entraînés par leur retour quand on- n avait pas
l'adresse de les, saisir. On évalua à nepf ceiiti
l^inopef la perte occasionnée par ce funeste acci*
dent. Buonaparté ^ut apprit à connaître aux
dépends de sa troupe,, qu'il en était tout autre*
ment d« la mer que de la terre, se désista de ses
prétenttoivs, et il d<miia à Bruix la plus grande
latitude.
On prétend que cet amiral avait conseillé à Buo-
BSfxatté de réunir tous ses vaisseaux pour balayer la
Manclie» et protéger le passage en Angleterre des
cent miUe hommes campés à Boulogne. L'armée
de Brest devait s'embarquer sur la flot|e de l'amiral
Gantheaume. Les militaires qui. connaissent bien
Buoaaparté^ sont persuadés qu il n*a. jamais pensé
aérieusement à une descente en Angleterre. Vé*
fple qu*fl a faite en Egyptej et surtout en Syrie \fi
«73
•â appils a' calculer Tavcnir.' 'On doit être assuré
que non-sculcment il ne tentera aucune expédr-
tion contre l'Ecosî^e ni l'Angleterre, mais j'ose
liiênie garantir qu'il a des notions sur l'Irlande de
nature à s'en tenir à Tenvoi de quelques agenil
pour amuser les Hiécontens, et engager le gou-
vernement Anglais à y entretenir un grand nom-
bre de troupes.
Dès que Buonaparté eût appris que ramiral
Calcter avait battu Villeneuve, éi que Gantheaumc*
quoique supérieur en forces à Comwallîs, avait
pris la fuite sans combattre, il fit mettre en mouve-
ment ces armées russe et autrichienne dont on
dity en France, que, depuis le séjour de Mac}^ à
Paris, la création était arrêtée, la marche isolée
calculée, et la trahison jurée sous le serment le
plus sacré de la part de Tancien général en chef
de Varmée de Naples. On ne fait que répéter
les expressions des officiers dé Tétat-major du
général Jellachich qui fut pris avec sa colonne
dans le Voralberg. Dans les orgies qui eurent
lieu à Ulm après la capitulation honteuse de
Mack, on commit rifidiscrétion de dire, " qu'en
^ manœuvrant sur les talons de Mack, on avait
"la permission de sa' tête/', . • .On faisait allu-
sion au passage du Danube effectué par l'armée
^ançaise à plusieurs lieuesi sur les derrières
de son armée, pendant que de forts partis'
battaient Testrade sur les routes qui aboutissent
à Ulm. Il n'est pas possible d'écrire et de par*
2 N
SÎ4
fer sur la guerre avec plus d'habileté que ce gêné?
l'ai. Sea mémoiie^ séduisent autant que se3 Con?
versations. On croit que son évasion de P^ris,
(ians le mpmeut où $on échange était assuré ^
ffons doute eonnte, ^9t un de ces coup$ de politique
superiîne de Napoléon pour engager la cpur de
Vienne à prendre cpnfianc^ dans les plans d«
Mack. On y reconnaît cette astuce italienuf
qui tire parti de$ circpnstançe» ep apparence con-
traires^ pour mieux réussir .dans ces ()eriides com?
binaibons, 0n ^\t ausi»i que si )e général Mac^
ii*avait pas été veqdu % Bupnapafté* dès qu'i)
eut cohna^ssapo^ dis la marche de J arin,ée française
et de S9 grande supériorité^ il aurj^i) qpitié sa po-:
sition sur rjlter, fà\% détruire tous les pont» sur le
Danube, et fnanœiJivré ppijir en défendre le pas*:
sage^ <^u'en admettant qu'il eût cpnimis ta faute
impardonnable ^e se procurpr d^s renseignen^eos
exacts, et que le Danube eAt été franchi à Neu-
bourg avant qu'il efiit \p temps de marpher pouç
$y opposer, il est in/excusable d'êtrp resté dans
IJim avec prè^ de quarante mille hommes j que
s'il n'avait pas eu la ferme résolution de les li-
vrer à BuoQ^parté^ il aurait marché vers les gorges
du Tyrol qui lui offraient non- seulement une ler
traite assurée^ mais qui lui donnaient l'^vantagip
des localités pour résister ef^ic^ceipent à larmée
française. Comment Mack qui a réellernent deif
connais:iances militaires, a-t-il pu se décider à s'eu-
fermer avec l'élite de son armée dans une place;
ëomniè Ùlm qui est hors d*état de résîster à âncf
attaque régulière par là nature de sa position? \A
place forte que lui offrait Thonfteuf et It devoir,
éitaît le Tyrol;
Le pont de Vienne sur lé Danube fot anssi xsm
à la disposition de» Français. £st-cé niéglîgence,
ciu complaisance? Le bruit courut que tant de
politesse était encore le résultat de Vétmk dorée de
Buonaparté. Dès iors la campagne fut décidée ett
faveur de renneml. On flatta la Prus«e; On obtint
la continuation de sa neutralité^ on prévint l'arrivée
du prince Charles pour livrer la bataille d'Auster*
Itt^y et la paist fat cdnclue. Uarmée russe n'avait
été forcée à la retraite qae par les fausses disposi-
tions de son général qui voulait covper la retraité
aux F)f*aflçais^ avant de les a»oit battus. Gêné-
nnXf officiers et soldats tusses étaient indignés de
1-échec d'Ansterlitz: Ils brûlaient d'envie d^ètre
bientôt à même de se mésnfer de nouveau avec
Kennemi. La guerre entre la France et la Prusse
leur en fournit rçccasioti. La lettre de Buona-
parté au séfi^t eti date de Bamberg, du 7 Octobre^^
I806, parait donner à la Prusse tous les torts de
cette lutte dont son parti à Berlin était le premier
tnoteur. Il parle dans sa proclamation à Vstxniée
d'un ordre déjà donné de rentrer en France,
lorsque, depuis trois mois, les généraux et cbefsf
de corps étaient prévends de se tenir prêts pour
fnrapper un coup terrible qui devait anéantir la
ihonarchie prussienne^ lorsqu'on sortait des dépôts
an à
il'iiifatiterî^ t% df ^a^alerie jusqu'aux plus jeûner
ccpscrits^ pour recruter les régiment et les porter an
gfaod c^nipjet) et que des corps qui étaî^it dans
l'intérieur se rendaient à marches forcées pour
renforcer tes divisiotifi de la grande armée*
La bttaiUe de Jéna n'est qu'un guet-à-pens*oii
le' confiant Frédéric Guillaume fut entraîné par
l'adresse des peifides agens de son ennemi. Uar^
mée prussienne était d'environ cent vingt mille
hommes* - Les Français étaient près de deux cent
mille* Malgré cette supériorité, toutes les chances
étaient en faveur de la Prusse, en conservant la
ligne de l'Elbe jusqu'à l'arrivée des Russes. Les
succès qu'auraient obtenus ces puissans auxiliaires
auVatent déterminé .l' Autriche à faire cause corn--'
muné contre la. France. La victoire de Trafalgar
avait fait beaucôu];:^ dt mécontens dans l'intérieur
de ce. royaume, une expédition anglaise aurait pu
conduire un ft)urbon à Paris^ Buonaparté dispa-
raissait pour l'Italie ou pour la Corse, et l'Europe
était libre. Si le roi de Prusse s^est échappé deJéna,
c'est parce que Buonaparté l'a voulu. Il est prouvé
qu on pouvait le faire prisonnier. Il eût em-
barrassé son vainqueur; on préféra favoriser sa
fuite avec son régiment de cavalerie. Cette mo-
dération apparente fut regardée comme une vic-
toire complète, tandis qu'une destruction totale eût
dévoilé les auteurs de la trahison. Lorsque le
cûrps d'Augereau traversa Francfort pour se rendre
a Wurtzbourg^ il fut rapporté que Buonaparté'
377
s'était flatté q\i'il serait à Berlin avant la fin
d'Octobre. On a aussi fait courir le bruit qu'avant
son départ de Paris, étant étendu sur ses cartes,
pour* examiner les positions, il setait écrié avec
enthousiasme : Berthier, ik sarU à mtn! ^ Je les
tiens tous! en parlant des Prussiens dont il caL
culait les mouveinens. Cette anecdote fut publiée
dans toute Tarmée vers la fin de Septembre.
Pourquoi une contradiction si manifeste? pour-
quoi augmenter par la dérision, le malheur de ses
victimes, et l'avilissement de ses esclaves ?
(Campagne de IH06 et I807, contre la Russie,
prise de Dantzick, paix de Tilsit, envahissement
de l'Espagne, revers de l'armée française, confé-
rence d'Ërfurth, campagne d'Espagne en 1S08 et
ï 8O9, guerre avec l'Autriche en 1 809, armistice de
Znainfij paix de Vienne, mariage avec une archi-
duchesse d'Autriche, et autres faits moins impor^
tans, exposés avec les détails que comportent \e^
limites de la biographie.)
x'
a7«
Vol. Icr.~No. Il6.
KLÊBER.
Pfkicêps in prsÊflium UsTat» ûbi quid fortiter ac streiftié'
agendiun esset, néque milite» alio duce plut coatis
dere aut audere. — ^Tit. Liv. xxi. 4*
Ce général a été assassiné ca Egypte le 14
Juin 1800. Il avait près de six pieds. Sa force
était prodigieuse, sa physionomie se vête, son re-'
gard vif et fier, sa tournure majestueuse et soi»
abord très-froid. Son génie et son courage éga*
laient sa loyauté et son amour pour la discipline^
Sa tenue était très-simple et entièrement militaire.
Il s*est parfois montré brusque envers les mauvais'
officiers et les fournisseurs infidèles. En général
jion ton était fort honnête. 11 est mort, âgé d'eu*
viron cinquante ans.
Son père était architecte à Befort en Al*
sace. Il négligea l'éducation de son fils, et il
Vobligea dans sa jeunesse à joindre la pratique
à la théorie de son état qu'il voulut lui faire
embrasser. Kléber, fils respectueux^ se soumit à
tout. Son père fut charmé des bonnes disposi*
tiens de son élevé, et il l'envoya à Munich pour se
perfectionner dans l'architecture. Ses progrès
furent rapides. Le prince de Kaunitz. ayant, par
hasard, visité l'école où se trouvait le jeune Kléber,.
fut frappé de llieureuse physionomie, et du beau
«79
jphjrsique de ce Ftançaî^. II dissimula rknpressioit
/ju'il éprouvait, dès qu'il apprit qu'il n'était pa$
allemand. Humilié de cette espèce d'indiffér
rence^ KjLéber perc^ la faule, et présenta au prince
/des dessins as^^z corrects. Sa démarche quoiquio
libre fut excusée en raispn <le ses talens, et il ob*
tint une pl^ce de sou9-lieutenant dans le régime&t
de&auoî^z.
|i est resté huit ans dans le service Autri^
'chien. Jl était en garnison à Luxembourg,
lorsqu'il donna sa démission pour rentrer ea
Fiance. Il était jiégoûté de la lenteur de Tavance-*
xnent. Il sentait qu'étant étranger, il resterait
long-temps dans l^s grades subalterne3. Il préféra
revenir à Befort pour y exercer son état d'archi-:
|:ecte. U y yivaix tranquilk et généralement es«
timé, lors(j[ue la révolution survint* Le régimeiik
royal liégeois, dévoué à la jcour, manifesta sa haine
«contre les nouveaux principes, et voulut forcer les
habitans et les magistrats de Befort à témoigner
avec authei>ticité les mêmes sentiments. Leso&
ficiers de ce corps ayant le colonel à leur t^te, se
rendirent à la municipalité, pendant que les soldats
couraient les rues. KIéber,avec quelques amis, vola
^u secQurs des municipaux. Il était armé d'une
hache. Il pénètre dans la salle des séances. Il
saute sur la table, et il annonce que tous les habi-
tans de Befort sont prêts à périr ^^i, dans une
heure, le régiment de royal liégeois n a pas quitté
^ ville, et provoquant le colonel à se battre avec
^i^ il fàip ér^cucT ïkpul 4e ville. Le ton menu^
tso
Çâht et le regard terrible de Kléï)er, intimidèrent
les chefs. Le régiment partit ftur-le-champ, et le
icalme fut rétabli.
Tant de fermté et ses anciens services
déterminèrent les habitans à le choisir pour
commandant de la garde nationale. - Il refusa,
fous prétexte que seë occupations ne lui per-
mettaient pas de remplir cette place comme H
l'aurait désiré. Il se fit inscrire comme simple
grenadier. La garde nationale de Befort fut
obligée de faire plusieurs excursions dans les cam^^
pagneS'Pour le maintien de Tordre et la répression
du brigandage. Kléber marcha à son tour avec
ion sac sur ledos^. Il vécut et fi-t le service avec
nés camarades.
Dans une sortie du côté d'Huningue qui .
Aura huit jours, le commandant > de sa com^
pagnie voulut absolument qu'il acceptât sa ta<^
hh. Kléber persista dans son refus en lui disant
fpie la gamelle des grenadiers ne donnait point
dindigesfimiy et^ refjforçait les jarrets. Il était?
chéri -de tous ses concitoyens. Sa modestie fut
1;»ientât obligée de céder à leurs instances. On
organisa des .bataillons de voloiitaiires pour aller à
Tarmée. On était instruit du traité de Pilnit^.
La guerre était ir^éyi table. Il fut nommé adju-«
dant-major* Aprèsjavoir assisté aux combats quî^
précédèrent le siège de JVIayence, son bataillon;
fut désigné . pour j^ire partie de. la garnison de
qjette place. ^ Daus.ia sortie 4u )0 Avril où la«
victoire^ qui avait di'aboDd *soiui à Dubayet^ finit
m
J^at rabanclonnèr complètement, les grands cffbrti
de Kléber réussirent à rallier les fuyards, et à pro-
iéger efl^cacement h retraite* Il fiit nominé ad-
judant-général, et chargé du commandement du
canip retranché; Le généftil en chef dans soa
rapport sur la eapituktion de Mayence, mentionna I
avec distinction, Ténergie et les talens militaires '
deRlébcr; 11 fut nofhmé général dé brigade, et em-
ployé à 1 armée contre les royalistes de la Vendée;
Après quelque sUccès,îil fut battu à Torfoit
le 19 Septembre 1793. Charette et Bonchamp à
la tête de trente mille Vendéens^ attaquèrent Klé*
ber qui commandait six mille hommes, appelée
armée de Mayence parce qu'ils faisaient partie des
troupes de la garnison de cette place, lorsqu'elle
fut rendue à la coalition. On combattit de part et
d'autre avec beaucoup d'acharnement. La victoire
fut long-temps incertaine. Elle fut enfin décidée
pour les royalistes par un renfort considérable qui
força Kléber k battre en retraite. Quoique
griévetneiit blessé à l'épaule^ il nie voulut point
quitter son arriere-garde, parce qu'il sentit que sa
présence était indispensable pour maintenir TordrCé
n fit exécuttr tous les VnoUvemens avec la pré-
cision delexercice. Il comnaît l'importance d'un
pont dont la conservatione st très-importante. Il y
détache un capitaitie de grenadiers avec sa com*
pagnie forte d'environ cent hommes, ciî lui disant,
yous allez occuper le premier pont sur la route de
CUsson^vous vous ydéfendrenjusqUau dernier^vousu
fi o
\
i
382
\
serez tous tuésj . mais vous sauverez V armée. Le
capitaine lui répond: Mon Général, vauspoîwesc
compter sur nous. Vos ordres seront ponctuelk-
ment exécutés. Cet officier s appelait Chouardin.
Il était comniandant des grenadiers d'un bataillon
de Saône et Loire, Il tint parole, il çoriserva lé
pont, et il y périt avec tout son monde.
Malgré cette prévoyance de Rléber et le dé-
vouement de ces nouveaux Spartiates> c'en était
fait des six mille hommes de dette colonne, sans la
confiance que les troupes avaient dans leur géné-
ral. Les *^généraux Vendéens montrèrent dans
laction autant d'audace que d'intelligence. Ils
ne se firent point une juste idée de leur supé-
riorité; ils ne surent pas profiter de leur succès.
Kléber prit sa revanche à la bataille de Chollet.
C'est là qu'il fit la connaissance de son ami le
général Marceau. Leurs âmes s*unirent par les
liens indissolubles de l'estinie et de l'admiration.
La victoire de Chollet fut due au génie de Kléber,
à riutrépiditétle Marceau, et au dévouement de
Beaijpuy.
Kléber fut battu par Laroche - Jacquelin
entre Laval et Châteaugontier. Je conviens que
c'était Léchelle qui était général en chef, et
qu'il avait fait de fausses dispositions. Les
vainqueurs de Chollet où Léchelle commandait
aussi en chef pour laformCy auraient dà se con-
duire d'après eux-mêmes en dépit des ordres d'un
ignorant, et l'armée de Mayeuce n'aurait p^
é^ rouvé un second échec bien plus sanglant que
celui de Torfou. Après avoir combattu avec
acharnement en avant d'Antmin sur la roule de
Do], et secondé lattaque du Mans par Wester-
mann, Kléber fut chargé par Marceau d'emporter
Savenay, le dernier poste qui présentât aux roya-
listes quelque espoir de résistance. On était loin
de s'attendre à une attaque que firent les Vendéens
^ la pointe du jour* Ils fondirent à l'improviste
sur les troupes de Kléber qui prirent la fuite. I^
général i»sté seul avec une compagnie de grena-
diers, est sur le point d'être environné. Il prend
un fusil la crosse en Tair, ordonne aux grenadiers
de faire U même manœuvre en leur défendant de
tijcr, et il maiche sur le flanc droit de la colonne
des Vendéens en poussant des cris affreux. Cette
audace de Kléber en imposa, l-cs royalistes ré-
trogradèrent, les fuyards furent ralliés, les autres
divisions étant arrivées, l'attaque devint générale,
et le carnage fut horrible.
L'humanité de Kléber lui suggéra plusieurs
moyens de sauver une foule de ces infortunés
c/ue les représentans du peuple faisaient impi-
toyablement égorger, et je n'exagère pas çn por-
tant à plus de six cents le nombre des Ven-
déens dont Kléber^ favorisa l'évasion. Cette
conduite généreuse qui était concertée avec
Marceau, fut soupçonnée par Prieur et Carrier,
deux tigres altérés de sang. Les deux géné-
raux furent dénoncés, et pendant trois mois on
Itiissa sans .emploi les vaiiiqueurs du Mans et de
2o2
S84
gavenaî. Retiré à Châtaubriant, Kléber se livratt
^ l'étude, et Marceau tâchait de rétablir sa santé.
Comme on était persuadé que Kléber était le
mentor de Marceau, on dirigea Contre lui toute
sorte de tracasseries. On lui envoya un général
de brigade nommé Hucbet, pour le pousser à bout,
On le çavait trop réservé pour émetti^ son opir
nion politique dans un moment oh trn aveu con-
traire au système du jour était sur-le-champ puni
de mort. Cet Jïucbet, l'un des égorgeurs de Sep-
tembre, entra chez Kléber avec un bonpet rouge
à la boutonnière, et er\ présenta un autre à Kléber
en Tinvîtant ^ le placer. Il tuto5'^a con^tarnmeùt
le général. Malgré no^ instances tacites, la franr
chise de K^Iéber Tempêchaet de faire usage du bon-
pet et de tutoyer le dégoûtant visiteur. j4 ces
^euxjnutes graves ^ rejoignit F oubli ft avoir invité à
diner rémissaire de Robespierre. Le mêmp soir le
club des frères et amis de Châteaubriant, sur la
motion de Hucbet, déclare à lui^animité qu|B
Kléber est un aristocrate, qu'il doit être mandé
à la barre, séance tenante, pour rendre compte
de sa conduite, et qu'en cas de refus, il y sera
traduit par la force armée. Kléber, intrépide devant
les ennemis extérieurs, n'a plus la même énergie
pour repousser les attaques des factiéujc. Il craint
un assassinat. Jl connaît toute la rage tle ses en-
nemis, et il sait que le général Huchet qui les s^i-
mule, n'est qu'un véritable bourreau. II envoie un
de ses officiers au club pour dire qu'il est empêché
p3ir une indisposition de se rendre à leur assemblée?
M5
|-»*cnvoyé de Klébf r s'acquitte de cette dangertsuse
-icommissiou. A peine a-t-il fait connaître les motife
du refus deKléber q,ae les vocifération!, ^aristocrate
* 4 la* guillotine^ retentissent dans toute la salle. On
propose de commencer par ea^pédier cet officier
,qui parvient avjcc beaucoup de peine à obtenir un
moment de silence. Il rend un compte succinct d«g
combats de Kléber, de sa blessure de Toi fou, de sa
conduite à Mayence, et de, son beau moment
d'enthousiasme à Savenay, et s^adressant à Hu-
chet qu'il eut soin d'accabler d^ coniplimens, il
lui dit: *' Qu'il serait le premier à pleurer la
^* mort d'un homme dont la bravoure et les talent
" ont sauvé la république et la liberté," Ce scé-
lérat donna dans le panneau, il dit qu'il retirait sa
tnotion, et fit voter des remercîmens à Kiéber paç
^es mêmes homm^ qui l'auraient peut-être égorgé,
8*il eût commis rimprudenqe de se rendre à leur
invitation.
Le comité de salut public avait maltraîté
l^léber. On le calma en le nommant général de
division. Il reçut ordre de se rendre à l'armée du
NorcK Tous ses combats furent utiles, même
lorsqu'il fut vaincu. Il aguerrissait ses troupes.
Il effeetnait Sj?s retraites en faisant manœuvre?
avec autant de précision que s'il eût fait les grandes
évolutions dans un camp de plaisance. Lorsque
. Jourdan fut battu te 6 Juin 179i, Kiéber repassa
JaSamfere dans le plus grand ordre, tandis que les
^utrts divisions de l'armée étaient, pour ainsi drre,
^ ]^.çlé|i>andade, A la bataille de Fleur us, il com»'
QB6
inanclaît laîlc gauche composée de trois divisiou».
Il obtînt un .succès complet. Au siège de Maes-
tricht, il dirigea par lui-même toutes le« opéra-
tions. On le voyait dans ses moiiyens de loisir
étudier Feuquieres, et les ouvrages relatifs à l'atta-
que d'une place forte. Tous les jours, il passait
plusieurs heures dans les batteries et dans la
tranchée, pour encourager par sa présence les ca-
noniers et les travailleurs.
Après la capitulation de Maestricht, Kléber
se rendit devant Mayence. Bientôt il fut rappelé à
Farmée de Sambre-Meuse, dont il commanda l'aile
gauche. Il ne cessa de perfectionner son instruc-
tion, et de discipliner les divisions sous ses ordres.
Les préparatifs du passage du Rhin furent son ou-
vrage. Il dut lui être pénible d'emplpyer la super-
cherie pour une opération, qui, depuis César jusqu'à'
nosjoufs, n'avait été exécutée quede vive force. On
fit des préparatifs ostensibles devant les points op-
posés aux divisions Grenier et Champipnnet, tan-
dis qu'on préparait secrettement les moyens dà
jetter le^ divisions des généraux Lefeyre et Tiljy,
surunelang-ue de terre autrichienne appelée Eikels-
Aiàm;', enclavée dans le territoire prussiep, et .dis*
tante d'une lieue des posjtes autrichiens. Le génér
rai comte d'Erbach n'eut jamais le moindre. soup^
(fon qu'on eût des vues sur cette partie desdépea-
danccs de squ maître. Il n'y établit ppint de
postes. Il négligea même d'y envoyer dc^ patrouil-
les. Je regrette pour la gloire de Kléber qu'il ait
cédé aux ordres de Jourdan, d'eniployer unjnoyeiii
287
^\ inutile et si avilissant. La nuit même oii le
passage du Rhin fut effectué, oti distribua trente
mille francs aux postes prussiens pour laisser pas- •
ser, et aider à remonter les barques qtti avaient été
achetées dans leyr territoire, pour jetter Tavant-
garde de Kléber sur ce point (fJEikelskamp dont
le général prussien de Wisbourg avait garanti la
neutralité au général d'Erbach. Telles sont les
grandes causes de ces grands résultats.
La seule différence entre les opérations de
l'armée d'Italie et celles de l'armée de Sambre
et Meuse, c'est que Jourdan n y entendait pas
malice, et découvrait son jeu, au lieu que Buo-
naparté qui emploie des moyens de séduction
encore plus vils, n'en porte point l'odieux, parce
que ses agens ont l'adresse de voiler leurs ma-
chinations d'un parfait incognito. Cette miarche
contraire à l'honneur, répugnait à là franchise de
Kléber. Il ne vouUit jamais en entendre parler.
Il saisit toutes les occasions de dissuader ceux qui
croyaient que cette opération était élnanée de lui, et
il persista à faire envoyer ^directement au général
Lefevre tout ce que Jourdanlui prescrivait sur un
mouvement qu'il avait împrouvé hautement, dès
qu'il fut proposé par ordre des représentans. Le
Septembre, à dix heures du soir^ Kléber se ren-
dit avec cTourdau et le représentant du peuple
Gilet, sur le point indiqué pour le passage ^u
fleuve. Il n'y trouva que l'infanterie légère com-
mandée par le général Jacopin. La colonne des
grenadiers commandée par Damasj avait été égarée
fiés
^r icrreur d\m guide. Le général Lefevre, âûjdiif-
Akm duc de Da^tzick, avait mis son quartier-
général daas un cabaret qui servait habituellement
aux matelotfti. Il y était avec tdut son état*major
occupé i\ prendre des restamrans* Si nous *dêvonM
périr cette nuity disait Lefevre à ses officiers^
noyons d'mmce notre chagrifi dam ce bon vm du
Mhivu II prononçait ces dernières paroles^ lorsque
Kiéber très-en colère de ne l'avoir pas trouvé à la
tète de ses trou|)eSy ouvrit la porte de la cassine^
et dit à Jourdan. '^ Comment voulez-vous qu'on
" compte sur la réussite d'uno opération lorsquelle
^^ est confiée à des officiers générauxquî sont dés
•* piliers de cabaret ?" et s adrestant à Lefevre t
•* Vous ne m'avez jamais trompé^ lui dit Kiéber^
"^ dansmapremiereopinionsur votre compte* 'Jai
*^ toujours dit que vous n'étiez qu'un ivrogne^ et
<f que vous ne seriez bien à votre place que quan#*
** tinier, comme vous étiez jadis dans les gardes
•^ françaises." Lefevre honteux» balbutia, quoi*
qu'à moitié gris, quelques paroles pour s excuser,
il se jeta dans le pri^i^ier bateau^ et passa sur la
rive droite avec cinquante carabiniers* Toutes
les troupes débarquèrent sans éprouver le moindre
obstacle. Le. Rhin ayant été franchi par les quâ«
tre divisions aux ordres de Klébcr, le centre et la
droite de l'armée suivirent ce mouvement. Kiéber
ne fut pas secondé. Son passage pour la réussite
duquel on avait comproinis l'honneur militaire, nù
fut qu'une parade de théâtre.
La campagne de 1796 fît briller dans tout
â89
teur éclat les takni supérieurs de ce général. Jour-
dan avait été repoussé. L'armée battait en re«
traite* Les colonnes arrivent dans la plaine de Neu-* ;
wied.Au moment même où l'ordre est donné de pas*
' ser le Rhin, les ponts sont rompus par des bois flot-
tans, lancés par les soins du commandant de la
forteresse d'Ehrenbreitstein. Marceau attribue à
«on imprévoyance ce contre temps si fâcheux, oc-
casionné par Padresse des Autrichiens. Le déses«*
poir s'empare de ce brave homme, et il prenait ses
pistolets pour se détruire, lorsque Kléber, qui
Tobservait, dît à son ami : ** Vous vous trompez,
" mon cher Marceau, vous pouvez utiliser votre
** mort. La véritable gloire est de périr les armes
^* à la main par les coups de son ennemi." Hon-
teux de sa faiblesse, Marceau remercia Kléber dé
ses bons avis, il marcha à la tète de la cavalerie.
Il repoussa les Autrichiens. Kléber le soutint
avec *les masses d'infanterie qui firent volteface
{iar la'tiohtre-marche, et dans k plus grand ordre.
Aprè^ eef mouvement, ii appela le commandant du
^éniéJ^ II lui demanda à hatite voix en présence des
'troupes, combien ii demandait de temps pour ré-
tablir les ponts. L'ingénieur lut répondit qu'il lui
allait dix heures. : Jevousendonnei^ingt, repartit
vivement Kléber. Sivoii)^ ne tenez pas votre pa-
role je tùus fais jusitter.' ^' Vous voyez," dit-il en-
•
«uiteaux soldats^ ^^ que nous ne pouvons pas passer
le Rhin, parce que les ponts sont rompus. Le ter-*
fainoù nojas nousi trouvons est trop humide. J'ai
SMP
4écidié ))Hjir t^ou^ ii^qs éf^ljrîOAs pm\v ctttfi çiiil
d^ips ja poa^tpoQ où ^ont ks Autiicjiij^n^. Jç
compte «Mf vopç coni^)^ voujf devez v'Oirtpter s^i*
S0pi."Ce^ jDpts prononcés avec T-énfr^ic flputéîwit
doué Kiébar q^i possédait en outre un pfgfiiip de
^CeatoFi produUirent i^ncâtt étonnant. Çç$ boU
^ât3|iuQ moQient auparavant tristes et a^tf u^^rf Pf f*
feot ^ubitetnexit courage, et de^apfierei^ airep
JlistaQce le signal d^ combat, en criant, ij^vf Ki^bey!
pive notre brave général /Il profita de c^ ifipjpai^at
4'e;uthou$ia8me,.et; il força les iVntrichiens àq^iittef
U plaine de Neu^^ied, et à ^ i^^fjî^f 3|ir les bapr
tçur^ qui ravoisiuent. On convînt d'i^ti çQm>*
ipun accord que la fermeté et la pr^^pncp 4 e^^ ^f^
d^ Kléber avaient $auvé Tarmé^. Le; points furent
rj&tttblis dans la &uit> et lelendem^ip les troujMÇS {«{^
serentle Rhin ^an* que reonemi oqjjtt t^ul^r cette
iflîfiprtanfp niançpuvre. ....
On fit courir . le |)rutt qpe |iLjL^e|r n'it^
TCfté à raryierf-garide que pppf p>:Qvf«»ipf ^ fe^
jbrxww des solfia», il était au-de^Hf-^IS IWi*»»
4:es forfantejrie». Il n'a. ja|iwi| .(Çi^ç^^é que la
9a.tisfact4an de ^ coDscjence, çf il a niépfisé çù
chaiiatapisjf^ fiuji c)^c^ à ^n^léer. le )^i^tar
ibie niérite pi|r fl^s afftctati{[>ni puérile^.,qj^i ^\\fkXÇf^
]^ suffrage? ridicules file Tigi^ôrafice pi 4f . \^ 4^(*
rie. On cop^ery^it la ^ète dp pQnt.avf c (kuf
bataillons, pour einpècher les A.i\tnç,}gïtf^ «k m
dégarpir sur ce poipt, pX d'aller eu fofpes çoipba|r
r 1 s divisioçjj cjui &e retiraient sur Colpgnç. ,
J^ passage dji Rliin effectué en Juillet l^âÇ,
i^ppouià peu d^obitàcle». Klébcr fut cdtitrari^
par J'ourdan, qui^ ballotté par in tiullitè et par soU'
aniDur-pTopre, flattait 6*ii l^ùdoyait ce général àii
gré de sèô caprices: Un instant, Jourdan fit 1er
malade» et Kléber commantla Tarmée: Son atta-
que en avant de Ôaiiibérg fat un coup de niattré.
On * entra dans Nufettiberg. Jdufdan se hâta de
rejoindre l^artnéc. Il changea les dispoi^itions dé*
Kléber qui voulait marcher sur le Danube pour
opérer te jonction a^-eci Moreati. Jourdan pré*^
tendit âVdÎT Tordre du directoire de poursuivre
Wartertslebeii sut les frontières de la Bohême.
Kléber, indigné de tant d'entêtement et regret-
tant de tie pouvoir pas faire le bien, quitta l'armée
et se ïietira à Wurtgbourgi t>ès qu*n sut que Jour-
daû était battu et que le salut de l'armée était co'm-
pixjiîiis^ il oublia tous les toft's de Son général en
chef, il ne vit que des camaradeîi qui avaient be-
soin tle ses talens pour les diriger. Il arriva eu
poste, se rendit à Atliberg, reprit son commande-
ment/ tanancfeuvra avec audace et habileté, et tira
l'armée dSine position bien critique*
Je ne crois pas outrer les faSts, en assurant
que sans Kléber larmée de Sainbre et Meuse était
obligée de mettre bas les armes. L'Archiduc
avait réussi à séparer les divisions Lefevre et Co-
laud, fortes de 18 mille homimcs, des divisions
Grenier et Championiict, à-peu-près d'égale force.
Il pouvait attaquer chacun de ces deux corps sé«
parement avec plus de quarante mille hommes
de très-bonnes troupes, fieres de leurs succès d'Am-
3 P 3
S92
bcrg, de Tcmîngen et de Neumàrki tandis que le
moral des Français étaiC abattu par ces malheureux
événemens. Combien Tâme de Kléber dut être
satisfaite lorsqu'il passait dans les rangs» en s'en-
tendant appeler h-sauveur de Farmée, le général
par excellence^ et surtout en voyant ces expressions»
rendues bien plus éloquentes par les larmes* de la
reconnaissance !
Il éprouva une grande mortification, lorsqu'il
vit confier à Beurnonviile le commandement d'une
vrmée qui le regardait à juste titre comme son
perCy puisque, depuis trois ans, il la conduisait à là
victoire. Il dissimula son chagrin, il {H^texta une
maladie, et il rentra dans Tintérreur. Son carac*
tere ne lui permit pas de jouer long-temps en secret
le rôle de mécontent. Il parla hautement contre
les directeurs. Il se déclara, dit-on, pour la mo-
narchie. Il refusa plusieurs commandemens. Il
vécut d^ns la retraite à Chaillot, où il avait un
logement avec le général Moreau.
Un jour où je lui rendis visite dans cette so-
litude, je le trouvai avec Moreau et quelques offi-
ciers. On parla «de Tinjustice du directoire envers
.deux généraux aussi méritans. Les officiers dont
les têtes étaient exaltées ne parlaient que de chasser
les directeurs, et d y substituer des hommes chers
à l'armée par leurs talons, et estifnés par leurs ver*
tus. Kléber leur imposa silence et leur dit : ." Les
** militaires doivent obéir et se taire. Si j'avais
*• ^réussi à .me faire nommer législateur, j'aurais
*^ provoqué'aytc énergie la réforme des abus. Aussi
— • #
fui
" longtemps que je serai général* ma poitritlfi
" sera pour la défense du gouvernement, et mon
" derrière pour les gouvernans, qui, comm& ceux.:
'^ d'à présent, seront indignes de la confiance de la
** nation/*
On a reproché à Kléber d'être un peu libre
Âms sa manière de s'exprimer. En convenant de
la vérité de cette observation» je dois dire que la
cause en était à ce qu'il ne cônnaisMÎt pas bien
la langue française. Il la parlait et ifl TécrivMt
mal. L allemand était sa langue favorite. Il .
la parlait et il l'écrivait avec élégance. Il ne
. &'est jamais permis en société, surtout envers le»
dames, aucune expression qui pût occasionner la
Bioindrç équivoque. Je lui ai souvent entendu
dire, ^^ qu'il n'aimait pas les orgueilleux, qu'il
^^ plaignait les sots, qu'il détestait les lâches, et
** qu'il avait en horreur les fourbes et les men«^
'* teurs." Je n'ai pas pu recueillir les dernière»
pensées de ce grand homme relativement à la du-
plicité et à la scélératesse de Buonapatté. Un de ses
aides-de-cauip m'a donné,! à son retour d'Egypte,
des détails^sur la haine violente^de Kléber pour soir
rival.
LcTeposet surtout l'obscurité ne pouvaient
pas plaire long-tçnips à Kléber. Dès qu'il eut en-
tendu parler d'une expédition lointaine, il désira
d'en faire partie. Sa fierté l'empêcha pendant
deux mois de s'adresser directement à Bqonaparté
pour obtenir cette faveur. Toutes les démarches
î294
ifnlî fit falrd par ses amb fineni inutiles. Morèati'
Ikîsait rttnposstbîc poinr le dissuader de s expa-
«îer, en tâchant de Iwi faire entrevoir un meilleur
ifvenir;
L'amour de la gloire lui fit oublier les droits
dé TaitiYtié^ et le rendît $oàrd aux conseils de la
sàiti^ raison: Il se décida à allei* lui-même chez
Biiotiapané. Celui-ci était à déjeûner lorsqu'on
aimdiîça le général Kléber. Buonaparté ne Tàvait
jamais vu. Il en avait entendu jjarler de tant de
meniefes rfiffèreWes, qu'au résumé il ne s'était pas
smicié jasqil^atôrs de se l'attacher. Il hésita
pour 9cm atim'fssî^n» et il dit^ Que peut mevtmhîr
cet iemtnie ^ Madame Buonaparté lui dit quje Klé^
ber méritait des égards, et qu'êUe n^fwaif eii guà
s!èj9 kna» éùM k^ sociétés où elle Vavait rencontré.
Hé bien, fu'itentrè^ dit Buonaparté, voyons ce ftiit.
dmnanâe. Onf introduisit KIéI)er qui dut être fort
étonné de la réc^eption assiez cavalière qui lui fut
faite. Buonaparté resta sur sa chaise ainsi que tous '
les autres convives. Il ordonna qu'on en présentât
une à Kîéber. Ce général était un peu déconte-
nancéy et il prononça avec un air embarrassé ses
premières paroles qui furent les complimens d'usage.
Dès que Kléber eut repris son aplomb, Mon géné-
ral, A\tA\ à Buonaparté, je viens vous demander
t honneur de servir auprès de vous en qualité d^aide-
dercamp. Je m'estimerai heureux de mûrir à vo*
trfi école quelques connaissances acquises sur l art
de la gueîTe^ Buonaparté dont tous les élémens '
a§6
I /
fhysiqnes et tMrm% vt ^emmt Iti c tôm iloc^
tri&és que par Ips |oi|»Qg^ «e fujt ^hm^ )cnàBm
homme d'iu^ moffiept wip^avAAt. SoQ vûagp
^ép^nouit de jok, #t yl 4it mi général» .ap lui
rendait )^ fwmnoie àt M (pieo(^ ^» ^k/Itm aT mt
fierviçe^ tne sont fomuffi, KlAfr jitrB nwn pmmar
iieu^emint* h9^H U déje^Mr !}• fnoriit àiioe c^ak
lerence çffà <d^ra deux lieprct. /
I^e départ de fibiébcr liit^ |néi|4»I)it > }I m tei^
^it à Tpulpn. $a division iSa(^ idébarqMée (a (mnn
jioiei'^ sur ]a plage ^'Alexaodrîe. Cç Hgfiia irfg^c»
Jevée die nvt fprqp. J^j^v y fut hhtt^ d'une
^^\k. -Çet^p çîrpQii9tanpe id^ligfa 9ofQ||à)|pa)ESé à
Jui dpQM4?r le ^oi9n)»iidexnent d'AifMM^^ ^ét
fr^îoa fut ^oafiée a^ g^pém) I)tigoa. ' !..
Ou pf^tç&d <)^e>e*r^f dr cettis (àjp^qttejifie^a^
}a mésintelligence epitre Kléber tf Baoïnfw^
Mrcç.quf ctebî-ci »filsa.d« )i«a^ à wnlieuienant
Iça régimens qu'il luî ikinaiidart fotir./À^èfp0r'ia
j;«rpi^B de û pl^ce (et poMJA ()éfiipif:dp|Eal4c6tt.
fi|»e»u^$ iiéqe«»aire$ pcmt n66i8ter4<)P^*At|MplK.
Jl &t |iég:Ei«r pariîH is€$ l|;9iq«|;lh j|»)iv( JÉif|:è ftàm-
.pii^e. {| ïhtB&\t par «je 9> * prinp^s. 4c nuftioe iet
.4'^i|fn^^(é à fair^ ottltlit^f k» P^^Milamée
llaie4t Hiâiktv ^^ïvimp Itnt.é^xvimr^ j[Lçtif\éaiAmv
fut «|Ltfêi»e, . quattd ils lapiprippiit iqu!id:liiur:|làtut
^kvé p<PMf marcher eai Syrie« . ilifut . jienkpladé
,Mj: le > ^6&éi»Ji Mar>oiant :di)iit ia : fMésénôèiuii'Ce
• • . ■ . • ' » • ' ï *i » ■ • rfl
396
ftoint ékdt easeadellc à Buonaparté pour . entre*
temrtt cM^respondatice avec la France et pour
préparer ce qui était ûéce^saire pour son évasion.
Le 1 6 Février 1799, la division Kléber arriva
de\*ant el Arîch, qui se rendit le SI. Depuis plu-
sieurs jpmrt Régmer faisait le siège de ce fort. Le
âli Kléber à la tête de- sa divisioui renforcé de la
cavalerie de Tarniéa, partît d'el Âriçh pour se rendre
4 KABJoineZy ^premier village quon trouve en
^iortaiit da^ Désert sur la route* de Gassa. * Le»
^uvda.igmttait cette colonne da^s \é Désert.
«fincma^MQlé <}u1 (a croyait eo avant,- ^rriva^avec
4ieigiifi€B;efc^so& ^tat-majof jusques sur les avants
p»oieg éti Mamelouks. Dès qu-il s apperçut de
MU erreur, il ratrograda précipitamment, et il se
q^ :«pr. Sfii^ôç où il ren^ontra^ la cavaleHe de
,Kléii|u; '."• * ' -
; iDansf la marche sur Oaea^ ce génial fdk
^htf^é Âatteiipeff Ja droite d'AbdaU- Il la culbd-
iaxt ût|Uiweiirs prisaaaiers. Il .fut désigné pouir
c£ti»:rataa(tHgaîide del^rmé^. U arriva devait
.Ja|b^ il .^mpousBa reaneœiy. il le força- à rentrée
dans la place, e| il i»UM»uvra pour couvrir te sîége
^de/cetie. ville. Ap<'^i:<|u'^n*a>n'fut emparé, Klé-
ber dépM^ des hauteurs de^Korsum le corps d'Ab-
dala, coiii)>oiéidc Jouze mille hommes. ' Il marcha
/aurCaiffiy quifot abaudonné par rennemi san^
^coup^li^îr. DeuK jours après, il se porta sur
Saint Jean d'Acre qui fut reconnu, et investi. La
tranchée fut c^ verte devant cette place le si Mar|.
Kléber qui était très-expériîxicnté dans l'attaque
$97
d'uûè place, observa qu'on attardait eoiitrè les
règles de Tart. II s'etigagea mtf sa téttt à * mettre
Baôijaparté en possession de cette place dans V^
pace d'un mois, si on consentait à lui laisser
diriger toutes les opérations. Buonaparté TqetH
avec dédain nne proposition qu'il aurait ^Û ac-»
tueillir avec joie. On persista dans le plan adc^é^
quoique KtébeT eût prouvé qu'il était défecttieuxi
et on îm dit quil devait se borner à bien condwii^ m
tfi vision. . • •
* JuDOt ayant été battu à Loubi par les Arabflp
et les Naplouzins, Ki^ber reçut ordre âe marôhit
à itdn secours. ' It quitta le siège de SftfQi6»J(tofc
ê^Ane avec «a divisbn le 10 Avril. Il m dîr%ij|
sur Loubi. II renversa tout ce qui s'opposa à 8611
passage; H s'empara du càtaip dè^Iiidfari% #^^
força lennemi à se retirer en désordre vws *h
iôurdaîn: Le 15^ Kléber marcha suv^ouK pour ^
attaquer un corps ennëfni fort dltenviron :vingt
mille hommes. Il ne put le jdînîdre qite U 17. Il
^orma- deux carrés d*lnf$nïerte avec4es deux* fhiHe
ijraves qur composaient son Urmée. Il se lais$a
«traquer dans cet ordte. Pèndaht huit heures il
fkit tête à des forces dix fois* plus nonibt^iiseft.
liOrèqae Buonaparté parut -à deux liei»P9s de
raprës^midi, la vîctoii^ ^^î^ restée à KléèeT*
'Ueuftémi battiarit «p' retraite, après avoir ]k^dtt
j^lîte«de sep gen|: La sésistance bércÂque de
Rléber avait décq^miné eut sa âiveur le* suceès de
cct%e te'iUanee jo^piér» Toutes tes troupes^ le
ptbcHmtfttnt k mmnqtmtr du Mfmt Théber, et os
tccabla de saroismes Buonapahé de ce qu'il avait
laissé deux mille hommes mmi exposés à u^nf
mort certaioe, s'ils Q'avaieat pas été commandés
par un général dont les talens et lexpérîeace Mirent
paralyser le nombre» et 1 -audace de rennemu
Ici Kwléber déploya une grande éoergie par
suite de ostte loyauté dont il ne se départit
jamais. Buonaparté ordoima de brûler tous les
villages de cette contrée et d'en passer les halntaM
au fil de répée. Murât» Rampon, Junot, etc.
obéirent de gaieté de cosur. Kléber réponéit h
cet ordre barbare de Buonaparté par un r^uft
Ibrmel) ^ il lui dit quHl n'élait ni sfi» br^êni
ni un èùmTêou. La fem»té de KJéber fiÉ
changer ses dispoyitions de meurtre et d'in*
cendie. Berthier cherche à faire un mérite
à Buonaparté de sa rétractation forcée. Voiûi
les propres expressions du rapport de ce che^
d'état^major» *^ Les Naplouxins de Nouréi^
'^^ Jenin et Fouit n'avaient cessé, depuis le cqêo^
'^ mencement du siége^ d'attaquer les convois de
^* Tannée française, d'entretenir des intelligeA*^
^ ces avec Dgezzar, et de hii fournir des se^
** cours. Ces hostilités d'un acemple si da«gwws
^ méritaient un châtiment éamemplaire. Buaoa^*
** parte oi^donne de brûler ces vittages» et d(
^^ passer au fii de l'épée tout ce qui s'y reucoitrera
^* . « . . . Oependant il se iaiase fléchir; arjrète la
^' imigeance «t leur promet pm^tet^ion, s'ils le»-
^
m»
" tent tranquilles diois leurs montagnes." Un
m
officier du 14e régiment de dragons^ employé dans
rétat-ma^or de Kléber, entendit la discussion qfii
eut lieu à ce sujet, et les habitans furent rede-
vables de la conservati<m de leurs propriétés et
de leurs personnes à riiumanité de ce général.
Après cette expédition, la division Kléber
occupa Nazareth et plusieurs autres postes avai\-
t^geux pour couvrir le siège. Buonaparté voulut
se délivrer de la présence importune de ce cen*
seur sévère qui disait à qui voulait Tentendre, qu^
Buonaparté ne prendrait jamais Saint Jean d'Acre,
]>arce qu il l'avait attaqué à la turque. Après
plusieurs assauts très-meurtriersj et toujours in-
fructueux, ce que Kléber avait prédit se vérifia.
Le 21 Mai, à neuf heures du soir, le siège fut levé,
et l'armée se mit en marche pour rentrer au
Caire. Kléber fit Tarriere-garde avec sa division
et la cavalerie de Tarmée. On voit qu'il fut à
Bu^maparté en Egypte et en Syrie, ce que lui a
été Sottlt en Moravie, en Prusse, en Pologne^ et en
Espagne.
Combien dut souiFrir le brave Kléber en
voyant le» horreurs commises par les ordres de
Btt<maparté depuis Saint Jean d'Acre jusqu'à l'en*
irée du Désert ! Il refusaj constamment d'y ad-
hérer. Il continua de former Tarriere^garde. Il
évacua Jaffîk le 30 Mai. Quand on dut travèr-
#er. le Désert, Napoléon ordonna que la division
139
|[.!éber porterait les blessés qu^on n^avait pas
pu évacuer par met, ou pour lesquels il n y avait
point d'autres moyens de transport. Le but évi-
dent de Buonaparté était de mécontenter les sol-
dats de Kléber, et de diminuer cet attachement
qu*ôn s'empressait de lui témoigner d\tne manière
aussi flatteuse pour lui qu'elle était humiliante
et pénible pour le général en chef.
Fatigué des plaintes que lui portèrent les
chefs de corps, il se décida à aller dire sa fkçon
de penser à Buonaparté^ afin que chaque division
fût chargée à tour de rôle de faire l'arriere-garde,
et de porter les blessés. Arrivé près de la tente
du général en chef, il rencontra Duroc, lui parla
durement, et s'avança pour entrer. La porte lui
fut refusée. Duroc se chargea de Tannoncer. Il
s'était aperçu que Kléber n'était pas câline. Il en
rendit compte à Buonaparté, qui chargea Duroc
de répondre qu'il dormait, et que s'il voulait at-
tendre, il ne serait pas long-temps à se réveiller.
Kléber se promena de long en large, en marmot-
tant entre ses dents quelques mots qui indiquaient
3on mécontentement. Après qu'il eût attendu
pendant environ tine heure, Buonaparté parut sur
Touverture de sa tente en bâillant et en alongeant
ses bras, les yeux encore à demi fermés. Ah! vous
voilàj Kléber ! dit Buonaparté, qu'est-ce qu'il y a
de Tîouveau 9 Je viens réclamer au nom de toute mm
'àivision, lui dit le général, jpowr quelle cesse dAre
U cheval de hàt de Farméef J'ai toujours fait tgr^^,
riêre-garde, et depms deux jours nous sommes m-
ténués par le transport des blessés. Je demande'
que les autres divisions nous soulagenty et. si vous
tien donnes» pas Fordre^je dois vous prévenir quil y
aura un soulèvement contre une semblable, hyustice.
Et c^est de la bouche de Kléber^ reprit vivement
Buonaparté, que je viens d'entendre des propos aussi
contraires à la discipline militaire ! J'en suis hon»
teux pour vous, général, qui^jusqtià ce moment, aviesl
mérité mon estime. Rentrez à votre camp, et
souvenez-vous bien que si mes ordres ne sont pas
exécutés Utt également, je vous fais fusilier à la tête
de votre division. Buonaparté pirouetta et rentra
dans sa tente. Il avait prononcé les derniers
mots d^un ton furieux. Kiéber homme sans peur
et sans reproche, en fut, dit-on, effrayé. On
ni*a assuré qu'il avait r.eculé quelques pas sans mot
dire, qu il était rentré à son camp, et qu'on avait
suivi entièrement les dispositions de Buonaparté.
Sa décision était arbitraire autant que la réclama-
tion de Kiéber était fondée. Pourquoi la justice
est-elle tremblante chez le majestueujç Kiéber, de-
vant l'insolence despotique ^u mirn)idon Buona^
parte?
(Buonaparté à son départ d'Egypte remet à
Klébér le commandement en chef de l'armée
d'Orient. Embarras de Kiéber. Ses plaintes au
directoire. Convention del Arich entre l'amiral
Sir Sidney Smith et le général Desaix. Kiéber s'y
conforme ponctuellementi Refus de la part des
sm
Ançlais de Tapprauva. Bataille d^Héliopolis. Bé^
relie, du Caire* Siège et capitulation de cette
cité. L'administiatîoii de tKléber le fait chérir
des habitai» et de l'armée. Détails sur son asaaa^
sinat par un Osmanly. . Ses obseqoes.)
Pltisieurs officiers revenus d'Egypte ont dé-
claré que Kléber avait été assassiné par ordre de
Buonaparté. Un général a eu le courage de le
dire au général Murât, en lui donnant Tassurance
^u*il n'en parlerait phis à personne. Le preiasHer
aide-de camp de Kiéber a fait un semblable aveu*
Le général Menou^ qui avait dirigé cet odieux com*
plot, chercha à doimer à Tc^inion publique une
direct kxn contraire à la vérité. On avait eu Ta-»
dresse de faire communiquer rOsmanly Souley-»
man avec quatre interprètes de TAlcoran daas la
grande Mosquée du Caire» afin d'augmentei le
nombre des victimes, et de réussir à appaiscr plus
prompteme^t l'indignation douloureuse qu'inspi-
rait aux soldats la perte de leur unique appui, de
kur père chéri. . . «
Il est dit dans le rapport d'Abdalla Me-»
nou, ^^ que lassassinat de Kléber n'a fait que
^^ redoubler l'audace et le eourage des soldats, et
^ que tout rOrient dût-il se rassembler, ils ven-
** geront dans son sang celui de leur généraL^'
Menou aurait mieux servi son maître, s'il n'eût pas
eu recours à de si vaines déclamations. . Il a sur-
tout montré une grande maladresse dans sa lettre
à l'amiral Sir Sidney Smith, en date du 30 Juin,
dûé
1800. ^ Vos alliés les Turcs/' dit Meooui
•* n'ayant pu vaincre les Français, ont employé
^^ pour se venger Parme du poignard» cette arme
^* qui n*cst que celle des lâches/'
'' Un Janissaire parti de Gaza, il y a aujour*
^^ dliui quarante'deuK jours, a été envoya pour
'^ commettre cet horrible crime» Les Français
^ aiment à croire que les Osmanlis seuls sont cou^
^ pables. Cet assassinat doit être dénoncéà toutes
^ les nations, et toutes ont intérêt de le ven«*
^* ger, etc/' L'amiral anglais lui r^ondit de
suite en ces termes : ^^ Au moment où je m'atten*
V dais à voir le général Kléber sous les auspices les
*^ plus favorables, j apprends avec le plus vif cha*
^ gfîn sa mort tragique. Jen ai fait part sur-'la-
*^ champ au Grand Visir et auK ministres Otto-^
^^ mans. • • • Le Grand Visir m'a déclaré formelle*-
^* ment et officiellement qu'il n'avait pas la moin*-
^^ d£e connaissance de ceux qui ont commis cet as»
*' sas5inat,et je suia très-sûr que sa déclaration est
** vraie et sincère, etc."
D'après le style tortueux du général Français, et
la féponse franche et loyale de 1 amiral Anglais, ii
n'^st pas diificite de découvrir les véritables am*
pables. Pourquoi Menou dit*il que ks Françedi
ûitnent à croire que hs OsmanMs seub sont caïqM^
Nus f Ii n'4 pas osé pousser plus loin son accusa-
tion, parce qu'alors Sir Sidney Smith aurait vérifié
les faits, en remontant aux causes premières d'une
intrigue abominable qui n'a pu avoir que Buona-
304
parte pour auteur et le lâche apostat Abdatla Me-
nou pour directeur.
Si les Turcs avaient voulu employer le poi-
gnard pour priver Tarmée française de son chef,
auraientwk attendu qu'elle fut réduite de moitié?
Pourquoi n'aurait-on pas égorgé Buonaparté qui
Tavait tant mérité en faisant passer au fil de
répée la garnison de Jafia, en brûlant Saint
Jean d'Acre, et en faisant un désert au plutôt
un vaste tombeau des riches plaines de la Sy-
rie ? Non, non, les Turcs n'ont point fait assassi-
ner Kléber. Le crime est avéré et les coupables
sont connus. Les mânes du généreux Rléber
crient vengeance contre Buonaparté le véritable
auteur de sa mort, et contre Menou qui a eu la
scélératesse de se prêter à lexécution de cet hor-
rible complot. La Providence a puni Menou Ab-
dalla. Il est mort, et sa mémoire est en exécra-
tion à toute larmée. C'est aux grenadiers fran-
çais qu est réservé la gloire de venger Kléber, leur
ami, leur camarade, leur guide dans les combats, le
plus habile général de son siècle, et le premier gre-
nadier de France parla taille, le courage et l'hon-
neur. La mort de Buonaparté est nécessaire pour
venger Rléber et plus de six cent mille braves
Français qu'il a fait égorger pour donner des fera
au continent, et pour le malheur des quatre parties
du globe.
FIN.
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J05
iji_UL-a egg38aa1g
L'impression dé cet ôuvraèe était terminée,
Idrâqti'on a icçi^ à Londres le Moniteur où se trouve
le jugement rendu à Lille. Monsieur Peltier, en
ni*envoyant le journal précité, m'a adressé les vers
suivans dont jele prie d'agréer mes temerelmens.
*Se dois aussi témoigner ma vive reconnaissance à
tous ceux qui ont bien voulu, dans cette circons-
tancé,^ m'honorer de leur sollicitude dont le sou- -
Venir me sera toujours bien cher. . .
' • • • »
Au GÉNÊItAL SAftîtAi^INi
Connaissez dé vôtre bonlieur^
Et rétendue et l'importance !
La légion du faux*honneur
Est veuve de vous par sentence !
Recevez dans le Moniteur,
Par cet arrêt épouvantable
Qui vous condamne en déserteur,
Un brevet d'honneur véritable.
V De ce long«feu ne craignant rien,
Vos amis» comme vous, riront de cette frasque^
Ils diront à ceini qtie votre main démasque :
Les gens que vous tuez se portent assez bien/'
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505
Applaudissez loiig-(eiiip« w décret feifuif (
Qiui de Napdéon àjaoïais vous délivre ;
Et puisqu'à mort psr Ii^ii vçus éiep coudai^né.
Avec nous désormais ne songes qu'à bien vivre.
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][ieJQiir des Roîs^ 1811*
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Bxtraif du 3§i>nit^fur dU 96 Décembre.
^ Le premier conseil 4e saerre.pmrmaneirt'di^
^'•la-lfie divi^on militaire séant àl^tUiD, créé en
^' vertu de la loi dji^ 1 S Brum^lri^ ai^ j^» ^'lest réusi^
^' le 15 Noyembfe f 810, au lieu ordinaire de ses
*^ séances, pour jugf^r par con^iamace Ift $ieur Sar^
*• razin (Jean), né à St.r3ylvjQstre Lot-et-Garonne,
*Me 15 Août 177,0, général de brigade, Tundes
'' commandants de la l^jpa fcl'hQniieiar, préyienu
'^ df désertion à rennemi.
. a
*' Le conseil de guerre a déclaré à Vunanimîté
" le sieur Sarrazin (Jean), général de |)rigade, cou-
** pable de désertion à Tennemî, et en conséquence
" a prononcé la peine de mort, conformément aux
^* article? 1 et S de 1^ loi du 21 Brumaire an 5."
TADjLË pËS M4T1^e:res,
j. ^ ft ». 1 ^ r*
A SLIéber r r r r - r r - r r r iii
j[ntrocIjact^on - r r r r - - r r - .- V
Confessio]^ r-rrryrrrrr 1
Conversation du Génén} J^. Btrthier avec
rAbbé Maury - r - - - r - II9
Extraits des Notes Biographique^. J^. Berthier 21 Q
JLe Général Bupnaparté - - - - r r - 228
-_- -Kléber - - * - r • - - 375
ERRATA.
Pagaie 144» ligne \(f — au lieu 4e cinquante-cinqy liiez cinquante-
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De l*1upriiDerie de Vogel et iSchulze» 13. P^laaâ Street» Landrea*
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